La fille qu’on appelle (« Call girl »)

«  personne ne lui a demandé comment elle était habillée ce matin-là mais elle a tenu à le préciser ».« 

C’est le 5e livre/roman de Tanguy Viel que je lis. Et c’est toujours un plaisir de mettre les doigts (la tête) dans les engrenages menant à des grandes ou petites catastrophes.

Présentation de l’Editeur (Editions Minuit – 4e de couv’)

Quand il n’est pas sur un ring à boxer, Max Le Corre est chauffeur pour le maire de la ville. Il est surtout le père de Laura qui, du haut de ses vingt ans, a décidé de revenir vivre avec lui. Alors Max se dit que ce serait une bonne idée si le maire pouvait l’aider à trouver un logement.

Roman « dans l’air du temps » me-too et des scandales ou esquisses de scandales (parfois/souvent étouffée) – et à sa lecture, on pense à un Ministre en poste. De plus, c’est presque synchrone avec l’inculpation p.ex. d’un Jean-Luc Lahaye… Certes, ce roman vient avec un peu de retard par rapport à un autre roman sur un sujet « comparable », roman-récit qui avait un titre encore plus explicite (« Le consentement » (Vanessa Springora) mais il traite aussi de la domination, de la soumission et des raisons (if ever) qui mènent à ce qu’une femme va se trouver dans la toile d’araignée tissé par un homme (puissant).

« Personne ne lui a demandé comment elle était habillée ce matin-là mais elle a tenu à le préciser ».

Peu de personnages : un père – boxeur qui va essayer de revenir sur le devant du ring, sa fille revenu dans sa ville natale bretonne, le maire de la ville qui aspire à un poste de Ministre et le directeur d’un casino (qui en fait est un peu plus, avec son Club Privé (et des chambres dans lesquelles on laisse la morale devant la porte ou dans lesquelles règne l’argent. et qui entretient avec le Maire « des vieilles et complexes relations (p.47) »

epa07618747 Sweden’s Alexander Gustafsson (L) fights against Anthony Smith of the US during their bout at the international MMA gala, UFC Fight Night at the Globe Arena in Stockholm, Sweden, 01 June 2019. EPA-EFE/Erik Simander/TT SWEDEN OUT

(…) ça ne durait jamais longtemps, à cause de cette manière de faire qu’ont tous les politiques, de venir en plein jour entre deux rendez-vous, et ne voulant rien d’autre qu’assouvir au plus vite ce désir masculin si maladif et si urgent à la fois.
(p. 84)

Tanguy Viel a délaissé pour ce huis clos (avec un quatuor fatal) la narration en « je » pour parler à travers un « narrateur extérieur »

Il a une écriture à lui, jamais lourde, usant aussi bien de mots « simples » que des mots plus érudits, souvent par petites touches, laissant apparaitre les blancs, les silences, les non-dits ou résumant en quelques mots des années de souffrances…..

« Il a hésité à lui dire d’aller se faire foutre, qu’il n’avait rien à lui dire et ce genre de choses, mais toutes ces années en vérité avaient édulcoré sa colère, de sorte que là, le visage tendu vers l’avant pour ne pas la regarder dans les yeux, il essayait de convoquer une rage qui le fuyait. Non, elle n’était plus la reine maléfique qui l’avait attiré au fond de la nuit, plutôt une pauvre femme qui s’était approchée de sa voiture avec un drapeau blanc, et presque une sœur de douleur, a-t-il senti. Alors quand elle a dit: Salut Max, ça fait longtemps, avec cette voix de grosse fumeuse qui en seulement cinq ans s’était largement éraillée, il a tourné la tête vers elle et il a marmonnée: Salut, sachant que dans ce seul mot, dans la seule fonction phatique du mot, il soldait beaucoup de comptes… » (p. 89/90)

Je trouve par ailleurs, que sa description du combat de boxe de Max est d’une maitrise exceptionnelle.

Dans toutes les histoires il y a cela, un passé minéral qui sert de socle à tous, du genre qui dans les livres se rédige au plus-que-parfait, paysage de ruine qu’on trouve en arrière-plan sur certains vieux tableaux.
(p.52)

Un bon petit livre, maîtrisé de bout en bout avec une fin attendue et toutefois trop rapide presque lapidaire.

A propos lorenztradfin

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5 commentaires pour La fille qu’on appelle (« Call girl »)

  1. princecranoir dit :

    Encore un livre qui cogne visiblement. Tu m’as bien chauffé pour celui-ci. 😉

    J’aime

  2. Je suis en train de le lire donc j’ai vraiment parcouru en vitesse ton article pour rester la plus neutre dans ma lecture. Il y a une chose que je regrette : celle de ne pas avoir chroniqué son Article 353 du code pénal (il faudra que je le fasse un jour en le relisant) parce que j’y trouve des correspondances avec La fille qu’on appelle (j’adore ce titre en français , très explicite). J’ai repéré dans le style de Tanguy Viel cette urgence, cette respiration d’une traite qui jette les mots au point d’en être essouflé. Pour l’instant, je trouve l’histoire intéressante mais c’est l’écriture ample de Tanguy Viel qui porte un frein à mon enthousiasme (j’ai besoin de temps pour digérer ses phrases et toutes les informations qu’elles apportent).

    Aimé par 2 personnes

    • lorenztradfin dit :

      C’est bizarre je n’y trouve pas une urgence. Ample oui mais avec une précision d’orfèvre ou chaque mot est à sa place et vaut son pesant de pépite d’or. En effet ses phrases sont emplies d’information qu’il faut parfois extraire comme un orpailleur… .

      Aimé par 1 personne

  3. Bibliofeel dit :

    Contrairement à beaucoup de lecteurs, j’ai aimé le style. Je trouve que le parallèle de l’emprise pour la fille et pour le père est intéressant…

    Aimé par 1 personne

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