La cité perdue de Z

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James Gray a mis six ans pour venir à bout de « The lost city of Z« …. exactement le temps qu’a mis l’explorateur Percival Harrison Fawcett pour monter sa dernière expédition en Amazonie (en 1925), ou il disparut à la recherche d’une civilisation inconnue. Dans le rôle principal il avait prévu Brad Pitt (qui a finalement co-financé le film) ou aussi Benedict Cumberbatch) et FFCoppola aurait dit  » don’t go ! » (certainement en pensant à son « Apocalypse now).

Percy Fawcett (joué finalement par Charlie Hunnan), fils d’un homme déchu et par conséquent empêché de trouver sa place dans l’institution militaire de la société édouardienne, se voit proposer par la Royal Geographical Society (RGS) de cartographier des territoires inexplorés entre la Bolivie et le Brésil (pour rappel : s’est déjà la dispute pour la culture du caoutchouc dans une région avec des limites territoriales incertaines). Il trouvera lors de ce (1er) voyage les traces d’une cité perdue, va convaincre la RGS et des mécènes de refaire une expédition.  Cette expédition se conclura par un échec. Fawcett va partir à la guerre (en Flandre – 1916), se retirer et réunir – avec son fils – une troisième expédition. Ils disparaîtront  (1926 ?) dans la forêt vierge…    

Die versunkene Stadt Z

James Gray a décidé de réduire dans son film les huit voyages de Fawcett en trois (unité sacrée) et son oeuvre n’est pas un « white-man-in-the-jungle movie » de plus (comme il souligne lui-même dans un entretien dans les Cahiers du Cinéma (mars 2017 n° 731) mais plutôt « l’histoire d’un blanc dans la jungle, dans la société anglaise de son temps et dans la guerre. »

Ce n’est donc ni Kurtz (Apocalypse now), ni la folie d’Aguirre (le film de W.Herzog), ni les aventures de Indiana Jones. Le film devient en fait un parfait « cocktail » de film d’aventure, de film intimiste et de portrait d’un homme obstiné (un peu comme les « héros » des précédents films grayien (qui s’élèvent toujours soit contre une société, soit contre des règles et/ou un clan, dans une ambiance de tragédies grecques).

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Ici point de tragédie grecque – si on fait abstraction des dernières scènes et notamment de la dernière image….. Ce côté anti-spectaculaire peut sembler être pour certains un peu neurasthénique et/ou soporifique, tandis que sur moi cela avait plutôt un côté envoûtant, même si je dois avouer que j’étais surpris du côté froid et presque rigide du film (à cause de la raideur british ? – même la photo n’essayait pas resplendir la forêt vierge ). L’ambiance se trouvait juste « réchauffée » par les (trop rares) scènes avec la lumineuse (et amoureuse) Sienna Miller (la femme de Percy F. laissée à la maison pendant des années, élevant des enfants et permettant, dans un véritable geste d’amour, à son aîné d’accompagner  son père)…. En ce sens, les dernières minutes du film sont très fortes (et on vient de regretter qu’il n’y en a pas davantage – ahhh les premiers films new-yorkais de J. Gray !!)

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Un extrait de la belle critique de « critikat.com » :

 

Film très attendu, très bien filmé, plus profond que ne laisse prévoir le pitch j- et je resterai un « inconditionnel » de James Gray qui – pour moi – transforme toute idée en or.

Enfin un petit rappel : Le roman d’aventures et de fantastique « Le Monde perdu » (The lost world) de Sir Arthur Conan Doyle (1913) – ami de Fawcett – a été inspiré des expéditions de Fawcett –  Hiram Bingham découvre en 1911 le Machu Pichu – Pérou et les trouvailles archéologiques dans les années 2005/2010/2011 et 2015 en Amazonie prouvent qu’il y avait bien des civilisations anciennes dans ce coin du monde.

 

 

 

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20th century women

Film de Mike Mills (réalisation & scénario) avec  Annette Bening (Dorothea), Greta Garwig (Abbie), Elle Fanning (Julie)…

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Chronique douce-amère à la fin des années 70 à Santa Barbara qui parle de la vie (et surtout des femmes – dans leur pluralité – à la sortie des années féministes et flower-power -, de la place des hommes, de l’adolescence, des premiers émois….) et jette un regard sur le monde (à venir).

Critikat.com résume parfaitement le cadre du film :

Dorothea Fields (Annette Bening), quinquagénaire qui fut aux premières loges des mouvements progressistes et contestataires des années 1960, voit grandir son fils Jamie dans une Amérique qui n’est décidément plus celle du flower power ni des luttes pour l’égalité. Dorothea elle-même est devenue une femme au foyer attachée aux symboles bourgeois de la réussite sociale : sa Ford brûlée au début du film, sa télévision, sa grande demeure en chantier, et surtout ses nombreuses actions dont elle surveille le cours chaque matin, avec l’aide de Jamie. La maison est également habitée par Abbie (Greta Gerwig), une jeune artiste punk quelque peu tourmentée, William (Billy Crudup), singulier homme à tout faire, et, plus sporadiquement, par Julie (Elle Fanning), la jeune voisine de dix-sept ans dont Jamie est secrètement épris. Après une brève mise en place, le récit prend son élan sur la base d’une alliance entre ces trois femmes d’âges différents. Dépassée par l’évolution de Jamie, qui entre en pleine puberté, Dorothea demande à ses deux acolytes de l’aider à accompagner le jeune homme dans son éducation, tant intellectuelle que sentimentale : à ce titre, Jamie apparaît moins comme une figure nodale que comme une surface réfléchissante qui lie chaque héroïne aux autres.    https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/20th-century-women/

Certains critiques et bloggeurs font un rapprochement avec le film Boyhood » (R. Linkater) : Je peux les comprendre un peu à cause du passage d’un garçon à l’âge adulte, les rapports de parentalité, dans un monde qui est en constante mutation, mais toruve que c’est quand-même un peu exagéré (tant l’approche, le récit, le rythme de narration – l’un décrit qqs semaines en une seule année, l’autre englobe une quinzaine d’années – , sont différents !).

Les « saynètes » se déroulent sur fonds d’une sorte de « carnet intime » et d’un récit quasi pointilliste (les scènes – parfois drôle, parfois empreints d’une gravité  – sont alignées parfois mollement avec de petites ou grandes ellipses) et d’un tapis musical (post-)punk  : Talking Heads , Siouxie, (les seuls 2 groupes qui me disaient qqchose), Devo, Buzzcocks, Suicide….(pas tout à fait mon style – je rejoins un tout petit peu Dorothea qui se demande pourquoi on ne peut plus faire de la « belle musique »).

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La granderemise.net écrit pour décrire la difficulté d’entrer dans le film (avant de clore avec une critique positive) ceci :

Mike Mills est donc un type très cool et son 3ème film commence très mal : entre Sofia Coppola, Spike Jonze et Noah Baumbach, 20th Century Women déroule avec coolitude toute l’imagerie cool de la Californie cool des cool seventies. Skate boarding nonchalant, omniprésence diffuse de l’océan, soleil tamisé, tons pastels, personnages cérébraux et extravertis à la fois, rien ne manque.     https://granderemise.net/2017/03/07/20th-century-women-critique/

Moi j’ai parfois perdu un peu l’intérêt pour l’ensemble (il y a pour moi quelques redites dans les scènes, un manque de resserrement), mais je suis resté aimanté par Annette Bening qui joue là une femme d’une cinquantaine, qui assume toutes ses décisions (plaquer le père du fils assez rapidement, entre autres) et tout ce qu’elle a vécu mais craint la solitude qui risque venir … et se pose une multitude de questions sur l’éducation (sans homme) de son fils et surtout, surtout projette ses problèmes et questionnements à elle sur le garçon (qui va plutôt bien, très bien et sain même). Les parcours de Abbie et Julie m’intéressaient un peu moins (mais elles « couvrent » ou représentent d’autres féminités….)

 

Cinephilia.com résume ainsi :

20th Century Women est un bon film. Souvent drôle et très touchant, il s’impose comme une oeuvre haute en couleurs et pétillante qui est rafraîchissante dans le paysage cinématographique. Le film n’en reste pas exempts de défauts en raison d’un manque de subtilité évident, d’une tendance à la citation pouvant agacer et une réalisation quelconque qui recycle les codes des productions indépendantes US. Pourtant avec son excellent casting et sa belle sincérité, 20th Century Women trouve le moyen d’apparaître comme un vrai vent de liberté dont il serait dommage de se priver.   http://cinephilia.fr/blog/critique-20th-century-women-de-mike-mills/

Tandis que Camillesefaitdesfilms attribue un « coup de cœur »

https://camillesefaitdesfilms.com/2017/03/19/coup-de-coeur-pour-20th-century-women/#respond

Le blog silence moteur action (avec les beaux portraits dessinés des trois actrices par Audry Planchet)

http://www.silence-moteur-action.com/critique-20th-century-women-remede-feminin-70s/

Moi, ce n’est pas un coup de cœur mais un chapeau bas pour parler, intelligemment et pleine de sensibilité (originale) de la Femme tout court.

 

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Une vulgaire histoire d’escroquerie

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7e roman de Tanguy Viel (Les Editions de Minuit)

Un court roman (174 pages) qui laisse la gorge sèche et le lecteur assez bouleversé de cette logorrhée (toutefois pas soûlante) d’un homme (Martial Kermeur) seul face à un juge jusqu’à un twist d’une humanité forte.

Contrairement aux autres livres de Tanguy V. (tel que « L’Absolue perfection du crime », « Paris-Brest » ou aussi « La disparition de Jim Sullivan » https://wordpress.com/post/lorenztradfin.wordpress.com/5693 ), l’auteur nous raconte dans son dernier né, avec une voix mélancolique, une histoire et n’en dévie jamais comme l’aurait fait un Echenoz p.ex ou comme il l’a fait dans le très cinématographique « …Jim Sullivan »). …

L’Obs (5.1.2017)  parle ainsi de l’histoire:

C’est l’histoire d’un pauvre – ou plutôt d’un demi-pauvre, car on est toujours le riche de quelqu’un d’autre – qui révèle à un promoteur avoir touché un paquet d’indemnités. C’est à Brest, comme dans presque tous les romans de Tanguy Viel : on est à l’aube de l’an 2000. L’arsenal a fermé, le pauvre a retrouvé un emploi de gardien, dans une sorte de château dominant « la rade », et qui appartient à la commune. Il y a la mer pour se noyer et une famille à protéger. Sauf que la famille a perdu sa femme, il ne reste plus que des hommes, embarqués les uns avec les autres : le narrateur, son fils et, à défaut de mère, un maire, qui porte le même prénom que le père, Martial, ce qui nous emmène un peu au-delà du drame intime, vers le politique : « Tout ça parce que moi, le socialiste de 1981, j’avais investi tout mon fric dans un projet immobilier. » Mais on a beau s’appeler Martial, il y a des guerres perdues d’avance.

Le promoteur sera véreux, le fils fera un connerie (et se trouvera en prison), Martial va tuer le promoteur (et se trouvera devant le juge), le juge jugera.

« Toute cette histoire, a repris le juge, c’est d’abord la vôtre. Oui. Bien sûr. La mienne. Mais alors laissez-moi la raconter comme je veux, qu’elle soit comme une rivière sauvage qui sort quelquefois de son lit, parce que je n’ai pas comme vous l’attirail du savoir ni des lois, et parce qu’en la racontant à ma manière, je ne sais pas, ça me fait quelque chose de doux au cœur, comme si je flottais ou quelque chose comme ça, peut-être comme si rien n’était jamais arrivé ou même, ou surtout, comme si là, tant que je parle, tant que je n’ai pas fini de parler, alors oui, voilà, ici même devant vous il ne peut rien m’arriver, comme si pour la première fois je suspendais la cascade de catastrophes qui a l’air de m’être tombée dessus sans relâche, comme des dominos que j’aurais installés moi-même patiemment pendant des années, et qui s’affaisseraient les uns sur les autres sans crier gare. » (p.59/60)

Bateau

Martial la raconte au juge (qui intervient peu), à son rythme, à sa manière, dans sa langue (qui pour moi c’est parfois un peu trop bien léché et/ou littéraire pour être vraie ou d' »un demi-pauvre » comme Martial….mais c’est quasi-enivrant de l’entendre parler comme le ressac de la mer, la mélancolie désabusée et poisseuse en plus, conscient du poids des années « qui s’affaisseraient les uns sur les autres sans crier gare« .

Un très beau roman court et dense qui parle parfaitement de notre époque et des désillusions (non seulement de l’après 1981). L’explication du titre arrive quasiment à la dernière page – qui illumine la nuit sombre du récit !

Une critique d’un blogueur que je suis sur Google+

 http://sansconnivence.blogspot.fr/2017/03/article-353-du-code-penal-de-tanguy-viel.html:

Tout le monde l’a dit, écrit, clamé, « Article 353 du code pénal » se hisse sans problème dans le palmarès des meilleurs romans de cette rentrée 2017. Je ne dirai pas le contraire. Cette confession devant un juge d’instruction d’un brave breton qui a poussé un autre breton à la mer possède tous les ingrédients de l’oeuvre que l’on oublie pas. C’est un assassin qui passe aux aveux et son monologue, juste entrecoupé de toutes petites relances de la part du juge, décrit par le menu les faits qui l’ont amené à ce geste ultime. 
Sous la plume inspirée de Tanguy Viel, cette banale histoire de crime devient une description au scalpel de nombreux faits de société. De la chute d’une petite bourgade brumeuse de bord de mer qui, aveuglée par d’hypothétiques bénéfiques touristiques va sombrer dans la tristesse poisseuse des chantiers abandonnés jusqu’à cette chape de plomb qui empêche tout ouvrier à pouvoir vivre un tant soit peu un rêve comme un atavisme qui n’a jamais pu s’effacer, toute la toile de fond du roman est empreinte de cette poisse sociétale. Et c’est dans ce maillage sociétal que le récit s’ancre et prend de l’ampleur avec le style si précis et si imagé de l’auteur. Il dissèque au plus près les tourments de son personnage et presque comme dans un roman policier dévoile peu à peu l’histoire, avec ses rebondissements mais aussi certains moments plus littéraires et hautement symboliques. 
Toutefois, et malgré la grande qualité de ce roman, je mettrai un petit bémol quant à l’intrigue qui par moment m’a semblé un tout petit peu tirée par les cheveux. Pour ne pas trop déflorer l’histoire, je n’ai pas tellement été convaincu par le manque de rebellion collective face aux agissements de celui qui a été assassiné ( le droit existe et nous protège quand même encore un peu ). 
Mais à part cette toute petite réserve, il reste évident que ce nouveau Tanguy Viel est l’une des pépites de ce début d’année 2017, virtuose et inspiré et avec final redoutable qui éclaire magnifiquement le livre et la réflexion du lecteur. 
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(Bretagne 2014)

Par ailleurs ma chère Louise Tanner, qui travaille (entre autres) pour la revue Eklektika me signale sa critique du livre (je peux l’avouer ici même que c’est elle qui m’avait signalé il y a très très longtemps « Paris-Brest ») – sa critique se trouve au milieu du texte du lien :

 

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Le grand saut

Une fois n’est pas coutume je reblogue un texte (+ des photos + de la musique) qui résonnent.

Océan de Couleurs

Les choses qui nous blessent et nous détruisent sont celles que l’on ne choisit pas, entreprenez plutôt que de subir. N’ayez pas peur d’échouer, rien ne sera pire que l’absence d’éternité.

Face au vide, vous doutez. Vous vous remettez en question et ce, en permanence. Vous prenez l’habitude, inconsciemment, de réfléchir à deux fois avant de parler, avant d’agir. La confiance qui vous habite devient étrangère. Comme une flamme, elle s’éteint pour un moindre coup de vent ou au contact d’une larme. Elle, qui était votre ombre, se détache peu à peu de son rivage. Vous vous situez au sommet de cette falaise. Vos pieds, regroupés de façon symétrique, vous figent au sol depuis des années. Chaque seconde supplémentaire creuse vos souliers, dans cette place qui vous définit. Elle porte un nom, un nom que vous connaissez. Vous en entendez parler à la télé, dans des bouquins voire même dans…

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Derrière chaque grand homme, se cache une femme

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Monsieur & Madame Adelmann (Nicolas Bedos) 

« Le Public aime » dit une suggestion de publication sur ma face FB (on rajoute des « sublime » « irrésistible » etc), mais, moins « touché » je dis simplement « Drôle de film ». J’ai vu Monsieur & Madame Adelman dans le cadre de ma série « soutien au cinéma français » : en effet, les 20 premières minutes sont exquises, drôles, enlevés, caustiques aussi. Ensuite cela se gâte un peu, disons cela devient très inégale (genre film à sketchs – 14 au total – pas facile de retracer la vie d’un couple des années 70 jusqu’à nos jours (2016) sans les passages obligés (« poncifs » dirait l’autre, « clichés » ne serait pas mal non plus ) que sont : la rencontre (forcément un coup de foudre), le mariage, l’ascension social, les enfants, le désamour/désintérêt, pourquoi pas le divorce et pourquoi pas se remettre ensemble après 5 années et ensuite…?

Le jour de l’enterrement de son cher et tendre écrivain à succès Madame raconte à un journaleux la vie du couple sans prendre des gants….(déroulement en file indienne des reconstitutions des diverses phases de leur vie)…point de départ d’une suite des moments « clés » du couple avec « à la clé » un « twist » à l’histoire (twist certes, mais subodoré pendant une partie du film). Dommage que  certains « sketchs » (notamment celui/ceux autour du 1er enfant du couple – pas très fût-fût – qui se coincent un peu (la limite de l’humour vachard et noir de N. Bedos – comme celui de la période « nouveau-riche » du couple – trop poussée et la moins  crédible pour moi) surcompensent des moments d’une émotion certaine chargé de mélancolie (face au temps qui passe).

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Certains  critiques parlent d’un N. Bedos qui souhaitait réaliser son « Citizen Kane »et  Critikat nomme le film « un Le Guepard en carton-pâte ….qui dissipe le spectre de Citizen Kane« , Les InRocks nous avertissent que N. Bedos « nous offre deux heures exténuantes d’un mélo boursouflé« . Je ne sortais pas exténué du film, juste un peu déçu de ce que les premières 20 minutes n’aient pas pu continuer davantage…., et un peu ballotté aussi… mais normale chez les Bedos, non ? Ils sont tour brillants, irritants, parfois attachants et des fois épuisants.

LA surprise pour moi c’était l’abattage et la présence incroyable à l’écran de Mme. Adelman (Doria Tillier, compagne à la vie – réelle – de Nicolas B. aussi ) dont le sourire illumine et dont l’abattage admirable pousse Nicolas Bedos à la marge (gauche) de l’écran.

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« Au-delà du rire, le cinéaste en herbe sonde l’amour, sa durée, sa fragilité et sa force enfin qui fait qu’on y revient toujours malgré la guerre de la passion, l’essoufflement des sentiments, l’incompréhension entre les sexes, la perte de soi…  Car le couple devient vite un refuge, un abri qui nous met hors de portée des tempêtes, excepté de celle que provoque en nous cette altérité à demi-fusionnée à notre être. De toute manière, l’amour fou est affaire de non-choix. Toujours est-il que du premier instant jusqu’au dernier, Sarah est le guide, le Pygmalion sans lequel la créature créatrice n’a plus en elle le miel de l’inspiration. Ces femmes sont incroyables : si fortes malgré des attaches fines. »  http://radio-londres.fr/2017/03/adelman-cest-la-femme-qui-fait-lhomme/

En somme un film souvent agréable, grâce aux acteurs, gourmand en mots d’auteurs, vacheries de tout genre mais pas davantage.

 

 

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L’indolente – Le mystère Marthe Bonnard

Voici un livre de la peintre, psychanalyste et écrivaine Françoise Cloarec autour de Pierre Bonnard et Marthe Bonnard (Maria Boursin).

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F. Cloarec pose une question centrale : « Qui est Marthe Bonnard ? » sans pour autant pouvoir donner une réponse tranchée, mais en puisant dans une bibliographie immense (10 pages de 226 notes et 7 pages d’indications bibliographiques – un joli paquet je vous dit, qui donne envie de se jeter dans quelques’uns de ces livres/textes) elle nous présente en un grand diaporama de la vie du couple (lui le peintre, elle son modèle et béquille de sa vie : 1893 – 1942/1947) et surtout d’une époque charnière de l’art.

En effet, les 325 pages du livre fourmillent de noms illustres (la bande des Nabis au début autour de Vuillard et Valloton, Matisse, Giacometti, Brassaï, les Hahnloser (Arthur et Hedy), Signac, Picasso (qui détestait la peinture de Bonnard), Manguin, Marquet… et de dizaines d’autres, nous offrent des extraits de textes d’une richesse (pour moi) inouïe.

Pour accompagner et illustrer ma lecture j’avais posé, à côté de moi, le catalogue de l’exposition « Bonnard – l’oeuvre d’art, un arrêt du temps » ( vue le 8.2.2006 au Musée d’Art Moderne de Paris )

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(pour rappel : « …..Cette exposition est très belle, très intelligemment conçue. Elle réhabilite, s’il en était besoin, Bonnard pour ce qu’il est : un très grand coloriste et un superbe artiste, un précurseur de la modernité plus qu’un post impressionniste égaré dans son siècle.
Le catalogue qui accompagne cette exposition est fort bien fait, avec des textes explicatifs de haute qualité et des illustrations qui démentent ce qu’un critique anglais, Howard Hodgkin, a écrit : « Ses tableaux passent mal aux reproductions parce que la délicatesse de la touche est quelque chose qu’il faut ressentir physiquement ». Certes il vaut mieux voir un original que sa reproduction, et vous en avez actuellement une superbe occasion au Musée d’Art Moderne de Paris. Néanmoins, voir et revoir les tableaux reproduits dans cet excellent livre vous donnent, comme l’a dit son dernier modèle Dina Vierny, « des coups de pinceau en plein cœur » qui arrêtent le temps.) »
http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/11247

Mais revenons au livre.

Structuré en assez courts chapitres (54 de 4 – 7 pages chaque fois), numérotes et assortis d’une indication d’année, il retrace la rencontre de Pierre et Marthe/Marie, leur vie commune, leurs voyages, leurs amis, les expositions, leurs maladies/morts et (je l’avais oublié tout simplement : les années de la bataille juridique autour du héritage de P. Bonnard. Cette bataille (d’une durée de 15 ans !!) est née du fait que Pierre Bonnard avait, 9 mois après la mort de Marthe/Marie, fait un « faux » léguant le patrimoine de sa femme à lui (« heureusement » pour l’issu des procès, il avait daté ce testament 9 mois après la mort de sa femme (!)), procédé certes pas très propre mais compréhensible puisque il partait de l’idée que sa femme n’avait, comme elle le proclamait depuis toujours, pas/ plus de famille, ce qui s’avérera être un mensonge que Françoise C. essaie de comprendre/élucider aussi.

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Un peu d’information sur ce dernier sujet : Le testament Bonnard raconté par Daniel Wildenstein : http://www.lexpress.fr/informations/daniel-wildenstein-raconte-5-le-testament-bonnard_634497.html

Par ailleurs je m’excuse d’emblée de ne pas avoir cherché les titres de tous les tableaux.

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Bonnard et Marthe/Marie qui « s’est  incarnée dans la passion de la peinture » (p.246)…. « Pierre et Marthe ont transformé un coup de foudre en une longue histoire d’amour, un élan spontané en plusieurs décennies d’attachement. Si elle ne vit plus dans le monde de la réalité, elle vit toujours dans l’oeuvre. » (p. 245). Pourtant Pierre Bonnard n’était pas un Saint….. certes « seul le désir de créer compte » et « Marthe est indissociable de la peinture…(…) Plus que de l’amour, Pierre a la nécessité de son corps pour mettre en forme quelque chose d’irremplaçable » mais il y a aussi Renée Monchaty, aussi blonde que Marthe était brune (illustration de droite) , modèle dans de nombreux portraits du peintre, nue elle aussi, qui elle se suicidera quelques semaines après le mariage du peintre avec Marthe/Marie, ou aussi Lucienne Dupuy de Frenelle (morte de maladie en 1927) (illustration de gauche). Le ménage à trois (voir quatre – donc reflet probable aussi d’une incapacité de choisir) fait dire à Bonnard un jour « Vous savez, je ne suis pas très courageux… » [Sacrifier Marthe pour vivre avec Renée demanderait une énergie folle dans tous les domaines. Cette jeune femme a une attente de lui qu’il n’est pas sûr de pouvoir combler. Or, cette énergie, il en a besoin pour peindre.(p.145)]

Bonnard et ses promenades (et notes dans ses carnets – il fait « provision de vie » et « revient de chaque promenade avec une nouvelle tonalité de bleu, de vert, de jaune dans la tête. Sur la toile les ombres deviennent miellées, orangées. » (p. 194)

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Marthe/Marie et ses crises, maladies, joies… Toute sa vie Bonnard a peint sa femme – éternellement jeune – souvent de mémoire, à partir de dessins, toujours renouvelée

et toujours les réflexions sur l’art de Bonnard, sa manière de peindre « qui ressemble à une chorégraphie lente. Le fusain ou le crayon grattent sur la feuille, caressent, reviennent, hésitent, gomment. Il trace de grandes lignes, recule, s’arrête, se rap- proche, ferme un œil, puis l’autre, s’approche encore, regarde, recule, s’arrête, regarde mieux, découpe le champ de son regard avec les mains pour isoler une partie de la toile, qu’il retourne. Si elle résiste, tient au regard a l’envers, tout va bien. D’un geste familier, il frotte son chiffon. La pâte se mélange, il la prend rapidement a l’aide d’un pinceau dur. Par moments, il ne veut plus d’intermédiaire, son doigt porte la matière. Les couches s’ajoutent aux sous-couches. Il attend que la couleur tout juste posée sèche pour en ajouter une autre. Les contours doux, l’œil circule sans heurt. Il va, il vient, chantonne, se frotte les mains, le monde extérieur n existe plus. La nuit intérieure se défait dans la création. »

Et encore toujours le « jaune » (on n’en mets jamais assez dans les tableaux aurait-il dit un jour) – ah son « L’omnibus »…(ici des intérieurs au Cannet)

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Roman (?), récit biographique romancé, enquête sur une femme attachante, fragile, revêche aussi avec une multitude de réflexions sur les geste de l’artiste, et surtout sur le couple et ce qui l’unit.

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J’ai passé d’excellents moments (avec le livre et le catalogue cité dessus – ainsi que celui des Nabis (1993/94 à Paris).

 

 

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Arturo Ui & Oui

Vu la pièce à la MC2 de Grenoble « La Résistible Ascension d’Arturo Uri » de Bertolt Brecht (écrite en 1941 !), en tournée en pleine période pré-électorale.

La dernière fois que j’ai vu la pièce c’était (encore à Paris): 1993, avec Guy Bedos dans le rôle titre, mise en scène par J. Savary qui avait placé le tout dans le Chicago des années 30 et la pègre… Là, cela n’a plus rien à voir, et sera plus proche de nous….

Dominique Pitoiset, lui, nous avait, il y a 3 ans et demi proposé un Cyrano de Bergerac dans un hôpital psychiatrique. Dans cette nouvelle production, le décor « clinique » (une morgue à « tiroirs multiples » – d’ou sortent les pieds de cadavres)  m’a semblé tout aussi glaçant que celle du Cyrano.

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…Et mettre en scène La Résistible Ascension ici et maintenant – en France en 2017 –, ce n’est surtout pas monter une production historique, surtout pas mettre l’intrigue à distance de notre époque en réduisant le propos à une simple dénonciation de l’hitlérisme. C’est plutôt mettre ses pas dans ceux de Brecht et s’attacher à distinguer non seulement Hitler derrière Ui, mais surtout, derrière Hitler, les mécanismes qui rendent possible – y compris aujourd’hui – une telle prise de pouvoir. Il est trop facile de se rassurer en jouant à situer le fascisme derrière nous, quand il menace d’être devant, voire sous notre nez. Si « le ventre est encore fécond d’où est sorti la bête immonde », le miroir que nous tend la pièce nous renvoie peut-être, de notre situation, une image plus inquiétante que jamais – et le théâtre a toujours son rôle à jouer dans la dissection de ce ventre-là. (extrait du programme – Note d’intention, D. Pitoiset )

Par ailleurs, la pièce a été re-traduite/-travaillé de l’allemand par Daniel Loayza (partant de la version de l’édition de poche de chez Suhrkamp et sur l’adaptation faite par Heiner Müller en 1995)

Certes, on est dans un  théâtre proche du populaire, parfois les effets sont peut-être un peu faciles (les « 50 ans et je n’ai encore rien » dit par Arturo et sont regard appuyé sur son poignet vide de montre, la danse d’Arturo avec Rom sur « Besame mucho », la croix gammée avec les cendres de Dolfus, que Torreton chasse et piétine lors des ovations, la marche Radetzky (video avec Karajan, dont l’engagement avec les nazis était bien connu) et le défoulement des acolytes d’Arturo…

Mais dans l’ensemble, comme à « son habitude » je dirais, Dominique P. nous capte parfaitement grâce aussi à un P. Torreton qui joue à la perfection cette farce cynique qui à l’époque de Brecht faisait penser à Hitler, mais qu’ici, débutant avec une histoire de corruption et d’arrangements, nous fait penser au monde politique d’aujourd’hui (p.ex. Cahuzac, Fillon….)… Shakespeare et son Richard III ne sont pas loin, même si c’est le fameux monologue de « Jules César » qui  sera cité.

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Pour Brecht, ce n’était pas une production historique mais une pièce destinée à faire réfléchir sur des mécanismes et des événements tout à fait contemporains de son écriture. Et il s’est servi de Richard III de Shakespeare entre autres comme d’un patron pour découper, mettre à la fois en forme et à distance le récit de la prise de pouvoir par les nazis. Il ne s’agit pas pour nous, aujourd’hui, de raconter l’histoire d’Hitler ou de faire comme si on éclairait automatiquement le présent, car les situations historiques sont très différentes. Mais je crois que par son thème, par son ton, par son intelligence ironique, par son démontage de la théâtralité du pouvoir et à l’heure du tout médiatique, la pièce résonne terriblement avec notre monde. Et c’est ce que je vais essayer de montrer en proposant aux spectateurs un miroir où la distanciation ne sera pas synonyme de profondeur historique. (extrait du programme – D. Pitoiset c’entretient avec ME. Galfré

Utilisation de la vidéo (« images choc ») : ça commence avec la retransmission du chœur des esclaves de « Nabucco » ( Verdi) un soir de mars 2011 sous la baguette de Riccardo Muti, ou l’ensemble (!) de la salle reprend le fameux chant pour dénoncer la politique de Berlusconi, chant par ailleurs repris plus tard (par tous les acteurs, comme lors d’un meeting électoral et comme chantant la Marseillaise)….pendant qu’à l’écran on voit l’embrasement de la rue, des scènes de batailles, le Reichstag et/ou une voiture de police en flammes etc…)

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Enfin, belle fin sur « Carmina Burana », après l’accession au pouvoir, Ui s’adresse au public dans un discours à la Nation, mais le son de sa voix coupé  – on voit qu’il bouge les lèvres, fait ses gestes reconnaissables parmi tous (devant des écrans multipliant les drapeaux tricolores – comment ne pas penser aux meetings, dont le dernier en date, dimanche, à Paris, place Trocadero (Fillon) )? Et en surimpression 3 mots – les plus forts ! – projetés à l’écran :  Autorité. Inégalité. Identité.

Ça claque, ça cogne, n’est donc pas d’une subtilité au-dessus de tout soupçon, mais pour montrer/rappeler que Hitler a fait des émules, qu’il suffit parfois d’une volonté inaltérable, prête au pire, une énergie brute, condensée, inflexible… (j’arrête là !) – et ça P. Torreton nous l’incarne parfaitement.

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