Don Giovanni au Japon en deux actes

Avant de m’immerger dans la lecture des 5 livres de la sélection du Prix Caillé 2019 (de la  Société Française des Traducteurs – SFT) dans le cadre de mon travail de jury de ce prix éminent récompensant un traducteur/une traductrice en début de carrière dans l’édition… j’ai fait un voyage virtuel au Japon, avec les deux livres (tomes) du « Meurtre du Commandant » de Haruki Murakami.

Le meurtre du commandant 1 & 2

Drôle de roman(s)…. qui mélange(nt) réalisme (aussi bien la vie de tous les jours dans sa splendeur du quotidien que la nature) et monde imaginaire (les « Idées » et « Métaphores » qui prennent vie et s’insinuent dans la vie « réelle ») en y rajoutant des réflexions sur l’Art, la Musique (classique & jazz) et tous les 50 pages quelques jolies scènes érotico-porn (soft toutefois). Un big bisou-merci à D. qui m’a prêté les deux livres.

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Le héro-narrateur est peintre (de portraits avec l’aspiration de faire des œuvres artistiques d’un autre calibre). Il nous apprend que sa femme le quitte (elle a une liaison avec un autre homme) et le lecteur va assister au cours des premières pages à un voyage de plusieurs mois dans le Nord du Japon – jusqu’à ce qu’il s’installe dans la maison-atelier du père (peintre de Nihonga réputé – désormais dans un « Ephad ») d’un ami d’enfance. La maison se trouve dans un coin reculé dans un paysage vallonné et boisé. La retraite pratiquée ainsi va permettre au narrateur en panne d’inspiration de retrouver sa voi(e)x:

a) un acceptant de faire le portrait d’un homme muy muy rico (Wataru Menshiki = absence de couleur)

b) en trouvant dans le grenier de la maison-atélier un tableau dont les personnages semblent sortis tout droit de l’opéra « Don Giovanni » de Wolfie (il faut savoir que la maison est plein de disques d’enregistrements de musique classique (tout y passe, dans les meilleures interprétations))

c) en recherchant l’origine de quelques événements bizarres qui se produiront et déclencheront une foultitude de mini-évènements

d) en se mettant – en partie à la demande de M. Menshiki – à faire le portrait d’une jeune fille (quasi-voisine)

e) en prenant du bon temps avec deux mamzelles mariées du coin ….

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Tout ce que j’évoque ici est mis en route dans le tome I et développé avec forts accents mystico-platoniciens (avec le « réveil » et sortie du tableau d’un des personnages du tableau Giovanni-esque sanguinaire – et surtout la disparition de la jeune fille …. pas à la perle, mais au jean troué….)

Alors comment dire – en tant que lecteur assidu – aucun mal à dévorer les presque 1000 pages – et cela malgré bon nombre de répétitions (dues je pense – aussi – au caractère feuilletonesque des chapitres), un penchant (pour moi parfois énervant) de nommer les marques de voitures (Subaru, Jaguar, Volvo et autres Prius…), de nous expliquer en détail les plats, boissons ingérées, de nous proposer aussi parfois des dialogues digne d’une série télé (en fait Murakami ne brille pas par un style d’écriture enlevée – ou est-ce la traduction du japonais par Hélène Morita avec la collaboration de Tomoko Oono ? – même s’il surprend parfois – positivement – par des formules du genre : « j’écoutais le temps mourir« )  )…. Mais après quelques pages « diluées et trop « plates » pour accrocher le lecteur fermement surgissent d’un coup de (très) belles réflexions (pensées) sur la réalité (réelle, palpable) et celle, apparente (rêve? autre dimension – parallèle?)

« Dans notre vie, il est fréquent de ne pas pouvoir discerner la frontière entre le réel et l’irréel. Et il me semble que cette frontière est toujours mouvante. Comme une frontière entre deux pays qui se déplacerait à son gré selon l’humeur du jour. Il faut faire très attention à ces mouvements. Sinon, on finit par ne plus savoir de quel côté on se trouve.«  (Tome I – p. 278)

S’ajoutent à cela de beaux passages sur Vienne (avant et après l’Anschluss), sur la musique (Don Giovanni bien entendu, Tosca, Schubert…) et la peinture (et leur perception et/ou création dans le doute et questionnement), ou d’autres sujets comme les relations hommes-femmes (les drôles de 5 à 7 – en rêve aussi) et la douleur du désir non-partagé…(un passage qui a résonné fortement en moi: la « paralysie que le cœur d’un humain déclenche automatiquement afin d’apaiser l’atroce souffrance causée  par le désir de l’autre lorsque celui-ci n’est pas  partagé. »)

 

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un porte-bonheur de ce type joue un rôle

Tout le « sel » (shio) de ce roman étant l’irréel, la personnification des « Idées » et « Métaphores » qui prennent vie, je suis toutefois peut-être quand-même resté un peu en dehors dans ses parties  « fantastiques » …. mais toujours ramené j’étais (pour parler comme le « commandeur) par les passages sur les sentiments enfouis profondément en nous et nos motivations et ou mobiles (internes) qui restent parfois un mystère pour nos semblables, puisque chacun de nous a son passé, et vit différemment la vie, la mort, l’amour, le sexe, la ma-/paternité….

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Curieusement les passages sur la difficulté pour le peintre de faire des portraits m’ont incité à regarder – par ricochet – plus intensément les portraits (que j’ai en carte postale !) du peintre H. Craig Hanna (j’adore !) …. cela n’a rien à voir avec le Japon mais quand-même…(peut-être un peu avec les « vides » des Nihonga)

Craig Hanna

Et drôle de coïncidence encore – ma chère amie T. parlerait de synchronicité….- Le Monde publie ce jour (18.7.19) un entretien avec Murakami…:

« ….Dans votre dernier livre traduit, « Le Meurtre du Commandeur » (Belfond, 2018), ce parcours que l’on fait pour aller chercher l’inspiration au fond de soi est mis en scène et métaphorisé. Ce roman constitue-t-il une réflexion sur la ­création artistique ?

Lorsqu’on descend au fond de sa conscience, il y a des choses que l’on voit, des bruits que l’on entend, et c’est tout ce matériel qu’on rassemble pour le remonter à la surface. Une fois que l’on dispose de ces éléments, il suffit de les agencer. Moi-même je ne sais pas comment se fait ce travail, c’est mystérieux. Si on écrit dans la logique, ce n’est plus une histoire qu’on raconte, mais une suite d’affirmations. Une histoire est belle parce qu’elle n’est pas explicable.

Dans la littérature japonaise, il existe, de longue date, une veine personnelle, qui exprime des sentiments très intimes. Mon œuvre, au contraire, s’inscrit vraiment du côté de l’imagination, elle n’en est que le ­développement. D’ailleurs, au début, mes romans n’étaient pas très appréciés, car ils paraissaient trop différents de ce qu’on avait connu jusque-là au Japon.

Lorsque je vais au fond de ma conscience, que je rassemble les éléments que j’y ai trouvés pour raconter une histoire, et que, en ­lisant mon livre, vous vous sentez en empathie, il y a fort à parier qu’il y a des émotions communes entre nous deux, au fond de nos deux consciences. Et c’est l’émergence de ce lien-là, entre l’auteur et le lecteur, qui ­m’intéresse……

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Féroces Infirmes

Victoire de l’Algérie à la CAN…. au point nommé pour vous parler d’un roman dans lequel l’Algérie joue un rôle (très) important. Roman par ailleurs à lire en contre-point ou complément à « L’Art de perdre » de A. Zeniter.

Feroces Infrmes

Présentation de l’Éditeur (Gallimard) (4e de couv’):

«Jean-Paul Aerbi est mon père. Il a eu vingt ans en 1960, et il est parti en Algérie, envoyé à la guerre comme tous les garçons de son âge. Il avait deux copains, une petite amie, il ne les a jamais revus. Il a rencontré ma mère sur le bateau du retour, chargé de ceux qui fuyaient Alger. 
Aujourd’hui, je pousse son fauteuil roulant, et je n’aimerais pas qu’il atteigne quatre-vingts ans. Les gens croient que je m’occupe d’un vieux monsieur, ils ne savent pas quelle bombe je promène parmi eux, ils ne savent pas quelle violence est enfermée dans cet homme-là. 
Il construisait des maquettes chez un architecte, des barres et des tours pour l’homme nouveau, dans la France des grands ensembles qui ne voulait se souvenir de rien. Je vis avec lui dans une des cités qu’il a construites, mon ami Rachid habite sur le même palier, nous en parlons souvent, de la guerre et de l’oubli. C’est son fils Nasser qui nous inquiète : il veut ne rien savoir, et ne rien oublier. 
Nous n’arrivons pas à en sortir, de cette histoire.»

Un livre qui cite en exergue Le Corbusier à côté de James Salter ne peut pas être mauvais.  Ce dernier né de Alexis Jenni dont j’ai lu il y a pas si longtemps « La conquête des îles de la terre ferme » est pour moi un formidable puits sensoriel. En trois parties (Le temps des pères, Le monde des hommes et Le chemin des fils) Jenni nous balade entre les années 50 finissant à Villeurbanne, ’60 en Kabylie et Alger et plus tard (1962) à Lyon ainsi que le Lyon des années 2015.

« Alger nous tend les bras, grand amphithéâtre blanc teinté de rose, la ville arabe sans rue visible s’étale comme un glacier qui dévale la pente. » (p. 112)

Alger

« Je n’aimerais pas que mon père atteigne quatre-vingts ans. II en a soixante-quinze, il a bien vécu, je ne sais plus comment l’écouter, je ne sais plus comment lui parler, je ne veux plus l’entendre. Je ne veux pas sa mort, ce n’est pas ça, mais je ne sais pas comment faire pour que ça s’arrête. Quoi ? Ce qui brûle en lui, ce qui rayonne par sa parole. Que ça s’arrête, ce radotage, cette vitupération et cette hargne, que ça s’arrête ce récit de sa jeunesse violente qu’il radote à chaque tour avec de nouveaux détails, des détails cruels que je découvre.  » (le début du roman)

L’allemand que je suis a toujours eu un intérêt pour cette période du « conflit algérien » et de la déclaration d’indépendance qui à mon avis n’ont pas encore été bien digérés (ni dépassés), du coup c’est fascinant de lire, de plus dans un magnifique langue,  ce roman extrêmement bien construit autour d’un traumatisme qui perdure quelques générations plus tard.

Va-et-vient entre la vie d’un père et de son fils, différents mais intimement liés, racisme ordinaire (et/ou latent), horreur de la guerre, des violences pour nous dire ou plutôt proposer (sans nous forcer la main et de nous demander nous joindre aux cris) une explication qui n’en n’aura pas le nom du pourquoi du comment d’hier et d’aujourd’hui.

Le fils vit aujourd’hui avec son père au quartier La Duchère à Lyon « conçu par un architecte qui avait le sentiment de construire la ville de demain, aérée, verdoyante, avec des logements vastes, lumineux, confortables… Cette utopie urbaine a d’abord accueilli les pieds-noirs rapatriés. Plus tard, le quartier va se paupériser et se dégrader. C’est là que vivent le narrateur et son père, ancien activiste de l’OAS qui n’a rien renié, et sur le même palier la famille Abane dont le grand-père fut un héros du FLN … »(entretien avec Jenni)

La duchère

Le père ayant travaillé comme maquettiste pour une agence d’architecture on est au premières loges sur les réflexions « philosophiques » de la conception « futuriste » de ce type de quartier décrié aujourd’hui.

« Quand notre cité sera finie, on vivra mieux, avec soulagement. Le soir, les ouvriers quitteront les usines du val de Saône déjà obscur, et ils monteront vers leur acropole encore éclairée des lueurs roses du couchant, ils rejoindront les grandes barres que nous installons au bord du plateau comme autant d’écrans de cinéma, de falaises verticales, de sommets enneigés qui captent les dernières lueurs du jour avant la nuit.  » (p. 256)

Toutefois le jeune homme va partir à la guerre et reviendra transformé à jamais (oui, le lecteur assiste à des horreurs)… même s’il a eu « la chance » de rencontrer sa/une femme, la future mère du fils, sur le bateau du retour. (belles pages par ailleurs !). Toutefois son « retour » sera difficile….

Le fils aujourd’hui, séparé de sa compagne (qui n’en pouvait plus de son « infirmité de sentiments »), s’occupe de son père mais n’en peut plus non plus. Il observe les trafics et gue-guerres et/ou préparations terroristes d’un autre genre que celui que son père a commis dans les années 60. violence et de haine dans cette cité conçu pour un future (qui s’avère être noir) … Jenni termine son roman ainsi :  « La décomposition n’était pas encore visible, mais elle savait. Un noyau de colère en fusion, caché sous le béton de sa belle apparence, et que rien ne parvenait à refroidir, irradiait l’ensemble de la photo de ses radiations toxiques silencieusement rayonne, invisible et toxiques. On ne voyait rien encore, mais cela viendrait ».. ».

Ces derniers mots illustrent bien que Jenni a écrit un beau texte dans lequel l’architecture, l’urbanisme est la métaphore d’un monde qui tombe en rade… et ce n’est pas beau à voir, ni le passé ni le présent

Un très beau roman, pas de tout repos mais indispensable comme un scalpel pour une opération à cerveau ouvert.

 

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Recherche de fraîcheur

DSC_0558Dans la période de surchauffe des dernières semaines j’ai réussi à me réfugier deux fois un dimanche dans les montagnes… en semaine c’est malheureusement difficile…. sera plus facile une fois à la retraite…..

Lac Achard

Un classique de la région. Départ de la station Chamrousse. Voir aussi ici

Départ à 1700 m environ de la station qui a le charme désuet d’une station moyenne montagne en été… avec ses VTT…. et les squelettes des remontées…. (mais presque 10 degré de moins que dans la ville – le dimanche en question : à GRE 39°C – là-haut vers midi autour de 27/28°C.)

Petite marche/montée d’une heure (en temps normal) – là un peu plus long, puisque des pauses à l’ombre des arbres…

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Moins de monde au Lac qu’à d’autres circonstances.

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On pouvait bien se faire plaisir dans l’eau. Drôle d’instantanés à deux moments : un couple « amoureux » au 1er plan et un couple dont la femme était en burkini. Le contraste était encore plus saisissant un peu plus tard, puisqu’une femme en monokini faisait fi à « la morale » d’autres.

Le retour dans la ville (n’oublions pas que GRE se trouve dans une cuvette – et que le Centre ville, notamment le quartier dans lequel j’habite a été construite avec une utilisation – nouvelle à l’époque – du Ciment Vicat… on fait mieux pour avoir des nuits cools…)

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Lac de Crop

Autre dimanche – autre journée « chaude » (37° à GRE) , là haut sous les nuages il fallait même mettre un sweat shirt….. On respirait…

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2 heures de montée – la plupart du temps sous les arbres…. un vrai plaisir.

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On voit bien les cascades du Crop – le lac se trouvant sous les rochers en haut… et sort là par infiltration, d’ou la multitude de cascades.

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De plus un bon bout lelong le murmure du Crop…. qui en soi est déjà rafraîchissant.

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En haut picnic – et silence « réligieux » – le Lac était trop frais pour se baigner…

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La transparence du temps – L’arrivée obscène de la vieillesse

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Présentation de l’Editeur (Metaillé)

Alors qu’il approche de son 60e anniversaire, Mario Conde broie du noir. Mais le coup de fil d’un ancien camarade de lycée réveille ses vieux instincts.

Au nom de l’amitié (mais aussi contre une somme plus qu’honorable), Bobby le charge de retrouver une mystérieuse statue de la Vierge noire que lui a volée un ex-amant un peu voyou.

Conde s’intéresse alors au milieu des marchands d’art de La Havane, découvre les mensonges et hypocrisies de tous les “gagnants” de l’ouverture cubaine, ainsi que la terrible misère de certains bidonvilles en banlieue, où survit péniblement toute une population de migrants venus de Santiago.

Les cadavres s’accumulent et la Vierge noire s’avère plus puissante que prévu, elle a traversé les siècles et l’Histoire, protégé croisés et corsaires dans les couloirs du temps. Conde, aidé par ses amis, qui lui préparent un festin d’anniversaire somptueux, se retrouve embarqué lui aussi dans un tourbillon historique qui semble répondre à l’autre définition de la révolution : celle qui ramène toujours au même point.

Un voyage éblouissant dans le temps et dans l’histoire porté par un grand roman plein d’humour noir et de mélancolie.

Un nouveau « Condé » traduit par Elena Zayas

Mario Condé, un ancien policier, désormais sexagénaire, et personnage récurrent de certains roman de Padura, pour une  intrigue dont, au moins pour moi, le côté policier (les qqs cadavres), n’est que prétexte pour nous relater, empreint de nostalgie, mélancolie aussi et un certain réalisme poétique, le Cuba d’aujourd’hui, dont Padura nous dépeint des favelas habités par des « immigrés » plus pauvres encore que les Cubains citadins….. dépaysement garanti avec un zeste d’humour parfois cyniquement cinglant.

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Mais Padura ne parle pas seulement du temps présent. Le lecteur aura l’occasion d’observer quelques instants de la « vie » de la statue de la Vierge Noir (sur le vieux continent – du temps des croisades et/ou de la guerre civile en Espagne… ) apprend des choses sur la Vierge de Regla (et les fêtes et croyances autour)

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Instantanés de la vie quotidienne, valeurs de l’amitié, l’alcool, son amour pour la belle Tamara…. , Creedence Clearwater, Callas…..  des réflexions sur le marché de l’art…., des sujets formidablement bien liés et distillés qu’on a parfois déjà pu lire dans « Hérétiques » p.ex. ou « L’Homme qui aimait les chiens » … ou voir dans la « série » Netflix « Quatre Saisons à la Havane » basé en partie sur le cycle « Les Quatre Saisons »…. cette fois rehaussé par des considérations sur la religion, la/les croyances….

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Çà coule doucement, paresseusement, n’est jamais trépidant (malgré deux-trois accélérations) et ne donne pas vraiment envie d’aller à Cuba….

« L’Évidence d’un nombre couperet, dont même la sonorité était effrayante (soixante, un sifflement qui vous hante, sssoi-sssante),lui était apparue comme la preuve incontestable que son physique (lombaires, épaules et genoux rouillés; foie enrobé de graisse; pénis de plus en plus indolent) et son esprit (rêves, projets, désirs mitigés ou à jamais perdus) annonçaient depuis quelque temps l’arrivée obscène de la vieillesse ... » (p.10 sur 448)

Pour être honnête je n’étais pas aussi emporté que par « Hérétiques » (lu en 2015) – pour moi les « voyages » dans les temps moyenâgeux n’apportaient pas autant de profondeur que dans ce dernier – mais il y a un ton, une nostalgie, une vue sans ambages sur ce qu’est devenu Cuba qui rendent ce roman d’une richesse qui fait du bien dans ces temps ou tout doit aller vite…. et qui me mettront sur la voie des prochains de ses romans.

Pour mon amie Simone c’était un coup de cœur :

https://lectriceencampagne.com/2019/01/27/nla-transparence-du-temps-leonarda-padura-metaillie-bibliotheque-hispano-americaine-traduit-par-elena-zayas/

 

 

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Nevada – The mustang

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Un beau petit (premier) film d’une Française aux Etats-Unis (en VO svp !!) avec un Matthias Schoenartz jouant magnétiquement au gros dur solitaire au cœur (bientôt et progressivement) tendre… on marche à donf’ surtout dans un paysage de rêve (le Nevada de nos chers néo-Western – on dirait le paysage des « Misfits »).

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Un beau petit (1er) film tout simplement, avec ces petites faiblesses, un Matthias Schoenartz magnétiquement en gros dur au cœur (peu à peu sensible) . Il joue un prisonnier genre taiseux qui passe de centre d’emprisonnement à un autre (et se trouve souvent en cellule d’isolation). Par un concours de circonstances, il va devoir/pouvoir s’occuper de chevaux sauvages (dont on apprend au cours des 1eres minutes du film qu’il y en a encore plus de 50.000 en liberté et qu’on en capture une partie chaque année – soit pour les tuer, soit pour les faire « domestiquer » (parfois sous la houlette de prisons) et vendre ensuite au patrouilles des frontières, la police sur cheval etc…) .. Lui qui a aucune expérience avec les chevaux…. 

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Le « sauvage » qu’il est devra/va donc s’occuper d’un autre « sauvage » et « indomptable » et il découvrira à travers le lent processus d’apprivoisement (mutuel) « sa part d’humanité ».  Ce côté « rédemption » et/ou « pardon » pourrait, sur le papier rebuter plus d’un, mais il faut convenir que Matthias Schoenartz (qu’on a déjà vu dans des rôles comparables) sait y faire pour nous passer ce beau parcours.

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Matthias Schoenaerts (left) as Roman Coleman and Gideon Adlon (right) as Martha in Laure de Clermont-Tonnerre’s THE MUSTANG, a Focus Features release. Credit : Focus Features

Laure de Clermont-Tonnerre, la réalisatrice, rajoute à la description parfois limite documentaire (et donc empreinte d’un réalisme fort) une petite intrigue autour d’un co-détenu caïd sur les bords ainsi que 3 « intermezzos » sous forme d’entretien avec/visites de la fille (enceinte) de notre dur à cuire. Elle en a gros sur la patate mais doit constater, comme nous, que son papounet change au contact de « son » animal. Et tout cela sans tire larme, sobre, comme l’est le jeu sensible sous le masque empreint de mutisme de M.S.

De plus, le tout est rendu en 1h30 sans graisse, avec qqs moments cinéma (la chasse des mustangs, la nuit de tornade – et les chevaux réfugiés dans la cuisine de la cantine de la prison….) – J’ai passé un très beau moment.

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Matthias Schoenaerts stars as Roman Coleman in Laure de Clermont-Tonnerre’s THE MUSTANG, a Focus Features release. Credit : Focus Features

PS – Au même moment (j’y suis allé seul) d’autres amis ont vu « La femme de mon frère » (Monia Chokri) – 1h57 – et personne n’a aimé le côté verbeux soûlant de ce film à sketchs… Raison de plus pour moi de me réjouir de « ma sortie » en solitaire.

 

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Un silence brutal – Above the waterfall

Après mon Intermezzo – qui semble avoir provoqué un coup de chô chez certains de mes lecteurs (d’après des messages privés) – je retrouve mon sérieux avec un petit tour de piste du dernier roman de Ron Rash – traduit (très bien) par Isabelle Reinharez*

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Un titre évocateur et autrement plus mystérieux qu’un « Au sommet de la cascade ». C’est le 2e roman que je lis de cet auteur (après « Une terre d’ombre« )  et comme pour « Une terre d’ombre » je peux/vais dire que ce roman a finalement de noir que sa couverture dans la version française.  La noirceur se drape ici d’une cape de nostalgie, de tristesse, et la « brutalité » du titre se réfère plutôt au monde dans lequel vivent les protagonistes.

L’Éditeur présente le roman en 4e de couv’ ainsi :

Dans ce coin des Appalaches, entre rivière et montagnes, que l’œuvre de Ron Rash explore inlassablement depuis Un pied au paradis, un monde s’efface devant un autre : à l’enracinement des anciens à leur terre succède la frénésie de profit des entrepreneurs modernes. 
Le shérif Les, à trois semaines de la retraite, et Becky, poétesse obsédée par la protection de la nature, incarnent le premier. Chacun à sa manière va tenter de protéger Gerald, irréductible vieillard, contre les accusations de Tucker, propriétaire d’un relais pour riches citadins curieux de découvrir la pêche en milieu sauvage. Dans leur esprit, Gerald est incapable d’avoir versé du kérosène dans l’eau, provoquant la mort des truites qu’il aime tant. Mais alors, qui est le coupable? 
La voix de Becky incarne la poésie infinie de la prose de Ron Rash, dont la colère s’exprime dans la description des ravages de la meth, fléau des régions frappées par le chômage et délaissées par les pouvoirs publics.

C’est un beau roman (assez court, d’une cohérence absolue et d’une écriture magnifique – merci à Isabelle R. !!) – en cinq parties – telles les actes d’une pièce de théâtre – sur les cabossés de la vie avec donc des personnages qui ont tous des qualités, défauts et cicatrices – et une chose en commun : vivre dans un lieu assez isolé de la vie trépidante de la ville, marqué par la crise de l’emploi et les ravages de la meth’ et entouré d’une nature proche de l’état sauvage….

L’intrigue en tant que telle (c’est la dernière enquête de Les avant sa retraite annoncée) ne se  met en réalité en 3e vitesse que vers le milieu du roman… Rythme que d’aucuns nommeraient « paresseux » mais qui est tendu par les forces sous-jacentes et quasi-hypnotiques des réflexions sur le passé de Les, l’humaniste avec toutefois des côtés noirs, de souvenirs (noirs) égrenés par Becky (entrelardés parfois de poèmes : genre « Tandis que s’éloigne l’orage/la pluie goutte/des feuilles/telle une pensée/venue après coup. ») …

Réflexion sur le genre humain, descriptions scintillantes de la nature (« les chaumes blonds noircis par un vol d’étourneaux. Sur mon passage, le champ semble s’élever dans les airs, jeter un coup d’œil pour voir ce qui’il a en dessous, puis reprendre sa place…La volée décolle à nouveau   et cette fois continue à monter, un tourbillon qui s’amenuise comme aspiré dans un tuyau, puis le déploiement d’un rythme brusquement relâché, qui se change en entité alors qu’elle se plisse et se déplisse, descend au fil de l’air tel un drap claquant au vent...que pourrait y voir un enfant? Un tapis volant soudain devenu réalité? Des bancs de poissons nageant dans l’air? La volée vire à l’ouest et disparaît. «  (p. 117)

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Et tout cela empreint d’une certaine tendresse rude, avec des éclats de poésie, des pics contre les méfaits économiques mais toujours d’une humanité enviable…. et une intrigue qui sous-tend l’ensemble…

Je constate (après coup) que j’ai choisi un extrait déjà « utilisé » par Simone dans son article autrement plus profond sur ce livre. Si vous voulez lire qqs autres extraits et un hymne à ce beau livre passer la voir ici

 

  • Traductrice littéraire de l’anglais ou de l’américain, Isabelle Reinharez vit en Poitou-Charentes où elle est responsable bénévole de la bibliothèque municipale de Saint-Sauvant (Vienne). Elle a travaillé sur des œuvres de G.K. Chesterton, Louise Erdrich, Robert Olen Butler, Anne Enright, Tim Parks ou Ron Rash. Elle collabore principalement avec les éditions Rivages Noir, Albin Michel et Actes Sud, où elle a dirigé de 1990 à 2000 la collection de littérature anglaise et américaine.

 

 

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Intermezzo « amoureux »

Pour une semaine « caliente »  (juin 2019 – on prévoit une vague de chaleur) – il fallait que moi aussi je parle du sujet n° 1 pour oublier Trump : 

Paul Eluard et André Breton © Seghers
Immaculée Conception 1930

 

1. Lorsque la femme est sur le dos et que l’homme est couché sur elle,
c’est la cédille.

2. Lorsque l’homme est sur le dos et que sa maîtresse est couchée sur
lui, c’est le c.

3. Lorsque l’homme et sa maîtresse sont couchés sur le flanc et
s’observent, c’est le pare-brise.

4. Lorsque l’homme et la femme sont couchés sur le flanc, seul
le dos de la femme se laissant observer, c’est la Mare-au-Diable.

5. Lorsque l’homme et sa maîtresse sont couchés sur le flanc,
s’observant, et qu’elle enlace de ses jambes les jambes de l’homme, la
fenêtre grande ouverte, c’est l’oasis.

6. Lorsque l’homme et la femme sont couchés sur le dos et qu’une
jambe de la femme est en travers du ventre de l’homme, c’est le miroir
brisé.

7. Lorsque l’homme est couché sur sa maîtresse qui l’enlace de ses
jambes, c’est la vigne-vierge.

8. Lorsque l’homme et la femme sont sur le dos, la femme sur l’homme
et tête-bêche, les jambes de la femme glissées sous les bras de l’homme,
c’est le sifflet du train.

9. Lorsque la femme est assise, les jambes étendues sur l’homme couché
lui faisant face, et qu’elle prend appui sur les mains, c’est la lecture.

10. Lorsque la femme est assise, les genoux pliés, sur l’homme couché,
lui faisant face, le buste renversé ou non, c’est l’éventail.

11. Lorque la femme est assise de dos, les genoux pliés, sur l’homme
couché, c’est le tremplin.

12. Lorsque la femme, reposant sur le dos, lève les cuisses
verticalement, c’est l’oiseau-lyre.

13. Lorsque la femme, vue de face, place ses jambes sur les épaules
de l’homme, c’est le lynx.

14. Lorsque les jambes de la femme sont contractées et maintenues
ainsi par l’homme contre sa poitrine, c’est le bouclier.

15. Lorsque les jambes de la femme sont contractées, les genoux pliés
à hauteur des seins, c’est l’orchidée.

Kamasutra temple in Khajuraho, India

16. Lorsqu’une des jambes seulement est étendue, c’est minuit passé.

17. Lorsque la femme place une de ses Jambes sur l’épaule de l’homme
et étend l’autre jambe, puis met celle-ci à son tour sur l’épaule et étend
la première, et ainsi de suite alternativement, c’est la machine à coudre.

18. Lorsqu’une des jambes de la femme est placée sur la tête de l’homme,
l’autre jambe étant étendue, c’est le premier pas.

19. Lorsque les cuisses de la femme sont élevées et placées l’une sur
l’autre, c’est la spirale.

20. Lorsque l’homme, pendant le problème, tourne en rond et jouit de sa
maîtresse sans la quitter, celle-ci ne cessant de lui tenir les reins
embrassés, c’est le calendrier perpétuel.

21. Lorsque l’homme et sa maîtresse prennent appui sur le corps l’un
de l’autre, ou sur un mur et, se tenant ainsi debout engagent le
problème, c’est à la santé du bûcheron.

22. Lorsque l’homme prend appui sur un mur et que la femme, assise
sur les mains de l’homme réunies sous elle, passe ses bras autour
de son cou et, collant ses cuisses le long de sa ceinture, se remue au
moyen de ses pieds dont elle touche le mur contre lequel l’homme
s’appuie, c’est l’enlèvement en barque.

23. Lorsque la femme se tient à la fois sur ses mains et sur ses pieds,
comme un quadrupède, et que l’homme reste debout, c’est la boucle
d’oreille.

24. Lorsque la femme se tient sur ses mains et ses genoux et que
l’homme est agenouillé, c’est la Sainte-table.

images

25. Lorsque la femme se tient sur ses mains et l’homme debout la tient
soulevée par les cuisses, celles-ci lui enserrant les flancs, c’est la bouée
de sauvetage.

26. lorsque l’homme est assis sur une chaise et que sa maîtresse, lui
faisant face, est assise à califourchon sur lui, c’est le jardin public.

27. Lorsque l’homme est assis sur une chaise et que sa maîtresse, lui
tournant le dos est assise à califourchn sur lui, c’est le piège.

28. Lorsque l’homme est debout et que la femme repose le haut de son
corps sur le lit, ses cuisses enserrant la taille de l’homme, c’est la tête
de Vercingétorix.

29. Lorsque la femme est accroupie sur le lit devant l’homme debout
contre le lit, c’est le jeu de la puce.

30. Lorsque la femme est à genoux sur le lit, face à l’homme debout
contre le lit, c’est le vétiver.

31. Lorsque la femme est à genoux sur le lit, tournant le dos à l’homme
debout contre le lit, c’est le baptême des cloches.

32. Lorsque-la vierge est renversée en arrière, le corps puissamment
arqué et reposant sur le sol par les pieds et les mains, ou mieux par les
pieds et la tête, l’homme étant à genoux, c’est l’aurore boréale.

Paul Eluard et André Breton © Seghers
Immaculée Conception 1930

1974 Toi-Moi colles, couple en platre peint, 122cm de Hauteur Titi Parant

 

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