Les buveurs de lumière – The sunlight pilgrims

« Quand les adultes entendent grincer une petite porte sombre dans leur cœur, ils montent le son de la télé. Ils s’enfilent un verre de vin. Ils disent au chat que c’était juste une porte qui grinçait. Le chat sait. Il saute du canapé et sort de la pièce. Quand cette petite porte sombre dans un cœur se met à faire clic-clac clic-clac clic-clac si fort et si violemment qu’on voit littéralement battre leur poitrine – eh bien là  ils disent qu’ils ont du cholestérol et ils essaient d’arrêter le beurre, ils se mettent à aller marcher ». (p. 148)

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Présentation de l’Editeur (Métailié) 

Le monde entre dans l’âge de glace, il neige à Jérusalem et les icebergs dérivent le long des côtes. Pour les jours sombres qui s’annoncent, il faut faire provision de lumière – neige au soleil, stalactites éclatantes, aurores boréales.

Dylan, géant barbu et tatoué, débarque au beau milieu de la nuit dans la petite communauté de Clachan Fells, au nord de l’Écosse. Il a vécu toute sa vie dans un cinéma d’art et essai à Soho, il recommence tout à zéro. Dans ce petit parc de caravanes, il rencontre Constance, une bricoleuse de génie au manteau de loup dont il tombe amoureux, et sa fille Stella, ex-petit garçon, en pleine tempête hormonale, qui devient son amie. Autour d’eux gravitent quelques marginaux, un taxidermiste réac, un couple de satanistes, une star du porno.

Les températures plongent, les journaux télévisés annoncent des catastrophes terribles, mais dans les caravanes au pied des montagnes, on résiste : on construit des poêles, on boit du gin artisanal, on démêle une histoire de famille, on tente de s’aimer dans une lumière de miracle.

Dans ce roman éblouissant au lyrisme radical, peuplé de personnages étranges et beaux, Jenni Fagan distille une tendresse absolue qui donne envie de hâter la fin du monde.

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En effet, un roman qui nous ballotte entre frissons (vu le froid de – 65°C) et cœur  chaud. C’est certes une dystopie (nous sommes en 2020 !) , mais loin des blockbusters hollywoodiens. Le récit est riche en personnages (Vivienne et Gunn, les deux femmes qui comptaient bcp dans la vie de Dylan, Stella – le garçon qui se sent fille, sa mère à elle/lui – Constance, femme de deux hommes mariés de leur côté, Bernache ainsi qu’une ancienne star du porno… ) et de sujets (catastrophe climatique, transsexualité, solitude(s) et fragilité(s), contes (les buveurs de lumières – en anglais : The sunlight pilgrims) ainsi que finalement la nature (les paysages déjà rudes en temps normale du Nord d’Angleterre)…. et toutefois il se dégage quelque chose de poétiquement intimiste.

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Une fois arrivé dans ce monde à des km lumière de Londres/Soho , Dylan va apprendre de s’ouvrir aux autres, va tomber amoureux de Constance, « cette femme qui est un vrai garçon manqué. » (p. 258)  « Il remarque tout chez elle : la coupe de son jean, la façon dont elle soulève une assiette, la façon qu’elle a de veiller à ne pas le regarder trop longtemps. D’être fragile sur les bords. Écorchée. Çà lui donne encore plus envie d’elle…. Il l’aide à débarrasser la table. Souhaiterait le faire toujours. Mais ne pas le lui dire. Pour ne pas la mettre mal à l’aise. « (p. 115), et va se lier à Stella, la prenant comme il-elle est.

Au détour d’un récit calme, jamais catastrophée et/ou en urgence, dans une langue simple et empreinte de poésie (« et quand ils atteignent le sommet le paysage entier émet un silence impie. Le silence hurle ! Stella grimpe sur l’arête rocheuse et sa voix se meurt dans sa gorge. » (p. 290)) le livre nous interpelle, nous force à réfléchir (à la vie, le genre, l’amour, l’environnement,….) sans jamais être donneur de leçon, avec suffisamment de « blancs » entre les lignes et chapitres, pour nous, les lecteurs, laisser libre.

La traduction de Céline Schwaller est certainement pour bcp dans cette lecture. Elle rend parfaitement l’ambiance, la poésie et le ton. Les phrases courtes (cinématographiques) comme les longues et sinueuses (son profil LinkedIn dit : Traductrice littéraire depuis plus de vingt ans, je travaille aujourd’hui principalement pour Actes Sud (collection Actes Noirs) et pour les Editions Métailié (collection écossaise)J’ai traduit notamment James Kelman, Alasdair Gray, Alice Munro, Marina Warner, Carol Shields, Louise Welsh, Ethan Canin, Urban Waite…)

J’aurai envie de citer des pages/extraits en masse – les idées humoristiques – éculées parait-il, mais cela m’a fait rire, tel que « Une fois j’ai proposé un verre d’eau à votre mère, elle m’a dit qu’elle ne pouvait absolument pas avaler ce truc. Et quand je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu : Les poissons baisent dedans, mon chou. » (p. 131)

Enfin, synchronicité quand tu me tiens, j’ai repensé lors de la lecture (« Elle vient déguisée en loup. A travers le feu de joie il l’aperçoit alors qu’elle enjambe la barrière d’un jardin. Elle a une tête et une queue de loup et elle se déplace à la manière d’un loup… » (P. 129)) à une récente peinture aperçu récemment sur FB d’une artiste américaine dont je « suis » le travail depuis plus de 20 ans – qui, avec son « masque de loup »  va comme un gant personnage du livre.

I Contain Multitudes, 60×40 (Alexandra Eldridge) http://alexandraeldridge.com/paintings/

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Je trouve qu’il va parfaitement avec le livre et ses multiples entrées de lecture.

Enfin, en bande son, un morceau qui colle parfaitement sur à Stella (morceau cité dans le livre). Bande son du livre

She lost control (Joy Division)

C’est un très beau livre qui par ailleurs a également reçu le prix littéraire du magazine culturel Transfuge du meilleur roman anglophone – 2017. 

Jenni Fagan (lien vers son blog) mérite surtout un grand lectorat.

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Paris en octobre (2017) – Villette, Graffiti & Nuit Blanche

2e retour sur le 1er week-end d’octobre.

Une envie de revoir le Parc de la Villette (quand j’habitais Bagnolet, le Parc était régulièrement une destination avec les enfants, la Halle m’a vu (à côté de pas mal de concerts de jazz) avec le Hamlet de Chéreau (et J. Kirchner) et c’était au Théâtre de la Villette que j’avais vu la Première de « Conversation à un enterrement » (Y. Reza – avant qu’elle ne triomphait avec « Art ») et plein d’autres pièces…. mais je n’avais pas encore vu la nouvelle Philharmonie (la cité de la Musique avait à peine deux ans quand j’ai quitté Paris)….

Donc « voyage » dans le Nord-Est de Paris après une matinée de traduction… [loin de Grenoble ne veut pas dire loin des clients…]…

Le Parc a bien vieilli, les arbres ont grandis et les jeux pour enfants sont toujours formidables. C’est là que nous avons donné rdv à nos enfants/petits enfants et juppijeh, des cousins et amis se sont joints à nous. Une belle bande pour une belle promenade le long du canal de l’Ourq, agréable repos avec toute la bande ensuite (il pleuvinait un peu) dans un des restaurants-bar au bord du canal à mi-chemin de la place Stalingrad. (Maison Becquey – Le Bistrot du Canal )

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Dessins d’enfants (admirables) sur le devant des airs de jeux.

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Ensuite petit détour aux Buttes de Chaumont près desquelles notre fille a trouvé un appart’ ….sur un pont (sur la petite ceinture) le rappel du passé :

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Et entre La Villette et Stalingrad une ribambelle de Street-art (les 7 derniers sont du 11e et du Marais…)

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(sous un pont du canal de l’Ourq)

…. avant de prendre un bus direction Les Halles pour un aperçu de la Nuit Blanche.

La « nuit blanche » par contre était un peu décevant. Impossible de rapprocher la chorégraphie de Dubois aux Halles

et une déception ensuite sur l’ »événement » sur les bords de la Seine

mais avec ou sans Nuit Blanche (qui a attiré pas mal de monde), Paris by Night reste un spectacle à part.

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L’ordre du jour

 

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« Ils s’appellent BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken. Sous ces noms, nous les connaissons. Nous les connaissons même très bien. Ils sont là, parmi nous, entre nous. Ils sont nos voitures, nos machines à laver, nos produits d’entretien, nos radio-réveils, l’assurance de notre maison, la pile de notre montre. Ils sont là, partout, sous forme de choses. Notre quotidien est le leur. Ils nous soignent, nous vêtent, nous éclairent, nous transportent sur les routes du monde, nous bercent. Et les vingt-quatre bonshommes présents au palais du Président du Reischstag, ce 20 février, ne sont rien d’autre que leurs mandataires, le clergé de la grande industrie ; ce sont les prêtres de Ptah. Et ils se tiennent là impassibles, comme vingt-quatre machines à calculer aux portes de l’Enfer. »  (p. 25)

Livre d’histoire ? Roman ? Un peu des deux mon général – Eric Vuillard nomme ce petit livre de 150 pages, un récit.

Comme à son habitude (récemment « 14 Juillet » un peu plus loin dans le passé « Tristesse de la Terre ») E. Vuillard prend ses jumelles et scrute l’Histoire et l’éclaire en tant qu’auteur-romancier, utilise les décors et fait entendre la voix des divers personnages (les grands et les moins grands).

La soirée ou les patrons des grandes entreprises allemandes scellent leur pacte avec Hitler….. bientôt Krupp et les autres en « profiteront »…; la rencontre de Schuschnigg et Hitler (en 1938 au Berghof);

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le souper des couples Chamberlain et Ribbentrop (au moment de l’annexion de l’Autriche), l’entrée « triomphante » de l’armée et des chars d’assaut allemands en Autriche – la qualité des 1ers chars n’était pas encore au niveau de la qualité allemande qu’on vante aujourd’hui….(les films de l’époque nous n’ont pas montré les moteurs qui fument, le blocage des routes par les chars et voitures « en panne »…)

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E. Vuillard nous parle aussi de la vague de suicides de juifs à Vienne suite à l’annexion…. (le chapitre « Les Morts » est glaçant).

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De plus, il démontre/démonte bien les rouages de la Communication, du « bluff » sans oublier de parler – toujours et toujours des juifs autrichiens.

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« accroupis à quatre pattes, forcés de nettoyer les trottoirs, sous le regard amusé des passants » (phrase entendue et lue chez S. Zweig aussi – Le Monde d’hier) , victimes du monstre nationaliste, raciste et totalitaire qui, et cela Vuillard ne manque pas de le pointer du doigt, n’est pas très loin.

J’adore son sens du détail (à priori insignifiant et se joignant avec d’autres au grand tableau effrayant), sa manière de juxtaposer une ironie qui fait froid dans le dos à une appréhension de l’Histoire (avec un grand H) constitué de moments minimes et quasi invisibles mais tissent un tapis qu’on peut regarder des deux côtés….

Mais une chose encore doit retenir l’attention : c’est l’expression qu’emploie Goering, cette menace de fondre sur l’Autriche. On lui colle aussitôt des images terrifiantes. Mais il faut rembobiner le fil pour bien comprendre, il faut oublier ce que l’on croit savoir, il faut oublier la guerre, il faut se défaire des actualités de l’époque, des montages de Goebbels, de toute sa propagande. Il faut se souvenir qu’à cet instant la Blitzkrieg n’est rien. Elle n’est qu’un embouteillage de panzers. Elle n’est qu’une gigantesque panne de moteur sur les nationales autrichiennes, elle n’est rien d’autre que la fureur des hommes, un mot venu plus tard comme un coup de poker. Et ce qui étonne dans cette guerre, c’est la réussite inouïe du culot, dont on doit retenir une chose : le monde cède au bluff. Même le monde le plus sérieux, le plus rigide, même le vieil ordre, s’il ne cède jamais à l’exigence de justice, s’il ne plie jamais devant le peuple qui s’insurge, plie devant le bluff.

Dommage qu’on ne nous apprend pas l’Histoire (et ses répercussions) ainsi… Un livre essentiel pour comprendre aussi.

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Paris en octobre (2017)

« Monté » à Paris pour participer au jury du Prix Caillé – au Café/Restaurant Les Editeurs (2 heures de débats et préparations de la remise de prix (en décembre) –  très agréable moment de haute volée.

20171005_160138.jpg Vu dans une galerie à L’Odéon

Dîner avec C. au Semilla pas loin du Carrefour d’Odéon. Très bon restaurant, service attentionné, produits d’excellente qualité (et préparation au poil) – avec une belle cave qui laisse un peu de côté les Bordeaux.

Vendredi matin sous le signe d’une visite chez un client. J’ai profité de mon séjour à Paris pour poser (pleine) de(s) questions sur une traduction en cours de réalisation. Et comme souvent, les questions permettent au client de reformuler (plus précisément) ce qu’il souhaite passer comme message. Un très beau moment.

En sortant de chez mon client je passe devant une multitude de galeries d’art…

 

ce qui m’a donné envie de fais un tour du côté du Petit Palais à une 15e de minutes (à pied). Lucky guy – il y a deux expositions temporaires dont j’ai pleinement profité :

 L’Art du Pastel de Degas à Redon et Anders Zorn

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J’ai notamment aimé l’exposition de ce « maître de la peinture suédoise » dont je ne connaissais que 2 tableaux jusqu’ici et dont l’art de l’aquarelle (il n’a que très peu utilisé l’huile et maitrisait sinon pas mal les gravures) est tout simplement « estupendo ».

Zorn (1860 – 1920) a souvent séjourné en France et a été aussi influencé par l’impressionnisme…. il est particulièrement connu pour ses aquarelles (qui m’ont souvent « scotché).

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(à gauche des vues de détails)

 

 

 

Rosita Mauri (1888) _La maîtresse de l’écrivain et homme politique Antonin Proust

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Impressionné j’étais aussi par la composition (et le « rendu ») de la tristesse de cette femme assise, tandis que la fête du village bat son plein, à côté de son mari ivre mort…

 

L’exposition sur le Pastel (env. 450 œuvres) à côté de cela paraissait presque quelconque, mais offre quelques belles surprises comme p.ex. ce tableau de Armand Guillaumin (Le Brusc) – exposé dans une vitrine)

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Pierre Carrier-Belleuse « Sur le sable de la dune » (1896) – velouté de la chair, sensualité)

 

ou « Le Soir – Paris sous la neige » de Léon Clavel, dit Iwill :

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Ernestine (Vidal) – (à gauche)

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Un petit tour dans le reste du Musée était également bienvenu – agrémenté par l’exposition photos de Andres Serrano  qui donnait une réplique piquante aux regards des peintres du fin de siècle (ici tout près des Saltimbanques la photo d’un SDF).

 

ou plus tard dans d’autres salles le contraste entre le style 18e et les portraits de laissés pour compte d’aujourd’hui.

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Serrano, Valloton, Pissarro et Boudin…. une sarabande excitante.

 

A gauche une série avec Marie Madeleine & Marie

 

Au soir rdv. avec des amis + notre fille dans le restaurant Le Fumoir. Très agréable, bon rapport qualité/prix et plein à craquer…

 

 

 

 

 

 

 

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Blade Runner 2049

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Blade Runner

Une semaine bien remplie – une (très) grosse traduction livrée, une soirée riche en émotions (« Le monde d’hier » avec J. Kircher à la MC2), dernières réflexions sur les arguments/traducteurs à défendre lors du Jury du Prix Caillé, et départ pour Paris ….

Moment bien choisi pour me réfugier dans les salles obscures et me faire mon idée de la « suite » de Blade Runner (« Blade Runner 2049 » de Denis Villeneuve), un des films le plus attendu de la rentrée.

C’est que ce cinéaste a « osé » d’accepter de faire la suite (plus de 30 ans plus tard) au film de Ridley Scott, œuvre charcutée à plusieurs reprises (7/8 versions), toutefois « inoubliable », marquant, hantant à jamais les esprits des spectateurs de tous générations, qui elle était la toute première adaptation cinématographique du grand Philip K. Dick (« Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? ») influençant ensuite une floppée d’autres films de S.F. (Totall Recall, le 5e élément, Dark City, Matrix…).

C’était la séance de 22h (le film dure 2h47)…. A la sortie, un couple me demande… »Alors ? » J’ai dis « formidable », « captivant, hypnotisant » un « digne successeur » – on me dit   « Vous avez raison pour l’hypnose – je me suis endormi. » « Mais chéri, » rétorque sa femme  » tu étais fatigué…. Il n’est pas mal le film, un peu lent, mais pas mal. »

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C’est vrai, nous sommes à des km lumière des blockbusters à montage rapide ce qui peut dérouter pas mal de monde. D. Villeneuve nous a pondu un poème visuel digne de du grand Tarkovski (connu pour ses films longs et lents – « Stalker », « Sacrifice »… et côté décors un zeste de Métropolis (Friz Lang ) – ah ces archives kafkaiëns, les escaliers, les lumières ondulantes dans l’immeuble du méchant consortium……

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J’ai pensé à « Sacrifice » en voyant l’arbre de Villeneuve – et « Stalker » en voyant le chien de Deckard.

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« K » (Ryan Gosling – monolithique digne de son état de droïde/replicant parfaitement humain – le K = celui de Kafka ou de Philip « K » Dick ?) est chargé d’éliminer les « survivants » d’une ancienne génération de machines (désobeissantes et développant une « âme ») pour faire place à une nouvelle génération encore plus parfaite (et surtout obéissante). Lors d’une « mission » il va découvrir un élément qui va le « transformer » et quitter le chemin du « robot humanoïde obéissant ». Sa quête/son enquête va l’emmener vers des usines ou on fait travailler des enfants (un Jeunot n’aurait pas pu aire plus glauque), va le mener vers Rick Deckard (Harrison Ford – le Blade Runner du film de R. Scott)…

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Je ne vais pas narrer la suite, ni la fin – qui restera, un peu comme la version directors cut de R. Scott, ouverte à toutes interprétations…. Je me bornerai juste à dire que tout spectateur un peu ouvert au genre de SF (il y en a qui détestent profondément) se doit de voir se film d’une beauté visuelle renversante.

La vision apocalyptique de notre monde, les brouillards toxiques, les décharges à pertes de vue, le grouillement des villes noirs…

La mélancolie qui se dégage des personnages en quête d’amour (formidable l’idée de la réplicante hologramme qui devient si « vraie » et semble éprouver des sentiments (partagés), la force évocatrice du noir, gris,ou du clair-obscur ou ocre des paysages…., les clin d’œil aux grands du cinéma, les références discrètes au 1er Blade Runner….

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Pour moi un grand film.

 

 

 

 

 

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« La Promesse » tenue

Alors, mon Romouchka, qu’aurais-tu répondu ? Tu t’en serais sorti, comme toujours, par une pirouette, tu m’aurais dit que l’important c’est d’y croire, et d’ailleurs j’y avais cru, tu m’aurais dit que c’est ça la littérature, l’irruption de la fiction dans le réel et parodiant la bonne vieille parade de Boris Vian tu m’aurais dit mais voyons, mon cher F.-H., cette scène est vraie, puisque je l’ai inventée. (p. 242)

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Une claque ce M. Piekielny…

Certains diront, ah Bernhard pourquoi tu lis tant de livres qui se trouvent sur les listes des pris (Désérable se trouve sur les 1eres shortlist de 6 sur 7 prix )… Je retorquerai eh ben, je ne savais pas qu’il s’y trouvait… j’avais aimé son humour et son écriture dans « Evariste » et j’avais envie de « champagne littéraire ».

Et quand un auteur arrive à nous-balader, à sa guise de Paris à Vilnius, de Romain Gary/Emile Ajar (ou aussi Roman Kacew son nom « d’avant ») aux extermination des juifs en Lituanie (et Pologne et…), des réflexions sur l’écriture aux forces évocatrices de la littérature, de Google à Gogol, … je ne dis pas non.

J’ai eu un immense plaisir à lire ces 259 pages

« Peu m’importait…de savoir s’il avait réellement vécu, s’il avait jailli de la main bien connue de Gary ou d’ailleurs, des entrailles d’une femme que nul ne connaît plus : s’il n’était que d’encre et de papier, voilà qui signait le triomphe indubitable, éclatant, de la littérature, via la fiction. » (p. 258)

Le narrateur (double de François-Henri Désérable) va par un enchainement de hasards (plutôt drôles) se trouver à Vilnius devant la maison dans laquelle Romain Gary avait vécu avant de partir avec sa mère à Nice. Une plaque en lituanien et français rappelant l’auteur deviendra sa Madeleine de Proust puisque sort de sa mémoire une phrase du livre « La Promesse » de R. Gary « Au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait un certain M. Piekielny », phrase qui déclenchera une quête qui mènera l’auteur à 4 reprises à Vilnius, dans des archives, dans les livres et écrits de et sur R. Gary, les interviews de ce dernier (à la TV – Apostrophes p.ex…) toujours à la recherche de ce M. Piekielny….toujours à l’affût d’indices de sa « réalité ».

« Je commence tous mes romans par cinquante pages ennuyeuses. Pour décourager les cons » (dixit un ami écrivain p. 144) – et le narrateur à la même impression en débutant la lecture de « Les Racines du ciel » mais n’applique pas ce précepte à son livre. Dès le début, ça fuse, ça brille, parfois peut-être même un peu trop (amoureux de ses trouvailles de jeu de mots et/ou associations), mais vu que deux paragraphes plus tard il arrive à être d’une sobriété, d’une colère sourde face aux horreurs commis contre les juifs pour redevenir « comique » quelques lignes après.. je lui pardonne.

« ….elle l’avait sûrement croisé dans la cour, venteuse en automne quand les ombres rallongent et se roulent dans un tapis de feuilles mortes, enneigée l’hiver ou peut-être plus tard, à la saison des premiers embrasements, quand la neige a fondu goutte à goutte sur les lèvres fiévreuses, à moins que ce ne fût dans la langueur de l’été, la nuit, sus les étoiles infinies quand les lèvres, avides et tremblantes, sont d’une infinie curiosité ,ce qui voulait dire enfin qu’elle avait dû connaître aussi la balle dans la nuque au bord d’une fosse, ou les fabriques à nuages dans les plaines à betteraves et barbelés de Pologne, ou les bûchers de Klooga, Helena Pietkiewicz dont il ne reste peut-être qu’un nom sur un registre jauni, un pauvre nom qui fut crié, chuchoté, murmuré, dit des milliers de fois de mille façons et ne veut plus rien dire à personne – et que j’écris comme on lance une bouteille à la mer. « (p. 95)

« …ou les attend certainement le grand lit doré « surmonté d’un baldaquin et d’un miroir » évoqué par Gary dans Lady L.., grand lit doré dans lequel, peut-être la nudité se parant volontiers de lieux communs, l’un se trouva bientôt en tenue d’Adam tandis que l’autre était nu comme un ver, et la suite on ne la connait pas mais je vous connais, vous, on est faits du même bois, vous et moi, vous aimeriez savoir ce qu’il a bien pu se passer dans cette chambre, et si là-dessus vous avez vote petite idée pas plus que moi vous ne savez s’ils l’ont fait, car vous n’y étiez pas et je ne suis pas omniscient. (après la rencontre « drôle » de Gary et sa future femme Lesley p. 117/118)

Je ne veux pas « tarasboulber l’intrigue » (p. 238), et en fin de conte elle ne compte pas, c’est la force évocatrice de la littérature, le pouvoir des mots dont le lecteur, « tutoyant » l’auteur qui parfois s’adresse directement à lui, est saisi. « ….toutes les phrases, quasiment toutes les phrases que je mets dans sa bouche, il n’est pas impossible qu’il les eût prononcées : la plupart sont de sa main, on peut les trouver dans ses écrits… (p. 176)

Tout a l’air vrai-de-vrai, R. Gary lui-même va s’adresser à l’auteur, les personnages, d’un coup vivent, nous font sourire et/ou pleurer. De plus, F.H.D. nous donne envie de (re-)lire Romain Gary /E. Ajar, nous conte des moments d’une drôlerie extrême (le dîner de Gary & Jean Seberg – alors sa femme –  avec les Kennedy…. les cigares cubaines !).

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des périodes noirs de notre Histoire aussi (encore une fois « Ilska, le mal » n’est pas loin !) et tout devient un film dans notre tête qui nous fera peut-être dire un jour qu’on a passé un beau moment avec FHD mais qu’on ne se rappelle plus avec qui ou dans quel restaurant, juste le Beychevelle 2004 partagé …..

 

 

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Matheysin – Perollier

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Englué dans une avalanche de mots à traduire avant de monter, la semaine prochaine,  à Paris pour le Jury du Prix Caille, mais  heureux comme un pou de revoir ce week-end mes enfants (et petits-enfants !!!), je pense avec un brin de nostalgie et jalousie (mes copains à la retraite ou au 4/5e ne peuvent s’empêcher de m’adresser des photos sous ciel bleu en montagne un vendredi (!)) au dernier week-end dans le Matheysin à 45 minutes de Grenoble (en voiture) au-dessus du Lac Laffrey et le village Saint-Christophe  ou M. et M. nous ont invité pour nous dégourdir les jambes.

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Nous avons fait un petit tour de Perollier (en passant par le mini-Lac  Charlet et le Col de l’Ouillère.

Dénivelé : 690 mètres environ.

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Départ du parking de Saint Honoré 1 500 sur un chemin qui traverse tout le flanc de la montagne (sous les sapins) jusqu’au lac de Charlet, enchâssé dans la roche.

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Magnifiques couleurs automnales naissants.

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Les dames ont préféré se reposer au lac avant de descendre, tandis que nous avons fait le tour pour voir la vue sur le Lacs Laffrey et les paysages mongoles du Perollier.

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Ce serait encore plus beau sans les résidus de la station de ski en abandon, mais that’s life….

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Le total du tour de piste était de 12 km environ (3h30) et un vidage de tête des plus utiles pour une semaine ardue….

Je vous souhaite un bon week-end et un « indian summer » !

 

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