Un peu de fraicheur

Vous voulez un peu de fraîcheur ?

Ou même avoir encore plus froid ?

Lac de Crop – Mai 2022

Dans la vallée du Grésivaudan, comme ailleurs en France, la météo s’est montré ces dernières semaines clémente pour les vacanciers, cruelle pour les agriculteurs (et les jardins – sniff!).

J’ai fait une petite pause parce qu’une amie parisienne a passé qqs jours à la maison (a bien aidé ramasser des cerises (heureusement des amis sont passés aussi – l’abondance de la récolte est LA découverte : le jour de l’acquisition de la maison début juin ’21, l’arbre était vide…. ). Toutefois nous avons aussi a fait qqs « balades randonneuses » adaptées à une « urbaine » (pardon C. !)

Vu la chaleur dans la vallée (pas encore les 33/35°C enregistrés du 18- 20.5) mais quand-même au-dessus des 27°C, nous sommes montés au Lac de Crop qui toutefois n’avait pas encore eu envie de se montrer en mode « miroir des cimes ».

Randonnée considérée comme « facile » mais rendue un peu plus « difficile » par qqs névés à la sortie de la forêt.

Ce qui est bien avec cette rando, c’est qu’on marche une grande partie du chemin (presque trois-quart) sous les arbres. Avant d’être sur des lacets à flanc de la montagne. Le regard vers la vallée ne laissait pas s’attendre à un air islandais dans le Belledonne.

Un autre jour, après un saut dans la piscine, une petite marche vers un classique vu récemment encore, la Pravouta (avec vue sur la Dent de Crolles).

Pas situé aussi haut (élevé) que le Lac de Crop c’est la verdure qui prédominait, cependant avec un « train de retard » par rapport à la vallée.

Toutefois en à peine deux semaines le changement de la nature était spectaculaire (voir ici la rando du 6 mai).

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Miss Dior

Avec ce livre-là, je surprendrai certains parmi-vous. Bernhard du côté de chez Dior ? Pourtant il porte plutôt du Chanel (Antaeus !). Hah…

L’explication et non l’expiation c’est que je continue à lire, dans le cadre du Prix Caillé (PFC), les livres candidats au Prix (1ere phase de sélection). Mes bafouilles ici ne préjugent pas de l’opinion des membres du jury dans son ensemble, et bien évidemment je ne parlerais pas de la traduction (que ce jury devra évaluer et juger)).

Présentation de l’Editeur (Flammarion)

C’est en effectuant des recherches sur le célèbre couturier que la journaliste Justine Picardie découvre par hasard le passé héroïque de la sœur de ce dernier. Inspiratrice très chère au cœur de Christian Dior, elle a en effet rallié, dès 1940, les rangs de la Résistance au sein de l’un des premiers réseaux de France. Quatre ans durant, la jeune femme expérimentera la clandestinité, active dans la lutte contre l’occupant en Provence puis à Paris. Dénoncée, elle est arrêtée en 1944 puis transférée rue de la Pompe dans la tristement célèbre annexe parisienne de la Gestapo, véritable antichambre de l’enfer. Catherine Dior y sera longuement torturée avant d’être déportée à Ravensbrück avec tant d’autres prisonnières politiques. Durant ces mois d’absence, rongé d’inquiétude, son frère remuera ciel et terre pour la retrouver…
À travers la vie de « Miss Dior » – tel est le surnom donné à Catherine –, Justine Picardie retrace le destin des Françaises qui résistèrent au péril de leur vie. Dans un récit saisissant de réalisme, elle offre une plongée vertigineuse dans le milieu de la mode parisienne, tombé entre les mains de l’ennemi et fréquenté par le gratin de la Collaboration.
Une histoire vraie de courage et d’héroïsme.

Avec des photographies de Cecil Beaton, Margaret Bourke-White, Robert Doisneau, Willy Maywald et André Zucca. Traduction (Anglais) : Gabriel Boniecki

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Etonnante biographie de Catherine Dior (la sœur de Christian Dior). « Muse et résistante » dit le bandeau. Je m’attendais donc à une sorte d’hagiographie de la marque Dior, éventuellement du parfum « Miss Dior », eh ben loin de là, et peut-être « même » de cette sœur dont je ne savais rien, mais rien du tout….. (comme je ne savais pas grande chose non plus de Christian (« Tian ») Dior.

353 pages (auxquelles s’ajoutent des pages de bibliographie et de crédits photos – parce que des photos il y’en a) Justine Picardie parle pas mal de la beauté, de robes et autres vêtements, retrace l’histoire des Dior, là ou on s’attend à une plongée dans l’invention du parfum Miss Dior entre autres…. La 4e de couv’ le dit toutefois, « en effectuant des recherches sur le célèbre couturier …la journaliste Justine Picardie découvre par hasard le passé héroïque de la sœur de ce dernier » et nous voici donc confronté à de longues passages (douloureux) sur les traumatismes de la 2e guerre mondial (notons par ailleurs que j’ai lu le livre du 7 au 9 mai – quelle coïncidence !)

Nous assistons à la création du New Look (« Your dresses have such a new look  » – Carmel Snow, rédactrice en chef du magazine Harper’s Bazaar) en 1947 (« Miss Dior » le parfum « hommage » à sa sœur sort la même année) – mais avant d’y arriver le lecteur est confronté à la barbarie des Nazis (Catherine Dior – qui était du côté des résistants aux côtés de Hervé de Charbonnières (il devient son amant – et après la guerre son compagnon de vie) – sera arrêtée et envoyée après un passage dans l’enfer de la Rue de la Pompe (la bande Berger) au camps de concentration de Ravensbrück (dédié aux femmes – et des usines dépendant de ce camp pour les femmes). [ pour rappel : 92000 femmes de 18 nations y ont laissé leur vie!!]

Mur de photos d’anciennes femmes détenues au KZ Ravensbrück https://videoarchiv-ravensbrueck.de/extern_v_2_3/de/rbinfo/rbinfo.html

Par ailleurs, les passages sur l’implication des industriels allemands (les Krupp, Henkel et Grosse et tant autres – ce qui m’a refait penser au petit livre de E. Vuillard  » L’Ordre du jour« ). On sent la révulsion de Justine Picardie, notamment au vu de la non-condamnation de bon nombre de femmes gardiennes, de tortionnaires après la guerre – mais oui, les américains, anglais et français avaient besoin des « anciennes » infrastructures et rouages administratifs pour contrer la « menace communiste » (par ailleurs bien décrit dans le livre allemand « Die zarte Blume Demokratie » sur la « ré-éducation » d’Allemagne entre 1945-1949) de H. Borchers. (en allemand seulement)

Extrêmement bien documenté et étayé par des biographies et récit d’autres femmes qui comme Catherine sont passé (Catherine est restée tout sa vie d’une discrétion exemplaire – elle n’en a jamais parlé (et comment parler de ce qui est innommable ?)), la biographie laisse finalement bcp de place à son frère, le grand couturier… même si en filigrane on sent que bcp de ses créations (qu’il voit « comme des bâtiments, comme si c’était de l’architecture ») étaient censées (avec leur rembourrages et corsets) d’être une sorte de protection aussi, empreints de nostalgie. Un livre qui vous ne sort pas vraiment du conflit russo-ukrainien (qui sait combien de « résistants » et espions se font torturer actuellement pour avoir des informations ?! ) mais qui parle de beauté, de créativité, et surtout de la force de vivre, la capacité de « survivre ».

Christian Bérand 1947
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Les effets invisibles de la nage

Traduit de l’italien par Joséphine De Gabaï

Le livre a été sélectionné pour le Prix SGDL (révélation de Traduction 2021) et a posé sa candidature pour le Prix PFC 2022. C’est dans ce cadre que je l’ai lu. Je ne parlerai cependant (on comprend aisément pourquoi) pas de la traduction mais juste de mes impressions personnelles face à ce livre. En aucun cas j’exprime l’avis du Jury dans son ensemble.

Présentation de l’Editeur (Editions Ex-Aequo)

À travers onze histoires brèves, toutes liées par le thème de la piscine, et onze personnages hétérogènes, tous sauvés à un moment crucial de leur vie par la natation, Les Effets invisibles de la nage raconte avec justesse la force, la faiblesse, l’errance, les drames sentimentaux ou familiaux d’êtres humains en pleine bascule. Empreinte de poésie et de réalisme magique, l’écriture d’Alessandro Capponi – et l’eau chlorée de la piscine – métamorphosent des personnages en quête de sens pour leur permettre de se retrouver, de se libérer de leur passé ou d’écouter leurs désirs.

J’ai une petite piscine à moi. Depuis l’année dernière. C’est un (petit) luxe (comparable cependant aussi à un fil à la patte aussi) – elle veut être bichonnée. Mais depuis qqs jours, avec les températures qui montent j’ai le plaisir de m’y jeter pour le moment deux fois par jour. L’eau est à à peine 20°C , mais « l’eau chlorée » (évoquée ci-dessus) m’accueille les gouttes ouvertes et m’enveloppe. Nager non pas comme un sport (même si les muscles se raffermissent un tout petit peu), mais comme une sorte de respiration ondulante dans un tableau de Hockney.

Je dis tout cela pour introduire l’idée que ce petit livre et ses 11 histoires (assez brèves – et inégales, comme presque toujours dans ce type de format) (121 pages) a résonné en moi.

On ressent en lisant les pages quelques-uns des sensations qu’on peut éprouver en nageant (notamment l’état d’apesanteur et apaisant). A. Capponi utilise par ailleurs une petite « astuce » en affublant la plupart de ses personnages (homme, femme, enfant) d’un sobriquet animalesque (morse, limace, poisson, tortue, rat, « bras -grenouille, jambes-dauphin).

« C’est distraitement que B.C. avait été surnommé le Rat, sans doute par Laura ou bien par l’un des maîtres-nageurs, une des premières fois où il s’était présenté à la piscine (…) Cet homme devait l’avoir (le sobriquet, nda) trainé derrière lui toute sa vie, avec son nez pointu, sa petite moustache, ses dents en avant, et même la forme de son crâne, écrasée et allongée. On la remarquait bien quand il nageait, cette tête glissait sur l’eau dans un frétillement svelte et couard au rythme de ses brassés: exactement comme celui d’un rat quand il disparait dans sa cachette. (p.45)

et cela s’intègre bien dans ces petits textes mi poétique, mi amusants, mi- philosophiques. Aussi sur le rapport maître/maîtresse-nageur et nageur/-geuse.

Germano le maître-nageur se préparait pour une compétition de body-building, non pas par passion mais les quelques sous que cela pourrait lui rapporter lui permettraient de faire face aux dépenses supplémentaires de sa sangsue de femme. (…) Germano se mit à hurler : ne te sers pas de tes pieds comme si c’étaient des marteaux, tu n’es pas le seul à nager à reculons, tends les chevilles, réessaie, n’en fais pas tout un cirque, tends les chevilles. (p. 60)

Onze personnages « en pleine bascule », « en quête de sens », vivant « des métamorphoses », surpris de « révélations » qui peuvent mener à des « libérations » et/ou à des « renaissances » – c’est un joli tour de piste de la diversité des êtres humains qui peuvent se croiser dans une piscine.

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Grande Couronne

Dernier livre des 10 candidats au Prix du Livre Inter 2022 :

Présentation de l’Editeur (Christian Bourgeois)

Nous sommes en France, à la fin des années 1990. Dans une ville de banlieue pavillonnaire, une adolescente regarde passer les trains qui filent vers Paris. Elle a des projets plein la tête : partir, devenir hôtesse de l’air et surtout, plus urgent, s’acheter des vêtements de marque.
Mais comment faire quand on n’a pas assez d’argent de poche et que la vie dont on rêvait se révèle être un champ de cactus ?
Car en attendant, sa famille vacille et ses repères sont chamboulés. En moins d’un an, sans renoncer à ses désirs, elle devra tout apprendre : comment classer ses émotions, tenir tête à ses copines, assumer des responsabilités trop grandes pour elle et vivre ses premières expériences sexuelles.
Si l’adolescence est une ligne de crête menant à l’âge adulte, l’attachante héroïne de Grande Couronne s’y tient en équilibriste, oscillant entre le trivial et le terrible. Mais elle a une arme : une vision au laser grâce à laquelle elle dresse un tableau de son époque et de ses émotions aussi drolatique qu’impitoyable.

Le lecteur est prévenu, tout le programme est bien indiqué dans la présentation par l’Editeur :

Vêtements de marque (un vrai catalogue – name/ brand dropping – du désir consumériste « Elle avait même changé de tenue. Elle portait une salopette en jean sur une marinière rouge et des baskets montants imitation Reebok qui venaient du marché d’Argenteuil. Je lui avais demandé pourquoi elle n’avait pas acheté les vraies et elle m’avait répondu, Les vraies quoi? Elle ne savait même pas qu’elle portait des contrefaçons. Pour elle c’était juste des chaussures. Elle se sentait bien dedans, que ce soit des Reebok, des Kibok ou des Pétaouchnok. Ces histoires de logo ne lui faisaient ni chaud ni froid. J’ai haussé les épaules, dépitée, à quarante-deux ans on ne refait pas l’éducation des gens » (p. 165/166), une famille qui se désintègre (père parti avec une nouvelle, la mère en plein descente de dépression…), expériences sexuelles (pipes tarifées dans le cadre d’un réseau – Magritte (!)- (pour s’acheter enfin de belles fringues, chaussures, sacs de marque, ou des pizzas: « La pizza m’a coûté vingt-quatre francs, c’était la moitié d’une pipe et plus d’une semaine d’argent de poche. (p. 139) !), masturbations (réussies et ratées) à la pelle, le trivial absolue d’une vie morne qui côtoie le plus terrible, le plus sordide… (la soirée « romantique » chez René (Renaud), rasta et gérant d’une pizzeria (+ vendeur de shit), avec une description de son appart’ « …. la vaisselle sale débordait de l’évier. Sur le bar il avait des laisses, des muselières (René élève des Dobermann …) et des piles de courrier. Des filtres de Marlboro jonchaient la table basse avec des cendriers, des briquets cassés…il m’a tendu un verre, un ancien pot de Nutella, l’étiquette était encore collé dessus.…. (p. 233/234) et en conclusion « … je me suis concentrée pour fixer le moment: le visage pâle de Renaud dans la vapeur du cannabis, le jappement des chiots repus, les cubes de lard sur ma langue, la lune au-dessus des voies ferrées. C’était ma première nuit d’amour, je voulais m’en souvenir à jamais. » (p 241) [pour info complémentaire – il n’avait pas un seul attouchement, ni un seul baiser : « … j’avais compris que notre intimité aurait l’animation d’un bled de l’Orne un soir d’hiveril ne pratiquait pas le sexe oral: la fellation c’était humiliante pour la femme et le cunnilingus c’était haram chez les rastas (p. 249) » ].

Regard désabusé mais aigue et lucide sur notre société (regard pour moi toutefois trop « adulte » et avec un langage qui devrait être rare chez une fille de 14 ans, faisant un stage d’observation (chez le juge d’enfants du tribunal de Bobigny), aussi mure qu’elle soit….(ok, elle brille en rédaction à l’école, mais quand-même)…

https://www.20minutes.fr/paris/3175563-20211119-reamenagement-periph-paris-projet-egoiste-benefice-habitants-intra-muros-denoncent-lecteurs

La littérature française avait déjà un cas semblable avec le roman « insolent » de R. Queneau « Zazie dans le métro » et sa charge subversive.

Là le sordide, la médiocrité des existences se mêle d’un tragique qui prend parfois à la gorge dans ce roman « d’apprentissage » sombre du début du 21e siècle. C’est à des moments, au détour d’une phrase, émouvant, brute et crûe en même temps. Il y avait des moments ou il fallait avoir un cœur accroché face au glauque (c’est un bobo de 67 ans qui le dit et qui n’a jamais eu affaire avec le proxénétisme de mineurs ….et qui n’a jamais pensé que le BHV est le « paradis »).

Je sors donc un peu « mitigé » (ou est-ce secoué dans ma tour d’ivoire ?) de cette lecture (c’est un 1er roman) mais garde en tête quelques scènes, images, réflexions, énormités (tel que le « déguisement » en Anne Frank…, »Anne Frank, c’est cool. Ca change de Pretty Woman. »(p. 208) et les scènes traumatisants avec quelques clients – pardon avec les « zguègues« .

Je sens que les débats autour du Prix du Livre Inter 2022 seront très très animés.

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Aujourd’hui (dimanche 7 Mai, sans aucun débat avec mes chers amis (on n’a fait jusqu’ici qu’un seul rdv d’échange de livres..) mon hitparade (sommaire) est le suivant :

Pour le moment sans hiérarchiser – le Top 5 = Tous les 5 ont des qualités qui se défendent, tous ont des faiblesses ou au moins des caractéristiques qui peuvent être rejetées – aucun toutefois me convainc à 100% (genre 5*****) – « même pas » « Feu » qui est resté longtemps mon préféré (qu’est-ce que le psychanalyste joué par Philippe Dayan dans la série de ARTE « En Thérapie » me dirait ???). Le livre de Salomé Kiner offre la possibilité de lectures de passages à haute voix qui font mouche et accrochent. Ce qui est aussi le cas pour le livre de A. Wauters (et de « Feu » pardon).

Nathalie Azoulai – La fille parfaite (P.O.L)

Maria Pourchet – *Feu (*Fayard)

Tanguy Viel – *La Fille qu’on appelle (*Minuit)

Antoine Wauters – *Mahmoud ou la montée des eaux (*Verdier)

Salomé Kiner – *Grande Couronne (*Ed. Christian Bourgois)

(les livres suivants n’ont à mon avis pas bcp de chances)

Nicolas Mathieu – *Connemara (*Actes Sud)

Julia Deck – Monument national (Ed. de Minuit)

Philippe Jaenada – Au printemps des monstres (Ed. Mialet-Barrault)

Véronique Olmi – *Le Gosse (*Albin Michel)

Constance Debré – Nom (Flammarion)

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Chartreuse & Vercors

Avant de reparler de lectures (et/ou de films) de nouveau un aparté.

Semaine de garde des « chics-ouf » parisiens … « Opa » (grand-père en allemand) a fait des « Leçons de botanique » à la Pravouta (Chartreuse) – le printemps y est (comme dans le Vercors) un peu en retard par rapport à la vallée du Grésivaudan.

Formidable de « faire » ce classique en pleine semaine – les chemins sont nettement plus empruntés le week-end.

Picnic – et comptage des fleurs (tzzz) qui se réveillent.

La prochaine fois, quand la neige aura disparu complètement, ce sera la Dent de Crolles (à gauche sur la photo de droite) qui sera vaincue.

Je ne peux pas non plus m’empêcher de vous dire que je me réjouis comme un gosse de voir que les bulbes plantées en octobre ’21 sortent comme si j’avais les mains vertes amande. C’est une 1ere pour moi, jamais eu un jardin et quasiment tout est une découverte. Et je m’excuse pour cette joie enfantine auprès de ceux qui connaissent bien les joies (et peines) du jardinage.

Week-end chez un ami dans le Vercors (il vient, avec ses enfants, acheter une grande maison, dans son jus….).

Point de départ de belles randonnées (à pied ou en vélo). Un vrai plaisir dans cette nature luxuriante qui se réveille d’un hiver assez costaud là-haut.

Il y a une sorte de zenitude qui vous saisit là-haut. Et je ne vous dis pas la joie des petits « parisiens » …. Je suis vraiment « verni » de vivre dans une région aussi belle.

Envie de ressortir mes crayons et aquarelles pour remplacer le clavier de l’ordinateur.

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La Fille parfaite

Avant-dernier livre de la liste des candidats pour le Prix du Livre Inter 2022 – et encore un aspirant au podium ?

Dernier né de Nathalie Azoulai dont j’avais aimé « Titus n’aimait pas Bérénice » (Médicis 2015) duquel j’avais écrit : « ….mais dans l’ensemble un tour de force d’une beauté qui devrait ravir tout personne qui aime la langue comme moyen d’expression (je pense toutefois que le texte est trop « élitiste », pas assez « populaire » pour réussir le Goncourt de cette année)... ». J’avais écrit pour « Les spectateurs » (son 2e roman) : « N. Azoulaï m’avait pris à la gorge avec son « Titus n’aimait pas Bérénice« , là elle m’a souvent laissé en plan. Pour moi, trop de sujets, une structure narrative qui m’as paru trop du genre « faire compliqué » -, même si sa sensibilité (à fleur de peau dans « Titus »  déjà) fait parfois des merveilles. »

Et je suis tenté de reprendre une nouvelle fois à mon compte ces remarques pour ce roman sur la (ou les) fille(s) parfaite(s), et les maths et la littérature.

Présentation de l’Editeur (P.O.L.)

Quand, un beau matin de juin, Rachel apprend qu’Adèle, son amie de toujours, s’est pendue chez elle, elle se sent à la fois assommée et allégée. Une réaction à l’image de cette amitié tumultueuse qui a toujours provoqué en elle un mélange de fusion et de malaise profond. À partir de cette ambivalence, Rachel mène l’enquête et s’interroge sur ce qui a pu mener une fille aussi parfaite qu’Adèle, brillante mathématicienne et mère d’un jeune garçon, à se supprimer aussi violemment à 46 ans.

Elle revient sur la naissance, les étapes et les péripéties de leur histoire en butant sans cesse sur ce qui l’a fondée, un serment tacite dès le lycée, un deal crucial : au pays du Savoir, Adèle prendra les Sciences et Rachel les Lettres. Ont-elles eu pour ambition de couvrir tout le spectre ? Mais de quoi ? De la connaissance, de la réussite sociale ? Pour le dire autrement : pourquoi Adèle choisit-elle les maths, la « voie des garçons », quand Rachel choisit la littérature, la « voie des filles » depuis toujours ? Mais est-ce vraiment ainsi que les choses se passent dans la vie ? Jusqu’à quel point ?

À travers cette amitié au long cours, c’est un roman d’apprentissage à deux têtes qui se déploie, où l’orientation scolaire détermine bien plus qu’un cursus en façonnant l’intelligence et toute une existence, les relations familiales et amoureuses, la maternité, l’ambition et le rapport au monde… Notamment quand on est une femme et qu’on s’attaque au territoire des hommes.

Franchement c’est brillant, parfois même brillantissime, et toutefois elle m’a parfois un peu perdu la narratrice. Non pas à cause d’une structure narrative alambiquée (et/ou compliquée) : on est dans le présent avec des retours en arrière (flash-backs) aisément reconnaissables et voit une femme dérouler le fil d’Ariane son amitié (« cyclique où trop de proximité occasionnait une surchauffe. » (p. 137)) de plus de trente ans avec une autre femme, qui vient de se suicider (à 46 ans), laissant un enfant et un mari….

Quand on se pend, on se rate rarement, or il paraît que le suicide est moins fatal chez les femmes, qu’elles appellent plus souvent à l’aide qu’à la mort. Bon, je n’ai pas fait une étude non plus, j’ai seulement regardé deux ou trois sites vite fait sur mon téléphone une fois dans le taxi. J’ai vu que chez les Mayas, il y avait une déesse du suicide et qu’elle s’appelait Ixtab, que le suicide était plus noble s’il était pratiqué par pendaison. (p. 10)

Désespoir, figure féminine qui se pend et diable qui la saisit par les cheveux, par Giotto (1267-1337), détail du cycle de fresques Les Vices et les Vertus [https://www.meisterdrucke.fr/fine-art-prints/Giotto-(c.1266-1337)/1104078/.html]

Il y a Proust, Freddy Mercury (« The show must go on » – une chanson sur laquelle Adèle s’est « même » mariée…), Kafka, Ozu (oui, oui), la Norvège, mais aussi les Gödel, Post, Dirac, Nash et autres Grothendieck à côté ou au-dessus, parfois en-dessous Virginia Woolf et sa « Mrs Dalloway » ….(info : Nathalie A. vient de sortir une nouvelle traduction – c’est la 4e en frç… – de ce roman – et que je mettrai certainement sur ma liste de PAL, puisque je ne le « connais » qu’en version cinéma – « The hours »).

Mais – comme l’indiquent les personnages cités ci-dessus – il y a surtout la question être scientifique (matheux) ou littéraire (ou un peu des deux ?). Adèle (milieu modeste avec un père qui la pousse vers les maths) et Rachel (milieu littéraire/universitaire) – l’une qui collectionnera les prix de math’ prestigieux (et rate de peu la médaille Fields), l’autre qui publiera des romans à succès à la pelle – elles se jalouseront, se brouilleront, se réconcilieront, tout en constatant qu’elle sont (ont été), prises dans leur ensemble fusionnel, d’une certaine manière « la fille parfaite ». 

« Vu d’ici, ça semble grotesque, mais sur le moment, c’était comme si nous avions regardé ensemble une fleur éclore, un cœur palpiter, on en tremblait. On n’avait encore jamais atteint un tel degré de symbiose. A cet instant, sur le pont du bateau, il n’y avait plus ni Adèle Pinker ni Rachel Deville. Nous n’étions plus deux individus distincts, mais une seule substance en fusion, ni homme ni femme, une substance humaine, une tête à deux corps missionnée pour fouiller, se relayer et trouver ce qu’était la beauté : un mélange de puissance et de délicatesse. Ce n’était certes pas la lune, mais pour des filles de vingt ans, c’était exaltant. (p. 150)

On est est très loin d’une amitié genre « L’amie prodigieuse » (décrite par E. Ferrante) – ici rien n’est fait de nous rendre particulièrement attachant une des deux filles (je les ai trouvées toutes les deux (surdouées sur les bords) un peu genre « bêcheuse » (certainement ma jalousie – tzz).

Une belle étude de la féminité, de l’influence des parents (et du milieu social – ou « même » du père avec sa fille – notons l’utilisation par Rachel du terme « Adèleetsonpère« ) sur le cursus scolaire (et le chemin vers la « réussite », réflexions sur la maternité aussi, mais surtout aussi de la difficulté de se frayer une place dans un monde « masculin » (notons aussi la majuscule de « Fille » dans le titre !).

Beaucoup de sujets donc traités (on doit faire attention à tous les détails, chacun a/aura son importance, ce qui rend le roman assez dense), ce qui n’empêche pas quelques traits forcés et quelques idées reçues sur la juxtaposition homme-femmes dans le monde scientifique. A souligner toutefois la belle langue utilisée par Nathalie Azoulai (qui n’hésite pas à juxtaposer une langue parlé à une langue (très) soutenue.

Toutefois, je dois dire que j’ai préféré « Titus…. »

Je ne veux pas que Nicolas* fasse des maths. Je compte sur Rachel.

[* le fils d’Adèle]

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Mahmoud ou la montée des eaux

Présentation de l‘Editeur (Verdier)

Syrie. Un vieil homme rame à bord d’une barque, seul au milieu d’une immense étendue d’eau. En dessous de lui, sa maison d’enfance, engloutie par le lac el-Assad, né de la construction du barrage de Tabqa, en 1973.

Fermant les yeux sur la guerre qui gronde, muni d’un masque et d’un tuba, il plonge – et c’est sa vie entière qu’il revoit, ses enfants au temps où ils n’étaient pas encore partis se battre, Sarah, sa femme folle amoureuse de poésie, la prison, son premier amour, sa soif de liberté.

Cet ouvrage a reçu le prix Wepler – Fondation La Poste, le prix Marguerite-Duras, le prix des lecteurs de la Librairie Nouvelle à Voiron et le prix de la Librairie Nouvelle d’Orléans.

Et peut-être aussi le Prix du Livre Inter 2022 ? Livre lu dans le cadre de notre Club de Lecture Inter Shadow Cabinet.

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Un vieil homme rame et rêve de mourir en paix (accompagné par la musique de Verdi – La force du destin)

Voilà un livre qui sort du lot de la production littéraire de ce début 2022. La guerre de Syrie y gronde (et est présente à jamais dans la tête de Mahmoud). Il (le livre)/Elle (la guerre) résonne(nt) de plus parfaitement avec ce qui se passe actuellement à mi-chemin entre la France et la Syrie – combien d’hommes et femmes en Ukraine (et en Russie) ont des pensées comparables à celles de Mahmoud ?

Et qui parle aujourd’hui (encore) de la Syrie ? Des années de conflits ? (L’Ukraine est aujourd’hui entrée dans son 3e mois de guerre contre l’envahisseur…!!) En Syrie la guerre (complexe, il faut le dire) dure déjà plus de 11 (onze) ans depuis la répression meurtrière de manifestations pro-démocratie.

Pour mettre « en musique » les pensées du vieillard,

« Je ne suis plus qu’un vieillard, je ne suis rien. Rien qu’un corps. Pour l’eau et le soleil. / Comme quand j’écris. / Pour écrire : ressentez à quel point vous n’existez pas, / à quel point vous êtes trouble. / Tout vient de là.« 

Antoine Wauters (dont je n’avais jusqu’ici encore rien lu) choisit les vers libres avec lesquels le lecteur flotte un peu dans des vagues de mots souvent poétiques et truffés ou saupoudrés de parfums, de sensations, de goûts, mais aussi de dégoût, de tristesse, mélancolie, douleur :

(page 128)

La lecture est un peu « étrange » sur les premières pages, mais offre au lecteur une sorte d' »engloutissement » comme la plongée de Mahmoud dans le lac (barrage de Tabqa/ Lac el-Assad) qui a englouti son village natale dont il visite tous les jours (équipé d’un tuba, de palmes et d’un masque « Je continue de palmer, souple, toujours plus souple, pour ne pas blesser l’eau.« ) les vestiges [plus de 11.000 familles ont été déplacés et un patrimoine inestimable dévoré par les flots].

A travers les pensées divagantes de Mahmoud (qui n’est pas loin de la folie – il en a vécu des choses qui rendraient fou n’importe qui) se dessine l’histoire d’un pays [A. Wauters va même plus loin dans une interview* en disant que c’est une sorte d' »autobiographie politique du pays » en lien avec l’intime], avec parfois des notes (en fin du livre) pour expliquer des termes/notions.

« 1994, oui. Bachar rentre au pays et il devient un autre.
Les monstres naissent dans la nuit. Il range ses habits de médecin, se forme à l’Académie militaire de Homs et éclipse peu à peu, bye-bye, le jeune homme timide de Hyde Park.
Maintenant, il regarde les gens dans les yeux quand il leur parle. Au fond des yeux. Et se tient droit comme le fil d’une épée.
C’est un capitaine, un gradé. Il nous a pris nos vies, Sarah.
Il est toujours trop tard quand on ouvre les yeux. Penchés au-dessus de nous, les monstres tiennent de longs ciseaux glacés et les pointent en notre direction. Tchak! Voilà comment ils font.
Ils nous prennent nos rêves et les coupent en menus morceaux.
Son père n’était pas différent. Avec son cher service de renseignements, le fameux Mukhabarat, lui aussi passa nos rêves par les armes. »
(p. 20-21)

A côté des passages traitants de la violence subie, vécue, observée, dressant le portrait d’un pays devenu fou, c’est aussi un chant d’amour et de souffrance.

Ce n’est pas une lecture « easy-reading » ou de consommation rapide. Il m’a fait penser à la poésie iranienne (et pourtant A. Wauters est bel et bien un occidental – je vois déjà les défenseurs du wokisme : Comment un blanc peut se mettre dans la peau d’un vieil syrien ??, tzz !). Il faut se laisser porter par le rythme doux, les mots évocateurs et « sauveurs » aussi, abri contre l’inhumain, comme souvent l’écriture.

Vieillir, c’est devenir l’enfant que plus personne ne voit.
L’enfant dont on dit qu’il a les cheveux gris.
Dont on attend des choses, promesses, gloires et
accomplissements, alors que tout ce qu’il souhaite,
c’est rester à jouer avec son bâton en regardant tomber la
pluie, les mains couvertes de boue.
Vierge de paroles et de tout clinquant.
Je suis vieux, Sarah-de-mon-cœur,
parce que j’ai sept ans tous les jours depuis sept
décennies, mais que personne ne le voit.
(p.46)

Un « roman » mélopée, qu’il faut parfois lire à haute voix pourque résonnent mieux encore les silences entre les mots, la douleur sous la douceur. Lecture, je me répète, « exigeante » mais d’une grande force, même si certains passages – je dirais « illustratifs » ou « orientalisants » – auraient pu encore être coupés (mais cela ne regarde que moi – je pense ainsi les « moments durs » passent mieux.

Je conseille absolument aux lecteurs curieux.

Etel Adnan

*Mahmoud a aimé écrire. Il se réfugiait dans son cabanon près du lac et il y écrivait. Il avait confiance dans les mots. Il ne pouvait pas vivre sans eux. L’écriture, c’était une liberté en marge de son métier d’enseignant. Il était en vie en écrivant. Alors que quand il enseignait, il n’avait en bouche que les mots du régime, des mots de propagande, des mots de mort. « Je n’ai jamais vu de Président aussi sage que le président El-Assad. Je n’ai jamais vu un leader comme lui de toute ma vie. Je n’ai jamais vu quelqu’un comme lui ». Pour lui, l’écriture est un lieu de résistance. Ses poèmes parlent du quotidien, mais c’est sa façon à lui de lutter, une résistance douce. Voir ce que personne ne voit, trouver beau ce qui reste caché, une grenouille sous une pierre, et puis, malgré tout ce que la prison lui a pris, ne pas abandonner : rester vivant. [extrait de l’interview de A.W. dans Diacritik]

Je dois encore lire 2 livres de la liste des 10 candidats au Prix Livre Inter. Ce Mahmoud se situe à mon avis dans le Top 5. Y figurent dans ma propre liste encore « Feu » de M. Pourchet (même si bon nombre de mes ami(e)s ont défoncé ce livre et n’y ont pas vu de « puissance », ni de portrait d’une société contemporaine, ni ressenti la « concision » des mots choisis (qu’elles ont classé dans la catégorie « hachés »). « Connemara » et « La fille qu’on appelle » pourront – selon moi – également prétendre à une place au podium… Je me réjouis déjà de nos débats.

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Le gosse

Livre lu dans le cadre du Prix du Livre Inter 2022 (notre cher Club Inter Shadow Cabinet s’attèle à lire les 10 livres de la liste pour faire son propre jury le même jour que le Jury à Paris. 10 contre 24 – comme depuis plus d’une décade maintenant.

Présentation de l’Editeur (Albin Michel)

« Joseph est né le 8 juillet 1919 à Paris et il en est fier. Paris ce n’est pas seulement la ville, c’est la plus grande des villes, belle de jour comme de nuit, enviée dans le monde entier, il est un titi, un petit bonhomme de sept ans, maigrelet mais robuste, on ne croirait jamais à le voir, la force qui est la sienne. »
Joseph vit heureux entre sa mère, plumassière, sa grand-mère qui perd gentiment la boule, les copains du foot et les gens du faubourg. Mais la vie va se charger de faire voler en éclat son innocence et sa joie. De la Petite Roquette à la colonie pénitentiaire de Mettray – là même où Jean Genet fut enfermé –, l’enfance de Joseph sera une enfance saccagée. Mais il faut bienheureusement compter avec la résilience et l’espoir.

Véronique Olmi renoue avec les trajectoires bouleversées, et accompagne, dotée de l’empathie qui la caractérise, la vie malmenée d’un Titi à l’aube de ce siècle qui se voulait meilleur.

Il ne sait pas à quoi on ressemble, quand on ne ressemble pas aux autres.(p.200)

Une histoire terrible et pourtant souvent lumineuse d’un garçon et de ses semblables. Le lecteur va suivre le petit Joseph, petit parisien qui va passer sa jeunesse (après la 1er guerre mondiale) après la « disparition » de son père et de sa mère d’abord dans un orphelinat, une prison pour enfants, une famille d’accueil et puis dans un centre pénitentiaire tristement célèbre « la colonie agricole et pénitentiaire Mettray » (crée en 1835 – alors un modèle du genre, mais devenu plus tard une sorte de « bagne d’enfants » sera fermé en 1939 – après une campagne anti assez virulente). C’est par la musique qu’il sera sauvé…

La musique d’Armstrong lui ouvre les portes qu’il n’avait jamais osé pousser. Après avoir couru le cachet à droite à gauche, passé minuit, Joseph va dans un des innombrables clubs du quartier où l’on danse le tango, le fox-trot, la biguine ou la rumba, où l’on écoute les musiques américaines, le blues et « le jazz », comme disent certains, et même le jazz manouche. Il y va avec Frantz. Pour le jazz, uniquement, cette musique qui n’est pas là pour distraire, étourdir ou défouler, mais les emmène ailleurs, là où ils vont si rarement, le fond hurlant de leur être. (p. 247)

Véronique Olmi se met dans la tête du petit et décrit cette vie de « bagnard » et sa renaissance par la musique – et on le suit presque jusqu’à la fin des années 1930.

Je dois avoir un cœur de pierre :

J’ai lu le livre plutôt comme un documentaire – malgré une langue avec des accents poétiques comme pour vernir ou plutôt adoucir les passages cruels et violents pour le petit Josef. J’avais l’impression que V. Olmi est tombé un jour sur les récits sur les enfants de l’Assistance, ces prisons pour enfants et centres de redressements et qu’elle voulait en parler dans un récit autour d’un garçon fictif qui bizarrement n’a pas crée d’empathie en moi. Un peu trop de « péripéties » avec des sauts dans le temps qui ont (pour moi) cassé l’arc, le réveil à et par la musique peu crédible (encore pour moi)… Je suis resté étrangement en dehors de cette lecture.

Dommage parce qu’en soi le sujet avait le potentiel de m’emporter.

Josephine Baker célèbre avec son équipe le succès de sa revue « Un vent de folie » aux Folies Bergères (produite en 1927).• Crédits : Keystone-France/Gamma-Keystone – Getty

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Eclipse(s)

Atmosphère…Atmosphère….!!

Ezio Sinigaglia – Traduit de l’italien par Emeline Plessier

Drôle de roman court (à peine 100 pages). D’aucuns diraient ‘une nouvelle’ avec un fil narratif mince comme du papier à rouler une cigarette mais qui se densifie étonnamment grâce à un environnement impressionnant, une pensée intro- et rétrospective dense ainsi que quelques protagonistes hauts en couleur.

Lu dans le cadre de la 1ere lecture des livres soumis par les candidats au Prix Caillé 2022. Bien entendu, mes bafouilles ne préjugent en rien de l’opinion (et le jugement) du jury du Prix dans son ensemble. Par ailleurs, je ne m’exprimerai ici pas sur la traduction (de Emeline Plesssier) – pour des raisons évidentes….(on est en cours de présélection des finalistes….)

Présentation de l’Editeur (Zeraq)

Eugenio Akron, architecte triestin à la retraite, réalise son dernier vrai voyage. Sa destination ? Une île nordique, un radeau de basalte perdu en pleine mer d’où il pourra assister à une éclipse totale de Soleil. La solitude d’Akron – quoique plutôt paisible – sera de courte durée : il fait connaissance avec Mrs Wilson, une charmante Bostonienne venue elle aussi admirer ce spectacle. Leur rencontre est une chance, un coup du destin, qui fera ressurgir à la surface le passé d’Eugenio. Un roman à la page, qui pousse à méditer sur soi‑même et sur le but de la vie, sans toutefois s’attrister grâce aux images surprenantes, aux descriptions magnifiques et aux langues enchâssées qui donnent du rythme. Les exercices de style se fondent et se confondent avec une histoire unique et expérimentale, qui incite à réfléchir mais qui laisse aussi admirer la beauté des langues. Car ce roman est écrit en cinq langues, langues parfois improbables mais toutes compréhensibles même sans les maîtriser : c’est une caractéristique surprenante mais captivante qui a conquis les lecteurs italiens et qui se retrouve dans la traduction française.

Quelle idée de laisser dans ce texte ‘expérimental’ voyager un Triestin de 70 ans voyager vers une île du Nord imaginaire – toutefois tous les lieux et monuments de l’ile visités semblent réels – (entre l’Ecosse, la Norvège et l’Islande – ainsi les lieux Mikkelkirke, Storbygd, Nykonnergily) pour voir une éclipse de soleil.

« Les basaltes sont apparus nus et bruts dans toute leur beauté. Vus de loin, ils apparaissaient lisses, comme d’immenses animaux de conte de fées, plus gros et plus puissants que le plus gigantesque des titans, endormis engourdis et pleins, la peau étroitement tendue, seulement parsemée de pores et sillonnée de fines rides, le museau pointé vers l’océan, s’étendant inerte dans le plaisir inattendu du soleil. Maintenant, cependant, venant à la rencontre de l’arc à quelques mètres des yeux, ils montraient la texture bigarrée et complexe de leur texture primordiale : cette douceur apparente était faite point par point de bosses, de nœuds, de trous, de douces fossettes qui semblaient être sculptées d’un doigt et de cavités plus profondes qui ouvraient des entailles dans la matière et des branches de vide en plein « .

Notre « héro/ veuf » porte lourd son passé (une amitié avec un jeune homme qui a fini tragiquement) et hésite entre vivre dans le passé et recommencer une nouvelle vie, une vie « guérie ». Sa solitude choisie sera perturbée par la présence d’une américaine d’un certain âge qui comme lui s’est déplacée sur l’ile pour voir l’éclipse à venir. Contrairement à lui c’est sa passion à elle les éclipses dont elle a vu au cours de sa vie des dizaines autour de monde entier.

La naissance d’une relation entre les deux pourtant très différents constitue le 3e bloc narratif – et tout est parfaitement tissé (le passé, les sentiments, l’environnement naturel).

Lecture réjouissante teintée d’humour linguistique puisque comme l’annonce la 4e de couv’, le lecteur navigue dans une minestrone langagière : Elle, l’américaine, tente de raviver ses connaissances de l’italien (plus ou moins bonnes), lui baragouine en un anglais teintée de son italien du Trieste. Et les habitants de l’ile essaient également s’adresser aux deux protagonistes en un anglais qu’il faut pour le comprendre lire à haute voix. Comme ici (p. 79)

Ou comme ici (pour vous donner un « avant-goût » du mélange de langues qui vous oblige de lire lentement – pour mieux déguster….!!) :

Et sa fonctionne pour le lecteur. Rythme lent, il n’y a pas grade chose qui se passe mais l’étrange atmosphère qui règne sur l’ile nous donne un ouvrage délicatement sombre et lumineux en même temps qui vaut le détour – puisqu’il est loin de tout courant littéraire nombriliste et égocentré et nous fait voyager non seulement « géographiquement » mais aussi dans l’âme de deux êtres vers la fin de leurs vies mouvementées.

Le livre, écrit en 1985 a été « redécouvert » il y a quelques années et a reçu (dans sa version italienne) le Prix Modus Legendi 2020

 

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Nom

Lu dans le cadre du Prix du Livre Inter 2022/Shadow-Cabinet (mes amis et moi lisons tous les 10 livres candidats du Prix France Inter 2022 et voteront le jour du « vrai » Jury autour d’un barbecue et de bons vins) – Je n’aurais pas lu ce livre sans ce choix d’Eva Bettan et son équipe.

4e de couv’ (Flammarion)

« J’ai un programme politique. Je suis pour la suppression de l’héritage, de l’obligation alimentaire entre ascendants et descendants, je suis pour la suppression de l’autorité parentale, je suis pour l’abolition du mariage, je suis pour que les enfants soient éloignés de leurs parents au plus jeune âge, je suis pour l’abolition de la filiation, je suis pour l’abolition du nom de famille, je suis contre la tutelle, la minorité, je suis contre le patrimoine, je suis contre le domicile, la nationalité, je suis pour la suppression de l’état civil, je suis pour la suppression de la famille, je suis pour la suppression de l’enfance aussi si on peut. »

OK – je ne voulais pas le lire, mais je ne suis pas si mécontent que ça d’avoir égrenées les quelques 170 pages pleins de mots furieusement crachés sur le papier. Dès l’incipit on sait que ça va cogner :

Là où la psychanalyse dit : Arrêtez, retrouvez votre moi, il faudrait dire : Allons encore plus loin, nous n’avons pas encore trouvé notre Corps sans Organes, pas assez défait notre moi. Remplacez l’anamnèse par l’oubli, l’interprétation par l’expérimentation. Trouvez votre Corps sans Organes, sachez le faire, c’est question de vie ou de mort, de jeunesse ou de vieillesse, de tristesse et de gaieté. Et c’est là que tout se joue … (G. Deleuze et F. Guattari – « Mille plateaux »)

En effet, elle tape fort avec une rage qui m’a fait penser parfois à la Miss Despentes (mais en plus virulent), une rage que moi, simple lecteur, qui contrairement à elle n’a pas lu « tous les livres », ne peut pas toujours partager.

(p. 52)

J’ai dû m’arrêter un moment après ce moment cafardeux.

« Nom » (que moi en tant qu’allemand entend aussi comme « Non » ) est bien une sorte de témoignage rageux d’une femme de 50 ans maintenant, fille du journaliste (et reporter de guerre et Prix Albert-Londres) François Debré – envoyé plusieurs fois en cure de désintoxication par son frère (donc l’oncle de Constance : Bernard Debré), petite fille de Michel Debré (Premier ministre sous de Gaulle)…. Ses parents se sont drogués, et ont été outé par la famille Debré (sa mère est Maylis Ybarnégaray). C’est cet « héritage » que Constance veut jeter aux orties, dans les oubliettes et exister, délesté du nom et de ce qu’il implique, par elle-même.

Se dégage néanmoins dans ses litanies d’injonctions et affirmations parsemés de « on s’en fout » une sensibilité aigue même si elle écrit à un moment :

« J’ai dit je me foutais de tout mais ce n’est pas vrai. La vérité c’est que je suis le contraire de quelqu’un qui s’en fout. Tout ce que je fais c’est parce que je ne m’en fous pas. Quand je quitte une femme, c’est parce qu’il n’y a plus d’amour et qu’on n’a pas le droit de mentir sur l’amour. Si je ne suis plus avocat, c’est parce que….(p. 61)

Et on sent derrière ce langage peu châtié une femme blessé, écorché vive.

Toutefois elle en fait – au moins pour moi – un peu trop. Comme dans son dernier livre je suis consterné de lire qu’elle vit l' »aventure » (la liberté) en prenant le train à tour de bras ((elle ne prend donc pas de BlaBlaCar), squattant à gauche et droite, (….« j’habite les appartements des autres, j’habite chez les autres, chez tous ceux qui me passent leurs clés quand ils partent en vacances. » (p.112) – et pourtant, ça ne doit pas être une vraie vie de « sans-dents » (voir ses résidences d’écrivain(es) à New York, en Arles….). Il y a, pour mois, comme une incohérence.

Une autre « incohérence » pointe également son nez dans cette logorrhée d’une femme qui « nage » (au propre et au figuré) – elle écrit des livres (c’est quand-même son 3e) …et on se demande finalement pourquoi.

« Dans les appartements que je traverse, je vois les livres, les bons livres, je ne peux pas les toucher, je fais en sorte que mon regard ne les accroche pas. Je commencerais par là si j’étais terroriste, je commencerais par les livres, je les détruirais, je les déchirerais, je les brulerais, tous les livres bien rangés, les petits murs de livres, ….l’arrogance des livres, la mollesse des livres, la bourgeoisie des livres, la putasserie des livres.,…l’immense bêtise des livres, celle de ceux qui lisent, celle de ceux qui écrivent…. » (p. 115)

Libre à vous de lire ce livre….. l’auteure écoute souvent Bach, mais c’est plutôt du côté de Guyotat qu’il faut la chercher. Toutefois une femme qui aime les Magnum Classic et boit du Coca ne peut pas être foncièrement détestable.

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