Grossir le ciel

Le diable, il habite pas les enfers, c’est au paradis, qu’il habite

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Présentation de l’Éditeur (La Manufacture de livres)

Gus vit depuis toujours aux Doges, un hameau perdu au  cœur des Cévennes. Il n’a plus vraiment de famille, à part Abel et Mars. Mais qui pourrait raisonnablement affirmer qu’un voisin et un chien représentent une vraie famille ? Juste mieux que rien. En ce froid matin de janvier Gus s’approche de la ferme d’Abel avec son calibre seize : il a repéré du gibier. Mais alors qu’il s’apprête à tirer, il entend un coup de feu. Gus se dira plus tard qu’il n’aurait jamais dû baisser les yeux vers la ferme, qu’il fallait ignorer cette grosse tache dans la neige. Que s’est-il passé chez Abel ?

Grossir le ciel, roman noir fulgurant, a imposé Franck Bouysse parmi les incontournables de la littérature française contemporaine.

2007, espaces isolés, paysages hivernaux (les Cévennes), fermes isolées, personnages taiseux (Gus, cinquantenaire, n’était jamais marié + à quelques centaines de mètres de là habite Abel) ….. la mort d’Abbé Pierre….

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Franck Bouysse arrive à nous peindre la vie des deux hommes dans ce monde si proche de nous et pourtant si éloigné de la nôtre… et nous surprend avec cette écriture riche en métaphores et images tout en restant simple, fluide, je dirais presque enchanteresse (ou envoûtante/hypnotisante).

Abel sortit la-dessus, en laissant sa réflexion se balader dans la pièce, tel un chien qui aurait perdu son maître. Le genre de truc qu’on balance en sachant que ça fera son chemin à coups de hache.

Il faut presque 100 pages empreinte des descriptions des petites choses de la vie, des choses anodines : le travail (les vaches et leurs veaux), les matins et soirées seules, les pensées à l’enfance (les parents de Gus n’étaient pas tut à fait des modèles dans leur genre – et n’ont pas fini joliment non plus – , pensées plus belles et douces à sa grande-mère qui a essayé de compenser le manque d’amour des parents…. ), la télé, le café dans le bar dans le village, les discussions avec Paradis et son voisin, Abel, 100 pages avant que les contours d’une ombre d’intrigue se dessinent…. mais ce n’est pas grave, on baigne alors complètement dans l’ambiance dans ces lieux perdus…. Et au lecteur de compléter, avec les bouts narratifs parsemés par l’auteur, le puzzle de la vie de Gus….

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L’arrivée de « suceurs de bible » (des évangélistes ?! – la rencontre d’un représentant de ces gens avec Gus est magnifiquement dialoguée, comme l’est la confrontation avec Paradis) dans ces contrées, la mort du chien de Gus, des traces de sang dans la neige, des révélations faite par Abel vont faire basculer ce qui semblait être un tableau paysan vers un drame.

Les apparences ont la vie dure et on leur fait dire aussi ce qu’on veut bien.

« Grossir le ciel » sont les derniers mots du livre……(et on ne sait toujours pas ce que Abbé Pierre fait dans cette galère) – C’est plutôt un roman d’ambiance, ni thriller rurale, ni policier qui vous happe, emballe, ne lâche plus avec ces échanges sourds, pleins d’ellipses et fausses pistes (en relisant on remarque que cette écriture particulière réduit à l’essentiel les maux/mots transmis….- ne dit-on pas : « La parole est d’argent, mais le silence est d’or…? »  )

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Je fais désormais une petite pause. J’assiste au mariage de notre fille Alice  (« son » blog, à savoir ses missives d’un grand voyage de Bali à Paris en stop) – je ne dis pas « je marie ma fille » puisque c’est elle et mon futur gendre qui ont tout organisé (en Bretagne). – à gauche^, ça date pas d’hier,  avec son cousin T. ….à droite avec un autre T.,  Toucan – le co-fondateur de Chilowé

Je reviens en septembre ! Notamment avec un texte sur « Glaise » de F. Bouysse qui m’accompagnera les 1ers jours de mes vacances (et qui m’enthousiasme pour le moment)

– Stay safe !

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Lac de la Sitre

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Une petite ballade dominicale avec des amis vers le Lac de la Sitre dans le Belledonne en passant par le refuge du Pré du Mollard (ouvert pour des glaces et boissons, mais pas pour dormir – Covid-19 oblige.

La balade offre de belles vues sur Grenoble et le massif de la Chartreuse, et surtout le picnic près d’un lac en forme de cœur…..

« L’air en tension était une portée de musique sur laquelle grésillaient des insectes et pépiaient des passereaux. Une démesure de bruits, un dérisoire boucan, le fracas délicat d’un monde. » (Glaise – F. Bouysse p. 76)

Je signe !

C’est une balade/randonnée assez facile (si on est habitué à marcher un peu) qu’on devrait proposer à chaque nouveau venu dans la région. C’était la 1ere fois que j’y suis allé.

Dans la vallée il faisait 35°C , là haut, auprès du lac, avec les nuages qui coiffaient les cimes, nous avons mis les pulls…. (et n’avons même pas sorti nos maillots de bains…)

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Je ne peux que recommander cette balade !

 

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Abschiedsfarben (Automne de la vie)

Je propose pour ce dernier livre de Bernhard Schlink pas encore traduit – mais certainement en cours d’être traduit) le titre français : Automne de la vie (le terme allemand veut dire qqchose comme : « Couleurs du départ« )

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9 nouvelles – Erzählungen – sous le signe d’hommes d’un certain âge (Schlink a lui-même 76 ans aujourd’hui) qui suite à certains événements (parfois minuscules) se confrontent à leur passé, à leurs erreurs et/ou omissions (coupables ou non). Ce qui crée une ambivalence (comme un fil rouge) – chaque acte a ses conséquences (est-on toutefois toujours « coupable » ?

Les nouvelles parlent de la réussite et/ou l’échec d’un amour, de trahisons, du manque de confiance, des souvenirs qui entrent comme par infraction dans une vie auparavant et en surface calme d’une vie rangée.

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Ainsi « Künstliche Intelligenz » (« Intelligence artificielle ») met en scène un mathématicien qui essaie de se justifier pour avoir trahi la fuite prévue (vers la RFA) de son meilleur ami (et employé) à la Stasi (à l’époque de la RDA). Considéré objectivement, c’était une trahison, mais du point de vue d’aujourd’hui,  l’échec de la fuite a permis à son ami de vivre un mariage extrêmement heureux, ce qui ne lui serait probablement jamais arrivé à l’Ouest, ce qui transforme (aux yeux du narrateur) sa trahison en un service d’ami. Et – ce qui est d’importance : l’homme a pu « garder » l’ami près de lui.

Dans la nouvelle « Geschwistermusik » (« musique de chambre exécuté par deux frères et soeurs »), un musicologue revoit par hasard deux personnes qui ont eu une très grande influence dans sa jeunesse : une fille issue d’une famille riche et son frère handicapé. Il y a des décennies, le narrateur (pas de la même « classe sociale » se sentait « instrumentalisé » et a peut-être raté un amour (d’enfance).

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Une autre nouvelle traite (in-)directement (doucement mais surement) d’un tabou (l’inceste) et déclenche la question à savoir si on peut après ces faits continuer à vivre « normalement » comme si rien ne s’était passé ?

Une autre décrit les vacances d’été qu’un garçon passe au bord de la mer avec sa mèr, le père restant à la maison. Il décrit avec des mots sensibles comment le garçon va découvrir une « autre » mère, à savoir la femme derrière la mère ou l’image qu’il s’en était fait d’elle, tout en se découvrant lui-même.

Ecrit dans un allemand « classique », sobre, fluide (toujours les termes qu’il faut, avec un petit aura désuet (la langue parfois criarde, d’aujourd’hui, ancrée dans le 21e siècle n’est pas pour lui). Et il n’a pas besoin d’effets de style. Ça avance calmement et devient ainsi de tout repos. De plus, Berhard Schlink glisse toujours des réflexions quasi-philosophiques dans ces nouvelles, sans les alourdir ou complexifier outre-mesure.

Indéniablement une oeuvre de maturité (« Alterswerk« ) profondément humaine.

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D’autres livres de Bernhard Schlink que j’ai lu : Olga, La femme qui descend de l’escalier, Mensonges d’été – toutefois, je pense que « Le liseur » est (et restera la meilleure oeuvre de lui).

Les illustrations sont de Mary Jane Ansell.

 

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Lettre d’Allemagne

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Enfin retournée en Allemagne voir mes frères et sœurs et ma mère. Pas de vol – donc en train, masqué – Un peu plus de 7h30 (avec un stop de 2h à Paris – que j’ai « utilisé » pour marcher de la gare de Lyon à la Gare du Nord (même chose au retour).

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Lank-Latum – ci-dessus c’est son emblème (le château d’eau – Wasserturm – construit en 1912) – est un village (Dorf – Stadtteil) de presque 10.000 habitants qui a été intégré dans les années 70 dans la ville de Meerbusch (tout un binz à l’époque puisque Lank-Latum a été ressorti pendant un petit moment pour appartenir fugacement à la ville de Krefeld pour réintégrer légalement en 1976 la ville de Meerbusch). Le village se trouve à 15 km env. du centre ville de Düsseldorf.

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Aujourd’hui il y a environ 10.000 habitants – et le village est considéré comme une belle banlieue de Düsseldorf ou il fait bon vivre.

C’est ici que j’ai passé ma jeunesse (né à Düsseldorf, déménagé à l’age de 7 ans à l’écart du village d’alors (la maison que mes parents y ont construit en 1961 était la première d’un quartier résidentiel en devenir (sur un ancien champ de betteraves), quartier particulièrement recherché aujourd’hui pour sa proximité d’avec Düsseldorf – et la nature. Après l’AVC de ma mère nous étions obligé de vendre sa/notre maison (qui a été démolie – plus aux standards d’aujourd’hui – c’était le terrain qui intéressait les nouveaux proprios…). 

Pendant trois jours je me suis baladé sur les lieux de mon enfance (en poussant le fauteuil roulant de ma mère. 

J’ai même » appris un mot (nouveau pour moi le « Meerbuscher Blühstreifen » (les « bandes fleuries » de la ville de Meerbusch. La semence pour ces bandes vient de dons (les donateurs sont indiqués sur la signalisation – sans mention du montant, hmm)

Aménagement constitué de plantes à fleurs annuelles, bisannuelles et vivaces semées ou spontanées, positionné en bordure d’une parcelle de production (en général sur la longueur pour maximiser l’effet des auxiliaires dans la parcelle).

Étonnement devant les jardins et devantures – qui donnent l’impression qu’on vit bien et confortablement ici (les marques de voitures devant les garages sont un autre « indice ».

Mes frères (2) et sœurs (1) n’ont jamais quitté le coin et les cyclistes s’arrêtent volontiers dans un des cafés lors de leurs périples le long du Rhin et la basse Rhénanie…

Le jardin de mon frère cadet et de sa femme…. Comme bcp d’Allemands ils préfèrent être locataire (pour info : Les logements allemands sont en moyenne plus grands que les logements français (107 m² contre 98 m²), et ce pour tous les statuts d’occupation/ le rapport proprio vs locataire est d’env. 50/50).

J’ai passé une matinée à Düsseldorf  (7e grande ville d’Allemagne, Wikipedia dixit).

A noter le jeu de mots sur les fanions : « Unsere Altstadt – mit Abstand mein Lieblingsort » – (Notre vielle ville (le fameux quartier des bars/brasseries et restaurants) – de loin mon lieu préféré –  « Abstand/de loin » peut se lire également « avec la distanciation (que je respecte)

Au retour, à Paris, lors de mon « périple pédestre » entre la Gare du Nord et la Gare de Lyon je suis passé par la rue Gaby Silvia – d’après la danseuse et actrice française d’origine italienne Gabrielle Zignani…  sous la plaque de la rue quelqu’un avait placé des mosaïques – je vous laisse le soin de reconnaître les personnages (RIP)

 

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Schattenmänner – Les hommes de l’ombre

Il y a des livres qu’on ne lâche pas des mains……, même s’ils sont épais comme la bible (478 pages chez Penguin – j’ai lu la version poche).

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« (Les hommes de l’ombre ) Schattenmänner) – non traduit en français – de Christian v. Ditfurth en fait partie. Pourtant ce n’est pas d’une lecture facile – malgré la structure des phrases souvent réduite au strict minimum (parfois le lecteur doit se choisir le verbe/remplir les vides laissés ou décoder les ellipses).

« Opel Astra, noir. Discret. Auprès d’une chaîne de location de voitures » (p. 55).

Ça commence par le meurtre de la maîtresse du ministre de l’intérieur bavarois – il ne sourira plus longtemps – et se transforme en un thriller plutôt politique qui entraîne le lecteur – on peut le révéler sans rien trahir – via un groupe de chat Facebook (avec des photos de chats – codées !! cherchez l’intrus ou les méchants dans un groupe FB de 180.000 membres !) dans les méandres de la coopération européenne en matière d’armement. Défense européenne/espionnage/ export de matériel militaire (donc big money), meurtres à la pelle, la destruction d’un immeuble et tutti quanti…. Et cela avec un ton empreint d’une ironie dialectique qui semble être la marque du commissaire de Bodt (que je ne connaissais pas).

chat - magasin de toilettage de chats à Paris

C’est pourtant déjà le quatrième cas duquel ce commissaire, féru de Kant, Hegel et Seneque (il en lâche parfois, avec son air supérieur de Hambourg, des citations – qui même à moi, allemand, requièrent une attention aiguisée), tout en poussant ses supérieurs direction crise cardiaque (les règles applicables ou directives officielles, il s’en fout).

« Il y a une innocence dans le mensonge qui est signe de bonne foi » (Es gibt eine Unschuld in der Lüge, welche das Zeichen des guten Glaubens an eine Sache ist).

L’équipe de de Bodt : la belle Salinger (il y a des signes qu’elle en pince pour de Bodt, mais la pauvre est  trop marquée par des histoires d’amour « compliquées ») et l’ »enfant » de l’immigration Yussuf. S’ajoutent à cela une équipe française (Lebranc et son assistant zelé Floire – belle relation teintée d’amour et de haine). Les dialogues dans lesquelles fusent des jeux de (bons) mots rendent particulièrement agréable la lecture, qui s’approche d’un « page-turner ».

On peut toutafé lire ce 4e opus autour de de Bodt sans avoir lu les 3 aventures précédents, mais j’imagine que certaines allusions et « blagues » fonctionnent encore mieux si on a accompagné l’équipe dès ses débuts.

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Le style : rapide (chapitres assez courts), changements de perspectives, presque décharné (voir l’exemple en haut), et ce qui est très agréable, c’est le changement géographique (grâce au travail main dans la main entre les Français et les Allemands Macron et Merkel ne sont jamais loin et les particularités des rouages politico-économiques en prennent un coup – ici notamment la fusion de Nexter et KMW !)

Le lecteur français connait Christian von Ditfurth par le biais de deux enquêtes d’un historien qui aide la police (dans des affaires liées au passé allemand – nazi ou stasi – [ « von Stachelmann »] (« Un homme irréprochable » et  « Frappé d’aveuglement »)

Le poing le frappe sur le nez. Il bascule en arrière. La porte claque, se referme. Ils étaient deux. L’un lui donne un coup de pied dans les couilles. Douleur déchirante. Renner se tordait. Tout ce qu’il voyait, c’étaient les chaussures. Peur qu’on le frappe de nouveau. Toutefois, l’un s’est assis sur le lit, l’autre sur la chaise. (p. 290 – essai de traduction)

Die Faust traf ihn auf der Nase. Er kippte nach hinten. Die Tür klappte zu. Es waren zwei. Einer trat ihm in die Eier. Der Schmerz zerriss ihn. Renner krümmte sich. Sah nur die Schuhe. Fürchtet den nächsten Tritt. Aber der eine setzte sich aufs Bett, der andere auf den Stuhl.

 

 

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Un pied au paradis – One foot in Eden

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Traduit par Isabelle Reinharez

Présentation de l‘Editeur

Oconee, comté rural des Appalaches du Sud, début des années 1950. Une ancienne terre cherokee, en passe d’être à jamais enlevée à ses habitants : la compagnie d’électricité Carolina Power rachète peu à peu tous les terrains de la vallée afin de construire une retenue d’eau, immense lac qui va recouvrir fermes et champs. Holland Winchester est mort, sa mère en est sûre, qui ne l’a pas vu revenir à midi, mais a entendu le coup de feu chez le voisin. Ce drame de la jalousie et de la vengeance, noir et intense, prend la forme d’un récit à cinq voix : le shérif Alexander, le voisin, sa femme, leur fils et l’adjoint. Devant un texte aussi puissant que singulier, on pense à Larry Brown et Cormac McCarthy, voire Giono. Pas moins.

Vous connaissez le film « Rashomon » de Kurosawa ? Voilà un roman qui bizarrement m’a fait penser à ce film, de par sa structure et sa poésie sombre et mélancolique. Dans « Rashomon » ce sont quatre personnes qui présentent à tour de rôle des versions très différentes d’un même crime. Ici ce sont également 4 personnes.

C’est une tragédie grecque sans chœur mais avec des narrateurs différents (un shérif – Alexander -, une femme (Amy), son mari (Billy), leur fils (Isaac), l’adjoint du shérif) qui pour les 3 premiers racontent de leur point de vue un fait divers : la 4e de couv’ le dit  : un homme, Holland Winchester,  disparaît du jour au lendemain sans laisser une trace.

Le fils parlera env. 19 ans après les faits… et l’adjoint va clore le livre avec son récit (très court).

Holland Winchester était une sorte de bad boy du coin, décoré lors de la guerre de Corée. Le shérif pense, et se trouve soutenu dans cette idée par la mère de Holland, qu’il a été assassiné par ses voisins (l’homme et la femme) pour des raisons que je ne veux pas déflorer ici, mais qui font tout le sel de ce roman.

Quand je dis « sel » je dois aussi mentionner un autre personnage, la « sorcière », la veuve Glendower, on sait bien qu’il faut porter du sel dans sa poche quand on va parler à une femme, n’est-ce pas ?

Et pour être toutafé complet vaudra mieux annoncer la couleur aussi, sombre comme souvent chez Ron Rash (ceux qui ont lu « Une terre sombre » ou « Un silence brutal » auront été marqué), de la disparition d’un monde – ici, c’est la construction d’un barrage qui va engloutir un monde, des vies, des morts….  La nature est omniprésente, pas seulement dans la bouche des fermiers, non par tout le monde…..Tiens un autre lien souterrain : le roman de O. Norek qui se passait autour d’un village englouti, ici c’est une vallée entière…

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Ron Rash est u grand peintre de la Nature aussi (pas seulement de la nature humaine) – et au fil de la lecture je découvre un certain André Michaux (ainsi que son fils François André Michaux) qui a découvert dans la Caroline une plante (she-show) inconnu sous nos cieux en good old Europe.

Quelques extraits :

Ainsi les quelques phrases qui disent tout de la relation entre un père et un fils (qui ne voulais plus s’occuper de la ferme et a épousé une femme d’un milieu plus aisé (avant la crise de ’29) :

« J’entendais les cigales chanter dans les arbres tandis que nous cherchions quoi nous raconter de plus. Nous avions beau être assis non loin l’un de l’autre, on aurait cru qu’un lac s’était étalé entre nous, mais c’était quelque chose de plus grand et de plus difficile à traverser. » (p. 68)

Ou la citation des belles paroles d’un naturaliste américain du 18e siècle (William Bartram)

« Les espaces montagneux et sauvages moutonnant tel le vaste océan après une tempête. » (page 88)

Le regard réaliste et attendri sur une femme :

« Elle paraissait rouée de fatigue et pour la première fois j’ai entraperçu à quoi elle  ressemblerait quand elle serait plus ni jeune ni jolie. Je savais que ce temps-là n’était pas si loin, parce que la vie dans une ferme des collines vous use une femme plus vite qu’un homme, du moins au-dehors. »  p. 218)

J’ai lu (dévoré) le livre lors de mon (long) voyage en train pour Düsseldorf – et il m’a fait oublier le port de masque – comme un film …..C’est vraiment un très bel hymne à la nature (aussi âpre et aride elle puisse être), paré d’un tissu fait de thriller, de tragédie, de mots simples comme le bonjour et/ou des silences, même quand les personnes sortent des mensonges sans hésiter :  « C ‘est sorti joli comme un doryphore et sans un mot qui butait

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Très beau travail de Isabelle Reinharez – les niveaux de langage/d’éducation des divers personnages sont bien rendus…les exégètes de la traduction discuterons peut-être les choix du rendu du parler de quelques personnages (un peu plus « bouseux » que d’autres), mais cela ne m’a pas gêné.

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Chartreuse x 2

Avant de (devoir) faire une petite pause rédactionnelle – une petite sortie dans la Chartreuse ?

Notre fils et des amies sont venus pour le week-end du 14 juillet…. occasion de se dégourdir un peu les jambes.

Pravouta

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Ballade « familiale » – qqs 350 m de dénivelé, vue sur le « dos » de la Dent de Crolles…. après une montée de 35 minutes env. et la traversée d’une belle prairie fleurie….

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Et on voit bien le « clito » du Vercors.

DSC_0377Une autre sortie il y a qqs années…

https://lorenztradfin.wordpress.com/2012/06/18/dimanche-a-pravouta/

Le 14 juillet montée pas loin de la Pravouta – au village du Sappey  pour randonner un peu plus longtemps – jusqu’au Elmeindras du haut…. également un « classique » facile (pour nous) – un peu plus fatiguant pour nos amies qui marchent un peu moins (quand-même 12,5 km).

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Là aussi un lien vers une autre balade (il y a 7 ans – on la fait surtout en hiver, avec des raquettes, plus féerique

https://lorenztradfin.wordpress.com/2011/05/02/sappey-ca-paie/

 

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Le village du Sappey :

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Oxymort – F. Bouysse

Figure de style qui réunit deux mots en apparence contradictoires. (Exemple : « un silence éloquent/assourdissant » ou « impitoyable tendresse  » ou aussi « effroi voluptueux »)  donc une « ingénieuse alliance de mots contradictoires »

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Ce roman tiré des tiroirs (des 1eres oeuvres) de l’auteur de « Né d’aucune femme » ne me laissera pas de souvenir impérissable.

Présentation de l’Éditeur (4e de couv’) – Huis clos au cœur de la mémoire

Un homme se réveille enchaîné sur le sol de ce qui semble être une cave humide. La sensation d’être un animal piégé… Il est incapable de se rappeler pourquoi il est là. Son ravisseur lui laisse seulement quelques énigmes à résoudre, transmises à la volée par une trappe qui se referme avant qu’il n’ait eu le temps de s’en approcher. Il fouille alors dans ses souvenirs à la recherche d’un indice qui pourrait lui permettre de se sortir de cette situation. Une intrigue psychologique insoutenable.

Le roman n’est ni « ingénieux » ni paré d’une « psychologie insoutenable ». C’est plutôt classique dans sa (dé-)construction à rebours cahoté (on débute avec un jour 0 – 2, passe à 0 – 11, un peu plus tard à 0 – 28 etc…) .

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On trouve certes la belle écriture dont F. Bouysse, avec ses phrases plutôt courtes et parfois lapidaires, des accents étranges de solitude noir teinté de désespérance, une ambiance lourde qui se par des fois d’une observation plutôt bien sentie de « notre époque » :

« Des gens débauchent, certains visiblement pressés de rentrer chez eux et d’autres, à la recherche d’une amarre. Ils se désagrègent ou s’agglutinent. Ils sont lourds du poids qui les rive au sol. Au-dessus, le ciel est un drap blanc qui borde la ville. Les rues ressemblent à des saignées dans un corps de pierre, de brique, de parpaing, de bois, de métal et de plastique. Ici se joue la musique de la vie.« 

Ah ce « enfer-mé »… ses pensées alternent avec celles du ravisseur. On passe du temps avec la belle Lilly – du genre Penelope Cruz et un commissaire (Farque), une collègue de l’enfermé et même un serveur de café (Kamel)…. et les caractères sont brossés à grands traits (justes) sans approfondissement (on dirait même presque une esquisse ou un script qui dessine les contours d’une mini-série TV (en 3 parties (?))

Bovary n’est pas son vrai nom. Je l’ai baptisée ainsi parce qu’elle arbore en permanence l’intense jovialité des gens infiniment tristes au-dedans. (…) Elle me fait l’effet de ces gens qui semblent toujours avoir eu 50 ans, ces gens dépourvus de beauté et de laideur aussi. Un juste milieu qui n’a dû l’aider en rien dans sa vie.

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Le temps s’est radouci. Quelques insectes se balancent dans l’air, ivres de surprise. Deuxième cigarette de la journée. Une drôle de magie, le matin. Les flots, jamais bleu, mais noirs, blancs, rouges, sur fond gris. Ce que Farque voit distinctement en marchant vers l’arrêt de bus le plus proche. 

Ça se lit très facilement et sans déplaisir (à peine 217 pages aérées dans la collection « J’ai lu »), mais ne laisse aucune trace véritable. Mais c’était ce qu’il me fallait dans cette période un peu chargée (et mouvementée – pas mal de visites). A lire sans se prendre la tête un jour pour un voyage en TGV, caché derrière son masque…..et écoutant la BO de ce roman (truffé de belles trouvailles musicales : Bruce S., L. Cohen, Christophe….)  et une fin « ouverte vers un autre crime »  (Merci A. pour ce prêt)

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Pavane pour une princesse défunte

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Samedi triste et gai en même temps…..

Notre amie M. est décédée en avril, en plein confinement Covid, d’une longue maladie. L., son mari, a organisé avec leurs enfants et les amis une cérémonie  pour évoquer sa Princesse disparue.

Moment d’émotion (120 personnes réunies en souvenir à a belle personne) à l’ombre d’un château en face du Belledonne.

Une douzaine d’interventions (discours – et enregistrement de voix des nièces et neveux outre-Atlantique qui pour les raisons évidentes en ces temps du Covid ne pouvaient pas venir…), des intermèdes musicaux (soit chœur/enregistrement/juste piano – merci B. -) dont le déchirant « You’re so beautiful » (J. Cocker)

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nous ont permis de dire mieux un « Adieu » plus digne (que n’était la triste « cérémonie » en avril devant une poignée de personnes) de cette formidable personne qu’était M.

J’ai également tenu un discours que vous trouverez ci-dessous. Je n’avais aucun problème de le lire à haute voix à la maison, au calme, chez moi. Jamais je n’aurai pensé que l’émotion me prendrai au point que ma main gauche qui tenait le papier se mettait à trembler, la main droite tenant le micro…. la voix craquelant….  quand l’émotion te prend à la gorge…

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Beau « cocktail » champêtre à l’air libre… et rdv après près du lieu ou les cendres de M. avaient été dispersés ….

Profitons de chaque jour que nous vivons !!

Chère M

Je me fais le porte-voix de l’amitié et des amis et je vais essayer de ne pas parler comme un portefaix, allemand de surcroît.

Face à la mort d’un être cher, les mots nous manquent souvent et sont, la plupart du temps, vides de sens. Ton métier t’aurait toutefois toujours permis de trouver du sens et des affects portés par ces mêmes mots.

Notre deuil n’est pas linéaire : il est parfois très intense, peut disparaître, revenir à un moment inattendu, ou bien être absent là où on l’attendait.

Tiens, on a repris petit à petit notre quotidien et on vit avec ton absence. Nous avons recommencé à organiser des vacances, des week-ends, des randonnées, soirées ciné et MC2 aussi et n’oublions pas notre Club de Lecture qui ne mesure pas encore le vide que tu as laissé. Souvent, nous embarquons L avec nous…. et parfois, sans crier gare, tu t’invites à ce bal de la vie, tu n’es pas loin. L’autre fois tu nous a chuchoté que le film que nous avons choisi sur les recommandations de « Télérama » ne vaut rien aux yeux des « Cahiers du Cinéma » qui était ta bible quand il s’agissait de « se faire une toile »…. et aussi que tel livre était inintéressant.

Eh oui, nous devons tricoter nos histoires sans toi maintenant. Et ton esprit critique nous manque souvent ces jours-ci. Est-ce que ces futurs instants auront le même éclat que ceux partagés avec toi ?

Du coup, en disant « partagé » je pense à L, qui ne peut plus partager avec toi, je pense à Brel aussi qui dit dans une chanson « Et l’autre reste là, le meilleur ou le pire, le doux ou le sévère, cela n’importe pas, celui des deux qui reste se retrouve en enfer ».

C’est d’ailleurs souvent que j’ai pensé ces derniers temps, depuis que tu es partie, à Brel. Dernièrement, dans votre chez vous, ou il n’y a pas de « pendule d’argent qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non ». Il y a plutôt depuis peu une belle réplique de la sculpture « La valse » de Camille Claudel. Cette œuvre qui réussit le plus difficile à rendre par le statuaire : un mouvement de danse. Et j’ose dire – même si je n’avais le privilège de te côtoyer que depuis 14 ans – que votre vie était probablement une belle danse, parfois chaloupant et lente, heurtée aussi et parfois à la viennoise, étourdissante, tourbillonnante.

Le couple de Camille Claudel s’enlace (sans se lasser). La tête de la femme, c’est peut-être toi, la Princesse de L, tu te penches sur l’épaule de l’homme, c’est peut-être L. Il te soulève, au-dessus du sol, c’est presque aérien, d’un équilibre mystérieux – comme on doit le trouver quand on est en couple pour de longues années… et le couple danse la valse à trois temps, à mille temps, une valse à vingt ans…..

« C’est beaucoup plus troublant, mais beaucoup plus charmant, qu’une valse à trois temps…. » Tu vois encore Brel et un peu Bourvil aussi qui aurait dit « Y’avait tant d’insouciance dans leurs gestes émus. »

Ta vie n’était pas une valse-hésitation, bien au contraire.

Nous te promettons, on va envoyer valser les pensées tristes, et pour le dire avec une expression de cycliste « c’est dans la musette » : On n’oubliera pas le nom du bal de ta vie)

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Matheysin – 3e

Nuages au-dessus du Mont Tabor

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Dû à un agenda assez rempli ces dernières semaines (boulot et visites chez nous – même une quasi inoubliable invitation dans un restaurant étoilé à Uriage – on était 9 à table ! :  il y a des gens qui savent mieux fêter leurs 65 ans et entrée en retraite que moi !- Merci Y.!!) ) je ne trouve guère le temps pour réfléchir sur mon accueil de certaines lectures…. que j’ai gardé ces derniers temps à un  niveau type léger.

Je vous abreuve donc encore avec quelques images de montagne.

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C’était à l’ombre du Mont Tabor et juste deux semaines trop tard pour voir les rhododendrons en fleur comme en juin 2018 ou comme en septembre 2017 (ou encore en novembre 2019 les couleurs magnifiques de l’automne (tour du Perollier)

Montée au Lac  de Charvet (nettement plus rempli que les dernières fois qu’on y était).

Exubérance des fleurs – les moutons n’y sont pas encore passé – mais cela ne va pas tarder et empêcher les randonneurs de marcher sur le flancs du Perollier.

Toujours épatant la vue sur les lacs de Laffray et apercevoir au loin le mur du Vercors et l’érection du Mont Aiguille.

Et quand on peut ensuite boire un coup chez des amis aux Allemands (de Saint-Honoré) – merci M&M !! – c’est encore mieux.

On oublie tout, même les 32°C dans la ville de Grénoble…..

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