La mort selon Turner

« et tous nos hiers n’ont fait qu’éclairer pour des fous  le chemin de la mort pou-dreuse » (Shakespeare – Macbeth)

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(« Memo from Turner ») traduit par Benjamin Legrand

Résumé (4e de couv’) :

Lors d’un week-end arrosé au Cap, un jeune et riche Afrikaner renverse en voiture une jeune Noire sans logis avant de disparaître. La mère du chauffeur, Margot Le Roux, femme puissante qui règne sur les mines du Cap-Nord, décide de couvrir son fils. Pourquoi compromettre une carrière qui s’annonce brillante à cause d’une pauvresse dont tout le monde se fout ? Dans un pays gangrené par la corruption, tout le monde en effet s’en fout.
Tout le monde, sauf Turner, un flic noir de la Criminelle. Lorsque celui-ci arrive sur le territoire des Le Roux, une région aride et désertique, la confrontation est terrible, entre cet homme déterminé à faire la justice à tout prix et cette femme décidée à protéger son fils, à tout prix.

désert de Karo - Afrique du Sud

Eh ben, c’est du lourd, sans dentelles, loin du ton délicat de Mingarelli. Ça dépote, part très vite à 100 à l’heure, avec des phrases coup de poing ….  Dans une Afrique du Sud, que Deon Meyer n’aurait pas reniée comme décor, l’action se déroule dans un pure style shakespearean et ultrabalisé (le beau flic noir Delon-ien des Townships – d’une ambiguïté morale discutable – se trouvera – seul – dans une région aride face à des racistes, personnages odieux, dans un showdown digne des western des années 50), parsemé de quelques scènes qui ne sont pas à mettre sous les yeux de chacun (vous vous êtes certainement (tzzz) toujours posé la question comment survivre dans un désert, sans eau…. prenez un « presque-cadavre »….(n’oubliez pas que le corps d’un homme est constitué de 60% d’eau… – la suite à lire dans ce livre)… à ne pas lire avant un repas.

Le shakespeare du bush - Tim Willocks

Avec ses quelques beaux personnages (toutefois taillés à la serpe) – notamment Margot, la femme d’affaires, ou Mokoena (semi-corrompu qui écoute les sonates de Beethoven), ce roman est un bon canevas pour un film de Tony Scott p.ex. Pas révolutionnaire mais il remplit le contrat comme le font certaines séries sur Netflix…..

« Cette histoire « sans méchants », nous dit Willocks (*écrivain qui a été aussi médecin, chirurgien, psychiatre et grand maître en arts martiaux, nda) puisque, « dans la peau des personnages, on aurait agi exactement de la même manière », forme pour le romancier une allégorie de l’escalade qui mène à la guerre ; en vertu du fait que, toujours, « les émotions l’emportent sur la raison ». Ainsi, Turner, l’homme juste et bon, finira par trahir la loi, sa propre loi, et le tout s’achèvera par un désastre. Un roman shakespearien sur les terres de Deon Meyer, qualifié par notre jury de « violent »« cruel »« épouvantable», même « inhumain », mais plébiscité à l’unanimité pour son histoire, son style, son souffle et finalement sa rémanence, signe de sa puissance littéraire. » (Le Point – Jury qui lui a décerné le prix « Le Point » du Polar Européen 2019)

D’autres livres de Willocks par votre serviteur :

Green River, Bad City Blues et dans la trilogie de Tannhäuser le seul « La Religion » (je n’ai pas lu les autres, celui-là m’a paru boursouflé)

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La terre invisible

La terre invisible _ Mingarelli

La vie n’est pas toujours un « long fleuve tranquille » – et je me suis fait un peu rare ces derniers temps. Pour « recommencer » doucement je vous parlerai ci rapidement d’un petit livre lu. Hubert Mingarelli vient de décéder récemment -et ce livre a été sur la première sélection du Goncourt 2019. J’avais déjà lu il y a des années un livre de lui (« Quatre soldats ») et rajouté un peu plus tard » La dernière neige » et l’ai « abandonné depuis.

Présentation de l’Éditeur

En 1945, dans une ville d’Allemagne occupée par les alliés, un photographe de guerre anglais qui a suivi la défaite allemande ne parvient pas à rentrer chez lui en Angleterre. Il est sans mot devant les images de la libération d’un camp de concentration à laquelle il a assisté.

Il est logé dans le même hôtel que le colonel qui commandait le régiment qui a libéré le camp. Ayant vu les mêmes choses qui les ont marqués, ils sont devenus des sortes d’amis. Un soir, le photographe expose son idée de partir à travers l’Allemagne pour photographier les gens devant leur maison. Il espère ainsi peut-être découvrir qui sont ceux qui ont permis l’existence de ces camps. Le colonel met à sa disposition une voiture et un chauffeur de son régiment. C’est un très jeune soldat qui vient d’arriver et qui n’a rien vu de la guerre.

Le photographe et son jeune chauffeur partent au hasard sur les routes. Le premier est hanté par ce qu’il a vu, et le second est hanté par des événements plus intimes survenus chez lui en Angleterre. Le roman est ce voyage.

« Photographe », « camps de concentration », « Allemagne d’après guerre » – et voilà les raisons pour lesquelles je me suis finalement  à ce petit livre.

Le début du roman est situé à Dinslaken (à quelques encablures au Nord de la ville de Duisburg (l’est de ce que vous connaissez comme le « Ruhrgebiet ») et le lecteur va, en compagnie du narrateur et de son chauffeur faire un voyage le long du Rhin et ses ponts détruits…

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Dès la page 18 (sur 182 petites pages) nous comprenons/apprendront le choc qu’ont été les images de la libération d’un camps sur les soldats, images qui les accompagnent longtemps, longtemps, peut-être pour toute la vie…  Mingarelli, connu pour son écriture blanche (il gomme très souvent de ses phrases tout adjectif ou adverbe, pour ne laisser que le nu de la structure « basique ») accéléré sur cette page 18  le rythme du récit, la phrase devient longue, sans ponctuation, effrénée, choquée… pour « retomber » ensuite dans son écriture « silencieuse »… sans plus jamais revenir à ce flux ininterrompu de pensées haletantes.

Finalement « qu’est-ce qu’on a vu? » Impossible à dire, à mettre des mots dessus.

C’est donc par l’image, une/des photo/-s que le narrateur souhaite fixer l’inexprimable. Sortir des villages qu’il traverse les personnes qui y vivent (de force si nécessaire; en tant que « vainqueur » c’est facile….).  Est-ce eux qui sont les « monstres » ? Ceux qui ont su (ou pas ?!). Est-ce que ça se voit…. ?

Il est, comme le dit le résumé du livre, accompagné lors de ce périple par un jeune soldat qui est arrivé « trop tard » – n’a pas combattu (et qui en est un peu désolé)….

Le « roman » avance très doucement. Il est finalement constitué surtout de vignettes, les rencontres avec les habitants, (leur banalité/gentillesse/colère), la description des paysages désolés (et souvent par contraste tellement beaux)….

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Pas de véritable montée crescendo, un drame arrivera, presque par surprise (même s’il couvait )… et s’arrêtera sur une question.

Des fois – je ne sais pourquoi – le déroulé du récit m’a fait penser à « La route » de  Cormac McCarthy (sans atteindre la noirceur  de celui-ci – normal : l’écriture de Mingarelli est « photographique » et gomme plutôt que d’en rajouter laissant le lecteur « se débrouiller » avec les non-dits, les silences et suggestions).

Je ne suis pas d’accord avec pamolico  pour qui le livre est « un peu vain » avec une « intrigue qui tourne vite en rond »… L’écart entre nos appréciations je le résumerai bien par une duel entre Bach & Wagner…. Pour moi une oeuvre contemplative qui n’a pas besoin de tonnes de mots ou de phrases pour toucher et de faire réfléchir.

Toutefois, là je donne à Pamolico, ce n’est pas un livre de plage, de consommation rapide. C’est presque de la poésie avec des blancs. (je me répète).

 

 

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Les traducteurs

Vu dans la série « soutien au cinéma français » un film que je ne pouvais pas ne pas aller voir – à cause de son titre – et cela malgré les mauvaises critiques des professionnels du ciné (le public est plus indulgent – et y voit un « bon » thriller).

Affiche Les traducteurs

Film de Régis Roinsard, avec Lambert Wilson, le grand méchant Éditeur, Ricardo Scamarcio, Sids Babett Knudsen et plein d’autres en traducteurs, enfermés dans un « bunker » de luxe hermétiquement fermé (mobiles confisqués, ordinateurs sans internet, (le traducteur grec dit à un moment : si j’avais su qu’on devait travailler en open space je n’aurai pas choisi ce métier ….) pour éviter toute fuite du contenu, le livre traduit étant censé être publié en 10 langues simultanément ! – ce qui était le cas p.ex. pour un des romans de Dan Brown (« Inferno »).

Les Traducteurs

Qui dit « enfermement » dit huis clos et au fur et à mesure qu’avance l’intrigue (un 1er chapitre vient d’être « lâché » dans le net « gratuitement » avec demande de rançon à la clé…. au risque de voir, en cas de non-paiement la publication des chapitres suivants….). Bien entendu on soupçonnera un des traducteurs, ce qui donne une sorte de jeu à la Agatha Christie ou chat et la souris….

Flash backs, twist à la volée notamment dans la dernière demie heure, tout est fait pour faire de ce film un honnête thriller dans le monde de l’Edition qui se permet – Merci !- de glisser par-ci par-là des vérités (certes mélangées avec des clichés) sur notre métier, et surtout le manque de considération (parfois).

Les Traducteurs

Mise en scène hyper classique (mais proche de qqs séries Netflix, je trouve), une fin bien menée et surprenante finalement…avec un Alex (Alex Lawther – le « traducteur » anglais intense (au milieu ci-dessus) – contrairement au méchant Lambert Wilson – too much – comme bon nombre de rebondissements – on n’en avait pas besoin d’autant…) …. ça donne un divertissement pas si con que ça, c’est déjà ça, mais il n’apparaîtra jamais dans les listes des meilleurs films ou des classiques, et sera du pain béni pour des rediffusions à la TV.

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Dégels

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4e de couv’ de l’Editeur (Autrement)

Sur le rivage de la péninsule du Kamtchatka, aux confins de la Russie, deux petites filles disparaissent. L’enlèvement bouleverse les habitants : le coupable serait-il un étranger de passage ? Pire, l’un d’entre eux ? Comme une onde de choc, le trouble se propage et vient ébranler la vie de dix femmes dans leur quotidien, leurs amours et leurs rêves secrets, tandis que le puzzle de la disparition se reconstitue peu à peu…

Dans un décor inoubliable, entre volcans, eaux sombres et faune hostile, Julia Phillips construit un huis clos magistral dans la lignée de Laura Kasischke et d’Alice Munro, où l’émotion se mêle au suspense.

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J’ai trouvé ce livre chez mon cher bouquiniste à prix réduit. Et me suis mis à le lire, attiré par les références Kasischke et Munro. Pourtant j’ai abandonné (page 97 sur 383), ce qui m’arrive vraiment que rarement (aussi par respect au travail du traducteur et de l’auteur).

Pourtant la construction du roman est bien fort (présentation des divers protagonistes par des scènes permettant une entrée dans leurs pensées, l’illustration des faux-semblants ou des auto-persuasions dont on peut être ‘victime » à notre insu sont bien rendu par l’auteur. Mais – franchement, soit la traductrice Héloïse Esquié a bâclé son travail en deux mois (ou moins) soit l’Éditeur n’a pas fait (du tout) son travail…

Au début je pensais : c’est le style de l’auteur (Julia Phillips)… mais peu à peu le doute s’est installé. Dès qu’il y avait une construction de phrase ou paragraphe un peu « encombrante » je commençais, dans ma petite tête d’allemand, à la reformuler ou de tomber sur ce qui paraissait influencé par l’anglais. Un « ventre de saumon » (salmon belly ?) sur le grill (p. 55) – pour moi, le saumon on le trouve en filet, en escalope, en pavé ou en darne – mais jamais vu ce « ventre » (sauf dans les sites web commerciaux traduits à la hâche), un autre « elle saisit son mouvement d’aversion par la queue » ou un « sa paume sur le renflement de sa cuisse » (p.63) ont eu raison de mon envie de connaître le fin mot de ce roman, pourtant situé dans une région qui titille l’envie d’évasion : la péninsule de Kamtchatka, la péninsule aux deux cents volcans , en Extrême-Orient russe, ouverte au tourisme que depuis 1990 et ou on doit prendre des 4×4 pour se déplacer, faire gaffe aux ours, s’offrir des bains dans des eaux (volcaniques) chaudes….

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Je vais peut-être (un jour, qui sait) reprendre le roman, mais en version anglaise.

C’est vraiment dommage.

Mais peut-être je devrais être moins regardant….

Je dois toutefois avouer que le seul bénéfice était d’avoir ainsi découvert une région dont je n’avais jamais entendu et qui donne envie de voyager….

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L’éléphant

Une petite lecture pour laquelle je remercie ma collègue-amie-4-eyes-principle-partenaire S.H. qui m’a offert ce livre – cadeau pour mes 65 ans !

Fable réjouissante, mais qui aurait pu faire mieux.

La 4e de couv’ française (traduction du livre par Olivier Mannoni) – la 4e de couv’ allemande est quasiment identique.

Dans une grotte près de Zurich, Schoch, un sans-abri, découvre un jour un petit animal improbable, un éléphant rose et luminescent. Une seule personne sait comment la petite créature est née et d’où elle vient : le généticien Roux. Il aimerait en faire un événement mondial, une sensation. Mais il lui a été dérobé. Kaung, un Birman, l’un de ceux qui chuchotent à l’oreille des éléphants, a accompagné la naissance de l’animal et estime qu’un être pareil doit être caché et protégé.
Un conte aussi fantastique que réaliste, un questionnement sur la place du sacré et de la bonté dans un monde envahi par la technologie génétique

Une intrigue qui débute doucement, en accompagnant un sans-abri (un ancien banquier sombrant depuis 10 ans dans l’alcoolisme et qui un jour se réveille et voit « un éléphant rose »  – en voyageant dans le net on voit confirmé que cette expression est une métaphore relative aux hallucinations causées par l’abus d’alcool (on parle de delirium tremens) ou tout autre produit stupéfiant) et qui se termine « presque » comme un thriller (très bon pour un film TV). *

* Et les éléphants roses alors ?

Il semble qu’ils trouvent leur origine dans la nouvelle autobiographique de Jack London « John Barleycorn » éditée en 1913, qui raconte son combat contre l’alcoolisme : « C’est l’homme que nous connaissons tous, stupide, borné, dont le cerveau engourdi est rongé d’asticots […] ; qui voit, au bout de son extase, des souris bleues et des éléphants roses.« 

Si les souris bleues n’eurent pas de descendance, l’expression « Seeing pink elephants » fut adoptée aux USA. Elle s’enracina et se répandit Outre-Atlantique avec Disney en 1941 et son dessin animé de Dumbo, où ce dernier complètement « shooté », chantait la « Pink Elephants on Parade ». Les Looney Toons cartoons se mirent ensuite de la partie dans la même veine avec le succès que l’on connaît.

Photo of colorful drawing: Smiling pink elephant

« C’était un minuscule éléphant. De 40 centimètres de long et 30 de haut tout au plus. Il avait les proportions d’un jeune animal et la peau d’un cochonnet en massepain avec des petits poils roses sur le dos. »

L’intrigue de ce conte passera de la grotte, en saut temporaires, d’un cirque (dans le Oberland de Zürich), à un laboratoire de génie génétique, en passant d’une vétérinaire (Véra) et sa villa sur le Zürichberg  direction Chine (un grand groupe travaillant sur le génie génétique) et finalement au Myranmar. De manière très fluide Suter fait converger deux volets narratifs (un débutant en avril 2013, l’autre le 12 juin 2016) jusqu’en 2018 pour ne faire qu’un.

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Grâce à un talent narratif indéniable, Suter fait le tour de la vie des éléphants, nous apprend pleines de choses sur la génétique (et sa manipulation), met au pilori l’appât du gain faisant fi à toute éthique, glisse à son habitude deux, trois recettes de repas (un végan aussi) dans le récit, parle de la vie d’un sans-abri…. (il a très bien documenté le livre)

Tout cela dans un style alerte, non dénué d’un humour ironique qui fait du bien. Toutefois, face à un tel sujet (la manipulation génétique) et malgré le plaisir non-feint pris lors de la lecture [un joli mini-éléphant qui enchante, inspire (fait même changer de vie), ou qui génère l’envie et l’avidité chez les gens qui le rencontrent…une belle métaphore pour tout ce qui rend meilleur ou mauvais chez le genre humain)] oui tout ça aurait pu être un peu plus profond ou titillant nos esprits… Cependant, Suter c’est « contenté », je dirais, de nous proposer un « simple » conte comme un cocktail qui se sirote (dans mon cas lors du voyage aller et retour d’Allemagne) avec plaisir mais qui ne laisse ni euphorie, ni mal de tête.

PS Parmi pleines de choses j’ai appris que « les hommes murmurant à l’oreille des éléphants » s’appellent « Oozie » (en allemand/birman) [Cornac/mahout en frç…]

 

 

 

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Parachute doré et performance — Le blog du professeur Bruno Dondero

Tout juste rentré d’Allemagne –

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et en retard avec une traduction – je me permets (une fois n’est pas coutume ) de partager un article de Bruno Dondero (ses cours me semblent être formidables. 

Je reviendrai avec mes propres paroles avec la lecture du dernier né de Pierre Lemaître (Miroir de nos peines) et un petit joyau suisse (Martin Suter – Elefant) 

 

Le parachute doré est une institution qui fascine jusqu’à nos artistes. Orelsan en parle dans Suicide social, et avant lui c’était Alain Souchon qui avait consacré une chanson au sujet. « Adieu tous ces grands PDG Essaie d’ouvrir ton parachute doré quand tu t’fais défenestrer » Orelsan, Suicide social « La boîte a coulé, mais pouce On va se […]

via Parachute doré et performance — Le blog du professeur Bruno Dondero

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Une femme en contre-jour

Ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir une exposition d’une photographe (Vivian Maier) et lire en parallèle sa  biographie (par Gaëlle Josse).

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4e de couv’ Les Editions Noir et blanc/Notabilia 

« Raconter Vivian Maier, c’est raconter la vie d’une invisible, d’une effacée. Une nurse, une bonne d’enfants. Une photographe de génie qui n’a pas vu la plupart de ses propres photos. Une Américaine d’origine française, arpenteuse inlassable des rues de New York et de Chicago, nostalgique de ses années d’enfance heureuse dans la verte vallée des Hautes-Alpes où elle a rêvé de s’ancrer et de trouver une famille. Son œuvre, pleine d’humanité et d’attention envers les démunis, les perdants du rêve américain, a été retrouvée par hasard – une histoire digne des meilleurs romans – dans des cartons oubliés au fond d’un garde-meuble de la banlieue de Chicago. Vivian Maier venait alors de décéder, à quatre-vingt-trois ans, dans le plus grand anonymat. Elle n’aura pas connu la célébrité, ni l’engouement planétaire qui accompagne aujourd’hui son travail d’artiste.

Une vie de solitude, de pauvreté, de lourds secrets familiaux et d’épreuves ; une personnalité complexe et parfois déroutante, un destin qui s’écrit entre la France et l’Amérique. L’histoire d’une femme libre, d’une perdante magnifique, qui a choisi de vivre les yeux grands ouverts. Je vais vous dire cette vie-là, et aussi tout ce qui me relie à elle, dans une troublante correspondance ressentie avec mon travail d’écrivain. « 

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« Son travail se focalise sur les visages, le portrait, et sur les exclus, les pauvres, les abandonnés du rêve américain, les travailleurs harassés, les infirmes, les femmes épuisées, les enfants mal débarbouillés, les sans domicile fixe. Parfois, c’est une femme des beaux quartiers, saisie d’un œil ironique avec ses fourrures et ses bijoux, qui la regarde d’un air mauvais… « 

L’histoire avait fait grand bruit. Un jeune agent immobilier (John Maloof) avait acquis en 2007 (un an avant la mort de V.M.) lors d’une enchère un lot issu d’un container de stockage, dont le loyer n’a pas été payé depuis plus d’un an. Des cartons avec des photos, planches-contacts, pellicules non-développées, négatifs…. Il n’y connaissait rien à la photo et était d’abord déçu…. mais les photos ne l’ont pas lâché… il se met à la recherche d’infos sur la (technique) photo en général, la photographe (200 clichés postés sur Flickr ou il demande si ces photos « valent » qqchose (et pourquoi) . Les réponses/commentaires/demande d’achat de la part des aficionados le convainquent qu’il a trouvé un trésor immense; il essaiera de racheter le reste du conteneur….(en vain)… et commence à exploiter sa trouvaille (commercialement). S’ensuivront une multitude d’expo’ dans le monde entier, un film aussi (« Finding Vivian Maier – en frç. « A la recherche de Viviane Maier ») ….  au moins un qui profite de ce fonds de photos, légataire par hasard d’une oeuvre que les grands éditeurs et sommités du monde de la photo’  ne voulaient pas (avant de changer d’avis – trop tard)

Mayer, Meyer, Maier….. il y’en avait des orthographes de ce nom de famille….à l’image de la famille (père, mère, frère qui s’inventent des vies).

La vie de Vivian Maier n’était pas un long fleuve tranquille et ressemble plutôt à une géographie tarabiscotée. Du côté de la mère, il y a les racines françaises (départ à 6 ans du Champsaur vers NY) , du côté du père on trouve des racines austro-hongroises. Les parents, se brisant aux rêves américain, se séparent (un autre enfant, un fils, en perdition aussi dans cette société), retour donc un certain temps en France, et nouveau retour aux États-Unis. La famille comme filet de sécurité ou sol nourricier se désintègre. Nous sommes dans les années ’50.

Et cette femme, dont Gaëlle Josse, avec sensibilité, nous retrace la vie (par bribes), est restée insaisissable (tant les opinions des gens qui l’ont croisé divergent – « Délicieuse et excentrique Mary Poppins…. ou vraie harpie, sinistre fée Carabosse, mégère odieuse et maltraitante mettant les enfants (elle garde des enfants n.d.a.) en danger ? » (p. 128) . Et ce ne son pas les autoportraits qu’elle a pris qui nous avancent bcp. Il y’en a beaucoup de cette femme qui n’avait selon G. Josse (qui se base pour cela sur des témoignages) « aucune envie de séduire qui que ce soit« . Autoportraits – souvent avec des reflets ou miroirs, peu de sourires….

La plupart des photos reproduites ici sont « empruntées » sur le site http://www.vivianmaier.com

Quelques auto-portraits (juste une petite partie de ceux-ci visible à GRE) :

A la V.M. j’ai « même » fait un double portrait :

Double autoportrait BL& VMaier

Des photos qui m’ont « parlé » :

S’ajoutent à cela de beaux portraits – qui rappellent le travail d’autres grands de la photos:

Le livre de Gaëlle Josse vaut la peine – avoir la possibilité de voir aussi les photos rajoute au plaisir. C’est une belle autobiographie sur une aventure humaine, sur la solitude et l’insondable dans l’Homme (la femme – d’autant plus si celle-ci était ce qu’on appelle une femme libre – toutefois sans l’ombre d’un homme (G.J. semble penser qu’il y avait un événement – à part le délitement de sa famille/la violence et l’alcoolisme du père – qui expliquerait cela….)

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