La terre ferme et les conquistadors

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Formidable récit riche et fiévreux qui nous plonge dans la période 1519-1521 quand Cortés avec une « troupe » bigarrée d’espagnols part de Cuba pour chercher de l’or sur ‘ »l’île » Yucatan. Il écrasera et anéantira Mexico-Tenochtitlan pour faire de l’Espagne la 1ere puissance coloniale de l’époque.

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(le chemin parcouru et décrit dans ce roman) 

Alexis Jenni fait parler Juan de Luna, « l’innocent » – il travaille comme secrétaire-scribe de Cortés (toujours à ses côtés) – pour nous relater sur 406 pages cette épopée de sang et de cris, avec quelques moments d’introspection ou de tendresse/amour grâce à la princesse indienne Elvira, de fait une femme que Juan a reçu en « cadeau » lors du partage du butin après la destruction d’un village aztèque.

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Tout est différent de l’Espagne, et de ce qu’ils connaissent.

L’air devenait un drap mouillé, il fallait le mâcher pour le respirer, comme à Cuba il pleuvait en fin d’après-midi ; et ensuite, tout le soir et toute la nuit, l’eau tombait en gouttelettes des feuillages. Nous ruisselions, dormions peu, nous reposions mal. Et chaque soir nous astiquions nos armes d’une couenne graisseuse et d’un peu de sable pour éviter qu’elles rouillent.

Nous traversions de vastes clairières où étaient des plantations de maïs. Nos Indiens de guerre entraient dans ces villages avec un grand cérémonial de tambours, et ils en revenaient avec des chargements de galettes et de poules. Le soir, sans que nous ayons à le leur dire, les porteurs nous faisaient des cabanes à toit de palmes, et eux-mêmes dormaient entre les arbres. Car c’est ainsi : guerriers et porteurs ne vivent pas de la même façon, ne mangent pas la même chose, ne dorment pas au même endroit. Et malheur à celui qui oserait faire ce que sa nature ne lui permet pas. En Espagne cela se paye d’une volée de gourdin, et ici de l’arrachage du cœur au sommet d’un temple.

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Ce que j’ai particulièrement apprécié c’était la langue de Juan, puisque le texte, certainement né sur la base d’une documentation d’une richesse inouïe sonne souvent comme écrit en 1520… avec des archaïsmes, l’ébahissement de l’espagnol face à une « nouvelle » culture, étrangère et « barbare » (avec les sacrifices d’hommes et de femmes, et l’arrachement de cœurs)… la difficulté de trouver des mots pour retranscrire (au roi d’Espagne aussi) la conquête de cette terre.

Livre qui tonne de bruits de fureur, préfigurant les autres « colonisations » qui suivront (le massacre comme forme de domination….) … Et je suis re-devenu le garçon découvrant les Christophe Colomb, les Fernand de Magellan (ahh ce traité de Tordesillas qui partageait le Monde (in-)connu entre castillans et Portugais) et autres Pizarro… apprenant qu’on ne connaissait pas encore le cacao à cette époque…. rêvant d’explorer le monde….

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Par ailleurs, intéressant du point de vue du traducteur que je suis, les scènes dans lesquelles sont décrites les pourparlers entre des représentants des tribus rencontrés qui ne se comprennent pas, mais qui ont recours à des interprètes (parfois « relais ») – ce qui fait se demander Juan si les messages passent vraiment comme il faut, puisque les discours des uns sont souvent « traduit » en une ou deux phrases seulement… (et il se demande si ce n’est pas source de problèmes….)

Marina traduisait dans la langue que connaissait Aguilar, qui répétait en espagnol! Cortès expliqua que nous étions les sujets du plus grand seigneur qui soit, l’empereur don Carlos, qui régnait au-delà des mers. Et qu’il souhaitait en son nom rencontrer son maître. Tendile parla à son tour, et Cortès, et Tendile encore, la discussion était laborieuse, il fallait traduire par deux intermédiaires, les trois langues ne se ressemblaient en rien. Tendile parlait beaucoup, plus longuement que ce qu’Aguilar répétait en espagnol. Cortès s’en inquiéta et Marina expliqua par le truchement hésitant d’Aiguilar que l’homme était un grand personnage, et qu’il parlait avec beaucoup de cérémonie, il se répétait souvent pour donner plus d’harmonie à son discours, et en utilisant d’étranges comparaisons, de belles formules ronflantes avec de nombreuses répétitions, car c’est la beauté que dans son peuple on jugeait les discours honorables et véridiques…. 

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Les pensées des « indiens » qui comme les espagnols ne comprennent pas l’autre non plus, tellement éloignées de leur monde, jalonnent parfois le livre (en italiques, quasi poétiques, un langage châtie et empreint d’image mythiques) renforçant une espèce de honte qui fait chemin dans la tête…honte de ce que l’homme est capable de faire pour le pouvoir, pour l’argent/ l’or…..

Toutefois, j’ai passé un excellent « moment ». Certes, on en sort aussi un peu « épuisé » – un « génocide » (c’est comme ça qu’on appellerait ça aujourd’hui) reste un génocide…même avec des phrases charnues (in-carnées), parfois longues, noyant ainsi l’horreur….. Et heureusement Juan se pose souvent aussi les bonnes questions. Contrairement aux us et coutumes chez les gentilshommes de l’époque – notamment face à l’arrivée sur ce continent « sauvage » de davantage d’espagnols (accompagnés de femmes – blanches) – lui il va « même » épouser sa « princesse » et la chérir…

« …quand elle me regarde, plus longtemps que ne le permettent l’étiquette, les usages, les convenances, mon cœur bat, je suis le plus attentionné des hommes. Elle est ma princesse indienne aux lisses rondeurs, à la peau douce et élastique, que je ne me lasse pas d’effleurer. Quand je vois ses lèvres amples au dessin précis, je me dis que toutes les autres femmes n’ont comme lèvres qu’une une petite moue tremblante…. »

 

 

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André Derain

La décennie radicale (1904 – 1914)

Ce qu’il faut, ce serait de rester éternellement jeune, éternellement enfant : on pourrait faire de belles choses toute sa vie. Autrement, quand on se civilise, on devient une machine qui s’adapte très bien à la vie et c’est tout. (lettre à Vlaminck , été 1907)

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Portrait de Lucien Gilbert

Pendant mon court séjour à Paris et avant de filer pour l’Allemagne j’ai fait un tour au Centre Pompidou pour voir, en complément de l’exposition « Derain-Giacometti & Balthus » vue en juin, une exposition monographique consacrée à André Derain 1904 – 1914. La décennie radicale, qui retrace pédagogiquement les étapes du parcours de l’artiste avant la 1ere guerre mondiale, à savoir la période dans laquelle naissaient les grands mouvements d’avant-garde les plus radicaux (du fauvisme au cubisme), dont il devenait ainsi un acteur…. passant du fauvisme au cubisme, remplaçant la perspective par la juxtaposition de couleurs vives…(entre autres) . DSC_0664

Les montagnes à Collioure (vers 1905)

Ami non seulement de Giacometti et Balthus (dans les années 30), Derain (1880-1954) était aussi un proche de Maurice de Vlaminck, Marquet, Henri Matisse, Pablo Picasso … et s’est inspiré de leur travail tout en rajoutant sa touche personnelle. Il fit de même avec Monet (voir les grands ensembles de sa période « Londres », des presque-Monet, peint en atelier à Paris sur la base de ses esquisses et notes…

Baigneuses (« femmes statues) 

(voir dans la même salle les diverses baigneuses de Derain à la Matisse et à la Picasso côte-à-côte est simplement surprenant)

Son œuvre impressionne par la multitude de techniques (peinture, dessin, xylographie, sculpture, céramique, cinéma, et surtout la photographie… cette dernière lui servira souvent comme base de départ ou support pour ses tableaux) ainsi que par l’envergure de styles qui jalonnent, je dirais presque de manière déconcertantes, l’ensemble de son œuvre.

Le bal de Suresnes (1903) – Photo, quadrillage, peinture –  

L’exposition présente environ 70 peintures ainsi qu’un ensemble colossal d’œuvres sur papier – aquarelles, dessins, carnets de croquis, gravures -, des sculptures, une cinquantaine de photographies, des sculptures maories et africaines, des céramiques… vus et découverts par Derain notamment à Londres et surtout des extraits de ses carnets qui recèlent des bijoux et témoignent d’une hyperactivité incroyable.

Nu debout – 1907 + dessins préparatoires 

(Nature Morte au Calvaire vers 1912)

Entendu devant la nature morte ci-dessous (2 femmes qui parlent : « mais qu’est-ce que c’est moche ! » « Oui, ce n’est pas joli, » répondait l’autre) )

Par ailleurs très drôle aussi un trio de femme d’une petite 60aine qui tançait une copine : « Mais pourquoi tu dois toujours tout intellectualiser. Laisse parler la beauté de la peinture et tais-toi…!  »

Vue sur la Tamise (1906)

Les pêcheurs à Collioure (en haut à gauche)

Le Pecq (1905) – 2 à droite en haut) 

Bords de Seine à Chatou (1904) – à droite en haut) 

La baie de Martigues (1908) – en bas

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Madame Derain en vert (1907)

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(Tableau exposé dans l’expo’ Derain-Giacometti-Balthus) – Portrait de Derain par Balthus en 1936)

 

 

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Prix Caillé 2017

Carole Fily (au centre) 

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a été distinguée pour sa traduction de L’étrange mémoire de Rosa Masur (de Vladimir Vertlib – allemand –  chez Métailié). Michelle Ortuno (à gauche) a reçu une mention spéciale du jury pour sa traduction de l’espagnol « Baby Spot » (Isabel Alba).  Le président du jury (Philip Minns est à droite)

Le jury du prix Pierre-François Caillé de la traduction 2017 (dont j’ai l’honneur de faire partie) a remis son prix, vendredi 1er décembre dans la belle salle de la Fondation des USA – Cité Universitaire. Occasion pour moi de faire un voyage dans le passé puisque j’habitais pas loin de là en 1978 à la Maison du Mexique (séjour de 6 mois à l’ESIT) – ce qui m’a fait quelque chose – avant de retrouver des collègues et amies.
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Lise Capitan 

a fait une très belle présentation de la soirée et je préfère, au lieu d’inventer la roue, vous inviter à faire un petit tour sur son blog chez elle – je suis tout à fait d’accord avec ses impressions que je partage….

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L’Histoire qui manque de chameaux

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… et pourtant, à l’époque, je n’étais pas emballé par son 1er roman (pourtant Prix du Livre Inter – « Sombre dimanche »)…

Là,  comme dirais ma chère amie T.I. – vive la synchronicité ! – j’ai trouvé le livre chez mon bouquiniste, je voulais lire un livre qui traite des coins sombres de l’Histoire (dans le sillage de « L’Ordre du jour ») et je savais que j’allais voir un film algérien (« En attendant les hirondelles ») – donc tout était réuni pour me pencher sur un bout de l’Histoire française qui, à mon avis d’Outre-Rhinien n’est pas encore complètement digérée… l’Algérie (française ou pas), les Harkis, l’intégration (difficile/impossible ?) des Algériens qui après l’indépendance de l’Algérie sont venus en France (Rivesaltes – ça vous rappelle qqchose ?)…. vaste programme pour un beau moment de lecture..

Le livre a reçu 3 prix – dont dernièrement le Goncourt des Lycéens 2017 (qui ont toujours du flair !)  – et les mérite à mon avis amplement.

Donc, si vous voulez savoir un peu plus sur les « crouille, bicot, l’arbi, fatma, moukère, raton, melon, mohamed, tronc-de-figuier, fellouze….? (p. 313) en France, déracinés, générations de Harki…. ce livre, qui de fait se décompose en trois livres, sera fait pour vous. Et je sens que cette « critique » sera plus long que d’habitude.

A. Zeniter nous conte en 3 « livres » l’épopée de trois générations de Harkis :

Ali est marié à Yema. Il est un proprio d’oliveraies relativement riche en Algérie, et « choisira » d’être du côté des français et non pas du FLN…. et va devoir quitter avec toute sa famille le pays pour la France.

Leur/son fils aîné Hamid qui aura passé une partie son enfance dans un camp à Rivesaltes, aura 4 filles avec une française (bien blanche – belle description de leur rencontre…) et enfouira son passé bien profond dans les oubliettes et ne parlera jamais de son passé…(le trou béant).

Une de ses filles, Naïma, travaillant pour une galerie, sur un artiste algérien, va essayer de combler cette histoire trouée …. et se rendra après de longues recherches sur le net et une mission de son patron (et amant) en Algérie.

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Franchement, une lecture magnifique d’une richesse inouïe, surtout pour quelqu’un comme moi, qui n’y connais pas grande chose de l’Histoire mouvementée de la France et de ses relations avec le Maghreb, même si j’ai appris assez rapidement en arrivant en France que les parents de ma compagne avaient dû quitter leur appart’ à Marseille parce que les propriétaires, pieds-noirs, quittaient l’Algérie….et en avaient besoin.

J’apprends par ailleurs dans ce livre une autre signification de « martien » (= ceux qui ont rejoint le FLN au mois de mars, au moment de la signature des accords (de cessez de feu)) – Les articles de la déclaration générale de 62 sont reproduits (en partie – avec en aparté les réflexions de Naïma qui commence ainsi son plongeon dans l’Histoire de sa famille…- et cette quête – quasi impossible – « Autant chercher les racines du brouillard »…(p. 363) …) est tout sauf ennuyante… .

Naïma va s’affronter aux stéréotypes du « bon » et du « mauvais » Arabe…, voir l’Algérie d’aujourd’hui…(eh ben, cela ne donne pas bcp envie d’y aller) et finalement trouver une sorte d' »apaisement ».

L’idée des « Les containers roulants » de Thomas Mailaender sert dans le livre comme « matérialisation évidente du concept de frontière et des frottements culturels qui en découlent‘ »  (p. 153) – et ces photos que je n’avais pas encore vu….font froid dans le dos puisque elle cela se chevauche avec les images des Harkis qui cherchent refuge auprès de la Nation qui s’est bien servi d’eux et les a laissé tomber….

Parfois un peu de belle musique (nouvelle pour moi, nouvelle pour Naïma aussi)

Le peintre – inventé – sur lequel Naïma va travailler (elle va réunir ses/des œuvres de lui – il vit en France – ) est présenté comme un ami du peintre Issiakhem (qui lui existe – comme témoignent les trois tableaux que je publie là…) – encore une découverte…

« L’Algérie les appellera les rats. Des traîtres. Des chiens. Des terroristes. des apostats. Des bandits. Des impures. la France ne les appellera pas, ou si peu. La France se coud la bouche en entourant de barbelés les camps d’accueil. Peut-être vaut-il mieux qu’on ne les appelle pas. Aucun nom proposé ne peut les désigner. Ils glissent sur eux sans parvenir à en dire quoi que ce soit. Rapatriés. Le pays où ils débarquent, beaucoup ne l’ont jamais vu, comment alors prétendre qu’ils y retournent, qu’ils rentrent à la maison.? Et puis, ce nom ne les différencierait pas des pieds-noirs qui exigent qu’on les sépare de cette masse bronzée et crépue. Français musulmans ?  C’est nier qu’il existe des athées et même quelques chrétiens parmi eux et ça ne dit rien de leur histoire. Harkis…? Curieusement c’est le nom qui leur reste. Et il est étrange de penser qu’un mit, qui, au départ, désigne le mouvement (harka), se fige ici, à la mauvaise place et semble-t-il pour toujours. « (p. 166)

C’est un des multiples paragraphes que j’ai soulignés, marqués dans ce roman ( de 505 pages – typographie grande) et qui offrent aux lecteurs les injustices (au ton mesuré toutefois), des questions de langue et de mots…et ouvrent le champs à de multiples « histoires » et anecdotes…

Je ne sais quelle partie des trois j’ai le plus aimé – la 1ere était un peu empreint d’un halo de conte – presque féerique jusqu’à l’éclatement de la guerre…., la 2e – l’enfance, l’adolescence et l’autonomisation  de Hamid…- c’est peut-être cette partie là qui est inégale – les diverses vignettes n’ont pas toujours le même poids… la 3e la quête de Naïma…

Rappel : Goncourt des Lycéens en plus des deux prix déjà reçu…je ne peux que recommander la lecture.

 

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Hôtel Feydeau

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Vu au théâtre la semaine dernière (MC2 de Grenoble) …. Feydeau et ses problèmes avec la mauvaise foi… et surtout …..les femmes…. !

Feu la mère de MadameOn purge BébéMais n’te promène donc pas toute nueLéonie est en avance …. Non, Lavaudant nous ne monte pas ces pièces d’affilée, il choisit plutôt quelques extraits tirés de chacune d’entre elles, les mixe dans son shaker … et rajoute quelques interludes genre music-hall (procédé déjà vu dans sa mise en scène du « Chapeau de paille… » il y a 15 (?) ans environ) et depuis il aime ce type d’intermède loufoque…).

« ah bon, Bernhard, tu as ri ? Mais tu ne nous avait pas dit un jour que tu n’aimes pas le théâtre de boulevard ?! » m’ont interpellé mes amis à la sortie…

Je m’incline…. servis ainsi, en chaîne de sketchs, sur une durée d’un petit film (1h30 env) par des acteurs (mention spéciale à Gilles Arbona, André Marcon et Grace Seri (! superbe présence !) je « supporte ».

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Acteurs qui font tout ce qu’il faut dans ce « divertissement » ponctué de moments parfaitement cocasses et nous font sourire, parfois rire en éclats sans toutefois nous transporter vers une danse folle des abdominaux.

Histoires de couples, personne ne se fait plus d’illusions sur l’amour (grand absent !)…c’est léger, une petite coupe de champagne, on sort avec le sourire …. mais ce montage s’oublie vite, ne marquant pas l’esprit (comme l’avait fait – au moins dans mon cas – un « Terra Incognita » p.ex. dans les années 90 – avec l’inoubliable Anne Alvaro – et déjà Gilles Arbona !)

Voici une critique autrement plus dure (et pleine de métaphores comme je les aime !)

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Ci-dessous le lien vers le Théâtre de l’Odéon où la pièce est passée en début d’année.

http://www.theatre-odeon.eu/fr/spectacles/hotel-feydeau

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Les traducteurs (humains) sur la sellette

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Une fois n’est pas coutume : ci dessous un article tiré d’une double page sur la Traduction dans le Monde daté du 28.11. ( Cahier « Science & Médecine » )

Les traducteurs humains sur la sellette

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 27.11.2017 à 16h18 • Mis à jour le 27.11.2017 à 17h53 | Par David Larousserie
(/journaliste/david-larousserie/)

Les premières victimes des machines pourraient être les traducteurs à bas coût, non professionnels et installés dans les pays pauvres.

Les traducteurs humains seront-ils les prochaines victimes de la numérisation, remplacés par des logiciels, plus rapides, plus efficaces et moins coûteux, grâce à une révolution technologique déployée en 2016 ? La question, lancinante ces derniers temps pour bon nombre d’autres métiers, n’a pas de réponse simple. « Cette année, pour nos 70 ans, nous avons retrouvé dans nos archives des témoignages remontant aux années 1970 évoquant la crainte de la profession d’être remplacée par des machines », rappelle Björn Bratteby, président de la Société française des traducteurs (SFT), pour souligner que l’inquiétude ne date pas d’aujourd’hui. En outre, les erreurs des machines de l’époque
n’ont pas disparu, notamment lorsqu’il faut respecter un style, connaître un contexte ou être doté de bon sens pour les éviter. « On répare des injustices »

Le spécialiste rappelle aussi l’évidence que la technologie a toujours modifié les  manières de travailler : « Il y a vingt-cinq ans, des collègues dictaient encore leur traduction, qui était transcrite par une dactylo, puis renvoyée au traducteur… » Selon une étude de 2015 de la SFT, qui recense un peu plus de 13 000 traducteurs en France, 22 % des répondants n’utilisaient aucun logiciel d’aide à la traduction (contre 35 % en 2008). « Ces outils aident à corriger des “inégalités” entre langues et entre traducteurs. Nous manquions de systèmes efficaces pour certaines langues. Désormais il y en a, par exemple, sur les langues hongroise, estonienne, finnoise… On répare des injustices en quelque sorte », note Andreas Eisele, de la direction générale de la traduction de la Commission européenne. Il participe aux projets de traduction machine, dont le département fournit en systèmes automatiques la Commission, la Cour de justice ou le Parlement européen. Il constate aussi que des systèmes informatiques sont passés « d’inutiles » à « utilisables » par l’homme, grâce à ces nouvelles technologies.
Lire aussi :   La traduction dopée par l’intelligence artificielle (/sciences/article/2017/11/27/latraduction-dopee-par-l-intelligence-artificielle_5221041_1650684.html)

Les premières victimes des machines pourraient être les traducteurs à bas coût, non professionnels et installés dans les pays pauvres, souvent anglophones, car ces logiciels sont parfois meilleurs qu’eux et moins chers. Cependant ces outils peuvent être aussi bien une aide qu’un frein pour le traducteur humain. « On a tendance à faire moins attention lorsque l’on voit que la machine produit de bons résultats. Ce risque d’endormissement peut conduire à des erreurs », explique Björn Bratteby. « Cette plus
grande fluidité constatée risque de cacher des erreurs et cela peut être dommageable et même produire des contresens », insiste Andreas Eisele. En outre, selon Björn Bratteby, « lorsque l’on voit une proposition, fournie par une machine, c’est dur de la sortir de son esprit, même si on sent qu’elle n’est pas juste. Du coup, cela peut ralentir le travail ». Pression tarifaire Quoi qu’il en soit, la rupture technologique précédente, c’est-à-dire la traduction statistique automatique popularisée par Google à partir de 2007, n’a pas altéré le marché. Selon Common Sense Advisory, une société de conseil spécialisée dans ce secteur, celui-ci se porte même plutôt bien avec une hausse de 5,5 % prévue pour 2017, pour un chiffre d’affaires estimé à environ 43 milliards de dollars (36,5 milliards d’euros). « La technologie n’entame pas cette croissance, elle l’alimente », constate Björn Bratteby, qui reconnaît tout de même une pression tarifaire sur les professionnels, source de certaines tensions. Selon l’étude de la SFT, près de 60 % des sondés
facturaient moins de 300 euros la journée en 2015 (contre 39 % en 2008).

En fait, des logiciels rendent possibles des choses jusqu’alors impossibles comme la traduction de gros volumes de commentaires sur les sites marchands ou les réseaux sociaux, ou celle de langues rares ou considérées comme mineures. Dans certains cas, cela rejaillit sur les professionnels : des acteurs du Web peuvent alors voir leur trafic augmenter grâce à ces traductions de mauvaise qualité et investir ensuite pour des présentations meilleures, réalisées ou contrôlées par des humains.

Lire aussi :   Traduction automatique : les réseaux de neurones à l’essai
(/sciences/article/2017/11/27/traduction-automatique-les-reseaux-de-neurones-a-l-essai_5221045_1650684.html)

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Jalouse du Brio ?

Dans le cadre de mon soutien au cinéma français, j’ai vu deux films

« Jalouse » (les frères Foenkinos) et « Le Brio » (de Yvan Attal)

Le gagnant – pour moi (et mes amis) « Le Brio« , film qui se déclare d’emblée être un « feel good movie » et qui s’y tient jusqu’à la fin prévisible dès les 1ères minutes, tandis que « Jalouse » oscille entre comédie (parfois bien réussie) et drame/tragédie et n’assume aucun des deux versants, phagocyté par une Karin Viard impeccablement Karin Viard.

Gagnant donc par k.o. rhétorique : « Le Brio » !

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Neïla Salah a grandi à Créteil et rêve de devenir avocate. Inscrite à la grande université parisienne d’Assas, elle se confronte dès le premier jour à Pierre Mazard, professeur connu pour ses provocations et ses dérapages. Pour se racheter une conduite, ce dernier accepte de préparer Neïla au prestigieux concours d’éloquence. A la fois cynique et exigeant, Pierre pourrait devenir le mentor dont elle a besoin… Encore faut-il qu’ils parviennent tous les deux à dépasser leurs préjugés. (Synopsis sur le site de Pathé)

Si vous cherchez un film intelligent sur le monde de la justice, l’accès des « rebeux » aux études, passez votre chemin – lisez l’excellent blog ci-dessous (il éclaire sur toutes les « fôtes » et invraisemblances du film).

https://brunodondero.com/2017/09/14/le-brio-un-film-sur-la-fac-de-droit/

Mais si vous voulez voir deux acteurs (et Miss Jordana en est à mon avis absolument) au mieux de leur forme (Daniel Auteuil, grossi – ? – est formidable, cela me coûte pour le dire, mais…), quelques répliques cinglantes, réjouissantes (qui n’a pas déjà souhaité dire son opinion à une « ramasseuse de crottes laissées par son chien sur le trottoir du 6e » ?…), de mauvaise foi…  Le film poursuit son chemin sur une autoroute pré-tracée sans surprise majeure, large et long comme le nez de Cyrano et n’offre presque pas de surprise, charrie qqs clichés…….mais la salle rit, votre serviteur a gloussé pas mal, avec une salle (et les amis) en unisson … c’est déjà ça.

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« Jalouse » est un tout autre programme.

Synopsis sur le site de uniFrance :

Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa ravissante fille de 18 ans, Mathilde, danseuse classique, son champ d’action s’étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage… Entre comédie grinçante et suspense psychologique, la bascule inattendue d’une femme.

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Point de « suspense psychologique » … des moments de courte hilarité en début du film, avec une Karin Viard très Viardinne et une présence indéniable. Les scènes une à une passent peut-être mais toutes réunies, enfilé sur le collier d’image dépareillent… on ne sait plus si on est dans une comédie ou une observation clinique d’une dépressive.

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Trop de sujets traités à mon avis aussi (rapport mère-fille/fille-mère, concurrence/jalousie entre enseignants, femmes aux portes de la ménopause (?), solitude d’une femme face au bonheur de son ex avec un « cruche » qui oscille entre femme naïve et femme sage …, l’alcool, l’amitié entre femmes, à partir de quand on tait la vérité ?….etc… .

Ce n’est pas désagréable, mais ne dépasse pas le (petit) film du dimanche soir devant la TV, avec un livre en cours de lecture en même temps.

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