Mrs. Hemingway

Vacances obligent :

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mes articles se font plus rare. Parmi mes lectures d’été voici un livre dont la présentation (courte) dans le Monde m’avait titillé :

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Présentation de l’Editeur :

Un clou chasse l’autre, dit le proverbe. Ainsi la généreuse et maternelle Hadley Richardson a-t-elle été remplacée par la très mondaine Pauline Pfeiffer ; ainsi l’intrépide et célèbre Martha Gellhorn a-t-elle été éloignée par la dévouée Mary Welsh. C’est un fait : Hemingway était un homme à femmes. Mais l’auteur de Paris est une fête ne se contentait pas d’enchaîner les histoires d’amour. Ces maîtresses-là, il les a épousées. Au fil d’un scénario ne variant que de quelques lignes, il en a fait des Mrs Hemingway : la passion initiale, les fêtes, l’orgueil de hisser son couple sur le devant d’une scène – la Côte d’Azur, le Paris bohème, la Floride assoiffée, Cuba, l’Espagne bombardée … – puis les démons, les noires pensées dont chacune de ses femmes espérait le sauver.
Naomi Wood se penche sur la figure d’un colosse aux pieds d’argile, et redonne la voix à celles qui ont sacrifié un peu d’elles-mêmes pour en ériger le mythe.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/Table-Ronde/Quai-Voltaire/Quai-Voltaire/Mrs-Hemingway

Un peu réductrice peut-être cette présentation, mais une 1ere porte d’entrée dans ce court roman traduit de l’anglais (excellemment par  Karine Degliame-O’Keefe) qui m’a beaucoup plu et même un peu remué mine de rien.

Naomie Woods retrace en 4 « livres » les 4 mariages de Ernest Hemingway : Hadley, Fife (Pauline), Martha, Mary…. chaque « livre » débutant au moment/la date charnier/-ère de la consommation de la fin d’un mariage et le début du « nouveau »…. avec des retours en arrière qui retracent les prémisses de chaque phase. Portrait en filigrane aussi de Ernest, l’homme qui ne concevait pas vivre seul. Naomie Woods s’est basé pour cela sur un corpus de recherche immense – et des voyages à tous les endroits de résidence des Hemingway (Paris, Antibes, Key West, Cuba…)

Ah, ce séducteur insatiable (N. Woods) et éternel insatisfait (et borderline – le dernier chapitre en témoigne et ses accès de  dépression ont été souvent décrits).

Naomi Wood montre toutefois dans son récit éclaté (on a besoin de quelques 40 pages pour s’y faire avec ces changements temporaires – qui toutefois prennent tout leur sens au fil de la lecture) que la situation (de chaque femme – et de Ernest au fil de sa  carrière) a été chaque fois beaucoup plus complexe. Les quatre femmes étaient intelligentes et pas dénué de moyens (Fifi était même très riche). Elles auraient donc pu le quitter chaque fois avant que lui ne le fasse, et pourtant, elles sont restées, assurant parfois une sorte de transition – et pourquoi ? Aussi pour le ménager le beau gosse qu’il était.

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Ernest_Hemingway

Ce que j’ai aimé c’était le style qu’aucun diraient « sophistiqué » (parole de lectrice pendant les vacances), le fait aussi qu’il n’y a pas bcp d’explications (les faits, les faits – et entre eux des liens romancés) et elle nous donne (à nous les hommes) des pistes (souvent en sous-texte) pour comprendre un homme qui a mis bcp de temps pour être accepté par les critiques (longtemps après avoir été apprécié par des cohortes de lecteurs).

Parsemé d’anecdotes parfois drôles, parfois tristes – qui m’étaient souvent inconnues (comme l’était ce ménage à 4 pour moi…. – et n’oublions N.W. ne parle que dans certaines interstices des multiples aventures féminineq qui ont jalonné la vie de Ernest H.) – Paris, le Ritz et sa cave…., – le livre instille une mélancolie que Fife a bien ressentie aussi quand elle écoute

All of me (Billie Holiday)

Certainement pas chanté par B.H. mais les paroles allaient parfaitement avec ce qu’elle ressentait…..

Cause all of me
Loves all of you
Love your curves and all your edges
All your perfect imperfections
Give your all to me
I’ll give my all to you
You’re my end and my beginning
Even when I lose I’m winning
‘Cause I give you all of me
And you give me all of you, oh oh

 

 

 

 

 

 

 

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Vases sacrés – calices ambulants

« … il a même des romans. J’ai lu un Raymond Chandler, et j’en suis maintenant à la moitié des Temps difficiles, de Charles Dickens. Je lis vite, avec voracité, presque en diagonale, pour essayer de m’en fourrer autant que je peux dans la tête  avant la prochaine longue famine. S’il s’agissait de manger, ce serait la gloutonnerie de l’affamé, et s’il s’agissait de sexualité, ce serait une brève et furtive étreinte, debout quelque part dans une ruelle. » (p. 309)

Fidèle à mon exploration de la diversité littéraire j’ai plongé mon nez, allez mon esprit, dans un classique dystopique de la littérature anglophone dans laquelle les femmes n’ont plus de lire (entre autres) et sont partagées entre celle qui peuvent porter des enfants et les autres.

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(« The Handmaid’s Tale »  – très bien traduit par Sylviane Rué)

Présentation de l’Éditeur (en poche 522 pages) – 4e de couv’ :

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps ou les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté. Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s’est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n’est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n’a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés. .

C’est vrai – on en sort secoué de ce livre implacable.

Birth Day

« Il nous est interdit de nous retrouver en tête à tête avec les Commandants. Notre fonction est la reproduction. Nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets. …. Nous sommes des uterus à deux pattes, un point c’est tout : vases sacrés, calices ambulants» (p. 230)

D’une construction implacable – on suit d’abord pas à pas une journée de Defred, la rythme s’accélère un peu… ce n’est que dans le chapitre 28 (!) – p. 285) qu’on apprend comment le monde a pu changer au point que… et on s’étrangle encore mieux….

Les Marthas, Servantes, Commandants,  Epouses, Filles, Gardiens, Tantes… eh oui, cela nous crée un monde et une société qui nous semble proche, comme déjà vu, entendu, mais jusqu’ici évité…. « Je m’étais fixé une règle : je n’inclurais rien que l’humanité n’ait déjà fait ailleurs ou à une autre époque, ou par lequel la technologie n’existerait pas déjà » (M. Atwood dans les « Notes historiques » en fin du livre…) Glaçant ! Comme l’interdiction p.ex. (et ente autres) de l’écriture aux femmes : « Nolite te salopardes exterminorum. Ici, dans ce contexte, ce n’est plus une prière, ni un ordre, mais un triste graffiti, jadis griffonné, puis abandonné. Le stylo ente mes doigts est sensuel, presque vivant. Je sens son pouvoir, le pouvoir des mots qu’il contient. Stylo = Pénis = Envie (du), disait Tante Lydia, citant un autre slogan du Centre, qui nous mettait en garde contre de tels objets. » (p. 313)

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La série adaptée de ce chef-d’oeuvre de Margaret Atwood, diffusée sous le titre original The Handmaid’s Tale, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, a été unanimement saluée par la critique. (l’Editeur).

 

 

 

 

 

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Vernon Subutex (3)

Eh ben, la trilogie de Virginie Déspentes est fini. Démarré il y a trois ans, je n’étais certainement pas le seul qui attendait ce troisième tome de cette « grande sociologue de notre temps. »

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Et je n’étais pas déçu (je l’étais un peu après avoir fini le 2e ne sachant pas ou elle nous emmènera).

On sort de ce livre, qui vous happe et ne vous lâche plus, assez secoué, tellement il constitue un portrait de notre époque qui n’est pas tout rose… . Tout y est incisif, parfois cynique et surtout, surtout, sans langue de bois, jamais politiquement correct… et parfaitement addictif…. (Je comprends qu’un journaliste parlait de « Saison 1, 2, 3….  » – on s’attache au personnes, les portraits s’épaississent, on veut voir comment cette communauté de personnes de tous bords évolue, avance, hésite, trébuche….

« Mais ce n’est qu’une fois parvenu sur le quai qu’il identifie ce qui le dérange, depuis leur arrivée. L’odeur. Paris est un cloaque olfactif – mélange de pourriture d’air vicié d’odeurs corporelles de parfums de senteurs de fer et de machine de saleté et de produits chimiques. Vernon prend conscience qu’il est en apnée. Depuis des mois il respire partout où ils sont, chaque nouveau spot a son odeur, le rendant particulier et unique. Ici, pour la première fois depuis longtemps, il refuse de sentir où il est. »

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Peut-être un (pardon – 2) léger(s) petit(s) hic(s) (après presque 2 ans d’attente) : il fallait que je me re-familiarise avec les personnages, il y en a une pleïade [heureusement il y a un petit lexique-rappel qui restitue les personnages…] et comme bon nombre de lecteurs/lectrices, j’étais décontenancé par les dernières pages – une dystopie (?) / saut dans l’avenir  (« cucuterie millénariste ? » ), un peu comme si V.D. ne savait pas comment terminer…

Le Monde (Le Magazine) de Samedi 29 juillet fait un grand article sur La Despentes « Anatomie d’un phénomène » (par Laurent Telo – qui a fait le tour de proches d’elle (c’est drôle et critique – un vrai plaisir)

« Un style bousculé à la Philippe Djian, mais tout y est beaucoup plus vrai. La plume de Djian était bleue comme l’enfer, le verbe de Despentes sera rouge comme ses tripes. « (Florent Massot)

Je ne rajoute rien à la myriade d’écrits sur ce livre, y’en a tellement de gens qui savent mieux analyser, je laisse donc juste parler deux autres extraits dans la veine – y’en a qui sont autrement plus durs et serre-gorges (je vous les épargne) :

« A cours des années 90, la première génération de vrais couillons gavés de sucre depuis le berceau était devenue une horde de dégénérés. Était apparue la figure du parent trépané qui vient voir le prof en disant si mon fils travaille mal c’est que le prof a démérité. Qu’est-ce que tu veux répondre à ça ? Un gosse qui ramène une sale note et à qui on dit mon cœur ça doit être la faute de ton maître est un gosse difficile à canaliser. Elle avait demandé à être mutée en ZEP. Elle avait dit c’est pour la prime mais au fond c’est parce qu’elle ne pouvait plus supporter maman Chantal et papa Charles-Edouard, ni leurs engeances en forme de cloaque qu’il fallait traiter comme la huitième merveille du monde alors que le gamin ne serait jamais en mesure d’apprendre quoi que ce soit concernant le passé simple. »

« C’est le monde maintenant. Il est devenu comme ça. Dès qu’on entend une sirène de pompier, on ouvre son fil d’actualité juste pour vérifier qu’il ne se passe rien de grave. Léonard est soulagé, lorsqu’il ouvre Twitter, de voir que les gens ne sont pas en train de parler d’un truc atroce qui vient juste d’arriver. On vit avec l’idée qu’il peut se passer quelque chose de grave. On prend les transports en commun, on se met en terrasse pour fumer une clope, on va voir un concert. On va danser. Et on sait désormais que parfois, on ne reviendra jamais chez soi. »

 

 

 

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Besson vs Malick

meuhwhii….moiossi…

Après une longue journée de bataille d’avec les mots j’avais besoin de m’évader, et je me suis fait embarquer – avec un copain croisé par hasard – salut Vincent ! – dans un voyage BD et intergalactique.

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Synopsis :

Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d’agents spatio-temporels chargés de maintenir l’ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha – une métropole en constante expansion où des espèces venues de l’univers tout entier ont convergé au fil des siècles pour partager leurs connaissances, leur savoir-faire et leur culture. Un mystère se cache au cœur d’Alpha, une force obscure qui menace l’existence paisible de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l’avenir de l’univers.

Avec : Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen, Rihanna, Ethan Hawke

Ce n’est pas l »l’énorme trou noir » dont parle la critique américaine, ni un « excellent sédatif » mais est quand-même un peu nanardesque sur les bords.  Côté scénario – pas vraiment folichon…. une sorte de fouchtri-fouchtra, tenant à peine sur un petit fil conducteur autour d’une peuplade – qui rappelle ouvertement « Avatar » côté aspect et écolo…

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On a presque l’impression d’un film pour ado (ce côté jeu vidéo ou cirque numérique et la gaucherie des dialogues).

Toutefois, quelques belles trouvailles avec un effet wow  (ainsi le « Big Market », lieu de référence du shopping touristique interplanétaire – en fait un grand vide désertique sur lequel se superpose un monde virtuel à dimensions multiples et des centaines de milliers de (petites) boutiques)) ou aussi un peep-show dans lequel la chanteuse Rihanna fait un numéro de pôle dance qui aurait plu à ILG – en effet : époustouflant, bluffant

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Je retiens cependant un peu de plaisir (enfantin), quelques moments drôles (notamment avec le trio formidable des grincheux de l’espace) et un début simple mais formidable (sur « Space Oddity » de David Bowie)….

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Changement de braquet –

Voici, dans le style Malickien – voix off et plans larges – nous voici servi d’un récit poétique et musical qui – avec le bistouri cameraesque (ahh ce Emmanuel Lubezki – chef op’) dissèque le destin de quatre personnes ou disons de deux couples (Boy(s) meet Girl(s)). Style quasiment documentaire, avec une tonne d’ellipses et de retours en arrière (toutefois on se perd moins que dans « Knight of Cups »). Dans un style quasi-documentaire nous assistons à des drames, des joies, romances, adultères, jalousie ….. à la recherche (scrutinage) de la part sombre de nous-mêmes.

Des moments d’une tendresse-délicatesse à faire pleurer, d’autres plus « terre-à-terre » ou limite « enfantin » [« évanescent ballet romantico-philosophique » disent les Inrocks] on suit les acteurs-personnages  – et quel plateau ! – Rooney Mara (Faye), Ryan Gosling (BV), Michael Fassbender (Cook), Natalie Portman (Rhonda), Cate Blanchett (Amanda), Bérénice Marlohe (Zoey)…. + des guest stars jouent themselves (Patti Smith, Iggy Pop)…,

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Ce film dure 2h – je me serai contenté de 1h30, d’autres en demandent 3 h….. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il y a une sorte de vide (de sens de la vie) filmé tout simplement prodigieusement bien, mais même s’il m’a touché par moments, envoûté même par instants (énervé aussi parce que souvent des morceaux de musique sont juste effleurés et pas exploité au max….) je ne suis pas rentré sur le nuage que je cherchais.

Cinezik – et sa présentation de la B.O. :

Dans son film que le titre annonce très musical, Terrence Malick convoque la musique en arrière plan, derrière les relations sensuelles entre les personnages. Sans véritable construction narrative, le cinéaste immerge ses acteurs dans la musique (on voit Ryan Gosling au piano, Rooney Mara sur scène à la guitare avec Patti Smith…) mais ces scènes sont brèves, éphémères, ne permettant pas une réelle immersion musicale. Terrence Malick est le cinéaste de l’agencement de fragments hétérogènes et fugaces. Hormis les instants rock (Patti Smith, Iggy Pop, Black Lips, Thee Oh Sees, Lykke Li), on entend de la musique savante (Arvo Part, Ravel, Mahler, Saint-Saens, Debussy) et de la musique de film polonaise (Wojciech Kilar, Zbigniew Preisner) pour le lien mystique entre les séquences.  http://www.cinezik.org/critiques/affcritique.php?titre=song-to-song

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La collectionneuse de feux d’artifices

Ce n’est pas la première fois qu’un/des traducteur/-s est/sont les héros de roman ,mais certainement la première fois qu’une traductrice judiciaire fait parler d’elle (au point de faire la Une du Tradzine de la Société Française des Traducteurs (SFT) * (voir lien vers l’article en bas de page).

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https://editions-metailie.com/livre/la-daronne/

J’avais noté ce roman au mois de mai déjà, après la lecture de l’article que mon amie Simone avait publié, mais ce n’est que maintenant que j’ai trouvé un « moment » pour  dévorer tout crû les 175 pages de ce petit bijou d’humour noir empreint d’une tristesse qui suinte de partout..

Patience Portefeux (à noter que mes collègues traducteurs judiciaires appartenant à la catégorie les appellent  des « Jérôme Portefaix » !), 53 ans, veuve, qui « parle  la bouche légèrement tordue, ce qui fait que le côté droit de (son) visage est un peu moins ridé que le gauche. » ….(a) un physique robuste avec cinq kilo de trop pour en avoir pris trente à chacune de (ses) deux grossesses…. » (p.18). Cette Patience-là, on sent déjà dans cette description une auto-dérision (mâtiné d’une acidité qui fait du bien quand elle parle de notre société et/ou des institutions (non seulement judiciaires),  traduit notamment les écoutes téléphoniques réalisés par la police judiciaire dans le cadre d’enquêtes sur le trafic de drogue et le grand banditisme… Elle traduit l’arabe… et va « tomber » sur une cargaison très très fourni de cannabis (de 1ere qualité) et va s’en occuper. Elle sera la Daronne*. Sans culpabilité, avec très peu de peur(s) et un détachement ironique qui font merveille.

Je ne vais pas spoiler – le déroulé de l’Histoire est d’une logique imparable, servi sur un plat qui donne envie d’en lire plus de cette langue féroce et poétique (oui-oui, c’est possible) qui elle restitue avec bonheur pour le lecteur une observation (critique) du monde dans lequel nous vivons. Avec, en prime, une trame narrative parfaitement maîtrisé, entrelardée de retours en arrière (c’est que ce bout de femme a un pedigree et une histoire personnelle qui – en fin de compte – expliquent bien sa destinée).

Ainsi on va croiser Audrey Hepburn, vadrouiller dans de beaux hôtels, enterrer des cadavres dans son jardin, travailler au noir, aller chez Tati et rêver de collectionner des feux d’artifices…. et apprendre pleines de choses sur le(s) trafic(s) de drogue, GoFast et autres plaisirs hors du commun pour un traducteur financier devant son écran.

Je vous dis : un plaisir – finalement trop court.

*La patronne la maîtresse de maison 

Le roman a reçu le Prix Le Point du Polar européen 2017 !

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Pralognan

Mini-week-end dans la Vannoise.

Parti samedi après-midi à Pralognan. Nuit à l’hôtel « Le Telemark » – resté dans son jus depuis 30 ans au moins – mais il n’y avait plus  grande chose autre à des prix corrects… (presque déprimant malgré une vue sur les montagnes et une petite piscine – peu utilisé puisque pluie orageuse à l’arrivée).

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A défaut d’avoir réservé dans un resto – dîner fort décevant….

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Heureusement le dimanche matin le ciel s’est délesté de sa charge grise…. Très belle rando au Col de la Vannoise.

Altitude de départ : 1640 m
Altitude point culminant : 2517 m

Depuis le parking des Fontanettes, le sentier démarre en forêt en bordure de la piste de ski jusqu’au refuge des Barmettes. Poursuivez par le chemin bordé de murets en pierres sèches et montez une croupe herbeuse pour atteindre le replat du lac des Vaches. Au pied de l’aiguille de la Vanoise traversez la lac à gué sur des dalles. Plus loin, le sentier remonte la moraine du glacier de la Grande casse, vestige du petit âge glaciaire, et longe le lac Long pour déboucher sur le refuge du Col de la Vanoise que l’on découvre au tout dernier moment. Au milieu des marmottes, admirez alors l’impressionnante face de la Grande Casse. Spectacle garanti !     http://www.savoie-mont-blanc.com/offre/fiche/lac-des-vaches-et-col-de-la-vanoise/212475

Démarrage en parallèle à une remontée de piste de ski (mais caché – puisque chemin dans la forêt). Du parking des Fontanettes jusqu’au refuge des Barmettes une petite heure.

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Le refuge.

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Une autre petite heure ensuite jusqu’au lac des vaches (que j’avais vu sur pas mal de cartes postales dans le village). Intéressant le chemin en grande partie dallé et/ou bordé d’un muret (le col de la Vannoise était un lieu de passage depuis les Romains)

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Une petite bergerie avant la montée au lac des vaches. Beau spectacle.

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Peu avant l’arrivée au lac (au fond il y a Paralognan)

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Derrière ces rochers il y a le lac.

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Son decorum impressionne.

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Au fond à droite on aperçoit le glacier de la Grande Casse. M. me signale qu’elle a bien rétréci depuis ses dernières 20 années.

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Après une halte d’un quart d’heure – le théâtre de la nature est vraiment impressionnant suite pour la prochaine petite heure jusqu’au refuge du Col de la Vannoise avec notamment une montée dans le pierrier (la caillasse) qui se dessine au fond. et qui mènera d’abord au lac long et ensuite au plateau.

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Arrivé en haut un petit bonjour des marmottes peu farouches.

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Sur le plateau

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et le Lac Long.

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Après une demi-heure de pause-pic-nic et au vu des nuages qui se rassemblent dans la vallée de Pralognan – départ.

Pour le retour deux  (trois) possibilités. Retour par le même chemin ou passage par le lac des assiettes (complètement desséché) le long du ruisseau de l’Arcelin. C’est par là que je descends et dis ciao au refuge

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Choix ensuite  de repasser le massif du Moribond vers le refuge de la Barmette ou descendre jusqu’aux Fontanettes par le chemin lelong du ruisseau (déconseillé en période de fonte – trop de passages de va-et-vient entre chemin et ruisseau).

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Chemin par ailleurs déconseillé après des pluies…. en effet, les rochers sont très très glissants (même secs) – mais très beaux avec leurs stries artistiques.

En pleine descente – sportive – un orage – avec une forte grêle (grêlons de la taille de très grandes billes !)  – arrivée à la voiture trempé jusqu’aux os (malgré cape et tout le tralala) mais très content de la virée.

Le déluge après le déluge.

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Le garçon sauvage

Je m’excuse d’emblée pour la rareté de ma présence sur ce blog ces derniers jours – beaucoup de travail….(pas mal de traducteurs en vacances … et je récupère des missions …)

Une autre lecture dans le cadre du Prix Caillé 2017*

L’opinion ci-dessous est un avis personnel et ne représente pas celui de mes co-membres de jury. Par ailleurs, je ne parlerais dans ce cadre pas de la qualité de la traduction… je laisse ça aux débats le 5 octobre.

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http://www.editionszoe.ch/livre/le-garcon-sauvage-carnet-de-montagne

Présentation de l’Editeur :

Le Garçon sauvage commence sur un hiver particulier : Paolo Cognetti, 30 ans, étouffe dans sa vie milanaise et ne parvient plus à écrire. Pour retrouver de l’air, il part vivre un été dans le Val d’AosteLà, il parcourt les sommets, suspendu entre l’enfance et l’âge adulte, renouant avec la liberté et l’inspiration. Il plonge au cœur de la vie sauvage qui peuple encore la montagne, découvre l’isolement des sommets, avant d’entamer sa désalpe, réconcilié avec l’existence. Néanmoins, ce séjour initiatique ne parvient pas à l’affranchir totalement du genre humain : « je pourrais me libérer de tout, sauf de la solitude. »

Biographie

Né à Milan en 1978, Paolo Cognetti a étudié les mathématiques et la littérature américaine, avant de se lancer dans une école de cinéma et de monter sa maison de production indépendante. Auteur de documentaires littéraires, de textes sociologiques et de romans, passionné par New York et par la montagne, il partage sa vie entre sa ville natale, le val d’Aoste et Big Apple. Son roman Sofia s’habille toujours en noir, paru chez Liana Levi en 2013, lui a valu de figurer dans la sélection du Prix Strega.

Traduit de l’italien par Anita Rochedy

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Dans une baita (pluriel : baite) de ce type Paolo Cognetti se retire pour « se retrouver ». Le récit (le sous-titre = « carnet de montagne » ) nous décrit la belle région des hauteurs de la vallée d’Aoste, sa rencontre avec la nature (la topographie des lieux), les quelques personnages qui peuplent d’autres baite  et/ou les bergers qui montent de la vallée pour passer l’été avec les chines et les bêtes…

Paolo Cognetti avait passé, dans son enfance, beaucoup d’étés dans cette contrée et l’isolement, la rudesse (et la belleza) de la vie solitaire font remonter des souvenirs, des échos de lectures (Mario Rigoni Stern, Elisée Reclus, Daniel Defoe, et surtout Henry David Thoreau et son immense oeuvre « Walden ou la vie dans les bois ») …)) et de chansons aussi  https://www.youtube.com/watch?v=_dDVrEYBOrw

Un livre pour les amoureux de la « wilderness », des questions sur le sens de la vie, de la force qui pousse certains à écrire pour mettre en mots, pour l’importance du « social » aussi.

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Parfois les images/métaphores sont un peu « faciles » (voir l’extrait ci-dessous) mais dans l’ensemble il y a un beau parfum d’introspection qui fait du bien dans nos temps aux courses à la montre.

« Je montai plus haut encore, qui aurait pu m’arrêter de toute façon ? J’étais maintenant sur le fil entre les deux vallées de ma vie, et je marchais sur des dalles de pierre que la glace  avait fendues, et sur cette mousse si douce que l’o trouve à trois mille mètres. D’un côté de la ligne de partage des eaux, celui de l’âge adulte, le ciel était limpide, d’un bleu si dense qu’on aurait pu le toucher. De l’autre, celui de l’enfance, des nuages arrivaient par bouffées, formant des volutes qui se dissolvaient à mes pied. J’avais passé vingt  années dans le premier, dans l’autre, ces derniers mois : j’aimais l’idée que ces lieux soient différents et proches à la fois (ne jamais revenir sur les lieux où tu as été heureux, disent les sages, il est pourtant rassurant de savoir que tes souvenirs ne sont qu’à quelques heures de marche… » (p. 88-89)

Après la lecture, je vois confirmé que 6 mois de vie de ce type ne serait rien pour moi mais que quelques jours, max. 2 semaines ne pourraient pas nuire à ma santé (mentale aussi).

* Décerné depuis 1981 par la Société française des traducteurs (SFT) avec le concours de l’École Supérieure d’Interprètes et de Traducteurs (ESIT), le prix Pierre-François Caillé de la traduction récompense chaque année un traducteur d’édition en début de carrière (ayant à son actif au maximum trois ouvrages traduits et publiés). Pour l’édition 2017, les éditeurs étaient invités à proposer des œuvres littéraires de fiction ou de non-fiction (y compris des ouvrages de poésie, théâtre, bande-dessinée, vulgarisation scientifique et technique) traduites en français et publiées en 2016.

Le jury, présidé par Philip Minns et composé de quinze traducteurs professionnels dont Björn Bratteby, président de la SFT, s’est réuni le jeudi 15 juin pour délibérer et présenter la liste des ouvrages sélectionnés. Après une première lecture, sept des dix-huit titres candidats cette année ont été retenus sur l’avis positif d’au moins trois membres du jury. Il s’agit d’ouvrages variés, publiés par des maisons d’édition des quatre coins de la France, et de Suisse :

  • Carole Fily, pour sa traduction de l’allemand (Autriche) de L’Étrange Mémoire de Rosa Masur, de Vladimir Vertlib, aux éditions Métailié ;
  • Étienne Gomez, pour sa traduction de l’anglais (états-Unis) de Meilleur ami/Meilleur ennemi de James Kirkwood, aux Éditions Joëlle Losfeld ;
  • Loïc Marcou, pour sa traduction du grec de Le Crime de Psychiko, de Paul Nirvanas, chez Mirobole éditions ;
  • Michelle Ortuno, pour sa traduction de l’espagnol de Baby spot, d’Isabel Alba, aux éditions La Contre Allée ;
  • Anita Rochedy, pour sa traduction de l’italien de Le Garçon sauvage, carnet de montagne, de Paolo Cognetti, aux Éditions Zoé ;
  • Natacha Ruedin-Royon, pour sa traduction de l’allemand de L’Île, d’Ilma Rakusa, aux Éditions d’en bas ;
  • Théophile Sersiron, pour sa traduction de l’anglais (états-Unis) de Le Contorsionniste, de Craig Clevenger, aux éditions Le Nouvel Attila.

Le prix sera décerné le 1er décembre, après délibération du jury, selon une grille d’évaluation très précise qui tient également compte de la qualité du travail des éditeurs.

 

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