Yoga

Lu il y a un moment déjà mais incapable d’écrire. Désormais le livre est sorti de qqs short-lists de prix littéraires (il n’est plus goncourable p.ex.) – je peux donc plus sereinement noircir mes pages.

Je commencerai mes considérations avec un extrait d’un article du Figaro. Je ne lis pas souvent ce journal, mais récemment je suis « tombé, » en furetant le net à la recherche de je-ne-sais-plus-quoi, sur un début de critique (de Sébastien Lapaque) de ce livre, critique rédigée dans le mode opératoire de E. Carrère. Elle débute ainsi (et vous donne (en effet) une petite idée de l’approche de Carrère :

L’autre jour, j’avais rendez-vous chez mon acupuncteur et je devais dire mon sentiment sur le dernier roman d’Emmanuel Carrère, lu la veille, entre Brest et Paris, dans le compartiment d’un TGV dont tous les occupants étaient masqués. Comme j’ai arrêté de boire, je m’intéresse à nouveau aux médecines d’origine orientale. Deux fois par semaine, je vais me faire poser des aiguilles par Aslam Bhattacharya, un ami de longue date qui tient un cabinet à Paris, avenue du Maine, entre la gare Montparnasse et le commissariat de police.

J’ai rencontré le Dr Bhattacharya il y a quinze ans, à l’époque où je mettais en forme mes notes de voyage en Amazonie avec l’envie d’arrêter d’écrire. Ce médecin m’a fait du bien. Il est plein d’humour. La mort atroce de sa femme et de ses deux enfants lors de l’effondrement du pont Morandi à Gênes, le 14 août 2018, n’a pas réussi à le détourner du chemin du vrai. Les autres l’intéressent tant qu’il n’a pas le temps d’accoucher des livres qu’il porte en lui…...

Ce début d’article m’a bien fait rire (il s’arrête là, parce que pour le lire en entier, il fallait payer) puisque j’ai reconnu l' »l’aisance » avec laquelle Emmanuel Carrère peut en une phrase passer d’un sujet à l’autre, lier l’anodin avec le profond et transformer le plus petit détail en objet littéraire.

yoga enchainement debout dessin

Je dirai rétrospectivement que E.C. a une véritable plume, qu’il sait attraper le lecteur par les oreilles pour devenir un peu malgré lui, un confident. On a l’impression d’en griller une ou de vider une bouteille (ou deux) avec lui. Et j’ai de l’admiration pour cette capacité. On se trouve face à qqn qui raconte sa vie comme il veut, comme il peut, pas dans tous les détails (il en coupe certainement, ment un peu ici-et-là, transforme le banal en un objet brillant) et on a l’impression qu’il pourrait nous relater un annuaire de téléphone de manière haletante.

Le livre (roman/récit) se décompose en 5 parties : il y a le/un stage de Yoga dans le Morvan, occasion de qqs portraits réussi et drôles de participant à cette (à mes yeux quasi-secte, mais j’ai un problème avec le yoga…. et son in-spiration, ex-piration). Le stage qui devait durer 1 semaine sera interrompu par l’attentat contre Charlie Hebdo (et la mort d’un grand ami de E. Carrère – Bernard Maris). Suit dans une troisième partie la « folie » et dégringolade (électrochocs à Saint-Anne) qui’il raconte (mais pas aussi brillamment que ne l’a fait Philippe Lançon dans son « Le lambeau« ). La quatrième partie se déroulera en Grèce sur l’ile Leros (ou E. Carrère va essayer d’échapper de soi-même en proposant un atelier d’écriture à des jeunes migrants. Une sorte d’épilogue en guise de 5e chapitre – avec des considérations sur le fondateur de P.O.L. et un traité sur l’écriture au clavier d’ordi avec un doigt !

La 1ere partie est passé comme un e-mail (la lettre à la poste ne marche plus comme image) – j’ai appris un peu sur les différents types de yoga, c’est un petit voyage dans un monde qui m’est complètement étranger…. et c’était très distrayant, vu que Carrère varie les points de vue de l’observateur (il prend des notes justement pour écrire un livre sur le yoga – on aura droit à une multitude de définitions) mais aussi de celui qui médite, avec un enchainement parfait de digressions, apartés… une vraie réussite.

« S. N. Goenka nous avait prévenus : le deuxième jour est en général difficile. C’est pareil quand on fait de la randonnée. Le deuxième jour, on est courbatu, des ampoules écorchent les pieds, les cuisses brûlent en descendant l’escalier du refuge, on se demande pourquoi, pourquoi alors que rien ne nous y oblige on s’inflige une telle tannée. Et puis le lendemain on vole, on attaque de bon cœur les côtes qui la veille coupaient les jambes, on ferait bien deux étapes en une seule. Une session de méditation intensive ressemble à une randonnée, qui elle-même ressemble à la vie : il y a des étapes, des paysages qui changent à mesure qu’on s’élève, du soleil et de la pluie, des jours avec et des jours sans.« 

La 2e partie m’a perturbée – vu qu’elle arrivé par irruption du monde extérieur et par surprise : l’attentat contre Charlie Hebdo et la mort de son ami Bernard Maris, dont la femme souhaite la présence de Emmanuel C. à l’enterrement…. et elle débouche sur la 3e – la grande dépression, un séjour à Saint Anne….et tout cela raconté avec une certaine légèreté, un humour d’autodérision et d’une fluidité qui laisse pantois (mais toutefois qui ne m’a pas une seule fois « touché »).

Grèce. Réfugiés et malades se partagent l'île des damnés - Niort.maville.com
Des familles réfugiées de Syrie et d’Irak sont bloquées sur l’île de Léros, dans un hotspot au sein de l’asile psychiatrique.© Ouest France

C’est la partie 4, un séjour sur l’Ile Leros et le récit des rencontres de E.C. qui commençait à toucher qqchose en moi, qui a fait vibrer un peu, et pas seulement parce qu’il y avait (aussi) Chopin (La Polonaise héroïque) jouée par Martha Argerich. Et comme j’avais fait pour Le Royaume (sa description d’une vidéo d’une femme qui se masturbait m’avait incité de la chercher sur le net ….(est trouvé sur onatrouve…. ), E.C. avait bien pressenti que je ferai comme un bon milliers de personnes pour voir le magnifique sourire de la pianiste dont il parle 335-336, après avoir consacré qqs pages (274- 278) à la découverte de cette pièce «  »Ecoute, écoute la petite note, là!« … et nous incite « même » à regarder sur la vidéo ….

« ..On est à 5’15 », quinze secondes avant les 5’30 » qu’Erica m’a spécialement indiquées, je me demande ce qui va se passer, et voilà ce qui se passe : ce sont les dernières notes de guirlande avant que le thème revienne, grandiose et jouissif, par le côté droit du clavier, par le côté droit de l’écran. Martha Argerich est portée par ce retour du thème, elle le prend comme un surfeur prend la vague. Elle s’y abandonne totalement, elle ne tient plus dans le cadre, elle donne un coup de tête qui la fait sortir vers la gauche avec sa masse de cheveux noirs, elle disparaît un instant et quand elle revient dans le cadre après son coup de tête elle a un sourire. Et alors là … Il dure très peu de temps, ce sourire de petite fille, ce sourire qui vient à la fois de l’enfance et de la musique, ce sourire de joie pure. Il dure exactement cinq secondes, de 5’3″ » à 5’35 », mais pendant ces cinq secondes on a entrevu le paradis. Elle y a été, cinq secondes mais cinq secondes suffisent, et en la regardant on y a accès? Par procuration mais accès. On sait qu’il existe. »

C’est là dans cette 4e partie que j’ai le mieux suivi cet auteur et que le livre m’a parfois ému. La 5e partie sous forme d’épilogue est une sorte d’appendice qui m’a juste fait sourire un peu (moi aussi je maltraite mon clavier de PC avec deux à quatre doigts seulement….!)

L’ex-épouse de E. Carrère Hélène Devynck a défrayé la chronique fin septembre avec une interview/un article (dans Vanity Fair) assez virulent sur les « mensonges » de E. C. et la rupture d’un contrat morale envers elle. Ses derniers mots après une charge assez « hard » sont :

« Yoga est un succès commercial salué par une critique enthousiaste qui prend pour argent comptant la fable de l’homme à nu, honnête et souffrant, qui a remonté la pente en claudiquant et voudrait bien devenir « un meilleur être humain » » 

Les lecteurs sont libres de croire ou de douter. L’auteur est libre de raconter sa vie comme il veut, comme il peut (29.9.20).

https://www.vanityfair.fr/culture/voir-lire/articles/droit-de-reponse-helene-devynck-l-ex-compagne-demmanuel-carrere-repond-a-la-polemique-autour-de-yoga/81120

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Vacances d’été 2020 – Semaine du Mariage – Presqu’ile de Rhuys

Départ de Baule pour rejoindre notre « villégiature » à Saint-Gildas-de-Rhuys sur la Presqu’ile de Rhuys.

En attendant la remise des clés promenade à Saint-Gildas avec « réactivation de nos souvenirs » de vacances passées dans ce coin il y a 6 ans et retrouvailles avec la plage de Goh Velin. Ensuite, après confirmation de l’heure exacte de la remise de clé (avec la Covid le nettoyage des maisons de loc‘ est un peu plus long), nous avons fait les courses de 1ére nécessité (on sera 18 le 1er soir – et 29 à partir du Mercredi).

La semaine jusqu’au mariage était scandée par les passages du futur couple, piscine, tournois de billard et de baby-foot, visionnage (d’un match Bayern contre PSG ==> 1:0) ou de films de famille (montés par ma belle-mère, notre experte en vidéo – et déclenchant des fous rires)…. Je dis ça puisque la maison est magnifiquement équipée (‘y a même un mur d’escalade….en blaguant on disait que seul un terrain de tennis ne manque), randonnées à pied ou en vélo (en groupe ou en couple, selon les envies) ou promenades à Vannes (ou sur l’Ile d’Arz ou de l’Ile aux moines pour certains), un peu de plage, préparatifs du mariage et des repas gais et animés (une fois aussi avec mon frère R. et sa famille qui, malgré la Covid ont osé se déplacer de la Rhénanie).

Phénomène plus important qu’en 2016 – les algues rouges.

« Les algues rouges et brunes se développent sur les plateaux rocheux au large de la Presqu’île de Rhuys lorsque la température est favorable et les nutriments présents. Selon les conditions météorologiques (tempêtes, vent, houle et marées), ces algues peuvent être arrachées par paquets de ces roches et venir s’échouer sur nos côtes. L’échouage des algues est un phénomène naturel qui peut être amplifié selon la composition des eaux littorale.« 

Visite de la ville d’Auray pas loin de l’endroit ou il fallait chercher pour le mariage des guirlandes lumineuses. Toutefois vu « seulement » le quartier Goustan, une visite plus longue s’imposera quand on retournera à Vannes pour voir A&T, tellement cette petite ville invite à la flânerie avec ses maisons à pans de bois….

Un seul repas pris en cercle « intime » (juste nos enfants + petits enfants à Arzon au Nausicaa). Un moment « hors du temps ».

Sinon, soit en vélo, soit en voiture passages plus fréquents sur la Pointe de Benance (voir aussi ici ) avec l’approche du jour de mariage.

Pendant toute la semaine regard anxieux sur la météo, qui était magnifiquement clémente le Mercredi, mais entachée de pluie et bcp de vent le jeudi et vendredi.

Heureusement, le jour X pas de pluie, cependant bcp de vent (60 km/h) et un mariage magnifique (185 adultes ==> aucun cas de Covid à déplorer) et un très beau « retour de mariage » dimanche (à noter : la pluie – soutenue – re-commençait dimanche à 15h…!!!)

L’endroit, chez une ostréicultrice, était tout simplement mag(nif)ique.

Vive la Bretagne, vive les mariés !

CLAP DE FIN !

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Nous ne parlons pas de la paix, nous la faisons

Œuvre immense traduite de l’anglais (Irlande) par Clément Baude

Nous vivons notre vie, en cercles de plus en plus larges qui passent sur les choses (Rilke) – l’original dit :

Ich lebe mein Leben in wachsenden Ringen,
die sich über die Dinge ziehn.
Ich werde den letzten vielleicht nicht vollbringen,
aber versuchen will ich ihn.

Ich kreise um Gott, um den uralten Turm,
und ich kreise jahrtausendelang;
und ich weiß noch nicht: bin ich ein Falke, ein Sturm
oder ein großer Gesang

Raindrops on a water surface – a rainy weather background

Ce n’est pas le 1er livre de Colum McCann que j’ai lu – [ou ici ] mais c’est le plus beau, le plus abouti. Le livre est comme les cercles qui se chevauchent lors d’une pluie – ou si on y jette une poignée de pierres. Column McCann en jette des centaines de ces pierres (précieuses), les cercles s’agrandissent, se chevauchent, indéfiniment….Apeirogon

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est etourneaux-neguev-768x450-1.jpg
https://lequotidien.lu/a-la-une/le-reve-de-lhomme-aux-oiseaux-palestinien/

4e de couv’ (Belfond)

Rami Elhanan est israélien, fils d’un rescapé de la Shoah, ancien soldat de la guerre du Kippour ; Bassam Aramin est palestinien, et n’a connu que la dépossession, la prison et les humiliations.
Tous deux ont perdu une fille. Abir avait dix ans, Smadar, treize ans.
Passés le choc, la douleur, les souvenirs, le deuil, il y a l’envie de sauver des vies.
Eux qui étaient nés pour se haïr décident de raconter leur histoire et de se battre pour la paix
.

Afin de restituer cette tragédie immense, de rendre hommage à l’histoire vraie de cette amitié, Colum McCann nous offre une œuvre totale à la forme inédite ; une exploration tout à la fois historique, politique, philosophique, religieuse, musicale, cinématographique et géographique d’un conflit infini. Porté par la grâce d’une écriture, flirtant avec la poésie et la non-fiction, un roman protéiforme qui nous engage à comprendre, à échanger et, peut-être, à entrevoir un nouvel avenir.

Pour une fois la 4e de couv’ dit clairement ce qui attend le lecteur. En effet, c’est une « exploration » multi-sujets (parfaitement et admirablement documentée). Juste pour vous donner une idée (superficielle) : on y croise et/ou creuse Borges, Al-Masri ( un milliardaire palestinien), Belfast, Sinéad O’Connor, Philippe Petit, Mitterrand, Arafat, Netanyahou, la (les) Nakba(s), Spielberg, Theresienstadt, Matti(tyahu) Peled, le beau-père de Rami Elhanan, la femme de ce dernier Nurit Peled-Elhanan, l’ami (palestinien) Bassam Aramin, Peres, Rabin, les accords d’Oslo, l’occupation (ou la « préoccupation« ) les intifadas, les colombes/pigeons de la paix (Picasso), le goût d’une gorgée de Coca-Cola en prison, les check-points (mobile et/ou fixes…. ahh ces bribes d’enregistrement des échanges – les micros des check-points sont sensibles… – entre soldats israéliens et palestiniens qui veulent entrer dans ou sortir du territoire), [toutes ces descriptions, le vécu, les récits – vous donnent la chair de poule, les portraits diffractés des deux fillettes Abir et Smadar, les oiseaux toujours (du rapace au plus paisible de l’espèce)….

http://www.notremontrealite.com/2019/11/visiter-israel-et-bethleem-en-palestine.html

Rajoutant à cela une structure des plus audacieuses : 499 « chapitres » – parfois un chapitre => une phrase, des fois d’une poésie qui étreint, des fois comme un coup de fusil ou une bombe. Cette série de 1 – 499 chapitres débouche en milieu du livre p.243(sur 510 pages) sur le chapitre 500  » Mon nom est Rami Elhanan« , auquel suit un chapitre 1001 « Il était une fois » suivi lui par un autre chapitre 500 « Mon nom est Bassam Aramin » [ces deux récits sont des transcriptions…. »rassemblées à partir d’interviews menées à Jérusalem, à New York, à Jéricho et à Beit Jala« ] et rebelote, mais en mode diminuant , chapitre 499, 498, 197 etc….se terminant avec un chapitre 1 « Les collines de Jéricho sont un bain d’obscurité. »

Il y a des gens (des critiques professionnels aussi) qui disent comme p.ex. Alexandra Schwartzbrod dans les pages de « Libération » L’ensemble forme Apeirogon, qui donne son nom au livre, une figure géométrique au nombre infini de côtés. L’idée est de montrer toutes les facettes d’un conflit multiple et les liens de cause à effet entre les tragédies, parfois même l’absurdité de ce conflit. Le procédé est intéressant, brillant, mais il entrave terriblement la lecture, bride le romanesque et finit par lasser. Jusqu’à la page 243. ou chez Pamolico qui écrit : « …Ambitieux, Apeirogon est d’une complexité rare, construit selon une trame souvent opaque, mais aussi stupéfiante d’intelligence. Les phrases sont aussi courtes que les chapitres, parfois simple image venant couper court à tout argumentaire. La lecture en résultant est hachée, parfois désagréable, confuse. On est à la fois muet devant l’émotion qui imprègne les pages et muet devant le système labyrinthique qu’est ce livre.

Je ne suis pas d’accord (du tout, même) – tout labyrinthique qu’il semble être, il n’est le reflet d’une situation inextricable dans laquelle se trouvent les juifs, arabes, palestiniens, israéliens là bas. Et personnellement j’ai été ébloui par la manière avec laquelle Colum McCann nous « guide » d’un chapitre à l’autre. Il y a toujours un mot, une idée, un fait qui relie un chapitre X avec le chapitre X+1.

Deux exemples : L’eau sous toutes les formes et gouttes.

« Pour être remplie, une piscine moyenne nécessite quatre-vingt-quatre mille litres d’eau » ((ch. 491) ….« L’eau dissout davantage de substances que tout autre liquide, même l’acide » (ch. 466)…. »Elle désorganise les forces d’attraction qui maintiennent ensemble les molécules » (ch 465) « Dans bien des maisons en Cisjordanie, vous remplissez des bassines, vous alignez les cruches, vous remplissez des bouteilles près de l’évier. Vous vous brossez les dents près de l’évier…(…) ….vous priez pour qu’il pleuve même si la citerne est presque pleine » (ch 464)..; »Un des jeux auxquels se livrent les soldats israéliens s’appelle Tire sur la citerne : plus la balle atteint la partie basse de la citerne, plus le tireur est adroit. (ch. 463) …. »En Cisjordanie, Mekorot, la compagnie israélienne de l’eau, s’arrange pour que les colons paient le moins cher possible. Les Palestiniens paient jusqu’à quatre fois le prix. En privé, les dirigeants de l’entreprise surnomment cet accord la clause de la Piscine » (ch. 271) . … et ceci n’est qu’un aperçu.

Plus poétique quelques chapitres qui en partant de la « couronne d’épines » portée par Jésus (ch. 356) et en passant par les « chapeaux rembourrées et cousus de lourdes pièces de monnaie » (ch. 355) ou les manteaux noires des sicaires (secte de zélotes juifs) dissimulant « des poignards acérées« – (ch. 353) le terme sicaire a été par ailleurs, vous n’êtes pas sans le savoir, reprise par les cartels de drogues (Sicario) – (ch. 352) Colum McCann emmène le lecteur à l’artiste Sigalit Landau qui « déposa une longue robe noire dans la mer Morte, la suspendant dans une cage en bois à une profondeur de quatre mètres cinquante«  (ch. 350) .

L’image de cette robe gorgée de sel après quelques semaines va bouleverser Rami « …il fut tellement décontenancé qu’il se rendit dans la chambre de sa fille et s’assit en silence«  (ch. 347) suivi du ch. 348 : « Elle aurait eu trente ans, à quelques jours près trente et un« .

Jamais, au grand jamais, je n’étais perdu… mais souvent, très souvent ému. Je n’ai pas pu lire cette œuvre d’une traite – ce n’est pas à proprement parler un « page-turner » même si il vous aspire dans un tourbillon d’images et d’informations. J’ai dû parfois faire le vide pour pouvoir continuer à le lire. Lady DoubleH le dit mieux que moi dans son blog et comme elle, je pourrait écrire/dire « Coup de cœur et enthousiasme colossal pour cette lecture« 

L’un des meilleurs livres de l’année 2020 (pour moi). (et un grand merci à Clément Baude, le traducteur de cette somme)

On peut en complément (si on veut sortir de la littérature pure) feuilleter les sites du Cercle des Parents (d’enfants tués – israéliens ET palestiniens) – en anglais ainsi que le site des Combattants pour la paix (dont Rami et Bassam – je ne peux m’incliner devant leur soif de paix)

Et last but not least cette chanson qui fait souvent apparition dans ce livre :

PS

Information ce jour (14.10.2020) dans la presse (Le Monde/Libération/ Figaro) :

Israël approuve la construction de plus de 2 000 logements dans des colonies en Cisjordanie.

Plus de 450 000 Israéliens vivent dans les colonies juives en Cisjordanie occupée, en plein essor ces dernières années sous l’impulsion de M. Nétanyahou et sous le mandat de Trump.

Pour La Paix maintenant, le premier ministre israélien gâche une occasion de faire la paix. « Au lieu de profiter des accords avec les pays du Golfe et de promouvoir la paix avec les Palestiniens, il détourne les priorités d’Israël pour satisfaire une minorité marginale » de son électorat traditionnel nationaliste, affirme l’organisation.

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Vacances d’été 2020 – De Martel au Mariage (8) – La Baule & La Pointe de Penchâteau

Avant-dernière livraison….

Théoriquement on met un petit plus d’une heure il faut pour aller de Nantes à la petite ville de Guerande en plein milieu des marais salants qui font bien la concurrence à ceux du Sud (les salins d’Aigues-Mortes). C’est quand on y va directos.

Vu le temps médiocre nous avons fait une halte à La Roche-Bernard un petit village sur la butte de la Garenne (dominant la Vilaine) . ….

Toute petite promenade (dégourdinage des jambes) dans le vieux quartier, cherchant abri lors d’un orage dans La Maison de l’Abeille (décevant – et miel très cher !).

De toute façon le temps, la météo promettait de s’améliorer et on avait envie de marcher. Toutefois nous avons fait une petite halte à Guérande une ville fortifiée (toute minuscule : 1434 m de remparts….) prisée par les touristes (Covod oblige il y’en avait ce vendredi (certainement) un peu moins que normalement en août.

Le ciel se levant (enfin) achat de Pic-nic au Pouliguen (à 15 minutes de voiture), et marche sur la « côte sauvage » direction Batz-sur-Mer. Avons laissé la voiture à la Pointe de Penchâteau … le chemin lelong les à-pics rocheux est un rêve (il faisait d’un coup très beau – ça rajoute au charme…).

Baies sablonneuses, grottes, mer, vent, belles maisons – s’il n’y avait pas un orage qui menaçait (il avait du caractère celui-là) on aurait continué pendant des heures…

Au soir pris, pour une nuit un hôtel à La Baule – bien propre et très bien situé en dehors de la cohue de la ville – à 7 minutes à pied du bord de mer !

Entre des averses marche lelong la grande plage (bord de mer) et une partie du circuit des villas balnéaires du 19e siècle…. que je préfère largement au front de mer avec ses immeubles et leurs appartements aux prix parisiens.

Dîner simple (et plutôt sympathique – mes coquilles Saint-Jacques étaient excellentes) dans un des restaurants sur la plage : Le fils à Maman.

Le lendemain (Samedi) 1,5 h de route pour rejoindre Saint-Gildas en Rhuys ou nous allions « prendre possession » d’une « maison » (pour 30 personnes – qui arriveront peu à peu au cours de la semaine suivante jusqu’au mariage de notre fille. (à suivre – dernier article sur les vacances)

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Vacances d’été 2020 – De Martel au Mariage (7) – NANTES

Le Miroir d’Eau (1300 m2)

Je le dis d’emblée – pour moi c’était presque une honte de n’avoir consacré qu’une journée et demi à la ville de Nantes, la cité des Ducs. Pour moi, également rétrospectivement cette ville mérite nettement davantage qu’une seule nuit (et une journée et demie de présence). Ainsi j’ai regretté de ne pas avoir profité davantage du parcours artistique de la ville du 8 août au 27 septembre 2020…. un véritable voyage en soi, dont je n’ai foulé quelques parcelles au cours des 36 heures dans cette ville.

Départ tôt le matin sous la grisaille de Tharon-Plage direction Nantes, le long l’Estuaire de la Loire, avec des stop toutes les 10 minutes environ pour quelques étapes artistiques – mariage souhaité entre l’art, le paysage et un fleuve (de couleur terreuse).

Avons donc vu sur le chemin vers Nantes de la Collection Estuaire le Serpent d’océan (Huang Yong Ping) – 120 m de long – immergé quand nous y sommes passés), Le jardin étoilé (Kinya Maruyama) ou aussi la spectaculaire Maison dans la Loire (Jean Luc Courcoult), avant d’en découvrir d’autres œuvres à Nantes.   

Arrivés à Nantes (vers 11h), nous avons fait un tour de piste sur l’Ile de Nantes (pour une « rencontre entre Hier, Aujourd’hui et Demain » qui m’a beaucoup rappelé le concept de La Villette (avec des immeubles de Nouvel, Portzamparc et Azzi et des bulles vertes (Jardin des Fonderies, le Jardin des Cinq-Sens) et surtout Les Machines de l’Ile (le grand éléphant ! ou le Carousel des Mondes Marins ou les Anneaux de D. Buren) ou la vue sur le défilé « burlesque et monumental » une frise murale sur  le quai des Antilles).

Après un déjeuner dans un des nombreux restaurants sur l’Ile nous avons pris notre chambre à https://hotelnantes.info/l-hotel.htm  avec vue (photo à droite) sur le Château de Nantes….

Et hop une première virée dans la ville « historique » qui offre des rue et ruelles  à profusion, quelle plaisir de déambuler entre les siècles et autour de la Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul (fermée depuis la récente incendie).

Une galerie couverte sur 3 niveaux, Le Passage Pommeraye (ouverte en 1843 !) – Jacques Demy y fit tourner son film « Lola » – m’a particulièrement plu.

Tout près du Mémorial de l’abolition de l’esclavage les belles demeures du Quai de la Fosse (18e) m’ont également impressionnées.

Un peu plus loin le Quartier Graslin avec la Place Royale et le Grand Théâtre (sur la place Graslin – en face de la magnifique Brasserie La Cigale.) Le Théâtre (1788) était particulièrement impressionnant puisque nous profitions d’une installation onirique de Stéphane Thidet « Rideau » : Il s’agit/s’agissait d’une immense chute d’eau recouvrant la façade du monument. Ce rideau d’au immense est conçu comme une métaphore de l’accessoire théâtral qui masque l’artefact et dévoile le spectacle », renvoyant ainsi aussi bien » à l’activité créatrice à l’intérieur du théâtre qu’au plan d’ensemble de la place » (magnifique – nous y sommes repassé au moins trois fois !) )

La visite du Château et du Musée d’Arts (avec son extension « Le Cube ») à 3 minutes de l’hôtel sera pour une autre fois (notre fille habitant désormais à Vannes, cela devrait être possible à l’avenir).

Encore pêlemêle quelques clins d’œil « artistiques » (tel que l’installation « Nymphéa » (Ange Leccia – une projection sur l’eau), les sculptures de Philippe Ramette – « Eloge du Pas de côté » ou « L’éloge de la transgression » le miroir du Feydball, l’installation « Le Temps entre les Pierres « (Flora Moscovici), un archevêque masqué, des œuvres d’art dans une galerie, la Jungle Intérieure (Evor), la Fontaine (Elisa Sahal) – une sculpture devant la Médiathèque Jacques Demy, et interdit de badminton (les gymnases sont fermés) pour cause de Covid, je n’ai pas pu m’empcher de saisir des raquettes dans la rue, prêts à jouer….

Dîner dans une petite rue du Quartier Bouffay (rue du Chateau) terminé la soirée avec des pâtes (San Marco – plutôt très bon)

Le lendemain (Jeudi) départ pour La Baule et une journée de balade sur la Pointe de Penchâteau (à suivre).

Et pour bien finir voici une belle chanson du groupe Beirut (merci Philisine !)

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Ce qu’il faut de nuit

Vivre encore

Ce qu’il faut de nuit
Au-dessus des arbres,
Ce qu’il faut de fruits
Aux tables de marbre,
Ce qu’il faut d’obscur
Pour que le sang batte,
Ce qu’il faut de pur
Au cœur écarlate,
Ce qu’il faut de jour
Sur la page blanche,
Ce qu’il faut d’amour
Au fond du silence.
Et l’âme sans gloire
Qui demande à boire.
Le fil de nos jours
Chaque jour plus mince,
Et le cœur plus sourd
Les ans qui le pincent
Nul n’entend que nous
La poulie qui grince,
Le seau est si lourd.

(poème de Jules Supervielle – 1884 – 1960)

Un court premier roman (188 pages) dévoré en une journée pluvieuse (c’est à 00h15 que j’ai fermé – à regret – le livre auquel j’ose apposer l’adjectif galvaudé « bouleversant »). C’est que Laurent Petitmangin arrive à créer, en quelque phrases, une émotion authentique et profonde. Ce livre est tout le contraire de « Yoga » de E. Carrère dont je parlerai une autre fois.

Pas de grandiloquence, pas de scènes larmoyantes – pourtant une mélancolie, tristesse qui vous submerge dès le 1er chapitre, suintant entre les mots simples et sobres, portés par le silence et/ou les non-dits.

4e de couv’ (La Manufacture des livres)

 C’est l’histoire d’un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent et les enfants grandissent. Ils choisissent ce qui a de l’importance à leurs yeux, ceux qu’ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes. Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses. C’est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes.

Laurent Petitmangin, né en Lorraine au sein d’une famille de cheminots, fait parler un père sur la petite vie des petits gens (un livre qui se termine – je ne veux divulgacher (spoiler) rien sur le contexte de ces phrases – comme ceci »….une belle vie. Les autres diront une vie de merde, une vie de drame et de douleur, moi je dis, une belle vie. et fais ainsi écho au poème dont est tiré le beau titre du livre ».

La Lorraine, ce coin près du Luxembourg et (depuis le TGV) à 1h30 de Paris. A travers la description du terrain de foot dans le 1er chapitre (qui en parfaite introduction place tous les protagonistes du petit roman)…..

 » La pelouse est belle depuis plusieurs saisons sans qu’on sache pourquoi. Et l’air toujours frais, même en plein été. Pas de bruit, juste l’autoroute au loin, un fin ruissèlement qui nous tient au monde. Un bel endroit. Presque un terrain de riches. Il faut monter quinze kilomètres plus haut, au Luxembourg, pour trouver un terrain encore mieux entretenu. J’ai ma place. Loin des bancs, loin du petit groupe des fidèles. Loin aussi des supporters de l’équipe visiteuse. Vue directe sur la seule publicité du terrain, le kebab qui fait tout, pizza, tacos, l’américain, steak-frites dans une demi-baguette, ou le Stein, saucisse blanche-frites, toujours dans une demi-baguette. » (p.10)

http://www.tourisme-en-france.com/fr/regions-france/267/le-toulois

« Presque un terrain de riches » (toute la charge qui est dans ces 5 petits mots de rien du tout).

ll y aura Fus et Gillou, les enfants. Il y aura la « section » (du parti socialiste « aucun de nous a voté Macron« ), Jeremy, un ami de Fus et bientôt « mentor » de Gillou et il y aura les silences, l’impossibilité de communiquer, et un amour inconditionnel pour les fils et la vie qu’ils mènent. Le constat que Fus lui échappe.

C’est mon dimanche matin. À sept heures, je me lève, je fais le café pour Fus, je l’appelle, il se réveille aussi sec sans jamais râler, même quand il s’est couché tard la veille. Je n’aimerais pas devoir insister, devoir le secouer, mais cela n’est jamais arrivé. Je dis à travers la porte : « Fus, lève-toi, c’est l’heure », et il est dans la cuisine quelques minutes après. On ne parle pas. Si on parle, c’est du match de Metz la veille. On habite le 54, mais on soutient Metz dans la région, pas Nancy. C’est comme ça. On fait attention à notre voiture quand on la gare près du stade. Il y a des cons partout, des abrutis qui s’excitent dès qu’ils voient un « 54 » et qui sont capables de te labourer la voiture. ……..Quand je regarde Fus jouer, je me dis qu’il n’y a pas d’autre vie, pas de vie sur cette vie. Il y a ce moment avec les cris des gens, le bruit des crampons qui se collent et se décollent de l’herbe, le coéquipier qui râle, qu’on ne trouve pas assez tôt, pas assez en profondeur, cette rage gueulée à fond de gorge quand ils marquent ou prennent le premier but. Un moment où il n’y a rien à faire pour moi, un des seuls instants qui me restent avec Fus. Un moment que je ne céderais pour rien au monde, que j’attends au loin dans la semaine. Un moment qui ne m’apporte rien d’autre que d’être là, qui ne résout rien, rien du tout. (p.11)

« On tracte ce qu’il faut. Je ne crois pas que cela serve à grand-chose, mais il y a un jeune qui a le sens de la formule. Qui sait dire en une page la merde qui noie nos mines et nos vies. Jérémy. Pas le Jérémy. Jérémy tout court, car il n’est pas du coin et nous reprend à chaque fois avec notre manie de mettre des « le » ou des « la » partout. » (p.14)

Et puis Fus a commencé à moins bien travailler. À piocher. À ne pas aller en cours. Il avait des excuses toutes trouvées. L’hôpital. Sa mère. La maladie de sa mère. Les rares embellies dont il fallait profiter. Les derniers jours de sa mère. Le deuil de sa mère. Trois ans de merde, sixième-cinquième-quatrième, où il m’a vu totalement impuissant. N’arrivant plus à y croire. Ayant perdu toute foi dans une rémission qui ne viendrait plus. Même pas capable d’arrêter de fumer. Plus capable de m’asseoir à côté de lui, quand il était en larmes sur son lit, plus capable de lui mentir, de lui dire que cela allait bien se passer pour la moman, qu’elle allait revenir. Juste capable de leur faire à manger, à lui et à son frère. Juste capable de me reprocher d’avoir eu ces enfants bien trop tard. On avait déjà trente-quatre ans tous les deux quand notre Gillou est né. En troisième, Fus n’y arrivait plus. (p. 17) 

Photo Daniel Guffanti

Je me suis permis de présenter plusieurs extraits de ce premier chapitre (qui finit page 34). Le tableau est dressé, le contexte social installé, le drame peut naître.  » Puis est arrivé le moment ou Fus avait voulu partir avec ses copains, d’abord Montpellier et l’année après l’Espagne. Je ne les aimais pas trop les copains…. » (p. 35)

Je n’en dirais pas plus. C’est comme pétrifié que suit le lecteur le récit du père qui voit que son fils se rapproche du FN, qui n’arrive pas à dialoguer, se refermera dans le silence taiseux, observant l’éclatement de la cellule familiale, brisé de toute façon par la mort de la mère (jamais nommé par son prénom, juste par « moman »), incapable de renouer un dialogue quand tout a dérapé (presque en silence).

Les faits, le lecteur doit (se) les reconstituer lui-même puisque le flots de pensées du père ne charrie que les sentiments, le ressenti, ce qu’il observe. Du coup, les mots deviennent des coups de canif (ou de poing).

Il y a des lecteurs et critiques qui évoquent Nicolas Mathieu (le prix Goncourt de 2018) et son « Leurs enfants après eux ». Je ne suis pas d’accord – ce n’est que la région, le contexte social qui les réunit, pas du tout le traitement, la langue, nettement plus noir chez Petitmangin. Ce qui les réunit (et je rajouterai David Lopez et son « Fief » pour en faire un trio – le style de ce dernier n’a toutefois rien à voir…) , c’est la France des « sans-dents » ou pour être plus politiquement correct « La France des Périphéries ».

« C’était fini le temps où on bâclait la vaisselle en trois coups les gros, l’un sur l’autre, en n’arrêtant pas de se gêner, de se toucher, de se bousculer gentiment. Désormais nos mouvements étaient empesés, pleins de précautions : il fallait laisser une bonne marge, si possible laisser l’autre dégager les lieux avant d’y entrer. Comme si on portait un scaphandre d’une tonne et qu’on marchait dans une putain de zone radioactive. » (p. 100)

Je verrai bien ce livre adapté au théâtre – genre monologue de Jérôme Kirchner – mais la lecture elle-même elle vous procurera un frisson – garanti !

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Vacances d’été 2020 – Martel au mariage – (6) – Pornic et Tharon-Plage

Tharon-Plage – 21h…. – sur le perron de l’hôtel

Rien de mieux qu’un jour de pluie pour se remettre à voyager dans le passé, même s’il n’a que qqs semaines d’âge.

Après le pdj départ pour Pornic (env. 2h15 de route de La Rochelle) avec l’idée d’un changement de décor radical et de trouver une côte avec des falaises et criques. [J’ai lu dans le guide que Max Ernst y a « inventé » en 1925 sa technique du « frottage »)

La première chose qu’on voit en arrivant dans cette petite ville et son port de pèche c’est le Château.

Nous avons préparé (après une petite marche dans le village) un pic-nic et sommes partis sur un très beau chemin lelong le Canal de haute Perche au-delà la corniche de Noëveillard.…(vues sur l’Anse, les rochers et l’Océan). Belles maisons du 19e, la mer et encore la mer. Finalement cela nous avait manqué. Sommes allés jusqu’à la Plage de Montbeau (ahh ces noms !)

Café pris près de la Mairie annexe de Sainte-Marie-de la-Mer et retour sur le chemin.

Première « rencontre » ou plutôt découverte des Pêcheries construction de cabanes, un accès-passerelle, un filet de carrelets – la côte de jade compterait une cinquantaine, et c’est photogénique… Je ne m’en lassais pas.

En fin d’après-midi fait encore une quart d’heure de route pour arriver à Tharon-Plage, une station balnéaire de la commune Saint-Michel-Chef-Chef.

Installés pour 2 nuits à Logis Hôtel L’Empreinte dans une chambre (la dernière) minusculeet sans vue sur la mer… (mais très fonctionnelle et propre) nous avons fait des balades lelong la grande plage de sable qui s’ouvre à nos regards devant l’Hôtel ainsi que (le lendemain) dans la Réserve Naturelle Régionale de la Pointe de Saint Gildas (Préfailles) avec ses rochers escarpés et le chemin des peintres.

Malheureusement il pleuvait bcp…. mais cela nous n’a pas vraiment gêné.

Là encore c’étaient les plages vides (tôt le matin ou le soir) et les cabanes des pêcheries, le ciel changeant, chargé de nuages… qui m’ont attirés plus que tout le reste.

Après la 2e nuit (à noter aussi que la cuisine de l’Hôtel était parfaite – simple, gouteuse, produits frais !!) départ pour la ville de Nantes (2 nuits) et son Estuaire surprise. (à suivre)

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Vacances d’été 2020 – Martel au mariage – (5) – Rochefort & La Rochelle

Une petite heure de Bourg-Charente pour arriver à Rochefort (2e pôle industriel de la Charente-Maritime, 55.000 habitants) et son Arsenal et la Corderie Royale.

Ville avec des rues tracées au cordeau (ou en damier si vus voulez) avec des maisons cossues, mais sans charme véritable. Le passé illustre ne m’a pas sauté à la gorge comme il le fera à La Rochelle.

Ce qui attire les visiteurs dans la ville c’est notamment le quartier de l’Arsenal dans lequel se situe la célèbre frégate (pour vous, chers Français) Hermione et la Corderie Royale.

La pluie s’étant arrêtée nous avons préféré nous balader dehors (pas envie non plus de visiter les bateaux, ni la Corderie). C’est fait en une bonne heure….

Impressionné j’étais (seulement) du bâtiment qui héberge le Restaurant Vivre(s) de Grégory Coutanceau (le frère de celui dont j’aurai le plaisir de déguster des plats dans sa brasserie à La Rochelle). L’ensemble a été construit au XVIIème siècle par l’ingénieur Louis-François Le Vau, architecte des bâtiments du roi louis XIV et membre de l’Académie royale d’architecture – et la modernisation (et le roof-top restaurant s’y intègrent parfaitement.

Pic-nic (au soleil) avant de reprendre la voiture pour voir le Pont Transbordeur et sa nacelle surprenante.

Le défi qui se posait en 1897 était de trouver un système de pont qui permette la traversée des personnes sans gêner la navigation maritime, notamment les navires de l’Arsenal de Rochefort. Le pont a été inaugurée en 1900 et fonctionne encore parfaitement aujourd’hui. (il est différent de celui de Bilbao / Colgante (Portugalete) vu en 2012.

Comme on voit sur l’image de gauche il y avait des figures énigmatiques lelong d’un chemin (le sentier des Guetteurs) – œuvres de plasticiens (Hélène Yousse, Johannes Zacherl et Benoit Hapiot) qui trouvent parfaitement leur place en tant que témoins et gardiens du lieu.

Quittant la ville nous partons vers La Rochelle et prenons nos aises dans un petit Hôtel à La Rochelle pour 2 nuits (avantage : un Parking – et prix/prestation/chambre correct) à 12 minutes à pied du Centre ville (et 5 minutes du bord de mer) – vue du Casino vers la ville.

C’est dimanche donc on monde fou… nous n’étions pas vraiment habitués les jours d’avant de cette masse (notamment en temps de Covid)

Le quartier autour du Vieux Port, (quartier du Gabut), la vieille ville à proprement parler, la zone portuaire Sud… nous y avons marché et flâné … dimanche et lundi soir…. et mangé des glaces aussi (chez Ernest le Glacier – sachant que plus au Nord, dans la région nantaise il y a une chaine La Fraiseraie qui fait des glaces aussi bonne)… et Lundi (jusqu’à la pluie) lelong le chemin côtier… (sans intérêt – bcp de travaux de terrassement – et surtout interrompu par la pluie)

Mais il n’y a pas que les belles maisons historiques et arcades.

Le soir dîner « en ville » : une fois « L’entracte » et l’autre fois « La Boussole« . Le 1er nettement au-dessus du 2e. (le 2e respectant nettement moins la distanciation Covid…et offrant une cuisine davantage orientée « vite fait ».)

Mardi matin départ pour Pornic et Tharon-Plage (pour 2 nuits) – et surtout pour marcher un peu, le nez dans le vent.

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Undine – Ondine

Avec « Undine » (« Ondine ») renaît un ancien conte de fées (je l’ai lu moi-même dans la version de 1953 – Friedrich de la Motte-Fouqué – qui lui-même s’est sourcé sur la version de Paracelsus (15e) – utilisé de chez Reclam – bien connu chez les élèves des années 60/70 – et peut-être encore aujourd’hui).

L’héroïne (historienne) travaille pour une section du Sénat de la ville de Berlin. Dans ce cadre là elle est conférencière pour des visites guidées d’une exposition permanente de maquettes de l’urbanisme de la la ville, et elle discourse aussi bien sur les nouveau palais urbains « trompeurs » ou la reconstruction de la partie Est-allemande, que sur la spéculation immobilière et nous apprend que Berlin se trouve de fait sur d’anciens marais (asséchés)…tiens, on y est dans l’eau…..

En Paula Beer, l’actrice qui joue « Undine » combine en elle-même les deux motifs, le moderne et l’ancien/archaïque…. historienne et « créature aquatique » qui frappe le spectateurs dès les 1eres minutes dans un dialogue (peu loquace et alourdi par des silences et un regard qui vous noie littéralement) face à son amoureux qui veut se séparer d’elle « Si tu me quittes », dit-elle à ce dernier, « alors je dois te tuer. Tu le sais/ savais ! »…. qui connait la légende/le conte sait qu’elle va devoir s’y tenir à cette promesse …et le jeune homme n’attendra pas pour convoler avec une nouvelle….

Undine – Rackham

Le film oscille constamment entre conte de fées (presque naïf), mélodrame amoureux et thriller psychologique parfaitement ancré dans le réel contemporain…. et Paula Beer joue parfaitement cette créature qui semble découvrir de nouveaux sentiments après des siècles (?) de contact avec les humains.

Christoph, son nouvel amant (leur rencontre est visuellement et plastiquement un plaisir – si on se laisse aller, comme moi je peux le faire avec mon côté fleur bleue/romantique) s’avère être un plongeur « industriel » (réparant sous l’eau des turbines de barrages) plus proche de « 20 000 lieues sous les mers » (1954) de Richard Fleischer que d’autre chose (à noter que l’idée du plongeur n’est venu à C. Petzold qu’après le tournage du film « Transit » (il est subjugué par ses deux acteurs !!) et après avoir entendu que P. Beer prenait des cours de plongée pour un autre film ! Ahh ces petits riens !)

Undine – Klimt

Comme dans ses autres films, Petzold n’a pas besoin de montrer (comme il dit) « des zizis et du cul » et nous offre quelques moments d’une grâce sensuelle (c’est moi qui le dit – d’autres ne verront que du feu peut-être) : la 1ere plongée des deux amoureux avec la danse des bulles, une scène de sexe orale qui se passe – pour le spectateur invisible – sous des draps qui miraculeusement ondulent comme de l’eau immaculée….

Pour relativiser ce que je viens d’écrire (je suis comme ça) voici ce que dit le journal suisse Le Temps quant à la rencontre des 2 amoureux (quand l’amour fait splash)

Le lâche s’étant esbigné, elle le cherche à l’intérieur du troquet. Un admirateur, Christoph (Franz Rogowski), la rejoint. Et l’aquarium gigantesque explose, les jetant au sol dans une fricassée d’algues, de bris de verre et de poissons tressautant. Ce raz-de-marée inattendu établit de manière un peu trop fracassante le postulat du fantastique. La violence homicide d’Undine ne relève pas de la psychiatrie, elle est inhérente aux mythologies rhénanes. Entre réalisme et symbolisme, le film peine à trouver son équilibre

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Chauncey Bradley Ives (19e) – marbre – Ondine sortant de l’eau !!

J’ai bcp aimé ce film, mais il faut certainement accepter le côté conte (et la recherche de l’amour infinie, intemporel…) – des copains plus « pragmatiques » que moi ont eu quelques réticences tout en « avouant » qu’il y a qqchose de hypnotique et « différents du mainstream cinématographique » dans ce film.

On peut également se satisfaire des beaux yeux de Paula Beer (qui a reçu pour ce rôle un Prix au Festival à Berlin) dans lesquelles ont peux se noyer.

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Être et avoir une fille

Vous qui me suivez depuis un bon bout de temps, vous savez que j’ai un faible pour les écrits de Camille Laurens (Ni toi, ni moi en 2014 – lecture en apnée, Celle que vous croyez, Dans ces bras-là ou/et « même » « La petite danseuse de quatorze ans » – impossible donc de ne pas acheter et lire son nouveau livre, paru 20 ans (!) après « Dans ces bras-là » (qui relatais certaines des scènes évoquées ici sous la plume de « Laurence Barraqué ».

Présentation de l’Editeur (Gallimard)

Laurence Barraqué est née en 1959 dans une famille de la petite bourgeoisie de Rouen. Son père est médecin et sa mère femme au foyer. Très tôt elle comprend, à travers le langage et l’éducation de ses parents, que la position des filles est inférieure à celles des garçons. Cette expérience se prolonge à l’école, au cours de danse, à la bibliothèque municipale, partout où le langage impose la position dominante du genre masculin : « Garce. Le mot revient et la hante. C’est une injure. Mais n’est-ce pas d’abord le féminin de garçon ? Tout ce qui est féminin déçoit, déchoit, elle le sait désormais. Garçon, c’est un constat. Garce, c’est un jugement. Le mot, en changeant de genre, devient mauvais. Mais il a des pouvoirs. » Dans ce roman d’une puissance exceptionnelle, Camille Laurens déploie le destin d’une femme confrontée aux mutations de la société française de ces quarante dernières années. La narratrice emporte dans sa voix les grandes problématiques de l’éducation des femmes, de la domination masculine et de la transmission des valeurs féministes aux jeunes générations. Le parcours de Laurence Barraqué se fait la chambre d’échos de toutes celles qui furent élevées dans l’idée d’une supériorité des hommes. L’auteur saisit avec acuité les moments charnières de l’enfance au cours desquels se joue l’adulte que l’on va devenir.

Certainement un peu/bcp/ »ouvertement »(?) autobiographique, le lecteur cheminera sur les traces de l’itinéraire d’une femme/fille. Ce qui est parfait pour l’Homme que je suis et le linguiste, c’est que le lecteur suit ce cheminement (aussi/particulièrement) à travers le prisme de la langue française (n’oubliez jamais que la langue d’un peuple est le miroir de sa culture/société)… et là on est servi !! Comment écrire le féminin aujourd’hui ?

Ton père va le matin à la mairie déclarer la naissance, la « née-sans »

L’incipit tirée du dictionnaire : FILLE, nom féminin.
1. Personne de sexe féminin considérée par rapport à son père, à sa mère.//2. Enfant de sexe féminin.//3. (Vieilli.) Femme non mariée.//4. Prostituée. suivi dans le 1er chapitre de la description d’une naissance « C’est une fille ! » (et malheureusement pas un garçon…) donne le ton.

Tu nais d’un mot comme d’une rose, tu éclos sous la langue. Tu n’es rien encore, à peine un sujet, tu peines à venir à l’existence; tu ne peux pas encore dire « je suis », personne ne dit « elle est », même au passé, « et la fille fut », même avec un article indéfini, « et une fille fut », ça ne se dit pas. Tu n’es pas indéfinie, du reste,oh non, tu n’es pas née indéfinie, il y a un e, tu vois, un e muet, c’est vrai, mais un e loquace. Tu es un article bien défini, au contraire. Les faits parlent pour toi. Née fille. (page 13-14)

La lecture de « Fille » nous offre une belle bouteille d’intelligence, nous permet de grignoter du romanesque (et historique – c’est fou l’évolution si lente depuis les années 60…!-) pur et rajoute des grains de sables sociologiques et psychanalytiques avec une pincée linguistique, comme ici sur les règles :

ou aussi : « … et quand le pénis entre, il déchire l’hymen et ça saigne. « Une fois seulement », rassure le père. C’est la virginité . Les filles sont vierges. Toutes, au départ. « Tiens, le meilleur exemple, c’est Jeanne d’Arc » – on habite à Rouen, ne l’oublions pas. « Jeanne la Pucelle. Pucelle et vierge, c’est synonyme, ça veut dire : pure. – C’est le contraire de pute ? – Tais-toi quand je parle. Et ne dis pas de gros mots….

Le livre n’est pas toujours « drôle » comme ça, il y a des moments plus graves, durs aussi, mais il permet de faire le tour de la question de la femme/féminité/du devenir femme. Enoncés qui pour certains ont la couleur de « déjà entendu/déjà lu ». Je ne dis pas le contraire, mais pense aussi qu’on l’a « rarement lu écrit de cette manière, aussi belle ».

« Garce. Le mot revient et la hante. C’est une injure. Mais n’est-ce-pas d’abord le féminin de garçon ? Tout ce qui est féminin déçoit, déchoit, elle le sait désormais. Garçon, c’est un constat. Garce, c’est un jugement. Le mot, en changeant de genre, devient mauvais. » (p. 90)

Un livre frais, d’une lecture agréable (aussi grâce aux jeux de mot lacaniens) qu’on devrait mettre dans la main de bon nombre de parents/d’Hommes/Femmes….

Mon amie bloggeuse M.F. avait invité ses amis sur FB avec ces paroles, que je souscris sans hésitation :

Une autofiction sur la maternité, le genre, la féminité, les diktats sociaux, la signification des mots, la transmission. Une écriture brillante pour un livre qui touche à l’intime comme au public. Fille ou garçon, Lisez-le!

Pensées d’une fille pas encore femme :

Je cherche moi-même dans le dictionnaire. Le mot « sexe » est à rapprocher, m’explique-t-on, du latin secare, qui veut dire « couper » et qui a donné entre autres les verbes « scier », « sectionner » et le mot « sécateur ». Ah voilà, tout s’éclaire: on a sexe-tionné le zizi des garçons pour en faire des filles. Mais où, mais quand ? Ça a dû faire affreusement mal, ça a dû saigner pire qu’un genou quand on tombe de vélo, même s’il n’en reste qu’une petite cicatrice, une mince fente entre les cuisses, mais j’ai beau faire, je ne m’en souviens pas. Et ceux qui l’ont gardé, pourquoi ? Qui a choisi ? Sûrement pas mon père, en tout cas. Une fille, c’est un garçon blessé.

PS. Je suis en train de préparer les prochaines étapes de mon « récit » sur mon « voyage » jusqu’au portes du Mariage de ma/notre fille (un exercice agréable, puisqu’il me fait revivre des journées riches)…et pense d’un coup au « Voyage à Nantes », le parcours artistique de la ville, ou j’ai découvert entre autres une œuvre de Elsa Sahal qui a un sous-texte qui va avec le livre de Camille Laurens. Il s’agit de « Fontaine » (un Manneken-Pis féminin)

Fontaine – Elsa Sahal

C’est une figure pissante, dont le titre est un pied de nez à l’urinoir de Marcel Duchamp, explique quant à elle Elsa Sahal de son œuvre. Dans le flux continu du jet d’urine, il y avait l’idée que les petites filles aussi peuvent pisser dru, loin, et continûment. Et que cela, de façon ironique, peut se produire dans l’espace public où seules les urines masculines sont admises !» «Il y avait un caractère manifeste dans cette sculpture, qui est peut-être la plus narrative, la plus bavarde et la plus féministe que j’ai pu faire, précise l’artiste formée à l’École des Beaux-Arts de Paris. La figure pissante est un motif résolument masculin dans l’histoire de l’art, que beaucoup d’artistes femmes ont détourné depuis les années 1970.»

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