Prix Caillé 2021 – L’enfant Lézard

Crédit photo – Caroline Subra-Itsutsuji – Je ne pouvait photographier puisque j’animais la remise du prix et une table ronde en présence de Vincenzo Todisco et la lauréate de 2020 Emma Lavigne

Très content de pouvoir annoncer que le Jury du Prix Caillé de la SFT a remis hier soir le Prix Caillé 2021 à Benjamin Pécoud pour sa traduction du livre « Das Eidechsenkind » – « L’enfant lézard » .

Ci-dessous le CP écrit par la journaliste Eve Gandossi qui a fait un beau travail.

Le prix Pierre-François Caillé de la traduction 2021 a été décerné le 26 novembre à Benjamin Pécoud pour sa traduction de l’allemand L’Enfant lézard de Vincenzo Todisco aux Éditions Zoé.

C’est une vie solitaire et terrifiante qui défile page après page. Celle d’un enfant, qui doit vivre caché. Introduit clandestinement en Suisse par des parents travailleurs immigrés italiens, il doit se dissimuler pour éviter d’être renvoyé dans son pays d’origine. Il n’a pas de prénom. Privé de la plus élémentaire des identités, il devient l’enfant lézard : celui qui se faufile, rampe, se fait discret pour échapper à un destin funeste. Pas d’école, jamais de sorties, privés de jeux, il se réfugie dans un monde imaginaire où les cachettes – dans une fissure, sous un meuble, un trou dans un mur – deviennent son îlot de liberté. Le temps et l’espace sont quadrillés en pas comptés ; ainsi la nuit est-elle « longue de plus de mille pas ». Une vie à l’écart, dans l’ombre et qui vire au cauchemar.

Pourtant habitué à rédiger en italien (« sa langue de ventre » puisqu’il est fils d’immigrés italiens), Vincenzo Todisco a choisi d’écrire ce drame moderne en allemand, « sa langue de tête ». Sa raison ? L’italien est « une langue empathique, colorée, baroque », alors que l’allemand « est plus sobre et synthétique ». Pour traduire en français, Benjamin Pécoud a dû garder cette distance, « cette langue presque sèche qui m’évoque celle de Bernhard Schlink, à savoir choisir des mots qui restent généralistes, mettre à distance, ne pas provoquer trop d’émotions tout en saupoudrant une fine sensibilité », éclaire Bernhard Lorenz. « Le français implique plus de chaleur que l’allemand, un peu plus distancié, mais l’effet sur le lecteur est bien rendu ». La traduction épouse le rythme, le vocabulaire est précis, le ton juste. « On ne bute sur rien ; tout est fluide, le champ lexical est parfaitement maîtrisé et les phrases syncopées sont aussi vives que les mouvements des lézards », complète Sylvie Escat. Benjamin Pécoud avait déjà été repéré pour sa traduction en 2017 de l’ouvrage de Meral Kureyshi, Des éléphants dans le jardin. « Nous pouvons noter une réelle évolution dans son travail avec un récit empreint d’un bon niveau de français ne laissant pas transpirer la langue d’origine », conclut Philip Minns.

C’est la première fois que Vincenzo Todisco est traduit en français.

Décerné depuis 1981 par la Société française des traducteurs (SFT) avec le concours de l’École supérieure d’interprètes et de traducteurs (ESIT), le prix Pierre-François Caillé de la traduction récompense chaque année un traducteur qui débute dans l’édition (maximum trois ouvrages traduits et publiés).

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Deux toiles dans les salles obscures

Programme tout en contrastes – un film français (grand public et 1er degré) sur une fille qui chante et un film norvégien (Art et Essai avec une douce sophistication sur une fille qui court)

Aline

Valérie Lemercier nous offre un film dans lequel elle a assure la réalisation, co-écrit le scénario et interprete le rôle principal (sans toutefois chanter – ce rôle est assuré par Victoria Sio qui (plutôt très bien) chante les titres d’Aline (derrière laquelle se cache Céline Dion).

Je ne suis pas un fan de Celine Dion (il n’y a qu’une chanson d’elle qui se trouve dans ma playlist : My heart will go on) – mais je ne l’ai plus écouté depuis un siècle. Cependant, j’en ai rajouté après ce faux ‘biopic’ un morceau : « Ordinaire » (que je connaissais chanté par Robert Charlebois) et qui, chanté par Victoria Sio/ Céline Dion, offre dans le film le seul et unique beau et émouvant moment, de plus après une ballade sur « Going to the town » de Rufus Wainwright – que j’aime bien. Le film se laisse toutefois regarder pour la performance de Valérie Lemercier et un côté distrayant.

On peut s’énerver (ou rire nerveusement) en voyant le trucage pour pouvoir jouer une fille de 12 ans, rire du kitsch, ok, mais on peut aussi s’incliner devant la reconstitution des coiffures, costumes, scènes … C’est rondement mené, les acteurs s’investissent (sont crédibles), mais c’est tellement lisse de chez lisse que javais presque envie d’écrire à François Morel qui sur FI avait fait un très joli texte-pub pour ce film.

Le portrait de la mère d’Aline (Céline) était presque la seule lumière du film

Julie (en 12 chapitres)

Julie, bientôt 30 ans, n’arrive pas à se fixer dans la vie. Alors qu’elle pense avoir trouvé une certaine stabilité auprès d’Aksel, 45 ans, auteur à succès, elle rencontre le jeune et séduisant Eivind. (Allociné)

Portrait (légèrement) éclaté d’une jeune femme qui semble toujours être en décalage par rapport à ses partenaires masculins, par Joachim Trier (Oslo, 31 août).

Qui dit 12 chapitres, dit (j’exagère !) douze court-métrages autour de différents moments de la vie de cette jeune trentenaire avide d’indépendance (qu’elle semble avoir trouvé dans le dernier chapitre).

L’actrice (primée à Cannes par ailleurs pour ce rôle) Renate Reinsve s’avère être le meilleur atout du film qui, à mon avis, traite un peu trop de sujets (féminisme, amour, infidélité, enfants, maladie/mort…. ).

Les premiers deux chapitres (avec une voix off bien présente mais n’apportant pas grande chose) suggèrent une proximité avec les 1ers films de Woody Allen (beaux dialogues, montage alerte, drôle aussi) avant que ne s’invite la gravité, la maladie (d’un des hommes de sa vie à Julie)… Un chapitre placé sous le signe de champignons hallucinogènes est de trop – et montre du subconscient de Julie ce que le spectateur avait déjà senti). Un autre, plus léger celui-ci, se déroule, grâce à un interrupteur, dans un monde figé dans lequel seul elle (et son amant) coure(nt), bouge(nt). Certes ça fait un peu Pub mais rend bien à l’écran la traduction des sentiments des protagonistes…

Au vu des bonnes critiques je m’attendais à mieux – mais je ne suis pas sorti de la salle obscure en me disant « Quelle daube ! ». J’aurai souhaité un peu plus de resserrement de la part de J. Trier qui toutefois n’a pas perdu sa main pour faire le portrait de trente-/quadragénaires de notre époque.

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Paris au mois de novembre 2021 – Baselitz

Petite virée à Paris pour assister à la remise du Grand Prix de la Traduction 2021 (Ministère de la Culture – Société des Gens de Lettres) décerné cette année à Sophie Benech, traductrice du russe vers le français. (Boris Pasternak, Ludmila Oulitskaïa, Iouri Bouïda, Varlam Chalamov, José Corti (Œuvres complètes en prose de Léonid Andreïev, Contes Juifs, Récits fantastiques russes), Le Bruit du Temps (Œuvres complètes d’Isaac Babel….etc…Prix remis par Roselyne Bachelot-Narquin.

Occasion de parler avec des traducteurs et du Prix de la Traduction Pierre-François Caillé que nous allons remettre la semaine prochaine. Je n’ai pas trinqué avec Madame la Ministre mais c’était comme si.

J’ai profité le lendemain matin, avant de rentre de nouveau à Grenoble/Biviers (c’est nettement plus calme de chez nous qu’à Paris), pour faire un tour dans l’exposition-rétrospective du peintre « néo-expressioniste » allemand Hans Georg Kern, né à Deutschbaselitz en 1938 et qui a adopté le nom de toile « Baselitz« .

J’avais déjà le plaisir de voir ses sculptures en 2011. Là, c’est une exposition assez réussie permettant de saisir l’évolution de ce grand peintre allemand.

Sa peinture n’est pas toutafé « ma tasse de Chartreuse » mais elle interpelle de par sa radicalité et le discours sous-jacent.

[ à gauche le tableau « complet » Waldarbeiter – point de bascule du peintre avant de présenter ses œuvres « à l’envers » à droite un détail]

Voyez mes bafouilles juste comme un « teaser » – si vous voulez voir (et comprendre) mieux allez voir le site de Culturieuse (elle a vu une riche rétrospective en 2018 (en Suisse – Bâle) et en parle formidablement bien !!) – Beaubourg montre juste dans la dernière salle qqs tableaux des dernières années qui n’avaient pas encore vu le jour/la toile à l’époque.

Je rajoute encore quelques photos des œuvres (prises avec mon téléphone portable). Essayez y aller un matin – vous risquez croiser des visites guidées pour des écoliers. C’est un vrai plaisir d’entendre les petits (j’en ai observé des enfants de 9 – 11 ans max) – ils réagissent avec leur ventre – et c’est jouissif.

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Mon maître et mon vainqueur

Le juge est un bon juge, par exemple, en plus d’être une flagornerie est un hexasyllabe : le e de juge s’efface au profit du e de est….. (p.16)

J’avais déjà aimé deux des précédents livres de François-Henri Désérable : « Un certain M. Piekielny » et « Evariste » – et on retrouve absolument son style inimitable de sur-doué des mots, érudit (documenté) et maître S du calembour littéraire, ici avec un saupoudrage de scènes érotiques et des poèmes comme « colonne vertébrale » dans un flux narratif virevoltant non exempte d’ironie et d’autodérision.

Ce n’est pas le premier roman dans les bacs des libraires de 2021 qui parle d’AMOUURR triangulaire. Vous vous rappelez (peut-être), on disait que « Feu » de Maria Pourchet renouvelait le genre – Désérable va encore plus loin mais dans la direction opposée.

Ici le triangle amoureux est constitué par Tina (actrice et mère de 2 enfants), Edgar son compagnon qu’elle est sur le point de marier, et Vasco, un employé (conservateur) de la BNF, avec lequel elle aura une liaison forcément fatale ou pas banale. Le tout est raconté par un narrateur (ami de Vasco ET de Tina) qui lui se trouve en tant que témoin devant un juge (qui n’est pas sans rappeler le juge d’un roman de Tanguy Viel – « Article 353 du code pénal« ). Il s’adresse souvent au lecteur (et fait des apartés et digressions qui m’ont ravi !)

annotations manuscrites par Baudelaire

Ce qui m’épate chez Désérable c’est cette capacité de parsemer ses belles phrases débutant dans un style quasi littéraire avec des « écarts de langage » ou glissements sémantiques. Ca peut énerver pas mal de lecteurs mais provoque chez moi des fous rires.

« ...cette fille, ai-je pensé, a des seins de lavandière, et je me souviens l’avoir imaginée accroupie au bord d’un ruisseau, frottant le linge avec des cendres de bois puis de ses pieds nus le battant, je la voyais….(…) …et j’aurais pu continuer longtemps ma rêverie érotico-historique si Margaux ne s’était pas mise à parler – ce qui nous amène à la deuxième chose à laquelle j’ai pensé : nom de Dieux qu’elle est con. Elle avait la connerie absolue comme d’autres ont l’oreille » (p.173)

Frits Thaulow, Laveuses accroupie

« Trois soirs par semaine Edgar allait dans un club de fitness, ou il s’adonnait au crossfit, au burning cycle au boxe & rope ou au body combat, ce qui fait beaucoup d’anglicismes pour dire qu’il suait comme un boeuf… » (p.56)

Des précisions sur les poèmes (qui jalonnent le parcours amoureux de Vasco) – il y’en a pleins (du nombre de syllabes pour les Haïku, des hexasyllabes, élisions, doubles allitérations, et des questions de l’importance de virgules) et parmi les poèmes « expliqués par le narrateur au juge, il y a « même » un qui vient d’Aragon qui comme tout le monde le sait en a écrit pleins à Elsa…

Le sonnet, c’est un peu comme l’amour conjugal : sa beauté naît des contraintes qui lui sont inhérentes. Pour le sonnet : nombre invariable de vers, invariablement répartis en deux quatrains suivis de deux tercets, nombre équivalent de syllabes pour chaque vers, alternance des rimes féminines et masculines, etc. Pour l’amour conjugal : pesanteur du tête-à-tête quotidien, inévitable effet de routine, inopportune irruption du trivial, etc. Et c’est en dépit de cela qu’il faut tirer du beau, voire du sublime – et c’est, inversement, ce qu’il y a de si grisant mais aussi d’un peu facile dans le vers libre et l’adultère, où l’abolition des contraintes donne le sentiment d’une liberté suprême, absolue, ivre d’elle-même, or que vaut la liberté, j’ai demandé, dépourvue des contraintes qui la bornent ? Vous avez trois heures. Mais c’est à peine s’il a souri, le juge – il n’avait pas dû avoir la moyenne en philo. (p. 86).

J’ai appris ce que c’est sprezzatura, sais maintenant ce qu’est l’ataraxie et je vois désormais le tableau de Magritte « La clairvoyance » avec d’autres yeux.

Ils étaient là depuis une bonne demi-heure, quand le directeur a pris congé en leur offrant un coupon de réduction – soixante-dix pour cent sur une chambre, à utiliser dans les six mois, car il en va des coupons de réduction comme de l’amour : ils portent en eux un terme, une échéance, le désamour est immanent à l’amour comme la date d’expiration l’est au coupon de réduction, à la différence que sur le coupon tout est clair, tout est écrit noir sur blanc, on sait au jour près quand il sera périmé, ce qui n’est jamais le cas de l’amour (pp. 100-101).

J’ai réécouté la chanson « Ton héritage » (Biolay) (« si tu aimes l’automne vermeil merveille rouge sang » …ça vous dit quelque chose ? Non ? Bon – p. 22)

J’entendais les silences de Tina, et je songeais qu’il faudrait établir une typologie du silence, les décrire puis les classer, du silence suggestif au silence oppressant, du silence solennel au silence désolé, du silence monotone d’un coin de campagne en hiver au silence pieux des fidèles à l’église, du silence éploré des chambres funéraires au silence contemplatif des amants au clair de lune, tous, il faudrait les décrire, jusqu’aux silences radiophoniques de Tina.

Paul Dornac – BNF – Verlaine

« Fais de moi ce que je veux !«  (J’aimerai bien entendre cette phrase un jour, nda)

Tout le malheur des couples, selon Allessandro, venait de ce qu’on voie généralement dans le couple une convention bilatérale d’exclusivité sexuelle à durée indéterminée. S’il était communément admis que l’on puisse coucher, ça et là, avec un tiers, et le soir, au lit, le raconter à son conjoint comme il est d’ordinaire de raconter sa journée, tiens, aujourd’hui, à la pause déj, Jean-Jacques m’a prise sur la photocopieuse, et tu sais quoi, chéri, une bonne queue, de temps en temps, y a pas à dire, ça fait un bien fou…(…) quand le désir s’émousse au sein du couple, il faudrait pouvoir sous-traiter. » (p. 109)

Il y a encore des pages que je pourrais citer …. il y en a des trouvailles (bon mots/clins d’œil….) sur quasiment chaque page.

Toutefois, si je reste un moment objectif, je dois avouer que ce roman est presque un persiflage, avec certaines facilités, et pas du tout un essai d’ancrage dans le « réel » (comme l’a fait Marie Pourchet dans Feu), un plaisir immédiat de lecture mais qui ne va pas (très) loin. C’est un Spritz, un Champagne à déguster sans modération qui ne provoque pas de mal de tête, ça vous étourdit un peu, vous fait rire, stimule ainsi la sécrétion d’endorphines, mais s’oublie peut-être rapidement – sauf si on commence – une fois fermé le livre – à feuilleter, (re-)lire des poèmes de Baudelaire, Verlaine, Rimbaud (dont on parle bcp – comme du cœur de Voltaire aussi – ) ou si on s’aventure un jour dans les salles de la Bibliothèque François Mitterand (théâtre d’une scène d’anthologie p. 50-55).

Je comprends le Jury de l’Académie Française qui – après des hésitations, comme le montre le résultat – a décerné le Grand Prix du Roman de l’Académie française 2021 (au troisième tour, avec dix voix contre neuf pour Gilles Martin-Chauffier et Le dernier tribun (Grasset)),  à ce petit roman (hymne à l’Amour et la poésie) qui se lit en une soirée pétillante.

« L’amour est un mécanisme ascendant, on va du sol au ciel et l’on plane, dans un éther impalpable : on dit tomber amoureux, mais c’est un abus de langage. (p. 75)

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Enfant de salaud

Il m’aura fallu des années pour l’apprendre et une vie entière pour en comprendre le sens : pendant la guerre, mon père avait été du « mauvais côté ».
(page 31)

Présentation de l’Editeur (Grasset)

Depuis l’enfance, une question torture le narrateur :
Qu’as-tu fait sous l’occupation ?
Mais il n’a jamais osé la poser à son père.
Parce qu’il est imprévisible, ce père. Violent, fantasque. Certains même, le disent fou. Longtemps, il a bercé son fils de ses exploits de Résistant, jusqu’au jour où le grand-père de l’enfant s’est emporté  : «Ton père portait l’uniforme allemand. Tu es un enfant de salaud !  »
En mai 1987, alors que s’ouvre à Lyon le procès du criminel nazi Klaus Barbie, le fils apprend que le dossier judiciaire de son père sommeille aux archives départementales du Nord. Trois ans de la vie d’un «  collabo  », racontée par les procès-verbaux de police, les interrogatoires de justice, son procès et sa condamnation.
Le narrateur croyait tomber sur la piteuse histoire d’un «  Lacombe Lucien  » mais il se retrouve face à l’épopée d’un Zelig. L’aventure rocambolesque d’un gamin de 18 ans, sans instruction ni conviction, menteur, faussaire et manipulateur, qui a traversé la guerre comme on joue au petit soldat. Un sale gosse, inconscient du danger, qui a porté cinq uniformes en quatre ans. Quatre fois déserteur de quatre armées différentes. Traître un jour, portant le brassard à croix gammée, puis patriote le lendemain, arborant fièrement la croix de Lorraine.
En décembre 1944, recherché par tous les camps, il a continué de berner la terre entière.
Mais aussi son propre fils, devenu journaliste.
Lorsque Klaus Barbie entre dans le box, ce fils est assis dans les rangs de la presse et son père, attentif au milieu du public.
Ce n’est pas un procès qui vient de s’ouvrir, mais deux. Barbie va devoir répondre de ses crimes. Le père va devoir s’expliquer sur ses mensonges.
Ce roman raconte ces guerres en parallèle
.
L’une rapportée par le journaliste, l’autre débusquée par l’enfant de salaud.

Pendant des années j’ai posé la question à mon père : « Qu’est-ce que tu as fait pendant la guerre » (Il n’en a finalement jamais parlé, peu aussi de son « séjour » dans les camps de prisonniers allemands en Russie (Ukraine) – il en est revenu en 1952/-3 seulement). Ce n’est qu’en 2019 (40 – quarante ans après sa mort) que nous (ses enfants) avons appris qu’il s’était engagé volontairement en 1938 à l’armée allemande et avait une « carte de SS » (et faisait objet d’interrogations de la Police Allemande sur la participation (éventuelle) dans des massacres en Ukraine et Pologne [il s’est avéré qu’il était, blessé, dans un hôpital militaire à la date des faits]. Toutefois, aux yeux de nous, ses enfants, ses quelques bribes de remarques sur la guerre (« les russes n’étaient pas les pires« , « Je vous dis que l’homme est un animal« ) égrenées par ci-par là ont laissé des forêts de points d’interrogations …. et m’expliquaient (bcp plus tard seulement) aussi ses accès de colères

Du coup certains passages dans le livre de Sorj Chalandon avaient une résonance particulière pour moi :

Depuis toujours mon père me frappait. Il avait soumis son enfant comme on dresse un chien. Lorsqu’il me battait, il hurlait en allemand, comme s’il ne voulait pas mêler notre langue à ça. Il frappait bouche tordue, en hurlant des mots de soldat. Quand mon père me battait, il n’était plus mon père, mais un Minotaure prisonnier de cauchemars que j’ignorais. Il était celui qui humiliait.
(page 65)

Contrairement au père de S. Chalandon, mon père n’était pas mythomane ni manipulateur ni « retourneur de veste » – il est tout simplement resté muet.

Le livre-récit (j’ai du mal a le qualifier de « roman » ) de S. Chalandon (le dernier livre lu de lui était « Une joie féroce » (après « Le 4e mur » et « Retour à Killybegs ») est assez remuant. Dans « Killybegs » il y a un passage « préparatoire » de celui cité en haut : » « Quand mon père me battait il criait en anglais, comme s’il ne voulait pas mêler notre langue à ça. Il frappait bouche tordue, en hurlant des mots de soldat. Quand mon père me battait il n’était plus mon père, seulement Patraig Meehan. Gueule cassée, regard glace, Meehan vent mauvais qu’on évitait en changeant de trottoir. Quand mon père avait bu il cognait le sol, déchirait l’air, blessait les mots. Lorsqu’il entrait dans ma chambre, la nuit sursautait. Il n’allumait pas la bougie. Il soufflait en vieil animal et j’attendais ses poings. » (p.13) qui montre bien les cicatrices béantes de S. Chalandon).

« Enfant de salaud » s’avère être ainsi un livre ultra-personnel qui permet à l’auteur d’exorciser un passé et de parler – « en parallèle » – des crimes nazi en revisitant le procès de Klaus Barbie (et « recyclant » ainsi les reportages que Sorj C. avait écrit à l’époque pour « Libération »). Procès auquel son père va assister… Ainsi le livre se lit aussi comme une sorte de réquisitoire-requiem au père – écrit dans le champ de tension entre le travail de journaliste et de fils. « Enfant de salaud » s’est trouvé sur la liste des goncourables, aura peut-être celui des Lycéens ou se trouvera, si aucun prix lui sera décerné sur la liste des 10 livres Inter 2022.

Il a le mérite de « revisiter » non seulement le procès de Klaus Barbie et ses auditions de témoins victimes (procès auquel avaient assisté pas moins que 900 journalistes) mais aussi de brosser plutôt pudiquement (et avec une colère retenue à peine) les fragments d’une vie (manquée) et d’un (jeune) homme (« déboussolé« ). En transformant « ses larmes en encre« .

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La fille qu’on appelle (« Call girl »)

«  personne ne lui a demandé comment elle était habillée ce matin-là mais elle a tenu à le préciser ».« 

C’est le 5e livre/roman de Tanguy Viel que je lis. Et c’est toujours un plaisir de mettre les doigts (la tête) dans les engrenages menant à des grandes ou petites catastrophes.

Présentation de l’Editeur (Editions Minuit – 4e de couv’)

Quand il n’est pas sur un ring à boxer, Max Le Corre est chauffeur pour le maire de la ville. Il est surtout le père de Laura qui, du haut de ses vingt ans, a décidé de revenir vivre avec lui. Alors Max se dit que ce serait une bonne idée si le maire pouvait l’aider à trouver un logement.

Roman « dans l’air du temps » me-too et des scandales ou esquisses de scandales (parfois/souvent étouffée) – et à sa lecture, on pense à un Ministre en poste. De plus, c’est presque synchrone avec l’inculpation p.ex. d’un Jean-Luc Lahaye… Certes, ce roman vient avec un peu de retard par rapport à un autre roman sur un sujet « comparable », roman-récit qui avait un titre encore plus explicite (« Le consentement » (Vanessa Springora) mais il traite aussi de la domination, de la soumission et des raisons (if ever) qui mènent à ce qu’une femme va se trouver dans la toile d’araignée tissé par un homme (puissant).

« Personne ne lui a demandé comment elle était habillée ce matin-là mais elle a tenu à le préciser ».

Peu de personnages : un père – boxeur qui va essayer de revenir sur le devant du ring, sa fille revenu dans sa ville natale bretonne, le maire de la ville qui aspire à un poste de Ministre et le directeur d’un casino (qui en fait est un peu plus, avec son Club Privé (et des chambres dans lesquelles on laisse la morale devant la porte ou dans lesquelles règne l’argent. et qui entretient avec le Maire « des vieilles et complexes relations (p.47) »

epa07618747 Sweden’s Alexander Gustafsson (L) fights against Anthony Smith of the US during their bout at the international MMA gala, UFC Fight Night at the Globe Arena in Stockholm, Sweden, 01 June 2019. EPA-EFE/Erik Simander/TT SWEDEN OUT

(…) ça ne durait jamais longtemps, à cause de cette manière de faire qu’ont tous les politiques, de venir en plein jour entre deux rendez-vous, et ne voulant rien d’autre qu’assouvir au plus vite ce désir masculin si maladif et si urgent à la fois.
(p. 84)

Tanguy Viel a délaissé pour ce huis clos (avec un quatuor fatal) la narration en « je » pour parler à travers un « narrateur extérieur »

Il a une écriture à lui, jamais lourde, usant aussi bien de mots « simples » que des mots plus érudits, souvent par petites touches, laissant apparaitre les blancs, les silences, les non-dits ou résumant en quelques mots des années de souffrances…..

« Il a hésité à lui dire d’aller se faire foutre, qu’il n’avait rien à lui dire et ce genre de choses, mais toutes ces années en vérité avaient édulcoré sa colère, de sorte que là, le visage tendu vers l’avant pour ne pas la regarder dans les yeux, il essayait de convoquer une rage qui le fuyait. Non, elle n’était plus la reine maléfique qui l’avait attiré au fond de la nuit, plutôt une pauvre femme qui s’était approchée de sa voiture avec un drapeau blanc, et presque une sœur de douleur, a-t-il senti. Alors quand elle a dit: Salut Max, ça fait longtemps, avec cette voix de grosse fumeuse qui en seulement cinq ans s’était largement éraillée, il a tourné la tête vers elle et il a marmonnée: Salut, sachant que dans ce seul mot, dans la seule fonction phatique du mot, il soldait beaucoup de comptes… » (p. 89/90)

Je trouve par ailleurs, que sa description du combat de boxe de Max est d’une maitrise exceptionnelle.

Dans toutes les histoires il y a cela, un passé minéral qui sert de socle à tous, du genre qui dans les livres se rédige au plus-que-parfait, paysage de ruine qu’on trouve en arrière-plan sur certains vieux tableaux.
(p.52)

Un bon petit livre, maîtrisé de bout en bout avec une fin attendue et toutefois trop rapide presque lapidaire.

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Illusions Perdues

Un journal n’est plus fait pour éclairer, mais pour flatter les opinions

Vous avez (certainement) déjà lu dans mes bafouilles que je pense qu’un film dans lequel on entend du Bach ne peut pas être mauvais.

J’élargis cette opinion en rajoutant qu’un film qui fait de la place à la musique de Rameau ne peut pas être mauvais. Cette ritournelle est cinématographique et emporte tout (quand de plus les images s’y collent)

Je dois dire d’emblée que je n’ai pas (encore) eu la chance de lire le roman de Balzac qui a servi de base à ce film de Xavier Giannoli que j’hésitas voir dans un premier temps (craignant une sorte de production boursouflé à la française. Ce sont les critiques de Newstrum et du Tour d’écran (deux articles absolument à lire et bien complémentaires/ Par ailleurs du côté de Newtrum particulièrement informatif sur les choix de Giannoli (et son co-scénariste Jacques Fieschi) – informations qui m’incitent absolument de lire le livre (quand ma PAL sera un peu plus réduite)

France – Belgique – 1h29 – sortie: 20 octobre 2021 – Réalisateur-scénariste: Xavier GIANNOLI – D’après l’oeuvre éponyme de Honoré de Balzac – LEGENDE PHOTO: Benjamin VOISIN: Lucien de Rubempré-

Quelles forces et énergies narratives, quel mouvement qui emporte le spectateur dans cette histoire spectacle (spectaculaire tout en ménageant des zones d’intimité) couplée à un toboggan émotionnel d’une ascension et chute. Les 2h20 que dure le film sont presque trop courtes, passent en éclair, accompagné par une Bande Originale qui est vraiment originale (anachronique – avec les versions Vivaldi de chez Max Richter, Débussy, Schubert, Strauss, Purcell et j’en passe.

Acteurs/actrices au top (Cecile de France dans un rôle qui rappelle « Mademoiselle Jonquière« . Peut-être une mention spéciale à Xavier Dolan qui a perdu son accent canadien et apporte une bien belle ambiguïté – mais finalement il faudrait les citer quasiment tous.

La voix off du narrateur (si j’ai bien compris absent dans le roman) fait bien avancer l’intrigue, accompagne à merveille, nous prend par la main. Les presque 20 millions d’Euros que la production du film a couté sont investis dans une belle reconstitution de la période des années 1820 (costumes, décors) , sa foultitude d’acteurs pour une récit foisonnant sans nous perdre un instant..

De plus on assiste – certes en mode certainement accéléré par rapport au livres – à la naissance des conglomérats Finance-Presse-Pub avec de belles trouvailles dans les dialogues pour nous renvoyer à la figure l’état fragile de la « liberté de la presse » (j’ai dû rire quand un personnage dit : »un jour il y aura un financier qui entrera dans l’hémisphère »).

Benjamin Voisin

Je ne crois pas avoir vu Benjamin Voisin avant – mais je vais le garder à l’œil. Il joue parfaitement le garçon (écrivain-journaliste) sans le sous et peu au courant des mœurs parisiens de l’époque à la rechercha de son « particule » (Lucien de Rubempré » (du côte de sa mère) prêt à toutes les compromissions (dans les « lupanars de la pensée »).

Film absolument à voir.

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2 P – Paris & Pause

Avant de faire une pause d’au moins une semaine (mon déménagement est proche) – et je n’ai pas eu le temps pour écrire ni une entrée pour « Serre moi-fort » (Almaric) ni sur le dernier livre impressionnant de Yves Tanguy (« La fille qu’on appelle ») je vous propose juste une petite ballade parisienne.

Je suis « monté » à Paris pour une journée et demie (le Jury du Prix François-Callé a voté pour le/la lauréat(-e) 2021 qui sera communiqué(e) le 26 novembre – 5 membres en présentiel (enfin, et quelle joie !! sur Paris et les autres en « remote »). Je ne dirai seulement que les débats étaient passionnés.

J’avais envie de voir une exposition – et vu que c’était Mardi (donc pas mal de fermetures) j’optais pour l’exposition rétrospective du peintre russe Ilya Répine (mais comme un bon provincial j’ai oublié de réserver des entrées – et me trouvais devant un écriteau « Complet pour la journée ».) Restait juste une petit tour à faire dans les salles du Petit Palais pour voir s’il y avait de nouveaux accrochages (depuis ma dernière visite) et de « jeter un coup d’œil » sur les installations de Othoniel

Je n’étais pas particulièrement emballé mais c’était peut-être aussi à cause de la déception toute relative de ne pas voir les tableaux de Repine.

J’ai eu l’impression de ne jamais avoir vu ce tableau de Léon François Comerre (Bicyclette au Vésinet) – 1903, mais probablement je n’ai pas bien fait attention dans le passé pour être captivé par le regard de cette fille.

Parlant de regard – en faisant en guise de remplacement de Répine un tour dans les galeries de l’avenu Matignon – un tableau a capté mon regard

Je ne suis pas entré dans la galerie pour connaitre le nom (ni de l’artiste ni de son modèle).

Une belle série de Combas (2021) dans la Galerie Laurent Strouk (jusqu’au 23 octobre 2021).

Le plus intéressant cependant c’était dans la Galerie Mariane Ibrahim.

Il y avait une exposition sous le titre de « J’ai deux amours »==> ’Afrique et sa diaspora (du 18 septembre au 13 octobre 2021).

Le catalogue de l’exposition dit : ….la raison d’être de l’exposition est de “ne pas parler simplement de la multiplicité des cultures et des nationalités, mais aussi de la temporalité des identités et des significations qu’elles portent avec elles”. Le titre rend hommage à la chanson emblématique de Joséphine Baker “J’ai deux amours “, (…Mon pays et Paris) et fait écho à la vision de la galerie tout en célébrant les artistes représentés, chacun issu de cultures et de pays multiples.

Mwangi Hutter Of space that cannot be tainted 2021

Plusieurs artistes – je n’ai pas pris de photos de tous (ayant le catalogue sous le bras + et vous pouvez vous promener sur le site de la galerie pour en savoir davantage)

Et si cet A. Kiefer-là vous intéresse, préparez 700.000 €

Je ne touche donc plus à mon blog pendant presque deux semaines – pour m’installer dans mon nouveau chez moi – avant de partir une semaine en Allemagne, voir ma mère & frères & sœurs ainsi que participer au rdv annuel du Réseau des traducteurs franco-allemands (RFA) à Cologne. Un automne rock’n roll.

Stay Safe !!

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Au printemps des monstres

Présentation de l’Editeur (Mialet-Barrault/Julliard)

Le 26 mai 1964, un enfant parisien sort de chez lui en courant. On retrouvera son corps le lendemain matin dans un bois de banlieue. Il s’appelait Luc. Il avait onze ans. L’affaire fait grand bruit car un corbeau qui se dit l’assassin et se fait appeler « l’Étrangleur » inonde les médias, les institutions et les parents de la victime de lettres odieuses où il donne des détails troublants sur la mort de l’enfant. Le 4 juillet, il est arrêté. C’est un jeune infirmier, Lucien Léger. Il avoue puis se rétracte un an plus tard. En 1966, il est condamné à la prison à perpétuité. Il restera incarcéré quarante et un ans, sans jamais cesser de clamer son innocence.

Je ne pouvais pas faire l’impasse du dernier livre de Philippe Jaenada, dont j’ai lu avec bcp de plaisir Spiridon Superstar, La Serpe et surtout La petite Femelle (la sortie à la TV de ce dernier avait eu des « retombées » énorme sur mon blog – plus de 300 clics en 23 heures )

Son dada ce sont les faits divers et affaires criminelles anciennes et classées – les « cold cases » –, sur lesquelles ils existent des zones d’ombre. Comme à son habitude Philippe Jaenada se jette dans des investigations d’un fouillé de ouf – plusieurs années, lisant tous les livres et/ou articles écrits sur l’affaire (heureusement il y a des archives – le seul dossier d’instruction était de 30000 pages !), marchant/conduisant sur les traces des protagonistes (mesurant le temps de parcours, vérifiant mille fois sur le terrain les énoncés dans les PV, discutant et interrogant – si encore vivant – les enquêteurs et témoins de l’époque. Et une fois réunis tous les éléments, il agence le tout dans une sorte de roman-enquête d’un minutieux qui est quasiment maladif, obsessionnelle.

Jaenada explique p.ex pourquoi Lucien Léger sourit sur cette photo

Dans quelques interviews il s’excuse de ce qu’il n’arrive pas à rendre à son éditeur des livres de 400 pages seulement. Là, on est à 749 (et en fin de course je dirai que certaines pages, aussi drôles qu’elles sont parfois, auraient pu être coupées sans enlever quoi que ce soit). [et il ne faut pas oublier qu’il fait remarquer aux lecteurs aussi qu’il à plus de 1900 pages Word de « notes » et qu’il disait aussi «Je  lui (à l’Editeur) ai dit que je ferais 1000 pages. Sinon, ça ne valait même pas la peine d’écrire le livre.» – il a donc fait un sacré élagage dans ses pages pour arriver à seulement 749 (après 4 années de travail quasi obsessionnel).

La structure des romans de Jaenada (qui excelle dans les parenthèses et digressions) suit toujours le même chemin :

« Je suis coincé. Le déconfinement est prévu pour le 11 mai, dans quatre jours, mais je ne sais pas quand rouvrira la salle de lecture des Archives Nationales. Je viens d’aller voir sur le site, on indique seulement qu’elle est « fermée jusqu’à nouvel ordre ». Par ailleurs, on n’aura pas le droit de se déplacer à plus de cent kilomètres de son domicile. Or je dois me rendre dans le Beaujolais : de chez moi, à vol d’oiseau, 359 kilomètres. coincé. L’avantage, dans un livre, c’est que ça ne se voit pas : je peux passer un mois sans écrire une ligne, un mot, personne ne se rendra compte de rien. il faut donc que je fasse comme si de rien n’était (c’est souvent une bonne méthode) et tout ira bien. »

Exposé de l’affaire en suivant les articles de journaux (et des médias) de l’époque, des « communications » entendu à l’époque. Passage sous le microscope des personnages clé, déterrement des incongruités, mensonges – c’est son contre-enquête minutieuse – et ensuite la présentation des alternatives, des manquements, des oublis et erreurs de la justice, démontage des témoignages, et même « sauvetage » théorique de certains acteurs.

Ainsi Solange sera présentée sous un autre jour réhabilitant.

Ce que je trouvais drôle ce week-end (par ailleurs l’avant-dernier week-end Grenoblois pour moi) c’était de lire dans Le Monde daté du 8.10 que Modiano « surgit » de plus en plus souvent dans des romans (on cite FH Désirable, Betty Duhamel et Christophe Jamin – mais on aurait pu citer aussi Jaenada. Dans cet opus Modiano (père et fils) se promènent en long et en large…..

Cette fois-ci je ne partage pas complètement l’obsession pour la mise en lumière du moindre détail et sors un peu soûlé de la lecture et aspire à des pages plus sobres.

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Stillwater

Ce n’est pas un film pub pour Contrex mais un film de Tom McCarthy (« Spotliight ») avec Matt Damon et Camille Cotin

Bill Baker, un foreur de pétrole originaire de l’Oklahoma se rend à Marseille pour y retrouver sa fille emprisonnée, accusée d’un meurtre qu’elle jure ne pas avoir commis.

Film relativement intéressant et plutôt une belle surprise.

Après une journée dominicale pluvieuse que j’ai passé en faisant des cartons et du tri (kesk’on peut ramasser des choses au cours de quelques années !!) j’ai passé un très bon moment avec Matt et Camille. Pourtant un œil objectivement ciné-critique aurait des choses à dire sur ce combat du brave homme d’Oklahoma (ouvrier « inculte », mangeur de fast-food) pour prouver la (supposée) innocence de sa fille (incarcérée aux Baumettes/Marseille pour meurtre) avec l’aide d’abord refusée, ensuite bienvenue de Camille Cottin – qui joue une actrice (de théâtre et bientôt de série TV) qui élève seule sa fille.

L’aspect souvent drôle (la salle a bien réagi) et/ou intéressant c’est la barrière de langue (Camille parle anglais, lui pas de français, et les autres français ne maitrisent pas non plus la langue anglaise) – et donc le choc des cultures. Imaginez le bonhomme cherchant (seul, brandissant une photo et ne parlant qu’anglais) dans une cité malfamée un jeune garçon voyou, issus de l’immigration…

Le choix de ne pas nous montrer Marseille du côté dépliant touristique (il y aura juste deux mini excursions dans la Calanque la plus proche – et on ne voit « même pas » le MUCEM, mais par contre une sortie au stade vélodrome), de nous offrir parfois des dialogues avec les Marseillais bien sentis s’avère bien, même si le côté « stubborn » (tête de mule) de Matt (il s’appelle Bill) a un côté trop stéréotypé.

Et l’introduction (et la fin) du film côté US (pas très folichon socialement parlant) permettant à McCarthy (« Spotlight« ) de faire des rapprochements entre américains/mexicains & « Français »/gens issus de l’immigration plombent à mon avis un peu (sans pourtant freiner mon plaisir de regarder Matt évoluer dans cette zone sauvage qu’est la France pour lui (sans nous offrir un vrai regard critique politico-socale).

J’ai été bluffé par la « luminosité » de Camille Cottin – et c’est peut-être elle qui m’a rendu aveugle pour ne pas voir que McCarthy n’a pas réussi à choisir entre thriller/étude sociale/histoire d’amour (d’un père pour sa fille/d’un homme pour la fille d’une autre/d’un homme américain pour une Française)). Pendant 2h30 j’ai oublié mes cartons – le but visé était donc parfaitement atteint.

Et c’est une des dernières fois que je peux aller au ciné à pied (bientôt il me faudra la voiture (ou le bus si je suis en mode écolo).

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