Impressions bruxelloises – UETF

Une fois n’est pas coutume, voici un petit retour sur trois jours sous le signe de la traduction, qui s’avère être un peu plus que lutter contre des moulins (à paroles).

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J’ai eu, une nouvelle fois, le plaisir de participer à la 9e Université d’été de la Traduction…. Cet événement organisé avec la Société Française des Traducteurs SFT a lieu tous les 2 ans (lieux au début à La Rochelle et à la Baule et depuis à Paris, Luxembourg et Bruxelles). Les années « impaires »  un événement comparable est organisé par l’association suisse des traducteurs (ASSTI) dans la belle ville de Spiez.

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Cette année donc c’était à Bruxelles dans le tout nouvel auditorium de la BNP Paribas Fortis. On était une petite centaine de traducteurs (freelancer, salariés, étudiants et/ou représentants d’agences de traduction). 2018 a été placé notamment sous le signe du Brexit (2 interventions),

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la fraude fiscale (TVA), la gouvernance d’entreprise, des sujets de comptabilité et de réglementation, des news du front boursier, de l’assurance-crédit, ainsi que de deux « traduels » etc…

Ce que j’aime (j’ai aimé) dans ces trois jours :

  • ce sont toujours des spécialistes (de la finance* ou de peers) qui animent les présentations;
  • les discussions et échanges avec les autres participants (je peux dire qu’on est devenu au cours des années une sorte de famille) – et je peux/dois avouer qu’une part de mon CA – notamment ces dernières années – a été généré grâce au réseautage (et pourtant, je ne suis pas pro-actif) et j’arrive à mieux mener à bien bon nombre de projets en adoptant les idées/approches de quelques’uns de mes collègues – dans un marché de niche fort exigeant (ce qui permet de jouer la carte du « premium »/haut de gamme…). Enfin, je peux également être une sorte de courroie de transmission (càd donner des conseils/recommandations à des jeunes traducteurs/-trices (j’ai dû sourire quand j’ai entendu de la bouche de S. Reynolds dans son excellent présentation « SILO hopping – Breaking down barriers to communication » parfois quasiment mot-par-mot les conseils que j’avais donné à une jeune traductrice…
  • Et cette année, j’ai adoré les traduels – un grand moment puisque deux traducteurs préparent la traduction d’un texte (envoyé par ailleurs à tous les participants par avance). Leurs traductions (phrase par phrase) sont confrontées à l’écran, mode ppt, et commentées, débattues, critiquées (ça rarement !!) par le public…. Un moment phare pour entrer dans la tête d’un traducteur, de suivre le cheminement, les/la logique(-s) qui l’anime…

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Les trois jours étaient également l’occasion de dîner avec des amis-collègues. Certes nous avons déjà très bien déjeuné ( le traiteur HE – Huitrière & Eole nous a proposé les deux jours durant en buffet déjeunatoire avec des plats, salades et desserts de très, très bonne facture (rare pour des événements de ce type – merci aux organisateurs), mais il fallait quand-même se restaurer le soir…. non ?!

Ainsi La Manufacture ! Recommandé par D.J. j’y suis allé avec une collègue pour fêter notre collaboration depuis quelques années… Très bon menu, bons vins — une adresse à retenir.

Ou aussi Le Lion d’Or – ou nous avons dîné en groupe – par rapport à la Manufacture, c’est moyen, mais la bonne ambiance et le jardin a pcompensé.

Et le dernier soir Dîner de Gala (c’est le terme que nous employons mais point besoin de smoking) dans le Musée Autoworld (avec une collection d’automobiles impressionnante)

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Mes nuits je les ai passées à l’hôtel  Motel One de Bruxelles, lieu cosmopolite, plutôt avec un jeune public. Je l’avais apprécié il y a 4 ans pour son bon rapport qualité-prix, et y retournerait bien une autre fois. Pour la prochaine rencontre du réseau des traducteurs franco-allemands (à Vienne – Autriche – cet octobre – il n’y a déjà plus de place à Vienne dans cette chaîne).

Avant de partir vendredi direction Düsseldorf (91 ans de ma mère) j’ai encore fait un petit tour de piste dans la ville.

Un grand merci à Dominique Jonkers et Chris Durban pour l’organisation de cet événement.

 

 

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Olga

Lu le dernier-né de Bernhard Schlink (paru en Allemagne ce printemps 2018 – la traduction en français est certainement en cours)

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Nous nous trouvons dans un village de Poméranie à la fin du 19ème siècle. Olga est orpheline, Herbert le fils d’un riche propriétaire. Ils tombent amoureux et formeront contre vent et marée (notamment contre la résistance des parents et de la sœur de Herbert)  un couple. Un couple qui cependant ne se voit pas bcp : Olga devient enseignante et Herbert sera souvent absent (soit en guerre contre les Hereros –  dans l’actuelle Namibie – soit dans d’autres pays….)

 

 

 

avant de repartir pour une expédition dans l’Arctique (de laquelle il ne reviendra plus – Schlink a pris, parait-il comme « source » le chercheur allemand Herbert Schröder-Stranz (« la plus grande catastrophe de la recherche polaire allemande – 1912/1913)

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Olga qui, dans son petit village, avait préparé seule (sans avoir l’argent pour aller dans une école préparatoire) le concours des instits, va perdre dans les années 30 l’ouïe (mais avec son énergie et envie d’avancer, elle apprendra toutefois la langue des signes – et la lecture sur les lèvres et deviendra ensuite couturière se déplaçant chez les gens (profession qui, après avoir connu une sorte d’apogée dans la période d’après-guerre, perdra de son aura).

 

 

 

Structure intelligente (trois parties : 1. la description de la vie d’Olga et de la naissance de son amour pour Herbert 2. la vie d’Olga vue par un homme (Ferdinand « un garçon bien gentil qu’elle aime bien mais qui est un peu ennuyant » (p.309) 3. les lettres qu’Olga a adressées à Herbert  (1913 – 1916 « poste restante » en arctique, 1936 et 1956 et 1971) – puisqu’elle a écrit des lettres même sachant/sentant qu’Herbert était mort…

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Le style et la langue sont, comme toujours chez Schlink, d’apparence simple (un peu maniérée/démodée dans certaines expressions (Schlink est né en 1944) ) mais d’une belle efficacité et exactitude (rectilignement cohérente/droit au but, avec de rares envolées lyriques – face à la nature notamment – le traducteur aura fort à faire !). Parfois le récit avance à pas comptés, parfois en vitesse grand V, accéléré (les années vues comme en mode « high speed »)…

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J’insère dans mon texte ce tableau de Manet – il y est évoqué (au moins 4 fois) – métaphore du savoir (plus grand d’Olga – ouverte à tout) et de la conscience politique (la surdité d’Olga « tombe bien » – elle n’entendra plus  les discours de Goebbels et Hitler…)

La traduction en français nécessitera peut-être pas mal de notes de bas de page (sur les Herreros /Namibie p.ex., ou sur qqs hommes/figures politiques, partis…. qui n’évoqueront rien au public français (lambda)…

Pour finir encore une photo d’une statue de Otto von Bismarck.

Selon Olga la « folie » des allemands de tout vouloir voir/rêver « très/trop grand » pour eux est né sur le terrain de la philosophie /politique de Bismarck (le premier unificateur d’Allemagne – formation de l’Empire allemand après la guerre 1871 avec la France)

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C’est une lecture facile sur une époque d’avant-internet qui devra plaire, même en France, tant la personne d’Olga est une femme à caractère fort et tant Schlink ménage, comme souvent dans ses livres, de petites surprises scénaristiques qui vous donnent presque envie de relire qqs paragraphes du début… Toutefois, il faut encore attendre la sortie de la version française…

 

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Woman at war

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Le film « feel-good » islandais de Benedikt Elingson qui réchauffe les cœurs dans les salles de ciné surclimatisées.

Je cite Cahiers du Cinéma (n° 746) : …ce film est « successivement  – et parfois en même temps – un thriller d’action, un mélo larmoyant, un apologue environnemental, un film de traque, une comédie de la gémellité et un manuel d’agit-prop... »

Et T. Méranger des CdC n’a pas tort, on en a pour son argent dans ce film qui a de plus la bonne idée de nous emmener dans des paysages splendides (quand est-ce que j’y vais?).

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Halla, une femme d’une bonne quarantaine (Halldora Geirhardsdottir crève l’écran), vivant seule, chef de chœur et en instance d’adoption d’une fille ukrainienne, sabote en bonne activiste écolo solo avec son arc, ses flèches et un culot monstre et un peu plus tard avec un paquet de semtex….des installations électriques en Island afin de pénaliser l’industrie de l’aluminium (et notamment prévenir l’investissement d’une société chinoise (polluante) sur les terres islandaises… Autour de cette femme (lumineuse) gravitent encore une sœur jumelle et un « cousin présumé » (on reconnait les situations un peu drôlement absurdes et excentriques d’autres films de ces contrées (par ailleurs pour moi un léger parfum du film de Solveig Anspach (« Effet aquatique« ) 2 ans déjà…)

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Un film qui lutte sur plusieurs fronts (adoption par des femmes seules, lutte d’une écologiste contre l’exploitation des ressources naturelles – ce qui nous permet de réfléchir sur les moyens dont nous disposons pour « lutter » et/ou améliorer la vie (vaut-il mieux être activiste ou yogi qui commence l’amélioration par soi…?) , de plus, il met – une sorte de « running-gag » les doigts sur le délit de faciès…), …

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C’est livré dans un bel emballage (belle photo, lisse… – il y’en a qui disent « on dirait un tract de luxe pour public conquis d’avance » ) mais offre de dizaines de portes-d’entrées pour des micro-fictions et grandes soirées débats… ce qui est suffisamment rare pour ne pas être souligné.

S’ajoute à cela une belle bande originale* – elle nous est livré en « 3-D », puisqu’elle est « visible » comme parfois chez Kustorica …. – les aventures de Halla sont accompagnées par un trio de musiciens et/ou un trio de chanteuses ukrainiennes (qui apparaissent toujours comme par enchantement – et ne sont visibles qu’au spectateurs (et un peu pas Halla?) … ce qui crée une sorte de distanciation (ce qui peut pour certains être légèrement déstabilisant (il faut se laisser aller) et cette musique est un formidable soubassement pour un beau petit film qui vient du froid mais nous réchauffe.

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Autour de la B.O. (https://www.cinezik.org/critiques/affcritique.php?titre=woman-at-war) :

La musique était présente dès la première vision qui m’a conduit au film. Tandis que je rêvassais laissant mon esprit vagabonder et inventer les images de mon prochain film, j’ai vu une femme qui descendait une rue déserte en courant. Il pleuvait, elle se dirigeait droit vers moi et s’est arrêtée, ruisselante tout près. En regardant plus attentivement, j’ai vu qu’elle était suivie par un groupe de trois musiciens qui jouait juste derrière elle. Ils jouaient pour elle, seulement, pas du tout pour moi. J’ai tendu l’oreille, jusqu’à pouvoir entendre ce qu’ils jouaient, c’était la bande son de la vie de cette femme.

Nous avons commencé à travailler sur la musique très tôt, nous devions trouver précisément ce que représenterait le groupe de musiciens dans le film. Tandis que nous suivions cette voie, cette autre musique revenait sans cesse, insistante.
C’est devenu les trois voix de femmes ukrainiennes qui constituent le chœur d’Halla. Avec la musique, je voulais comme nous le disons en Islande, « garder la ceinture et les bretelles » pour être certain d’être flexible et ne pas me retrouver bloqué au moment du montage. À cette fin, nous avons fait des enregistrements de tous les morceaux puis nous avons fait des essais de prise de vue pour toutes les séquence avec les musiciens et les chanteurs. Notre but était de faire le plus possible d’enregistrements en direct lors des prises de vue. C’était un défi pour tous, pas seulement les musiciens mais aussi le chef décorateur, le directeur de la photographie et tous les techniciens son. Nous nous sommes assurés d’avoir le plus d’éléments possibles : les enregistrements studio, les enregistrements faits lors des prises de vue sur le tournage, et aussi d’autres enregistrements hors prises de vue, et nous avons finalement travaillé avec tout ce matériau. Davíð Þór Jónsson, le compositeur de la musique du film, avait collaboré avec moi principalement au théâtre, et avait composé la musique de DES CHEVAUX ET DES HOMMES. Omar et Magnús, deux des membres du groupe de musiciens, sont de vieux amis de Davíð qui ont un groupe de musique avec Óskar, le frère d‘Ómar. Le groupe s’appelle ADHD, et sa musique est complètement différente de celle du groupe du film.

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Cinéma estival

 

« La journée du soldat » devient « La guerre des cartels » …

Le film débute avec des attaques de « Human Bombs » (notamment dans un Centre Commercial) et le Ministère d’Intérieur pense que ce sont les cartels mexicains – c’est eux, dans les régions frontalières des Etats-Unis avec le Mexique, font régner la terreur – qui auraient leurs mains dans le jeu, le traffic humain s’avérant plus rémunérateur que celui de la drogue. L’agent fédéral Matt Graver (Josh Brolin) va être chargé de semer la zizanie entre les divers cartels (pour déclencher une guerre entre les divers cartels…). Il demandera aide (comme dans le premier « Sicario » (de Denis Villeneuve – vu récemment à la TV – et d’une efficacité redoutable, même si certains aspects peuvent heurter) à Alejandro (Benicio del Toro !!). Quoi de mieux pour semer la zizanie que d’enlever la fille d’un baron d’un cartel, Isabela Reyes, …

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Matt (Josh Brolin)

Toutefois, pas si simple dans un pays gangrené par la corruption, tout va se dérégler ou plutôt dégénérer… (certains schémas narratifs sont empruntés au 1er Sicario…) … ce qui amènera les supérieurs hiérarchiques à décider une sorte de retrait avec la demande de bien vouloir se  débarrasser (définitivement !) aussi bien de la fille (devenue un risque potentiel…. ..) que d’Alejandro devenu un poids (qui sait trop) aussi…

« Belle » suite , un zeste plus violent et noir (il y aura notamment davantage de morts et d’échanges de tirs tous azimut) et surtout sans l’appui « morale » (douteux et politique) qu’apportait dans le premier « Sicario » le personnage de la femme du FBI (Kate).

Benicio Del Toro crève absolument l’écran et il laissera après quelques rebondissements entrevoir un 3e Sicario ….Stefano Sollima nous surprend avec sa capacité de se glisser parfaitement dans la noirceur désespérée (et désespérante) du 1er de la « série » et nous offre un film de bonne facture (mais plus vain encore que le 1er)

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Alejandro (Benicio Del Toro) im Kampf gegen die mexikanischen Drogenkartelle

…. âmes sensibles s’abstenir, les autres : cela se laisse regarder si on ne se pose pas trop de question sur la culture de la violence (gratuite).

La désobeissance

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Une (très) belle surprise (vu(e) avec 4 femmes !)

Rosit a  depuis longtemps déjà quitté la communauté juive (orthodoxe) dans laquelle elle a grandi à Londres et vit désormais à New York. Esti et Dovid, ses deux amis d’enfance, (on apprendra que Rosit et Esti avaient une relation lesbienne) se sont mariés pendant son absence (elle n’avait jamais donné signe de vie). Rosit revient à Londres à la mort de son père. Le mariage avec Dovid (rabbin comme le père de Rosit)

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n’a pas fait oublier à Esti l’attirance qu’elle éprouve(-ait) pour Ronit et les deux femmes ne tardent pas à se rapprocher de nouveau, avec les conséquences que le regard de cette communauté  rigide laisse supposer/entrevoir.

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Intrigue classique donc mais rendue avec une subtilité assez remarquable par Sebastian Lelia.

Ce qui est fort c’est qu’il montre la communauté juive, ses rites et obligations sans jamais les critiquer ou mettre au pilori (on aurait pu remplacer les juifs orthodoxes sans problème par des catho’ intégristes ou de rigoureux musulmans. Rachel Weisz et Rachel McAdams (avec ou sans perruque) sont sublimes, sensuelles.

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La douleur de Alessandro Nivola, le mari « délaissé », ses émotions contradictoires touchent.

Le film avance par petites touches, d’aucuns diraient que « c’est lent » et un peu « déjà vu » mais grâce aux actrices et aux question(nement)s que le film et ses propos suscitent, les scènes vous prennent (parfois) à la gorge, même si la fin est un peu « trop open ». Toutefois, le film nous a cependant fait parler pas mal après la vision.

 

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Une vie (entière)

Merci à B. et la Bibliothèque Internationale de Grenoble et leur documents, DVD etc… en 7 langues… Grâce au bons conseils j’ai découvert une oeuvre sensible écrite en allemand  (la traduction de Élisabeth Landes est parue chez Sabine Wespieser en octobre 2015 :

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Pour moi c’est « Une vie » ( ou L’Humble Vérité de Maupassant) en mode masculine… Par ailleurs, il m’est difficile de résumer ce livre tant il raconte simplement une vie (extra-)ordinaire d’un montagnard autrichien né quelque part dans la 1ere partie du 20e siècle.

Présentation de l’Editeur français :

Bien souvent dans le restant de sa vie, Andréas Egger repensera à ce matin de février dix-neuf cent trente-trois où il a découvert le chevrier Jean des Cornes agonisant sur sa paillasse. Dans une hotte arrimée à son dos, il l’a porté au village, sur un sentier de montagne de plus de trois kilomètres enfoui sous la neige. Pour se remettre d’aplomb après cette course hallucinée, il fait halte à l’auberge : quand le corsage de Marie, la jeune femme qui lui sert son schnaps, effleure son bras, une petite douleur l’envahit tout entier.
Andréas Egger a déjà trente-cinq ans alors, et il a construit sa vie tout seul : orphelin, il a été recueilli à quatre ans par une brute dont les coups l’ont rendu boiteux. Malgré cela, comme il le dit à Marie au moment de lui demander sa main : un homme doit «élever son regard, pour voir plus loin que son petit bout de terre, le plus loin possible.»
Aussi prend-il part à l’aventure des téléphériques, qui vont ouvrir sa vallée à la modernité, avant d’être envoyé sur le front de l’Est, dans les montagnes du Caucase. A son retour, «le maire n’est plus nazi, à la place des croix gammées les géraniums ornent de nouveau les fenêtres des maisons», et les étables vidées de leurs bêtes abritent les skis des touristes.
Pris par la force visuelle de certaines scènes – la déclaration d’amour à Marie est un morceau d’anthologie -, et par une langue sobre et rythmée où chaque mot est pesé, on ne lâche pas ce saisissant portrait d’un homme ordinaire, devenu bouleversant parce qu’il ne se donne d’autre choix que d’avancer.

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Robert Seethaler nous propose le récit très bien documenté de la vie (entière) d’un simple homme montagnard qui ne sortira de sa vallée seulement pour se retrouver dans le Caucasus (pour combattre les russes) et rentrera 8 ans après la fin de la guerre (après avoir survécu les camps en Russie…) … Homme à tout faire, il vit de petits boulots, travaillera plus tard pour un société qui construit des remontée mécanique et autres téléphériques qui changeront à jamais les paysages paisibles (et sauvages) des alpes autrichiennes.

Le lecteur (re-)vit ainsi aussi le changement d’un paysage – non seulement intérieur) mais aussi extérieur, géographique…

« La population du village avait triplé depuis la guerre et kle nombre de lits presque décuplé, ce qui amena la commune à entreprendre, outre la construction d’un centre de vacances avec piscine couverte et jardin thermal... » (p. 130) …. » …il voyait briller par intermittence les voitures de ceux qui travaillaient à l’extérieur, faute d’avoir, pour quelque raison, trouvé un emploi dans le tourisme, et s’insinuaient chaque matin dans la file pour être à l’heure à leur travail au-delà de la vallée. Egger se plut à regarder cette chaîne bariolée qui serpentait sur ce petit tronçon, avant de s’estomper et de disparaître dans la clarté brumeuse…. » (p. 141)

La mort s’insinue sur plusieurs pages, sous couvert de la pureté dure de la neige, ou provoquée par une avalanche…

Les images sont fortes, très cinématographique parfois et incrustées dans une langue d’apparence simple mais teintée de poésie (brut et allant à l’essentiel)

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 » On peut acheter ses heures à un homme, on peut lui piquer ses journées ou lui voler toute sa vie. Mais personne ne peut prendre à un homme ne serait-ce qu’un seul de ses instants. « 

145 pages (version frç poche) qui se lisent facilement, une bouteille d’oxygène

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Eureka Street – Belfast, mon amour

« ‘All stories are love stories » – Toutes les histoires sont des histoires d’amour.

(c’est la première phrase de ce très beau roman)

Présentation de l’Éditeur :

Dans un Belfast livré aux menaces terroristes, les habitants d’Eureka Street tentent de vivre vaille que vaille. Chuckie le gros protestant multiplie les combines pour faire fortune, tandis que Jake le catho, ancien dur au cœur d’artichaut, cumule les ruptures. Autour d’eux, la vie de quartier perdure, chacun se battant pour avancer sans jamais oublier la fraternité.

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Ce « résumé » ne rend pas justice à ce roman foisonnant. Certes, nous sommes à Belfast des années 90 finissant, l’IRA va bientôt arrêter ses « hostilités », les investisseurs sont sur le point de s’intéresser à ce pays, mais ce n’est qu’un (petit) aperçu de ce qu’attend le lecteur.

Mêlant la grande et la petite histoire, Robert Mc Liam Wilson nous offre une panoplie de personnages hauts en couleurs : Chuckie, d’apparence peu simplet mais mu par une volonté d’enfer et plein de surprises ; Jake (le narrateur principal) un mec sensible et intelligent, mais accumulant des échecs avec la gente féminine….; Peggy, la mère de Chuckie, qui se révélera surprenante à tous égards… et pleins d’autres…

Le livre est fait de tranches de vie, décrit Belfast et l’Irlande, rajoute parfois un peu ou s’égare dans une avalanche de situations comico-surréalistes ou fantaisistes (parfois des événements peu crédibles….mais on se laisse emporter par un charme absolu. Parce que le récit est mené tambour battant, passe de la 1ere (Jake) à la 3e personne sans crier gare, nous fait une description époustouflante/virtuose (?) d’un attentat (chapitre 11 p. 303…) .

En fait ce qui est étonnant dans cette lecture c’est qu’en décrivant la vie de tous les jours dans laquelle s’immisce le terrorisme et une guerre (de plus de vingt ans) qui nous parait (aujourd’hui) (presque) incompréhensible…

« Trois mille personnes étaient mortes, plusieurs milliers d’autres avaient été battues, blessées ou amputées, et nous avions tous connu une trouille bleue pendant presque tout ce temps-là. A quoi cela avait-il servi ? Qu’avait-on ainsi accompli ? »

Hymne à Belfast aussi :

« Mais la nuit, de maintes manières, simples ou complexes, la ville est la preuve d’un Dieu. Belfast donne souvent l’impression d’être le ventre de l’univers. C’est un décor souvent filmé, rarement vu. Dans chaque rue, Hope, Chapel, Chichester et Chief, grouillent les signes émouvants de milliers de morts qui les ont arpentées. Ils laissent leur odeur vivace sur le trottoir, sur les briques et les seuils et dans les jardins. Les natifs de cette ville vivent dans un monde brisé- brisé mais beau.  »

La musique qu’un des personnages écoute en boucle quand il n’est pas « en forme » :

Bel article sur le roman :

http://www.lacauselitteraire.fr/sur-eureka-street-de-robert-mcliam-wilson Didier Smal

Une belle lecture – la traduction de Brice Matthieussent est excellente ! Je me suis demandé pourquoi je l’avais « raté » à sa sortie…. Merci à F.V. qui me l’a prêté…..

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Le Tabor de la Matheysine (2389m)

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Une sortie dominicale – Avec des amis (qui ont une maison de campagne pas loin de l’ancienne station de Saint-Honoré 1500 (un de ses exemples fantomatique d’accident immobilier en moyenne montagne) –

https://www.isere-rando.com/topos/tabor-depuis-st-honore/

Montée par le chemin qui mène au lac de Charvet….. bifurcation à mi-chemin environ … on a une très belle vue sur les lacs de Laffrey de ce côté là.

Vers 2000m un vallon situé nord nous mène à un ressaut que nous franchissons et nous permet de déboucher vers 2200m sur des pentes plus douces d’où nous avons une vue superbe (malheureusement bouchée) sur les sommets environnants. Avant d’y arriver nous croisons des moutons (sans chien, sans garde)

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Normalement on aurait dû voir du sommet du Tabor les Pérollier, Taillefer, Grand Armet, Coiro….

Que nenni tout était bouché (vers 14h) …

Mais il y avait le paysage, parfois une petite vue…

Retour ensuite par le lac de Charvet… à travers les prés et le rhododendrons… ainsi qu’un chamois qui nous a observé de loin, bien calmement assis…

Belle boucle  avec un dénivelé de 900m (juste ce qu’il fallait pour se mettre en jambe : rien fait d’excitant en matière de rando depuis le mois de février…

Un autre randonneur avait plus de chance avec la météo et la vue (très belle photos):

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