TAR

Voilà un beau film dans lequel le diable est dans les détails : ou quand 3 spectateurs (A, L et moi) n’ont pas toujours vu (ou compris) la même chose. Heureusement le spectateur peut « rattraper » (et rectifier/confirmer son impression) en lisant sur le net le script (en anglais seulement https://scripts-onscreen.com/movie/t%C3%A1r-script-links/ )….

Résumé (Allociné)

Lydia Tár, cheffe avant-gardiste d’un grand orchestre symphonique allemand, est au sommet de son art et de sa carrière. Le lancement de son livre approche et elle prépare un concerto très attendu de la célèbre Symphonie n° 5 de Gustav Mahler. Mais, en l’espace de quelques semaines, sa vie va se désagréger d’une façon singulièrement actuelle. En émerge un examen virulent des mécanismes du pouvoir, de leur impact et de leur persistance dans notre société. https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=291967.html

J’adore les films qui ne livrent pas toutes les clés (pour comprendre tout). Tar (= le nom de la cheffe d’orchestre qu’on peut aussi, comme ses détracteurs dans le film, le lire à l’envers : RAT) se trouve dans sa bulle ou plutôt en haut de sa tour d’ivoire et va après la mise en place et exergue de tous les attributs de son rôle de déesse de l’interprétation (de Mahler entre autres) vivre la descente aux enfers.

Certains, notamment après une longue « exposition » (notamment une interview et un déjeuner avec un « concurrent » au cœur desquels sont délivrés les clés de sa supériorité – et il faut avoir un peu de connaissance de la musique pour bien suivre), vont peut-être trouver le film « ennuyeux » (avant la chute de l’ange) mais moi j’étais scotché, fasciné de bout en bout. Et pas seulement à cause d’une Cate Blanchett extraordinaire.

« Le bruit […] est la plus impertinente de toutes les interruptions, car il interrompt même nos propres pensées, on peut même dire qu’il les brise »

Ce que j’ai aimé : le rapport toxique avec son assistante (Noémie Merlant – de fait une ancienne élève aspirante à un poste de chef d’orchestre – a-t-elle eu une « histoire » avec elle ou non – moi je pense que oui, d’autres non, pour dire que les indices sont rares mais existent tout en restant interprétables). Le rapport avec la 1ere violon de l’orchestre (Nina Hoss – en fait la femme de Tar – les deux ont un enfant).

Ainsi le mélange (formidable) de sujets d’actualités (metoo, wokisme…) entremêlé avec les moteurs tels que la manipulation, la jalousie, la vengeance – et quelle vengeance !) donnent un film fascinant (et je n’ai pas vu passer les 2h38 !!)

S’ajoute à cela un beau travail sur le son – Je ne parle pas seulement des moments avec l’orchestre, mais aussi du fait que Tar entend parfois des cris et/ou des chuchotements. De plus, il y a des éléments – comme dans un film de D. Lynch p.ex… – incongrus (une bête dans un sous-sol, un métronome qui commence à se mettre en route (tout seul ?), et à la sortie on hésite à pouvoir affirmer d’avoir vu de dos la jeune protégée qui se suicide…. Comme on hésite – vu que (à priori jamais) on nous le montre – de parler d’harcèlement sexuel. On s’est (presque) écharpé sur cette question lors du repas qui a suivi.

Mais, comme le montre le scenario cité en haut (dont j’ai relu certains passages) s’est écrit et monté au cordeau, une mécanique impeccable – qu’on sent plus qu’on ne la comprend toujours…. toutefois étant donné que pour moi le pouvoir des mots est immense j’ai trouvé pas mal d’indices dans le scenario qui abondent dans « mon sens » – même si les images pointent parfois dans une autre direction.

Simplement génial (mais pour public « intello » – A. dixit).

PS – Pour info (Mahler indique : Sehr langsam – très lentement – chez Karajan l’adagietto dure 12:08, chez Abbado 8:33

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Dans le rétro : 2 expositions à Paris

En décembre 2022 j’ai dû régler quelques affaires à Paris (j’ai clôturé mon activité de traducteur indépendant le 31.12.22) et j’en ai profité pour voir des expositions. J’en ai déjà parlé de celle de Sam Szafran voici encore deux autres : « Oskar Kokoschka » (Musée d’Art Moderne de Paris) – jusqu’au 12 février 2023) et « Hyperréalisme – ceci n’est pas un corps » (Musée Maillol) – jusqu’au 5 mars 2023).

Oskar Kokoschka (1886 – 1980)

Oskar Kokoschka, Self-Portrait at the Easel, 1922 

Intitulé aussi « Un fauve à Vienne » cette exposition (150 œuvres !) nous ouvre le regard sur un artiste qui a ses débuts était proche des Klimt et Schiele et qui a traversé ensuite, quasiment sans se soucier des courants d’art, le XXe siècle, sans perdre son penchant pour l’expressionisme (sauvage). Sauvage il est, porté par ses pulsions, désirs (d’autodestruction aussi) travaillant souvent avec ses doigts, le pinceau brosse (même avec le seul bois du pinceau).

Mechtild Lichnosvsky – 1916

En 1909 ses tableaux étaient encore « lisses »

Le joueur de transe (Ernst Reinhold) / Der Trancespieler (Ernst Reinhold), 1909, Huile sur toile

Pas étonnant alors que ce peintre a été bien la cible des nazis (bon nombre de ses œuvres ont été montré dans l’exposition « Entartete Kunst ».

autoportrait en artiste dégénéré (1937)

[voir aussi l’article qu’a consacré Matatoune à ce portrait _ https://vagabondageautourdesoi.com/2022/11/10/oskar-kokoschka/ ]

L’exposition est conçue pour suivre chronologiquement l’évolution de cet artiste. Les salles se succèdent (Un « enfant terrible » à Vienne – on lui avait donné le sobriquet de « Oberwildling » – le plus sauvage d’entre tous; les années de Dresde, voyages et séjour à Paris (1923 – 34), Résistance à Prague, exil en Angleterre et une dernière salle sous le titre de « un artiste européen en Suisse » – toutefois sans le tableau portait de Adenauer.)

Jamais on verra Kokoschka, fin psychologue de idéaliser un sujet, toujours à l’affût de ce que cachent les apparences, il renonce dans sa peinture à toute idéalisation, décrypte les apparences et développe une aptitude à saisir l’expression psychologique singulière de ses modèles.

Alma Mahler

Ce que je ne savais pas : il est donc né autrichien, devient citoyen tchèque avant de s’exiler à Londres ou il prendra la nationalité britannique. Et en fin de vie l’Autriche lui offre la nationalité autrichienne d’honneur……

Hyperréalisme – ceci n’est pas un corps

Cette exposition nous change complètement…. Mon amie-logeuse sur Paris (merci C.!) avait déjà vu pleine d’expositions – avec celle de Kokoschka on a pu visiter à deux.

Le courant de l’hyperréalisme est né dans les années 60 (représentation réaliste du corps – en utilisant le modelage, le moulage et de l’application de couleurs…). Dès l’entré on a l’impression d’être près d’une vraie personne (curieuse)

Daniel Firman – Caroline (2014)

Dans la section « Répliques humaines »

La salle ensuite présente des monochromes

Particulièrement saisissant les sculptures de Fabien Merelle (Merle, Mérelle, Faucon et Tourterelle – 2019 – ainsi que « Tronçonné – 2019))

Un peu plus loin une magnifique sculpture (en bronze)

La section « Morceau de corps » nous propose notamment les nageuses de la sculptrice américaine Carole A. Feuerman (une belle vidéo montre son travail)

Particulièrement épatant un portrait surdimensionné de Andy Warhol par Kazu Hiro (2013)

Dans la suite j’étais surtout « bluffé » par la juxtaposition des dessins et sculptures de Maillol face à une sculpture de John Deandrea (Ariel) – voir là aussi l’article qu’à consacré Matatoune à cette œuvre – avec des photos qui en restituent encore mieux cette « rencontre » (j’ai davantage cherché le « gag »)

Pareil ensuite dans une autre salle – face aux dessins de Maillol (sublimes) – « Pat & Veerle » du belge Jacques Verduyn (1974)

Et last but not least (j’ai moins apprécié les parties « Réalités difformes » et « Frontières mouvantes » la sculpture assez connue celle-ci de Marc Sijan (2014) « Embrace » (on devient témoin de l’étreinte d’un couple… ce qui bien entendu fait aussi qu’on s’interroge sur la frontière entre l’art, voyeurisme, création… )

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Prendre les loups pour des chiens

Roman noir de Hervé Le Corre (emprunté à la bibliothèque de Biviers). Et je continue sur mes chemins « noirs ».

Présentation de l’Editeur (Payet-Rivages)

Après avoir purgé cinq ans pour un braquage commis avec son frère Fabien, Franck sort de prison. Il est hébergé par les parents de Jessica, la compagne de Fabien. Le père maquille des voitures volées, la mère fait des ménages. Et puis il y a la petite Rachel, la fille de Jessica, qui ne mange presque rien et parle encore moins. Qu’a-t-elle vu ou entendu dans cette famille toxique où règnent la rancœur, le mensonge et le malheur ? Dans une campagne écrasée de chaleur, à la lisière d’une forêt de pins étouffante, les passions vont s’exacerber jusqu’à l’irréparable.

Hervé Le Corre a remporté tous les principaux prix de la littérature noire : le Grand Prix de Littérature Policière, le prix Mystère de la critique par deux fois, le prix du Polar européen du Point, le prix Landerneau, le prix Michel Lebrun et le Trophée 813.

C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent (Aragon)

C’est donc mon « retour » vers cet auteur, découvert en 2021 avec « Traverser la nuit« , roman qui m’avait « prévenu » ou plutôt averti avec un « attention noirceur ». En effet, ce n’est pas un roman optimiste ou réjouissant. C’est du lourd, ça écrase le lecteur, l’asphyxie quasiment, le fait japper, avec des accès de colère, de violence dans les forêts et la cambrousse des Landes sous une chape de chaleur.

L’accueil réservé à Franck par les parents de Jessica, la femme de son frère, donne le la

Quand Franck s’est présenté à eux, le père et la mère n’ont pas cherché à faire semblant. Ils le voyaient pour la première fois mais ils ne se sont forcés à aucun sourire, à aucun mot de bienvenue. Il aurait aussi bien pu venir dire bonjour comme ça en passant, comme un qu’on ne reverra pas. Ils savaient bien, pourtant, qu’il sortait de prison, qu’il était le frère de Fabien. Il allait habiter chez eux quelque temps, ils l’auraient à leur table. Ils le croiseraient à la porte des toilettes. Ils n’ont pas bougé des chaises longues dans lesquelles ils étaient installés, le chien allongé entre eux, la tête entre ses pattes, qui s’est dressé en grondant et que le père a fait se coucher d’un coup d’espadrille sur le museau. Ils ont salué Franck d’un simple « bonjour, Roland, Maryse » en lui tendant leurs mains molles et moites et en clignant des yeux parce qu’il était debout devant eux contre le ciel aveuglant, puis l’homme a affecté de reprendre sa sieste interrompue en reposant sur son ventre gonflé ses bras osseux et la femme a ramassé dans l’herbe à côté d’elle son paquet de cigarettes et s’est levée avec effort et s’en est allumé une puis est restée immobile à fumer, regardant la petite fille dans la piscine hors-sol qui se trouvait un peu plus loin.

Et quand le sexe s’y mêle (Franck va coucher avec Jessica – je dis ça et je dis rien sur ce qui va en sortir !) – ce n’est pas un bleu de 7e ciel non plus :

Offerte, écartelée, béante, abandonnée. Muette. Ou bien grognant, les dents serrées, ce qui ressemblait à du plaisir. Chien et chienne collés. Griffes et dents. Bave, fluides, sueur.

Comme Franck le lecteur va être berné, trimballé dans un maelstrom de violences, de sauts d’humeurs de Jessica, écœuré par la toxicité des parents…. il aura envie de souffler à Franck de s’en aller, de partir, de fuir ces dégénérés…et l’ambiance glauque. Je ne peux pas dire que j’ai « aimé » la lecture, j’étais juste « englué » dans ce monde poisseux, me suis dit souvent : yep, on va en faire une mini-série sur Netflix : tous les ingrédients – aussi pour les surprises scénaristiques (et les cliffhangers) sont là et ça devrait cartonner. Pas un personnage qui sauvera l’autre (sauf peut-être la petite Rachel, énigmatique et cabossée à souhait).

Lecture aussi d’un texte dont l’écriture vise surtout à créer une ambiance et de faire « monter la sauce ». Pas de recherche syntaxique ou stylistique (à un moment je me suis même dit que Hervé Le Corre abuse avec ses phrases débutant mantraesque avec un « il ») :

Il les a laissées rentrer chez elles. La folle salope et son enfant martyre, et la vieille peau de vache flétrie. Il s’est aperçu soudain qu’il n’en avait rien à foutre. Il partirait ce soir. C’était décidé. Il irait loger dans un petit hôtel pas cher non loin de Bordeaux et il verrait venir. Il expliquerait à Fabien que la situation ici n’était plus tenable, que cette maison de dingues devenait dangereuse. Un nid de crotales. Ils aviseraient à son retour quoi faire avec cette histoire de dope. Cette famille empoisonnée n’était pas la leur. Que ce Serbe et son équipe viennent les travailler en férocité, au couteau où à la flamme, tant pis pour leurs gueules. Ce n’était définitivement plus son affaire.

Un roman pour les aficionados de gouffres déshumanisés et de noirceur.

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Seules les bêtes

Enfin j’ai lu le livre (emprunté à la bibliothèque de Biviers – mais vu sa qualité je vais peut-être me l’acheter – au vu du visionnage du film que Dominique Moll a sorti en 2019, et que je n’ai toujours pas vu….)

J’ai triché un peu lors de la lecture : j’ai eu le casting du film de D. Moll devant les yeux (Denis Ménochet – Michel, Laure Calamy – Alice, Damien Bonnard – Joseph, Nadia Tereszkiewicz – Marion, Valeria Bruni Tedeschi – Evelyne…. – et je dois dire que la personne qui a fait le casting a eu une main heureuse, tout le monde colle parfaitement aux personnages décrits par Colin Niel dans son roman.

Présentation par l’Editeur (Rouergue)

Une femme a disparu. Sa voiture est retrouvée au départ d’un sentier de randonnée qui fait l’ascension vers le plateau où survivent quelques fermes habitées par des hommes seuls. Alors que les gendarmes n’ont aucune piste et que l’hiver impose sa loi, plusieurs personnes se savent pourtant liées à cette disparition. Tour à tour, elles prennent la parole et chacune a son secret, presque aussi précieux que sa propre vie. Et si le chemin qui mène à la vérité manque autant d’oxygène que les hauteurs du ciel qui ici écrase les vivants, c’est que cette histoire a commencé loin, bien loin de cette montagne sauvage où l’on est séparé de tout, sur un autre continent où les désirs d’ici battent la chamade.
Avec ce roman choral, Colin Niel orchestre un récit saisissant dans une campagne où le monde n’arrive que par rêves interposés. Sur le causse, cette immense île plate où tiennent quelques naufragés, il y a bien des endroits où dissimuler une femme, vivante ou morte, et plus d’une misère dans le cœur des hommes.

Un thriller rurale avec un zest d’Afrique et addictif. En effet, un roman chorale aussi. 5 personnes se succéderont pour nous relater leurs vies sur les Causses et autour de la disparition mystérieuse d’ Evelyne – le 19 janvier comme le relate dès la 1ere page l’assistante sociale Alice…. Tous les personnages sont liés plus ou moins directement à cette disparition. Et ce que j’ai particulièrement aimé c’est la caractérisation (par la langue, les tics, les (modes d’) expressions) de ces « narrateurs » que je me suis donc aussi imaginé, grâce notamment au casting du film de D. Moll, ce qui a rendu tout encore plus vivant.

Damien Bonnard est l’inquiétant Joseph, éleveur sur le causse Méjean, solitaire et taciturne. (Haut et Court)

Le drame est parfaitement agencé, d’une logique imparable, avec des rouages qui ne sont rendu visible qu’à compte gouttes… Ce n’est qu’au 4e narrateur (Armand – tiens « en Afrique », donc surprenant dans un 1er temps pour le lecteur) qu’on arrive à faire le puzzle complet – le dernier narrateur Michel ripoline « seulement » le tableau qui se termine amèrement.

Vraiment une belle réussite et qualitativement loin, loin au-dessus de ma lecture « erreur » de « Entre Fauves ».

« Drôle » (et triste) aussi la synchronicité : la partie en Afrique contient la description du travail d’un « brouteur » (sujet auquel les news d’Antenne 2 de dimanche soir (22.1.) ont consacré une petite séquence qui résonnait donc parfaitement avec le roman).

Je n’ai qu’à voir maintenant le film pour juger/évaluer le travail d’adaptation des mots à l’écran….curieux comme je suis pour savoir comment D. Moll a réussi à tenir le spectateur en haleine et à reproduire la critique social qui transpire dans bcp des pages du roman (ce n’est pas drôle d’être agriculteur/éleveur dans les Causses….

Une bien belle lecture !

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Le diable en personne

Emprunté à la bibliothèque de Biviers.

Roman traduit de l’américain par Anatole Pons.

Présentation de l’Editeur (Gallmeister)

En pleine forêt de Géorgie du Sud, au milieu de nulle part, Maya, dix-huit ans à peine, échappe de justesse à une sauvage tentative d’assassinat. Victime d’un vaste trafic de prostituées géré par le redoutable Mexico, elle a eu le malheur de découvrir les sombres projets d’un « client » haut placé. Son destin semblait scellé, mais c’était sans compter Leonard Moye, un type solitaire et quelque peu excentrique, qui ne tolère personne sur ses terres et prend la jeune femme sous sa protection. Une troublante amitié naît alors entre ces deux êtres rongés par la colère.

Trophée 813 du meilleur roman étranger 2018//Grand Prix du Roman Noir Étranger du festival de Beaune 2018 // Finaliste du Grand Prix de Littérature Policière 2018 //Sélection du Prix SNCF du Polar 2018

Eh ben, une lecture à cent à l’heure . J’en avais besoin. Presque dommage qu’il se lit très vite 263 p). Violences & humour mélangé, ciment pour un couple inattendu de deux personnes malmenées par la vie (Leonard, un vieux marginale et plutôt du genre misanthrope vivant comme un ermite & Maya, une jeune fille couleur cacao de 18 ans exploitée par un réseau de prostitution qui a trop entendue chez son « client » principale (un maire corrompu) et qui doit donc disparaître.

Il sait quoi, le shérif ? demanda Chalmers.
Prance éclata de rire.
– Ce vieux planteur de cacahuètes est aussi perdu qu’une bonne sœur avec un godemiché. S’il a réussi à garder son poste aussi longtemps, c’est juste qu’il connaît la Bible par cœur.

C’est invraisemblable à souhait mais drôlement bien troussé, avec des plages « douces » et ses phases hyperviolent (toutefois pas aussi « hard » que celles d’un Benjamin Whitmers).

By Hillary – 12.10.2021

Prance était un vieil inspecteur libidineux avec le cœur fragile et un problème d’alcool. Il fumait deux paquets par jour et avait la déontologie d’un urinoir dans des toilettes de femmes. L’essentiel de son revenu partait en pension alimentaire, le reste en billets de loterie. Il était connu par la plupart de ses pairs comme un parfait connard.
À part ça, c’était un bonheur de travailler avec lui.

Un zeste de nature writing (très peu), un peu de hardboiled, un chouïa de thriller, un basculement dans le roman noir avec quelques claques données à la société américaine … un joli cocktail parfaitement rendu en français.

J’ai découvert ainsi ce Peter Farris et je pense que je vais certainement lire un autre roman de lui.

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La ligne

J’avais envisagé de parler de ma dernière lecture (Le diable en personne – Peter Farris de chez Gallmeister) mais après avoir vu un très bon film le dernier week-end je préfère donner la priorité à ce film.

Ce n’est pas « La ligne rouge » (film de Terence Malick – The thin red line (- un film de guerre -) mais plutôt « La ligne » (bleue claire) réalisé par la réalisatrice franco-suisse Ursula Meier (« Home » et « L’enfant d’en haut ») et que j’ai reçu comme un uppercut.

Synopsis (Wikipedia)

Le film est « une histoire de famille construite autour d’une violence au féminin »

Margaret se dispute violemment avec sa mère, Christina. Arrêtée puis condamnée, Margaret n’a plus le droit d’être à moins de 100 mètres de sa mère. Livrée à elle-même, Margaret va tout tenter pour se faire pardonner. La « ligne » imaginaire, qui délimite les 100 mètres autour de la maison, va centraliser toutes les tensions familiales.

Dès les premières minutes le spectateur est happé par une dispute violente entre Margaret et sa mère. A l’écran : une dispute en ralenti (avec qqs petites accélérations), dans l’oreille : Nisi Dominus Cum dederit delectis RV 608 (version de P. Jarrousky ), juste interrompu par les cris ou les coups, des souffles – qui deviennent presque comme de la « musique ». Le contraste est saisissant. On ne sait rien du pourquoi de cette dispute (on l’apprendra plus tard) – on ne voit qu’une colère immense…et ses images resteront encore un moment dans la tête du spectateur.

Suite à cette dispute, à laquelle assistent les sœurs – une dernière née (d’une douzaine d’année) – Marion – (excellente Elli Spagnola))

, une qui a quitté le giron familiale (et attend des jumeaux)…- Margret est frappé par un éloignement de la famille pendant 3 mois… Peu à peu (vivent les ellipses !!), on comprend que Margaret vivait chez sa mère, dans un garage inhospitalier, que la mère est divorcée et a (eu) des amants, et en a trouvé un nouveau chou-chou (Hervé)….auquel elle voue davantage d’amour qu’à ses enfants… pour faire face aussi à la « perte » de son piano.

Margret (Stéphanie Blanchoud) n’aura après un jugement plus le droit de s’approcher à moins de 100m de la maison de sa mère (ligne de démarcation que la petiote Marion va dessiner sur le sol….en bleu ciel)

j’ai pensé à une pièce de Becket à ce moment !

Margret survit par de petits boulots (et sera logé par son ex – Benjamin Biolay – tout en retenu….) et se rend souvent à cette ligne de démarcation pour reprendre d’une part (en vain) contact avec sa mère (jouée par une magnifique et effrayante Valeria Bruni Tedeschi) – qui s’avère d’une toxicité qui vous fait mal – mais aussi pour donner des cours de chant à sa petite sœur (la pauvre se réfugie dans une sorte de bondieuserie).

J’ai peur de dire trop de ce film, absolument à découvrir. Il fait appel à l’intelligence du spectateur, « explique » rien ostensiblement, s’appuie juste sur quelques dialogues, et surtout des regards, des évitements, des remarques (notamment de la mère – une ancienne pianiste) blessantes….(la fin du film est d’une tension âpre et clôt le film dont on n’a pas oublié le début – et dont on n’oublie pas non plus l’intensité du jeu des actrices). Film par ailleurs co-produit par les Frères Dardenne.

S’ajoute à cela une bande son magnifique qui est comme « composée » pour le film, en mélangeant des genres, comme le fait Anjelika Akbar avec son « desert rose ».

Je vous invite à lire l’article qu’à écrit la Culturieuse (qui parle normalement davantage d’art et de théâtre – mais qui était particulièrement saisie par ce film

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Premiers BD de 2023

C’est L. qui m’a prêté cette BD édité par Rue de Sevres (Merci !)

1931. Arizona, période la Prohibition. Roy Nash sort de prison, à laquelle il était condamné à perpétuité. Pour payer la dette de sa libération envers le boss de Chicago, Roy est à la poursuite de trois braqueurs qui ont filé avec le magot sans partager. L’un a de plus embarqué Lena, l’ex de Roy, dans l’aventure. Roy parcourt les speakeasy et les bas-fonds de Los Angeles à la recherche des fuyards, fâche les mafieux locaux, un détective verreux et ses propres patrons… De la vengeance, du magot ou de Lena, quel sera le vrai moteur de la quête de Roy ? Et surtout, comment survivre au milieu de ces gangsters à la gâchette facile ?.

Un « polar » ou « film noir » écrit il y a 30 années env. par Walter Hill (eh ouoi, celui que vous connaissez du cinoche – scénariste de Guet-Apens, Le piège (The Mackintosh Man), 48 heures – et réalisateur de 48 heures, Deadwood et des Guerriers de la nuit entre autres), dessiné par Jef et réécrit/scénarisé par Matz.

Un schéma « classique » avec peu de texte (finalement) et pas mal de bang, bang, pardon « paw, paw » et « krak », une belle femme « fatale » (ahh ces amours perdus) et en prime quelques paysages magnifiques. Toutefois je n’étais pas vraiment fan du dessin des personnages…. les portraits sont à mon goût parfois approximatifs. Toutefois le découpage, et l’agencement est farpait (et on lit les 120 pages très très rapidement).

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Le tome 3 du Château des animaux c’est tout à fait autre chose. (C’est ma fille qui m’a offert cette BD – complétant ainsi les tomes 1 &2 dans mes étagères, que mes enfants m’avaient offerts à Noël 2020).

La nuit des justes

Casterman

La résistance par la non-violence !
Avec le lapin César et le vieux rat Azélar, Miss B doit convaincre les animaux de ne surtout pas céder à la violence pour mettre fin au règne de Silvio…
Au château, la dictature continue. Grâce aux efforts de Miss B, les animaux se remobilisent avec peine pour faire renaître, en même temps que le printemps, le mouvement pacifiste des Marguerites. Mais Silvio ne l’entend certainement pas de cette oreille, et le taureau dictateur en a sous le sabot pour conserver son pouvoir. Toujours aidé par sa cruelle milice canine, il décide de faire embastiller les animaux rebelles au donjon. Qu’à cela ne tienne : Miss B et ses amis répondront une nouvelle fois par la ruse… et la solidarité !

Là, le dessin est tout simplement magnifique

Pour être honnête – j’avais un peu de mal à re-rentrer dans l’histoire (les tomes 1 & 2 je les ai lu en décembre 2020 – bcp de temps a passé…) mais en qqs minutes j’y étais de nouveau et c’est re-devenu quasi-addictif autour de cette rébellion pacifique et « silencieuse » contre les tyrans et oppresseurs….

« Mes amis, tant que notre colère sera plus forte que nous, nous ne vaudrons pas mieux que Silvio. »

Il y avait peut-être un peu moins de « rebondissements » (donc un moment de mou pour moi) mais de belles réflexions et même un peu d’humour. Quand le tome IV sortira fin 2023 (parait-il) je (re-)lirai les 4 tomes d’affilé, pour rester dans l’histoire et le développement et l’évolution des personnages.

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Un week-end (presque typique) à Grenoble

Théâtre, ciné et rando (et repas avec des amis) ….un beau cocktail avant une semaine de « mauvais temps » (synonyme de chute de neige – dont la nature a besoin ici – et les stations de ski aussi)

Harvey -MC2

Une pièce de théâtre devant une salle comble (2 soirées de suite). Elwood P. Dowd, l’homme qui a comme ami un lapin blanc invisible de 2m, ami avec lequel il échange, qu’il emmène partout et qui rend fou les gens qui l’entourent. Pièce américaine de Mary Chase (vers 1944) mise en scène par Laurent Pelly. Délicieusement désuet, avec un charme fou encore enforcé par le jeu tout en souplesse et un côté lunaire par Jacques Gamblin (qui avait reçu pour cette prestation un Molière du comédien 2022).

Assis au balcon, donc loin de la scène j’ai pu mieux observer les idées de mise en scène caractérisant les personnages oscillant entre burlesque et folie et / ou douce empathie. Un bon moment de détente, mais qui ne laissera pas une trace indélébile.

Photo DR /Polo GARAT

Le tourbillon de la vie

Séance de soutien au cinéma français.

Film qu’on peut aimer (quand-même 3,9/5 du côté des spectateurs), mais que j’ai plutôt subi.

Allociné résume ainsi :

Les grands tournants de notre existence sont parfois dus à de petits hasards. Si Julia n’avait pas fait tomber son livre ce jour-là, aurait-elle croisé Paul ? Ou sa vie aurait-elle pris une toute autre direction ?
Nos vies sont faites d’infinies possibilités. Pour Julia, il suffit d’un petit rien tellement de fois ; tous ces chemins qu’elle aurait pu suivre, toutes ces femmes qu’elle aurait pu être…
Choisit-on son destin ? A quoi tiennent l’amour ou le bonheur ?

Pas très novateur…. et si on parlais des diverses bifurcations dans la vie qu’on doit choisir ou qu’on prend par « hasard ». Dans une mise en scène plutôt « osée » et/ou déconstruite avec une fois inébranlable en l’intelligence du spectateur (on saute souvent la temporalité, les 4 évolutions de la vie possibles d’une jeune pianiste, sont mélangées, mais on suit bien)… Toutefois, il y a un côté « too much » qui incitera certainement le ciné américain d’en faire un remake un jour. Trop de bons et tristes sentiments qui ne manqueront pas faire pression sur les lacrymales de certains spectateurs. Quant à moi, au milieu du film je perdais complètement l’intérêt et d’empathie pour les personnages joués par Lou de Laage (je m’en foutais – pardon – de quelle direction sa vie allait prendre). Et le scénariste qui sommeille en moi était souvent en avance de péripéties que proposait le film.

2 Randos

Une petite sortie (2h) au-dessus de Saint Pancrasse (en Chartreuse) – Avec vue sur la vallée du Grésivaudan.

Avec les amis un jour plus tard poussé un peu plus loin dans la Chartreuse – garé au Col du Granier (50minutes de routes de chez moi).

Description de la randonnée

Se garer au Col du Granier (à droite après le restaurant

(D/A) Prendre la direction de la Pointe de Gorgeat. Le début de la randonnée se fait sur un chemin carrossable pour un véhicule 4×4. Ne pas prendre le premier chemin à droite mais continuer tout droit.
Passer au hameau « les Granges de Joigny »

(1) Prendre le chemin à gauche, direction « Le Grand Carroz ».

(2) Traverser le Cozon et une fois dans le hameau, prendre la direction du Col des Fontannettes. La montée se fait progressivement, avec quelques portions raides.

(3) Une fois arrivé au col, prendre à droite, direction Pointe de la Gorgeat, sur un chemin qui suit la crête, et quelques petites marches dans les rochers.
Une fois sur La Lentille, une descente un peu raide à travers les arbres jusqu’au Col de la Drière.

(4) Après le col une dernière difficulté, qui est la bonne montée pour rejoindre la Pointe de la Gorgeat.

(5) Du belvédère de la Pointe de la Gorgeat, descendre par la droite pour rejoindre la Col de la Gorgeat.

(6) Entamer la longue descente pour rejoindre , en prenant à gauche le (1) et à nouveau à gauche le hameau des Granges de Joigny et le parking du Col du Granier (D/A).

(Visiorando)

Les Granges de Joigny
Vue de la pointe de Gorgeat
Du Mont Joigny vue sur le Mont Blanc et Chignin
Mont Granier

Les deux rando/balades avec un ressenti de fin d’automne ou début de printemps – l’ambiance changera bientôt avec les chutes de neige annoncées.

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Les anges de New York

Emprunté à la bibliothèque de Biviers.

Traduit (parfaitement) par Fabrice Pointeau – comme tant d’autres de R.J. Ellory, dont j’ai lu en 2011 « Seul le silence » sans m’avoir été complètement convaincu.

Présentation de l’Editeur (Sonatine)

Frank Parish, inspecteur au NYPD, est mal dans sa peau. Sa famille le tient à l’écart, sa hiérarchie s’en méfie. En fait, il n’a jamais résolu ses rapports avec son père, assassiné après avoir été une figure légendaire des « Anges de New York », ces flics d’élite qui ont nettoyé Manhattan de ses gangs. Fragilisé par la mort de son partenaire et l’enquête des affaires internes dont il fait l’objet, Frank s’entête à creuser une affaire apparemment banale, la mort d’une adolescente. Et cet entêtement ne fait qu’ajouter à l’incompréhension qu’il suscite. Frank va alors dévoiler la « vraie » histoire des « Anges de New York », bien différente de sa légende. Mais il y a des secrets qui gagneraient à rester enterrés.

[Et surligné en bleu nuit sur la 4e de couv : Vous aimez les films de Sydney Lumet, de James Gray ? Vous allez adorer le nouveau Ellory.]

En effet, ça propulse, genre Scorcese, un peu aussi à la James Gray (avec le tutélaire père omniprésent – même après sa mort – comme dans « Yeards » ou « La nuit nous appartient »). Un vrai page-turner, un chouia trop long (554 pages) mais digeste malgré une tonne de clichés rabattus si on connait un peu les films ci-dessus… L’inspecteur Parrish, divorcé de sa femme, éloigné de ses enfants, alcoolique mais avec un nez (et talent) exceptionnel pour les vicissitudes de la vie dans une ville comme NY. Tableau peu réjouissant des crimes perpétués, de la dépravation des hommes (les snuff movies se trouvent dans les sous-sols de ce roman), de la corruption omniprésente… (récit du fameux cambriolage de la Lufthansa à NY en 1978).

Un cordon de police aux États-Unis (illustration) – SCOTT OLSON © 2019 AFP

Ce qui donne une épaisseur particulièrement bienvenue à ce roman (avec sa trame d’enquête pointu et difficile plutôt classique autour de meurtres en série) ce sont les chapitres dans lesquels Parish doit voir chaque jour de la semaine une psy’ (elle doit juger s’il est encore apte de rester à la police). Ces entretiens sont, avec le dialogue qui est retranscrit, d’une vérité criante et vivante.

Alors asseyez-vous, Franck… dites-moi ce qui s’est passé ce matin.
– Vous pouvez lire mon rapport.
– Je veux l’entendre avec vos mots à vous.
– C’est moi qui ai écrit le rapport. Ce sont mes mots.
– Vous comprenez ce que je veux dire, Franck. Je veux l’entendre de votre bouche.
– Il a tranché la gorge de sa petite amie. Il s’est tranché la gorge. Il y avait tellement de sang que ça glissait comme un toboggan dans un putain de parc d’attractions. Ça vous va ?

p. 20

Je ne peux donc que souscrire au marketing cité ci-dessus ( Vous aimez les films de Sydney Lumet, de James Gray ? Vous allez adorer le nouveau Ellory). J’ai apprécié le roman qui va assez loin dans le portrait ciselé d’un homme marqué par son histoire personnelle, son rapport avec son père, avec le monde d’une violence inouïe, portrait d’une profondeur et justesse étonnante.

Enfin, ou last but not least : un homme qui adore écouter Tom Waits ne peut pas être profondément mauvais.

Lay your head where my heart used to be
Hold the earth above me
Lay down on the green grass
Remember when you loved me

Come closer don’t be shy
Stand beneath a rainy sky
The moon is over the rise
Think of me as a train goes by

Clear the thistles and brambles
Whistle ‘Didn’t He Ramble’
Now there’s a bubble of me
And it’s floating in thee

Stand in the shade of me
Things are now made of me
The weather vane will say
It smells like rain today

God took the stars and he tossed ’em
Can’t tell the birds from the blossoms
You’ll never be free of me
He’ll make a tree from me

Don’t say goodbye to me
Describe the sky to me
And if the sky falls, mark my words
We’ll catch mocking birds

Lay your head where my heart used to be
Hold the earth above me
Lay down on the green grass
Remember when you loved me

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Joyland

Dernier film vu en 2022. Une très belle découverte surprise.

D’après le résumé, je m’attendais à voir un film sur l’identité transgenre (induit aussi par la Queer-Palm reçue en 2022). Que nenni. Au lieu d’être centré sur l’histoire d’un amour entre Haider (homme marié mais homosexuel) et la danseuse Biba (une femme transgenre – jouée par Alina Khan avec un air de vulnérabilité caché sous la brusquerie qui force le respect) il fait place à un film quasi-chorale primé (et ce n’est pas volé) par le Prix du Jury dans la catégorie Un Certain Regard.

Le spectateur est « jeté » dès les 1eres minutes dans le fonctionnement d’une famille pakistanaise dans laquelle le patriarche, ses enfants, les pièces / brus rapportées, vivent l’un sur l’autre, en respectant les traditions. La famille manque de l’argent, la femme de Haider travaille (oui, il est marié, mais les circonstances de ce mariage seront dévoilés que vers la fin du film, accentuant encore la dramaturgie), et quand Haider accepte un job, c’est elle qui va devoir – suite à la pression de la famille – cesser son travail (dans lequel elle s’épanouit) pour subvenir aux tâches ménagères de la famille.

Comble de tout Haider va travailler comme danseur dans un cabaret pour une pas-encore-vedette (Biba) mais d’un fort caractère et une extraordinaire sensualité. Haider découvre la passion, l’émotion aussi par la danse et pas que. Un air de liberté qui souffle. Jusqu’à ce que sa femme – toutefois insatisfaite – va tomber enceinte….

Profondément original, le scénario nous balade entre le théâtre des repas de famille, les sorties entre brus, le tracas de la vieillesse (du patriarche), les bisbilles avec les voisins (pour nous les occidentaux la « transgression » d’une veuve voisine qui s’occupe du patriarche de temps en temps est déchirante). On sent le carcan de la société, les transgressions, mais par petites touches, sans que le film devient un manifeste accusateur.

Un tableau dramatique venu de loin, exotique mais pas que (trop de sujets qui ressemblent à ceux qu’on connait ici).

Vraiment à voir, à découvrir. Il est long le film (2h) mais je n’ai pas vu le temps passer. Trop de choses qui défilaient.

PS : Le film pakistanais Joyland, qui raconte l’histoire d’amour d’un homme marié et d’une femme transgenre, pourrait ne jamais être diffusé dans son pays, après que l’œuvre, primée au Festival de Cannes, a été autorisée par l’autorité de censure, mais interdite par le gouvernement.….Le ministère a estimé que le film contrevenait « aux normes de décence et de moralité », ce qui lui a valu des commentaires outrés et moqueurs sur les réseaux sociaux, certains l’accusant de s’être prononcé sans même que le film ait été visionné.

https://www.lapresse.ca/cinema/2022-11-16/prime-a-cannes/le-film-pakistanais-joyland-interdit-dans-son-pays.php

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