La chance de leur vie

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4e de couv’ de l’Editeur :

Hector, Sylvie et leur fils Lester s’envolent vers les États-Unis. Là-bas, une nouvelle vie les attend. Hector a été nommé professeur dans une université de Caroline du nord. Très vite, son charisme fait des ravages parmi les femmes qui l’entourent.
Fragile, rêveuse, Sylvie n’en observe pas moins avec lucidité les effets produits par le donjuanisme de son mari, tandis que Lester devient le guide d’un groupe d’adolescents qui, comme lui, cherchent à donner une direction à leurs élans.
Pendant ce temps, des attentats meurtriers ont lieu à Paris, et l’Amérique, sans le savoir, s’apprête à élire Donald Trump.
Chez Agnès Desarthe, chaque personnage semble suivre un double cheminement. Car si les corps obéissent à des pulsions irrésistibles, il en va tout autrement des âmes tourmentées par le désir, la honte et les exigences d’une loyauté sans faille.
Mais ce qui frappe le plus dans cet admirable roman où la France est vue à distance, comme à travers un télescope, c’est combien chacun demeure étranger à son propre destin, jusqu’à ce que la vie se charge de lui en révéler le sens.

On se croit, la 4e de couv’ en tête, dans un Campus-Novel de David Lodge, mais dès les premières pages il y a une petite note d’étrangeté en plus…. (Le fils Lester, très avancé pour son âge, veut qu’on l’appelle Absolom Absolom) … ce qui déroute un peu, puisque tout est inséré dans un monde ultra-réel ….

« Tout était si simple avant quand, elle ne faisait rien. Invisible, elle menait une vie dégagée de tout lien, presque sans matérialité »

Sylvie est (pour moi, l’homme) d’abord difficile à cerner, pour moi elle est, peut-être  comme son existence jusqu’alors un peu flou…. On sait d’elle qu’elle approche les soixante ans, qu’elle est devenue mère sur le tard, et que son mari l’appelle « « bébé » :  « Elle aime être sa petite, son bébé, cela lui permet de voyager à travers les âges, d’échapper aux classifications. Elle peut être à la fois la grand-mère de son propre fils, et le bébé de son mari. Elle ne s’est jamais sentie femme mûre, femme-femme. »

Son beau-père par contre l’appelle une « femme des cavernes »…. voyant en elle une de ses figures matrices préhistorique, genre :

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Son mari profitera (quelques semaines) de son « quart d’heure de gloire masculine » auprès de femmes américaines – ce qui a mon étonnement semblait peu toucher Sylvie –  puisqu’elle sera à jamais lié à son bonhomme à cause d’un col de chemise relevé…. (I’m kidding, mais ce col est un leitmotiv…)

Drôle de roman, intelligent, très bien écrit, passant d’un détail qui devient signifiant pour davantage à un autre qui restera énigmatique. Desarthe nous offre ainsi un roman multi-couche, à multiples entrées, parfois cruelle et ironique aussi, mais toujours bienveillante.

Ainsi on peut le lire comme une réflexion (savoureuse) sur le couple, sur la durée d’une relation et ces petits riens et grains de sable qui font grincer la machinerie auparavant si bien huilée et …. et auxquels s’ajoutent les événements tragiques (en occurrence l’attentat du 13 novembre au Bataclan dont, pour rappel, le bilan officiel des victimes faisait état de 130 morts et de 413 blessés !! ) qui, même si ils ont lieu loin, déclenchent des ondes sismiques….. On peut aussi le lire comme une piste de réflexion sur l’Art qui libère ou permet d’exprimer l’insondable… Le roman nous offre aussi des portes pour réfléchir sur les rapports enfants-parents…. sans oublier qu’on peut y trouver aussi une sorte de regard microscopique sur les différences USA-France à travers le prisme d’un microcosme universitaires….

Une belle découverte (et surtout une vraie écrivaine – suivez mon regard…)

 

 

 

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Un tournant de la vie

….pourtant je m’étais dit que je ne lirai plus de livre de Christine Angot.  Cependant le livre me faisait coucou chez mon bouquiniste (au prix fortement réduit) et le livre de György Dragoman « Le bûcher », actuellement sur ma table de nuit, n’étant pas une mince affaire (je le lis par petits bouts/chapitres), j’ai flanché un peu comme la narratrice qui revoit – après dix ans – de nouveau Vincent, le cœur serré… « les jambes coupées »….

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182 pages d’une lecture facile (une longue soirée), à 3/4 en mode dialogue (une nouveauté chez cette auteure accro aux logorrhées (intérieurs et rétrospectives).

L’histoire du triangle amoureux présentée en quelques coup de brosse: Anna vit actuellement avec Alex (depuis neuf ans). Ils songent « même » à se pacser….Elle avait, il y a dix ans quitté Vincent pour Alex…. convaincue que la vie de couple n’était pas possible avec cet homme menteur pour la femme qu’elle était alors, manquant entre autre de confiance en elle. Alex, il est presque un double inversé de Vincent: gentil, attentionné, direct, amoureux, et attentif (et pas mal avec ses dreadlocks). Par ailleurs, il faudra pas oublier que Alex et Vincent travaillaient ensemble, étaient des amis. Ils ne se sont pas vus depuis ces 9/10 ans, et voilà Vincent souhaite retravailler avec Alex …  et recommence à faire le paon devant Anne, qui craque et se dit – en ritournelle constante de l’énumération des avantages de l’un et de l’autre – que c’est finalement avec Vincent qu’elle souhaiterait vivre. Notre cher Alex a des antennes bien dressées et sent que le vent tourne….. en plus il est jaloux (et fouineur observateur scrutologue du coup) … et perd de sa gentillesse…..Il dira « même » à Anne un jour : « Tu es une salope. Sale putain. Tu es une pute. Sale pute va. » (p. 109)

J’ai branché le téléphone au pied de mon lit. J’ai à peine dormi. J’ai entendu Alex rentrer. Il s’est couché dans sa pièce pour ne pas me réveiller. Vincent ne s’est pas manifesté. Le matin, en me levant, j’ai noté dans un petit carnet noir qui se trouvait sur ma commode : « Voilà c’est reparti. L’amour… le cœur qui bat, … la nuit sans fermer l’œil, le téléphone au pied de mon lit… l’impression de vivre, le sexe qui mouille… la peur. » (p. 40) 

Dans un premier temps j’ai pris presque plaisir de lire les dialogues, natures, fraîches (avant de rancir et perdre de leur intensité)… mais les trois personnages deviennent des marionnettes guidées par la plume de C. Angot, n’ont que peu d’épaisseur psychologique (à part les adjectifs sus-mentionnés, le côté désargenté d’Alex (qui semble être une raison sous-jacente pour rester avec la femme (« qu’il aime » …. combien de fois on lit comme dans un Harlekin la question » Est-ce que tu m’aimes…? »  « Oui/ Oui, mais ») et sont comme des pièces de Méccano pour une construction un peu désincarnée (et « mécanique ») que C. Angot semble presque vouloir saboter avec sa fin, qui donne le beau rôle amère à la narratrice.

Si on aime les retranscriptions de dialogues ou de textos, ou leur « réécriture » parfois dans leurs extrême banalité, parfois dans cet art que l’être humain a de dire le contraire de ce qu’il/elle pense, de mentir, de ne pas pouvoir parler… le livre est pour vous.

« Pourquoi tu me parles sur ce ton, on dirait que je t’agresse ? – Je te parle sur aucun ton. – Si, tu me parles sur un ton. Et c’est désagréable. On peut jamais parler de rien de toute façon. – Tu peux parler si tu veux. Moi je te dis que c’est pas à ça que je pensais. – Tu pensais à quoi ?… « (p 105/106 )

A part quelques passages d’une bien belle mauvaise foi assumée de la protagoniste qui se sent étouffer en présence d’Alex tout en rêvant d’une liberté avec Vincent….  j’oublierai ce livre très très rapidement….  Ce n’est pas ce type d’écriture qui me transporte (même si des situations/des dialogues de ce livre font écho) …..et dire qu’il y a des critiques qui encensent le livre (et parfois le comparent à du Marivaux…. (tzzzz))

 

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Quelques « toiles »

Un peu de « soutien au cinéma français », une sorte de néo-western et un remake vus au cours des trois dernières semaines dans les salles obscures.

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Une comédie humaine qui décrit sur un mode humaniste et souvent drolatique la préparation au Concours de médecine. Thomas Lilti continue dans la veine de « Hippocrate » et « Médecin de Campagne« … empathie pour les personnes,  observation (bien documentée) d’un microcosme (le monde médicale) avec parfois des pointes de critiques contre l’inanité de cette sélection qui prime le bachotage et néglige l’empathie qu’il faut avoir un peu-beaucoup….(mais sans en faire un manifeste à charge).

Grâce à Vincent Lacoste et William Lebghil on sort de la salle avec le sourire (et une petite pensée pour une réforme souhaitable/visée de cette broyeuse (abêtissante) qu’est ce Concours.

La blogueuse « nousaussionvoyage » (qui me fait parfois rire, parfois pleurer) a publié récemment un bel article sur « sa » première année…. un article plus émouvant que le film, mais laissant entrevoir ce que Lilti ne fait qu »ébaucher » en survolant cette année (en mode drone et parfois simpliste). Toutefois, je le répété, j’ai passé un très bon moment avec ce film qui ne prend pas la tête.

Un autre bon moment avec un remake :

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Star de country un peu oubliée, Jackson Maine découvre Ally, une jeune chanteuse très prometteuse. Tandis qu’ils tombent follement amoureux l’un de l’autre, Jack propulse Ally sur le devant de la scène et fait d’elle une artiste adulée par le public. Bientôt éclipsé par le succès de la jeune femme, il vit de plus en plus de mal son propre déclin…

Je ne dirais pas « chef d’oeuvre d’émotions », mais je suis sorti très agréablement surpris.  C’est la 1ere réalisation de Bradley Cooper, Lady gaga je l’ai entendu la 1ere fois avec Tony Bennet dans « Cheek to cheek », c’est tout …. Rien donc à priori qui aurait dû m’inciter à voir le film. C’est juste la petite Madeleine en moi qui voulait voir de ses propres yeux ce qu’un homme hollywoodien d’aujourd’hui ferai avec la matière qui a servi chez Wellmann – je ne me rappelle pas l’avoir vu…-   (et surtout Cukor), la version avec La Streisand (année 70) était – même pour moi qui n’y connaissait encore pas grande chose du cinéma, un peu lourde à digérer (malgré Kris Kristofferson)….

La musique (de la 1ere partie n’est pas mal – « même » Bradley chante bien), une certaine intensité, le retrait de Bradley quand il s’agit de ne pas forcer le trait sur les addictions de son personnage… sont louables, une surcharge en explications psy (ahh le frérot!) et un peu de sirop gâchent un peu le plaisir, mais sommes toutes un beau film qui permet de lâcher deux, trois petites larmes…. et (encore une fois) de ne pas trop se prendre la tête après une semaine bien chargée.

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Davantage d’émotions, tiens tiens, je les ai trouvé dans un autre film vu dans la série « soutien à l’exception culturelle française ».  Les retrouvailles avec Romain Duris dans :

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Un film entièrement porté par des acteurs simplement farpaits !

Il faut savoir que les acteurs (tous !) connaissaient, au moment d’accepter leur rôles, certes le scénario de base, la trame du récit, les contours de leurs personnages, mais n’avaient « pas de dialogues écrits » (à répéter/apprendre par cœur) ! Non, là travail quotidien des scènes pour a) laisser de la liberté (au vécu/ressenti) aux acteurs  b) arriver par l’improvisation à l’essence même d’une scène/d’un échange/d’un mouvement sous-jacent du film…. Ce qui donne des scènes d’un réalisme (et je pèse mes mots) saisissant.

Un homme (père de deux enfants, marié, Olivier joué par Romain Duris) travaille dans une boité de logistique/distribution genre Amazon (chef d’équipe et bientôt syndicaliste) va devoir gérer le départ inopiné de sa femme (qui n’en peut plus, dépression caché devant son entourage…): « ses » batailles donc : « remplacer » la place vide laissée par sa femme partie, la broyeuse de boite (aux décisions inhumaines, orientés rentabilité), l’engagement en tant que syndicaliste aussi, les enfants qui s’inquiètent (et/ou fuguent à la recherche de leur maman)….

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Je craignais – avant d’y aller – un peu du larmoyant potentiel, du trop de critique social facile…. Guillaume Senez est plus fin que ça et le résultat est d’un réalisme teinté d’une humanité et d’empathie avec un zeste de vérisme qu’il faudra saluer (aucune démagogie non plus – une autre chose que je craignais) … et cela dans un parfait équilibre (à mon sens) – L’actrice jouant la sœur de Olivier (Laetitia Dosch – je ne l’ai encore jamais vu dans un film ni au théâtre) est comme Duris simplement parfaite. Pour moi le meilleur « Duris » depuis « De battre mon cœur s’est arrêté » – et de loin le meilleur film des 4 ici présentés – mais aussi le seul qui vous prend, au détour, aux tripes….

Enfin j’ai vu le film de Jacques Audiard (auteur de « Dheepan », « Un prophète », « De battre mon cœur s’est arrêté ») … Avec « Les frères Sisters » on change de registre et de pays.

Beau quatuor d’acteurs :  John Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed… mais film qui navigue à mon avis un peu trop à vu sans grand dessein.

Beau film, avec une coloration à la « Impitoyable » (de C. Eastwood – ces images de nuit, autour d’un feu ou l’embrasement d’une maison….)  mais loin de sa maîtrise. On reste avec les acteurs (parfaits), mais Audiard veut peut-être courir trop de coyotes à la fois.

Encore la Madeleine en moi qui a été surtout scotché par quelques (belles) scènes intimistes (la découverte d’une brosse à dent; la demande faite à une prostituée de jouer une scène pour un des Sisters (J. Reilly) : il lui donne un châle doudou – offerts pas sa dulcinée avant de partir « travailler » et lui demande de rejouer, avec des mots gentils (qu’il lui souffle) la scène lors de laquelle la dulcinée lui a offert ce châle pour le tenir chaud…. la prostitué est perdue face à cette demande, pas habituée à tant de « gentillesse » et refuse de jouer la « doublure »… Malheureusement il n’y avait pas bcp de scènes de cette intensité dans ce film.

Mes amis blogueurs Newstrum et Princecranoir parlent mieux que moi du film.!

 

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Pike – Un Whitmer pas Benjamin du tout

 

Premier roman de cet auteur américain (Ohio) publié en 2010 par Gallmeister (traduit par Jacques Mailhos ( !!) en 2012) et ressorti en poche en 2017 (c’est dans cette version que je l’ai lu). C’est S. avec son article sur le dernier livre de Whitmer (Evasion) paru ces jours-ci qui m’a donné envie de voir un peu…. Et me voilou conquis….

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Douglas Pike n’est plus le truand qu’il était autrefois. De retour dans sa ville natale des Appalaches proche de Cincinnati, il vit de petits boulots et tente de combattre ses démons du mieux qu’il peut. Jusqu’au jour où il apprend sa file, depuis longtemps perdue de vue, vient de mourir d’une overdose. Et où il découvre par la même occasion l’existence de sa petite-fille âgée de douze ans. Tandis que la gamine et lui tentent de s’apprivoiser, un flic brutal et véreux commence à manifester un intérêt malsain pour la fillette.

Cette petite « mise en bouche » laisse inaugurer un triangle tragique, mais en réalité ce petit roman (280 pages – avec des chapitres courts de 4-5 pages max…) et un roman multi-bande…. Douglas Pike est accompagné par Rory, qui caresse le rêve de se payer un jour un vrai entraîneur de boxe et qui, en attendant, s’enfile de petits tournois miteux…. Il y a une faune bizarre et crasseuse autour de Derrick (le policier « véreux »)…. Dana, la copine de la fille décédée de Pike…. Tout un planétarium de blessés, malades de la vie…

Whitmer est futé en distillant progressivement les pelures d’oignon de la vie chahutée de Pike qui donnent une explication pour ses actions…. (…les souvenirs ont leur propre moteur…)  Il n’oublie pas non plus de le parer d’une « tare » : la lecture (et pour parfaire le tableau : Wendy, sa petite-fille, lit également bcp…. )

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Wendy qui, tout au début du livre lit du Edgar Allan Poe discute avec Rory qui sort victorieux d’un match de boxe :

« T’es aussi grave que ton grand-père, dit Rory. – Comment ça ? demande-t-elle en se replongeant dans son livre. – Lui non plus y a pas le moyen de le sortir de ses livres. C’est pour ça qu’il n’a pas d’ami. Il passe son temps à lire des livres bizarres. Ou à insulter ceux qui ne les ont pas lus.

Les yeux de Wendy se tournent furtivement vers Pike. – Ça m’étonnerait qu’on lise les mêmes, dit-elle. – Moi aussi, ça m’étonnerait, dit Rory. Personne lit les mêmes livres que Pike lit. J’ai fait l’erreur d’en ouvrir un, une fois. Je me suis réveillé deux jours plus tard allongé sur le sol, avec le mal de crâne d’un type qu’on aurait assommé à coups de démonte-pneu. Je me rappelle même plus de quoi ce foutu truc parlait. – Je t’imagine facilement te retrouver K.-O. à la simple vue d’un truc à lire, dit Wendy (p. 36)

Sachez que ça dépote, ça cogne, saigne, c’est assez violent parfois (j’ai eu deux-trois fois un petit hoquet), mais l’ensemble est mâtiné d’une tristesse/mélancolie sous-jacente que la traduction de Jacques Mailhos transpose formidablement (faudra lire l’original pour savoir la part de re-création dans cette traduction).

Il y a un côté « Léon » ou « Taxi Driver » dans la relation entre Pike et sa petite-fille surprise … en effet, la tendresse peut cohabiter avec une violence inouïe… mais parée d’atouts poétiques.

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Ainsi un « le soleil gris lâche un unique soupir puis meurt derrière le Green Frog Café » (p.70) peut être suivi de phrases du genre : « ….pour voir une brunette en jean moulant s’effondrer, avec du sang qui jaillit de son crâne comme une tête d’arrosage automatique… » (p. 244)

Je ne vais pas vous insulter à la Pike si vous ne lisez pas ce livre, mais si vous avez l’estomac bien accroché et zêtes ouverts à un auteur (d-)étonnant très bien traduit – allez-y pour ce voyage que les frères Cohen (époque Corman McCarthy) n’auraient pas refusé.

 

 

 

 

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Smile

Les Commitments, The Snapper, The Van, Paddy Clarke Ha Ha Ha, La femme qui se cognait dans se sportes  (The Woman Who Walked Into Doors)…. oui c’est lui,  l’irlandais Roddy Doyle (né 4 ans avant moi), qui a offert ainsi aux lecteurs (et aux spectateurs de cinéma – puisque certains de ses livres ont été transposés à l’écran – avec un certain succès) un coup de projecteur sur la vie en Irlande…. Il a également écrit des livres pour enfants.

Son dernier né (pour le public français dans la très bonne traduction de Christian Mercier) n’est cependant pas pour des enfants… malgré son titre qui s’avérera être particulièrement « ironique ».

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Présentation de l’Éditeur :

Victor Forde vient de se séparer de sa compagne, Rachel Carey, le grand amour de sa vie. Il retourne vivre dans le quartier dublinois de son enfance, près de la mer, où il s’installe dans un immeuble moderne abritant essentiellement des émigrés d’Europe de l’Est. Il se force à se rendre tous les soirs dans le même pub, comme «on irait à la salle de sport ou à la messe». Il y rencontre un certain Ed Fitzpatrick, qui lui assure être un ancien camarade de classe. Il ne se souvient pas de lui mais a une sensation désagréable en sa présence, sans réussir à s’expliquer pourquoi. Ils se croisent régulièrement au pub : Ed recherche une complicité, il revient sans cesse sur leur passé d’écoliers chez les frères chrétiens.
Victor se bat avec sa mémoire et refuse de toute évidence des pans entiers de son passé. Ed Fitzpatrick, suspect, voire sinistre, agit sur lui comme un révélateur et l’oblige à affronter la réalité.

Roman entêtant, introspectif et qui nous emmène surtout jamais là ou on s’attend atterri. En effet, comme sur la 1ere de couv’ une image peut en cacher une autre, le lecteur sera averti : il ne faut pas se fier aux apparences.

Il m’est difficile d’écrire des pensées très différentes de celles mon amie blogueuse Lectrice en campagne, grâce à qui j’ai « appris » que ce livre est désormais dans les librairies en France. Je signe entièrement son article et son ressenti.

C’est un grand roman qui tout you, step by step,  s’approche à pas de géant d’un thriller psychologique, noir noir….Pourtant, il se « limite » à des scènes dans un bar (plein de dialogues comme enregistrés et pris sur le vif – desquels un réalisateur se saisira certainement rapidement…), scènes-moments pendant lesquels le narrateur (Victor Forde) se remémore son enfance ou des pans de sa vie avec sa oh siiii brillante épouse.

Le lecteur se rend bien compte que quelque chose ne tourne pas si rond que ça dans ce récit, mais je dois avouer avoir été estomaqué par les dernières pages qui braquent un projecteur de toute une autre couleur sur l’ensemble du roman – hah, on a même envie de relire quelques passages du début (et du milieu) pour se dire, comment diable je n’ai pas pu remarquer « ça » !

Toutefois le roman ne se limite pas à ce twist et au chemin qui y mène …. Doyle y brosse également un portrait assez clairvoyant de l’évolution de l’Irlande au cours des dernières 50 années (la durée de vie de Victor Forde)…. Tout en combinant ou synergisant d’une certaine manière ce qui caractérise ces romans précédents (mémoires d’enfance, regrets genre « midelife »-crisis, conversations à bâtons-rompus dans des pubs, l’abus fait aux enfants par les prêtres…..)

Comment un homme d’une cinquantaine, qui jusque là a toujours fait un détour autour des traumas d’enfance (vive l’éducation catho’ par des prêtres pervers….. j’ai souvent pensé (bizarement) au film « Magdalena Sisters » (de Peter Mullan)….. essaie de se construire une (nouvelle) vie ….. sur la base d’une réalité (dans quelle mesure elle est « réelle ») et d’une mémoire (défaillante ? peu fiable ?).

Particulièrement réussi la manière avec laquelle Roddy Doyle instille le doute et les questionnements dans le lecteur face à ce récit sorti des entrailles de la mémoire d’un homme blessé, mais « arrangé » par un homme qui est également un « écrivain » – qui joue avec les doutes, les questionnements, les souvenirs, les rêves.

Un beau roman presque pervers…. avec quelques belles scènes (en plus) de description d’une histoire d’amour genre Châteaux d’Espagne….

PS Je suis un peu surchargé actuellement et n’ai pas bcp de temps pour écrire sur les livres lus (j’espère pouvoir reprendre le fil à partir de la semaine prochaine)

 

 

 

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Weekend Grenoblois – Charmant Som & Le Grand Veymont

Week-end sous le signe de la venue de notre fille et de son ami (de retour de 2 semaines au Canada – du côté de Vancouver et les Rocky Mountains) – weeke-nd trépidant et pour une fois non pas ponctué de repas en famille mais plutôt par des sorties en plein air.

Samedi monté au Charmant Som – un des classiques de la Chartreuse

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la plupart des superlatifs qui servent habituellement à qualifier les itinéraires ne sont pas appropriés pour évoquer le Charmant Som. En effet, ce n’est pas la balade la plus longue ; ce serait même l’une des plus courtes. Ce n’est pas la randonnée la plus haute ; son altitude est plutôt modeste. Ce n’est pas non plus le parcours le plus technique, loin de là : il est accessible à tous. Du coup, cette addition de « moins » en fait un itinéraire des plus adaptés aux familles qui seront éblouies par le panorama qu’offre le sommet.

Le Charmant Som – notamment un beau samedi (et le temps était vraiment à l’été indien) – est une vrai fourmilière.

L’ami de notre fille ne connaissant pas le Vercors mais qu’il aime la nature – en tant que co-fondateur de Chilowé   c’est normal, non ? –  on s’est dit offrons leur une sortie de « ouf », à savoir une des plus belles dans un rayon de 1h de voiture de GRE – et nous sommes retournés au Grand Veymont (la dernière fois c’était en juin 2017) – avec sa belle vue sur le Mont Aiguille,

 

sa magnifique pente d’accès avec vue sur le défilé des rochers du Vercors, sa vue sur le plateau de la réserve naturelle du Vercors et parfois la rencontre avec ses « habitants » sur 4 pattes – et nous étions particulièrement bien servi cette fois-ci (pas toujours besoin de se lever aux aurores pour voir les bêtes.

A cause d’une erreur de notre « logiciel d’orientation » nous sommes à partir du Parking de Gresse monté par la Baraque Forestière du Veymont (une petite rallonge mais permettant une boucle par rapport à la montée classique par voie directe au Pas de la Ville).

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Après un joli chemin forestier assez doux (rien à voir avec le chemin « classique » et plus court, pleins de cailloux)

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une petite bifurcation (à gauche on monte vers le Pas des Bachassons – drôle on y était en début du mois

) on prend à droite pour passer le ravin de la Gresse et longe la Cote de Quinquambaye (et Pré Jacquet)  – chemin sur la pierrailles en lacet jusqu’au Pas de la ville

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Du pas de la ville remontée « classique » agrémenté cette fois-ci, à la joie pas seulement de nous mais aussi d’autres randonneurs, par la présence de chamois qui nous regardaient d’un air curieux mais aucunement intimidés….

Une fois passé la longue (quasi- « interminable ») pente (Chante Lauze) – et arrivé en haut du Grand Veymont (le plus haut du Vercors avec ses 2341 m) on ne sait plus ou regarder…à droite le plateau du Vercors ?

DSC_0878 à gauche sur le Mont Aiguille, les chaines du Belledonne et du Dévoluy

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et « seulement » sur le plateau en contre-bas (L’aiguillette du petit Veymont)

ou vers le Nord la belle chaîne du Vercors

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Au retour encore une fois rencontre avec un Mouflon (?)  (accompagné par trois copains moins intéressés de figurer dans un blog) :

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Et surprise – au pas de la ville – vue sur deux troupeaux (qui déclenchaient des Ohh et des Aahh parmi les quelques randonneurs pas encore descendus – et généraient un big bisou de notre fille pour ce « cadeau » de rando…)

Lors de la descente, la lumière était simplement magnifique

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Presque 6 heures de marche, 1050 m de dénivelé….  le Grand Veymont se mérite (un peu) – et nous l’a rendu bien !

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Marivaudage Laclos-aérien

De retour des vacances depuis presque 4 semaines et je n’avais toujours pas pris d’assaut les salles obscures (trop de travail et surtout trop de beaux livres)…. La première incursion post rentrée direction toile s’est fait non pas direction Corée (« Burning ») mais a eu lieu dans le cadre de mon soutien au cinéma français. Finalement un bon choix, je dirais même très bon choix.

Mademoiselle de Joncquières (film de Emmanuel Mouret) 

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Les Cahiers du Cinéma descendent le film, Télérama fait sourire son bonhomme (mais pas plus) et moi je sortais le cœur léger, sautillant sur les mots égrenés par Edouard Baer et Cecile de France avec une élégance toute théâtralement jouissive.

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Emmanuel Mouret (« Laissons Lucie faire », « Un baiser s’il vous plaît ! », « L’art d’aimer », « Caprice ») n’est pas un metteur en scène que j’affectionne particulièrement, ses phrases ciselés et rhomeriennes dans la bouche de trentenaires hésitants et perdus (A qui aime B, B qui aime C, C qui aime A) dans un Paris ou il n’y a pas de problème d’argent, ni de tentes sur les quais et/sous les ponts…. je n’étais jamais emballé.

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Mais là, voir  (et surtout entendre) transposés les affres d’amour dans le 18e siècle (d’avant la révolution), en costumes svp, avec une lumière belle, des plans séquences tirés au cordeau… dans une histoire-intrigue empruntée à Diderot (un épisode de « Jacques le Fataliste » pas lu, sorry – mais vu dans une autre approche il y a des siècles dans « Les Dames du bois de Boulogne » de Bresson) et ressemblant à celle de Lasclos (une parenté parfois éclatante dans quelques poses – et éclairage – de C. de France-G.Glose (Mme de la Pommeray), oui, voir ça m’était jouissif.

C. de France m’a surpris (très positivement) – une capacité estomaquant de passer d’un regard tendre et tout sourire (pétillant) à un visage fermée, un regard dur, blessé…. comme un nuage qui masque le soleil, passant du beau temps à la grisaille en un instant… C’est que Mme doit endurer des phrases blessantes – tout en restant debout….

Belle « mécanique scénaristique » (avec quand-même une surprise puisque une fois Mme de la Pommeray ayant révélé au ex-ami/amant et désormais mari d’une (très) jeune femme l’origine de celle-ci, l’histoire ne sera pas encore terminée et réserve une surprise – toute relative, mais de poids….)

Alice Isaaz qui interprète Mademoiselle Joncquières a une belle présence et est convaincante dans le rôle (muet pour une grande partie et jouant (sur injonction de sa mère) la timide bigote mais qui, dans un bouge, avait vu plus qu’on puisse endurer ….  ahh ce n’était pas facile d’être une femme à cette époque-là …

A voir pour les spectateurs qui aiment de beaux textes (en somme du théâtre filmé) et la musique de dialogues/mots teintés de préciosité masquant par leur côté fleuri et euphémismant les abîmes de la tristesse de trahir et/ou d’avoir été trahi(e).

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