Doggerland

Dernier lu de la liste des 10 livres du Prix Livre Inter 2019.

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Présentation de l’Editeur (P.O.L.)

Ce roman sur la fracture des êtres, des cœurs et des continents, est né d’un haut-fond situé au milieu de la mer du Nord, le Dogger Bank. Il y a encore 8000 ans, avant d’être englouti, c’était une terre émergée, habitée, une île presque aussi grande que la Sicile. Les archéologues lui ont donné un nom : le Doggerland.
Ce territoire mystérieux, Margaret, géologue, l’a choisi à la fin des années quatre-vingt comme objet d’études, quand elle aurait pu suivre la voie des exploitations pétrolifères. Comme Marc Berthelot qui a brutalement quitté le département de géologie de St Andrews, et Margaret, pour une vie d’aventure comme ingénieur pétrolier sur les plateformes offshore. Calant son rythme de vie sur celui du baril de Brent, le pétrole extrait de la mer du Nord, dont les cours enchaînent les envolées et les effondrements.
Vingt ans après leur rencontre, Marc et Margaret sont invités à un congrès à Esbjerg, au Danemark. Ils pourraient décider de faire le choix de se revoir. Mais la veille au soir, le 5 décembre 2013, la Grande-Bretagne est placée en alerte rouge. La tempête Xaver, requalifiée en ouragan, déboule sur l’Europe du Nord. On suit avec fascination sa montée en puissance. En même temps qu’elle réveille les fantômes du Doggerland, elle ranime les souvenirs d’il y a vingt ans, ravive les choix des uns et des autres, et met en question les conditions extrêmes de développement des plates-formes pétrolifères, des parcs éoliens, de l’exploitation toujours plus intense des ressources naturelles…
On dit que l’histoire ne se répète pas. Mais les géologues le savent, sur des temps très longs, des forces agissent à distance, capables de rouvrir de vieilles failles, ou de les refermer.

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Voilou, le fameux Doggerland  que Margaret a chois comme objet d’Etudes et ou Marc travaille pour des Compagnies pétrolières. Elisabeth Filhol nous n’épargne rien de cette partie de notre globe… j’ai toutefois eu un peu de mal à partager sa « passion » au-delà de la métaphore (une fois ça va, deux fois, pour moi , c’est déjà (presque) trop). S’ajoute à cette métaphore une autre, la chère tempête Xaver ( du 4 au 7 décembre 2013 – comme « enveloppe temporelle » du roman) avec ses rafales de plus de 150 km (et déclenchant une surélévation du niveau de la mer). Il faut dire, E.F. sait décrire des tempêtes et catastrophes (du mésolithique) et la crise écologique (en cours/à venir)… Elle fait cela avec une (très) belle plume, avec parfois des phrases un peu (trop) longues (deux pages)… mais avec une bonne utilisation des virgules….

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Strates (pas seulement géologiques), tensions (en sous-sol ou du côté psychologiques) et forces (des vents et d’attraction)…. quand E.F. évoque la géologie et/ou les forces de la nature elle (sur-)charge les métaphores – elle dit par ailleurs dans un entretien avec Diacritik.com (entretien par ailleurs fort intéressant) :

Quand la psychanalyse est née, à la fin du XIXe siècle, elle a puisé dans le lexique scientifique de son temps, dont celui de la géologie qui est une science jeune. Dans ce roman, quand je parle de structure, de clivages, de strates, de remaniements, j’utilise ces termes au premier degré, puisque je décris des phénomènes géologiques, mais c’est aussi une porte d’entrée qui me permet d’accéder à l’intériorité des personnages, de creuser leur état mental. Il est possible d’avoir ce double usage du vocabulaire météorologique. Et même du langage économique. En évoquant le caractère bipolaire du capitalisme, avec son alternance d’envolées spéculatives et de dépressions, j’évoque aussi le caractère de Marc.

…. et à la fin je me disais : Tout ça pour ça…..

J’ai aimé les premières 20 pages, aimé aussi les 50 dernières – et, je rougis, mais c’est comme ça, j’ai souvent lu – très, très vite, avec une vitesse de lecture dépassant les 150 mots/minutes- quelques passages par trop géologiques ou mésolithiques…

Et je paierai une btl de champagne à (?) si ce livre aura le Prix du Livre Inter cette année... Je suis resté en-dehors, parfois subjugué par la force évocatrice de la langue, mais rebuté aussi parfois par des des descriptions (d’appartements/vêtements/accessoires dont je ne voyais finalement, aveugle que j’étais, pas trop la finalité, le pourquoi…..sauf peut-être pour les dernières 75-50 pages, lors des retrouvailles de Marc et de Margaret après 22 ans….

Sorry de ne pas rendre plus justice au travail de Elisabeth F…..

 

 

 

 

 

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L’envol de « Tous les Oiseaux »

Vu à la MC2 la pièce « Tous les oiseaux » de Wajdi Mouawad (dont j’avais lu il y a qqs années le roman magnifiquement terrible : « Anima »

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4 actes, 4h de spectacle avec un petit entre-acte de 20 minutes… et ça passait comme un vol d’oiseaux.

Actes Sud, l’Éditeur de la pièce la présente ainsi :

Éperdument amoureux, Eitan et Wahida confrontent la réalité historique contre laquelle ils tenteront de résister.

Mais les choses tournent mal sur le pont Allenby, entre Israël et la Jordanie : victime d’une attaque terroriste, Eitan tombe dans le coma. C’est dans cet espace-temps suspendu qu’il recevra la visite forcée de ses parents et de ses grands-parents, alors que les chagrins identitaires, le démon des détestations, les idéologies torses s’enflamment et que les oiseaux de malheur attaquent en piqué le cœur et la raison de chacun. Que sait-on des secrets de sa famille, de quels revers de l’Histoire et de quelles violences sommes-nous tous les héritiers ? Si l’on naît dans le lit de notre ennemi, comment empêcher que l’hémoglobine en nos veines ne devienne une mine antipersonnel…

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Le programme de la MC2 dit :

Eitan est issu d’une famille juive. Wahida est orpheline d’origine arabe. Entre eux naît une histoire d’amour. Quand Eitan décide de présenter Wahida à sa famille, tout bascule : son père s’oppose violemment à leur relation. Cherchant à comprendre sa colère, Eitan se rend à Jérusalem où il est victime d’un attentat. Au fil des événements, les chagrins enfouis ressurgissent, découvrir la vérité devient une nécessité. Avec le poids de l’Histoire, les tentatives de chacun pour continuer à s’aimer se paient au prix fort.

La pièce du libano-québecois Mouawad a été monté à Paris (La Colline) en 2017 je crois) et est (enfin) montrée à Grenoble. Elle y était accueillie dans une salle comble qui a fêté la performance de l’équipe, la force des propos, la mise en scène éblouissante.

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Et pourtant, sa durée, son surtitrage (en français), le mélange incessant des langues (arabe, hébreu, anglais, allemand) avaient matière à rebuter certains. A signaler dans ce contexte, que ces surtitres ont été formidablement (et simplement) intégrés dans la scénographie et font quasiment partie du décor (parfaitement illuminé!), ce qui facilité la lecture, on n’est pas frustré puisqu’elle s’imprime facilement/naturellement au spectateur. (aidé par cela aussi par le talent des acteurs qui parlent – naturellement ! – deux, parfois trois langues…et peuvent passer de l’une à l’autre, selon la personne à laquelle ils s’adressent.

Pour moi, mes amis et aficionados du théâtre c’était une magnifique expérience, dont les échos ont vibrés une partie de la nuit entamée encore….

Un peu plus chanceux que mes voisins (je comprenais bien l’anglais et l’allemand) pour profiter encore davantage (les sous-titres sont souvent réducteurs) du stylo-bistouri de Mouawad pour nous révéler les fractures de l’histoire, d’observer – avec des « fondus-enchainés » (ahh ces premières dix minutes…) , « flash-backs » ingénieux – les rencontres de l’Autre…. et les affres labyrinthiques de réalités vues/vécues différemment selon la perspective qu’on choisit….

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Juifs, palestiniens, allemands, arabes, New York … un tapis bouleversant de destins, de réflexions – parfois acides, brutales, mais drôle aussi et surtout « philosophique » (Mais qui est on ? ) …. Une pièce qu’on doit revoir ou (re)lire pour extirper de cette densité tous les fils et cailloux poétiques qu’on écoute, admire et qui disparaissent sous le prochain cailloux diamant, une langue éblouissante….

Un petit exemple de cette langue parfois dure, glané dans le net – Norah (psy’ et mère de Eitan) dit à Wahida (la jeune « Juliette »): « Tu es mignonne. C’est le visage d’une chienne. Plus celui d’une femme, d’un humain, d’une mère, d’une psy, d’une Juive, d’une Allemande, non. D’une chienne. Prête à mordre pour sauver son monde, et mon monde est en train de se détruire, et je ne sais pas ce qui le détruit. »

La légende de l’oiseau amphibie (qui est citée dans la pièce et résume bien une partie des sujets sous-jacents)

Un jeune oiseau prend son envol pour la première fois au-dessus d’un lac. Apercevant les poissons sous l’eau, il est pris d’une curiosité immense envers ces animaux sublimes, si différents de lui. Alors qu’il plonge pour les rejoindre, la nuée des oiseaux, sa tribu, le rattrape aussitôt et l’avertit : « Ne va jamais vers ces créatures. Elles ne sont pas de notre monde, nous ne sommes pas du leur. Si tu vas dans leur monde, tu mourras ; tout comme eux mourront s’ils choisissent de venir vers nous. Notre monde les tuera et leur monde te tuera. Nous ne sommes pas faits pour nous rencontrer. » Les années passant, une mélancolie profonde le gagne, observant ces poissons sans pouvoir les atteindre. Par une sublime journée où il se rend au lac pour les admirer, un vertige le saisit : « Je ne peux pas vivre ainsi ma vie durant, dans le manque de ce qui me passionne. Je préfère mourir que de vivre la vie que je mène. » Et il plonge. Mais son amour pour ce qui est différent est si grand, qu’à l’instant même où il traverse la surface de l’eau, des ouïes poussent et lui permettent de respirer. Au milieu des poissons, il leur dit : « C’est moi, je suis l’un des vôtres, je suis l’oiseau amphibie. ».  (source : https://www.theatre-contemporain.net/images/upload…)

Une pièce que je recommande absolument (c’est presque du cinéma) !

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Une vie en l’air

Sélection du Livre Inter 2019. 

Une vie en l'air

Présentation de l’Éditeur (Fayard)  

Philippe Vasset, explorateur fervent des marges et les frontières, qui avait préféré dans son dernier roman (La légende, Fayard, 2016) les catacombes de Rome à ses coupoles, remonte dans ce récit des origines à la source de ses premiers éblouissements.
C’est une ligne de béton tendue à dix mètres au-dessus de la Beauce, qui barre depuis toujours le paysage de son enfance.
Elle devait servir de rampe à un véhicule révolutionnaire, un monorail propulsé à 430 kilomètres à l’heure sur coussins d’air : l’aérotrain, invention futuriste née de l’imagination de l’ingénieur Jean Bertin et conçu pour relier, à très grande vitesse, les centres urbains de la France pompidolienne. Si le projet fou de Bertin a fait long feu, cette ruine du futur, elle, est restée debout, absurde, au milieu des champs. Enfant, puis adolescent, le narrateur a fait de ce môle abandonné un domaine, passant des heures, des jours entiers à scruter le paysage comme s’il s’agissait d’un diorama, à observer la vie alentour et les allées et venues en contrebas. Jamais il n’est descendu de ce perchoir. Cette existence suspendue s’est poursuivie pendant trente ans, en parallèle à la vie réelle. Le paysage a changé, le rail aérien s’est effondré en plusieurs endroits mais le narrateur a continué d’habiter la jetée, songeant même à l’acquérir, et à en déclarer l’indépendance. Que faire de la hantise ? Comment vivre habité ? L’écriture peut-elle ressaisir un lieu, et faire d’une retraite un monument ?
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Ce n’est pas un roman – ce qui distingue ces 186 pages – mais plutôt le récit d’une sorte d’enquête qui échappe à toute catégorie ou genre, puisqu’il mélange documents, archives, récits de rencontres et/ou entretiens et surtout, surtout des réflexions sur la question du pourquoi de l’abandon pur et simple d’un projet d’aménagement (« territoire accéléré/ géométrique/liant les villes nouvelles (et les lotissements nés dans leur proximité et cela en parallèle aux lignes de train (et le futur TGV) fou des années 70 dont les vestiges marquent toujours une bonne partie de la Beauce.

http://leblogdepaulo.eklablog.com/l-aerotrain-a114272440

On peut voir le livre (par ailleurs plaisant) comme une invitation à la réflexion sur ce qui nous « habite » parfois, ce côté inexplicable qui surgit au détour d’une vision, ce qui pousse le livre vers la philosophie aussi….

une sorte de philosophie de l’urbanisme ….

Mais en ce qui me concerne, c’est tout. Un intermède de lecture qui change, qui nous confronte à des obsessions d’un autre type matinées aux accents nostalgiques d’un livre de bord d’une vie.

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Retour de flamme

Période très chargée (bcp de travail) + un voyage en Allemagne & une phase de garde de « chics-oufs » – d’ou mon silence tout relatif dans le net….

Belle détente cependant avec ce beau petit film « miroir » sympa.

« El Amor Menos Pensado » (que je traduirai à peu près comme « L’Amour le plus improbable » – ou en anglais « Unexpected love » ) – ce titre a quand-même plus de classe que « Retour de Flamme » qui nous dévoile dès l’entrée dans la salle qu’il y aura un happy-end.

Marcos et Ana – lui enseignant (université), elle cadre marketing. Leur fils part pour des Etudes (et une période sabbatique) en Europe (et le Monde) – Syndrome du « nid vide » aidant, les deux (presque cinquantenaires) – un beau couple

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qui semble rayonner par une entente et complicité tendre forgée depuis une vingtaine d’année de vie commune….-  Le départ du garçon va introduire du vermouth dans cet « idylle » basée, on le comprend peu à peu, aussi sur une accumulation de souvenirs partagés…. et dont le ciment ( l’amour/désir/ projet commun – à part devenir grand-parents…?!) s’est effrité. Etant des personnes droites dans leur bottes ils décident de se séparer…. (fin de la 1ere partie du film, constellé de dialogues dont chacun (qui a une vingtaine – ou plus – d’années de couple dans les pattes) pourra entendre des bouts/moments vécus/entendus.

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Suit une 2e partie  » classique » de comédie amèrement /ironiquement drôle  de la manière dans laquelle les deux (de nouveaux) célibataires vivent leur « liberté ». Il y a les scènes mille fois vues dans les comédies américaines et françaises… mais aussi quelques autres plus surprenantes et drôles….

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La 3e partie sera construite autour du lent rapprochement entre les deux protagonistes, et l’évolution de qqs personnages secondaires (esquissant d’autres modes de (re-)vivre ou de modes Carpe Diem-esques…) – avec une belle finale farpaite pour des romantiques (je vous jure, cela n’est pourtant pas « miel-miel »).

Ce n’est en effet pas dégoulinant parce que les acteurs (Mercedes Morán et Ricardo Darín* – ce dernier pour moi inoubliable dans « Dans ses yeux » de Campanella)

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sont touchants et font oublier que (cinématographiquement parlant) ça ronronne un peu, est un peu trop long dans la 2e partie, mais quelle tendresse (et délicatesse) vis-à-vis des personnages ….

Et attention, ne pensez pas de voir, comme la pub veut nous le faire gober que c’est une comédie …. il y a certes des rires/sourires – le public au « Mélies » a bien marché (mes amis aussi) – mais il y a tant de questionnements existentiels et une trame plutôt « dramatique » (malgré la fin « heureuse » genre Grant-Hepburn).

Je pense que le film ne plaira pas trop aux d’jeunes, mais quand on a (presque) 65 ans et une longue vie de couple (qui souhaite rester « vivant » derrière soi…. je ne peux citer que Le Monde qui termine sa (bonne) critique ainsi :

« Moins que la déliquescence d’une union, c’est la crise existentielle qui saisit les deux protagonistes, à la cinquantaine, qu’interroge le film de Juan Vera. « Que nous reste-il d’exceptionnel à vivre désormais ? », se demandent Marcos et Ana, peu de temps après que leur fils a quitté le nid. Cette quête à vouloir se sentir vivant, alors qu’ils craignent l’ennui, fournit un sujet que le réalisateur s’applique à autopsier à chaque étape de leur expérience, avec la même intelligence qu’il donne à ses personnages. Retour de flamme est un film qui prend le temps. Au risque parfois de provoquer une certaine impatience. La même qui saisit les individus quand l’âge les pousse à vouloir accélérer. »

 

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Chien-Loup – Sélection du livre Inter 2019

Chien-Loup, subst. masc. 

Race de chiens dont l’aspect rappelle celui du loup et qui sont utilisés comme chiens de garde  (tdlf) 

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S. Joncours était déjà présente en 2015 dans la sélection du Livre Inter  et j’avais lu en 2017 « Repose-toi sur moi » (oiur lequel il a reçu l’Interallié – et qui m’a laissé une impression mitigée. Un Clair-obscur que je retrouve là : Une lecture entre chien et loup. Ou : entre philosophie, nature-writing, traité de chiens (et de lions (!), la Grande Guerre et les GAFAM….

Présentation de l’Éditeur (et 4e de couv’)

L’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecœur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cet endroit que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’est imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître. En arrivant cet été-là, Franck croyait encore que la nature, qu’on avait apprivoisée aussi bien qu’un animal de compagnie, n’avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s’entretuaient, avaient cédé la place à des guerres plus insidieuses, moins meurtrières. Ça, c’était en arrivant.

Serge Joncour raconte l’histoire, à un siècle de distance, d’un village du Lot, et c’est tout un passé peuplé de bêtes et anéanti par la guerre qu’il déterre, comme pour mieux éclairer notre monde contemporain. En mettant en scène un couple moderne aux prises avec la nature et confronté à la violence, il nous montre que la sauvagerie est toujours prête à surgir au cœur de nos existences civilisées, comme un chien-loup.

Comme souvent cette 4e de couv’ dit trop (et pas assez).

En réalité, Flammarion (et Joncour) nous offrent deux romans en un – les deux se passant dans un décor (très cinématographique : le Lot (près des Causses du Quercy (probablement –  les villes de Limogne et de Souillac sont citées)…. un en 1914/15 et l’autre en 2017…

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C’est dans une bi-coque de ce genre (celle-ci, moins spacieuse, se trouve dans les Cevennes) que Franck & Lise (parisiens, lui producteur de cinéma ) vont passer 3 semaines (sans wi-Fi, sans réseau…lui à contre-cœur, elle ravie) et à une demie-heure (de voiture) du prochain village.

« il se mit à marcher de long en large pour essayer d’attraper du réseau quelque part, il tenait le téléphone tendu devant lui, comme une télécommande pour rallumer le monde. » (p. 58)

C’est leur vie, leur couple de plus de 20 ans (« On s’aime mais on ne se le dit plus, on s’aime de telle manière qu’il n’y a même plus lieu de se le dire, de le penser… C’est peut-être le stade ultime de l’harmonie, le seuil de la béatitude entre deux êtres, l’amour devenu à ce point naturel qu’il ne s’énonce même plus« ) , l’appropriation de la vie « sauvage » et « nature totale », la rencontre avec un chien (-loup – dénommé Alpha) que nous raconte la partie 2017. Le 2e récit se passe en 1914/15 – et ouvre par ailleurs le roman. Il décrit la vie des femmes d’un village en contre-bas de la bi-coque (les hommes sont montés dans le Nord se faire charcuter dans les tranchées) occasion pour S. Joncour de nous proposer un digest de « Les femmes au temps de la guerre de 14 »  (F. Thébaud)  et d’autres livres traitant de sujets voisins. (j’ai particulièrement aimé le chapitre pp 365 ss qui décrit bien que les femmes redoutaient ce que diraient leurs hommes quand ils reviendraient en découvrant que les fermes et moulins avaient continué de marcher sans eux.. (!)

Bien entendu, S. Joncours ne serait pas l' »Interallié » qu’il est s’il ne reliait pas les 2 axes du roman … Dans la partie 1914/15 il y a aussi un « boche » dompteur de lions – Wolfgang (Wolf = loup) (qu’il cache avec l’accord du maire dans la bicoque… une femme aussi (Josefine – veuve de médecin) …

« Aimer ce n’est pas se rendre compte, aimer ce n’est même pas réaliser que l’on est tendu vers l’autre, sans cesse propulsé vers un déséquilibre tentant. Cet homme pour elle, c’était Ulysse délivré de son périple, c’était Noé affranchi de tout pacte avec Dieu, cet homme c’était l’être le plus libre qui soit.

et il y a toujours la nature (que Lise essayera à capter sur une toile avec ses couleurs) ,

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l’appel de la nature et la sauvagerie de la nature (les Lions, les moutons, les chiens) …  qu’ont copié les GAFAM : (« L’image que Franck se faisait d’Amazon et Netflix, c’était celle de deux prédateurs mille fois plus gros que tout le monde, avec un appétit sans limite, deux super-prédateurs qui comme les loups régulent l’écosystème en éliminant d’abord les proies les plus faibles, les plus petites, les plus vulnérables, avant de s’imposer comme les maîtres absolus du jeu. »)

Toutefois je ne suis, en fermant le livre pas convaincu du développement des deux parties – j’ai aimé le début du couple moderne dans ce « monde sans Wifi », leur manière de vivre ensemble (j’ai été étonné qu’ils ne fassent pas l’amour une seule fois – mais n’est pas Joséfine qui veut)… j’ai aimé certains passages sur la vie des femmes de 1915, le désir naissant de Joséfine (Serge J. sait parler des sentiments) … mais pour moi il y avait trop de redites, des répétitions (au moins 5 fois S.J. nous dit à peu près avec les mêmes mots : « Fernand le maire et Couderc le maître étaient deux références dans le domaine de la raison, deux êtres avisés capables de rationaliser les choses… » (tout en se limitant à cette caractérisation schématique du maire qui doit faire face à la population de son village – je rappelle : des femmes, des vieux, des « Simplets », enfants et/ou des réformés), un trop plein de descriptions de la difficulté de marcher sous 35/36°C dans la nature sauvage…. j’avais envie que ça avance, un peu de rythme, mec, je pensais … et les quelques moments/passages qui laissaient entrevoir ou s’apparentaient à un thriller tombaient rapidement à plat – greffés trop artificiellement sur le récit (ahh les deux partenaires parisiens…. »jeunes loups » du ciné voulant s’acoquiner avec Netflix…) – ou plutôt se terminent, après avoir prévenu le lecteur à maintes reprises, en deux-trois mouvements comme si le robinet de verve était fermé.

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Ce qui était bien par contre, la lecture m’a permis de rafraîchir mon vocabulaire loupien:

Entre chien et loup / Loup-garou/ cul-de-loup (= endroit reculé)/ avoir vu le loup (= avoir affronté des dangers/ ou fam. avoir perdu sa virginité (!))/ tenir le loup par les oreilles (=Se trouver dans une situation critique; être prêt à s’emparer d’un malfaiteur, à écarter un danger)/La lune est à l’abri des loups. (=Les personnes haut placées n’ont rien à craindre)/Vieux loup (=personne d’expérience, habile/rusée) /Qui se fait brebis, le loup la mange/Faire entrer le loup dans la bergerie/L’homme est un loup pour l’homme/Jeunes loups

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El Reino

Film espagnol de Rodrigo Sorogoyen (déjà remarqué par « La Isla Misma » et « Que dios nos perdone »  (Goya 2019 : meilleur réalisateur , meilleur scénario original ainsi que meilleur acteur – qui d’ailleurs est sur presque tous les plans…)

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Vox populos vs Corruptio

Synopsis de chez allociné :

Manuel López-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu’il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal…

Film assez habile et haletant avec un « épilogue » qui à l’arrêt sur image de la fin a déclenché quelques applaudissements dans la salle.

Toutefois, à quelques jours du visionnage, je me sens un peu mi-figue-mi-raisin.

Ça débute en mode Scorcesien – un plan séquence débouchant sur une table et un repas d’amis-collègues du parti….(sur fond d’une musique genre « 120 battements »… avec un rythme d’un cœur qui pulse)… repas d’ou on sort un peu groggy, parce qu’on ne comprend quelques bribes et n’est pas encore habitué aux divers personnages.

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Ensuite la pelote de fils d’aciers sera défaite peu à peu et certains fils se resserreront de nouveau avec la survenance d’une affaire de corruption sur l’autel de laquelle le parti souhaitera sacrifier Manuel L.V., les fils d’aciers l’étranglent ….. Et le spectateur, de plus en plus sur le qui vive assiste à la manière avec laquelle Manuel essaie de s’en sortir, sauver ses acquis (sur 15 ans de corruption quand-même….!) sans laisser trop de plumes ou au moins tout en tirant dans le trou béant l’ensemble de la clique politique et économique. Rythme assez soutenu à frénétique ce qui va créer un maelstrom d’actions plutôt ingénieuses (tout en capotant souvent), actions que Rodrigo Sorogoyen monte comme un véritable thriller… qui devient toutefois un peu mécanique et se limite à la pure action-réaction (à haute tension quand-même) de laboratoire (de souris pas si blanches que ça) et n’est jamais approfondi par une réflexion … on en sort avec la confirmation de l’idée : « tous pourris » (déjà ou dans un avenir proche) …

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La « finale » – une interview à la TV face à une journaliste que Manuel L.V. croit avoir dans sa poche – interview au cours duquel il souhaite divulguer le contenu de cahiers dans lesquels sont enregistré tous les pots de vins distribués – sera un beau moment tendu.

Après (dans les dernières 45 minutes) de très belles scènes de course, de poursuites (à montage – toujours – nerveux),  cet interview est filmé de manière tendue mais calmos, aux gros plans, jouant avec les codes de la TV genre BMTV  et le film s’arrêtera sur une question estocade – C’est la première fois dans le film qu’on entend des notions telles que « morale » et/ou « honnêteté  » (qui par ailleurs font penser le spectateur français aux affaires de Cahuzac et/ou de Fillon) … Clap de fin – et applaudissement au cinéma « Le Club » ).

Un film efficace, assez bavard, avec des sous-titres de qualité moyenne (j’ai encore quelques restes d’espagnol – qui n’ont toutefois pas suffi à combler tous les trous laissés par les sous-titreurs). Un film adrenalique qui laisse (à mon goût) malheureusement un peu trop de côté le soubassement de la morale ou d’une idée politique ou de révolte face aux entrelacs « mafieux » des mondes politiques et des affaires – comme l’a fait dans le temps un certain Francesco Rossi p.ex. pour que moi je puise parler d’un « chef- d’oeuvre ».

 

 

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Arcadie

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Arcadie/Arcady….

Le livre se trouvait dans la sélection pour le Prix Le Monde 2018 et se trouve aujourd’hui dans celle de France Inter. C’est le 11e livre de Emmanuelle Bayamack-Tam à ce jour (et je n’en avais lu aucun)

« Omnia vincit amor » (l’amour triomphe de tout)

Présentation de l’Éditeur :

La jeune Farah, qui pense être une fille, découvre qu’elle n’a pas tous les attributs attendus, et que son corps tend à se viriliser insensiblement. Syndrome pathologique ? Mutation ou métamorphose fantastique ? Elle se lance dans une grande enquête troublante et hilarante : qu’est-ce qu’être une femme ? Un homme ? Et découvre que personne n’en sait trop rien. Elle et ses parents ont trouvé refuge dans une communauté libertaire qui rassemble des gens fragiles, inadaptés au nouveau monde, celui des nouvelles technologies et des réseaux sociaux. Et Farah grandit dans ce drôle de paradis avec comme terrain de jeu les hectares de prairies et forêts qu’elle partage avec les animaux et les enfants de la communauté qui observent les adultes mettre tant bien que mal en pratique leurs beaux principes : décroissance, anti-spécisme, naturisme, amour libre et pour tous, y compris pour les disgraciés, les vieux, les malades. Emmanuelle Bayamack-Tam livre un grand roman à la fois doux et cruel, comique, et surtout décapant, sur l’innocence et le monde contemporain. Farah, sa jeune héroïne, découvre l’amour avec Arcady, le chef spirituel et enchanteur de ce familistère. Elle apprend non seulement la part trouble de notre identité et de notre sexualité, mais également, à l’occasion d’une rencontre avec un migrant, la lâcheté, la trahison. Ce qui se joue dans son phalanstère, c’est ce qui se joue en France à plus grande échelle. Arcady et ses ouailles ont beau prêcher l’amour, ils referment les portes du paradis au nez des migrants. Pour Farah c’est inadmissible : sa jeunesse intransigeante est une pierre de touche pour mettre à l’épreuve les beaux principes de sa communauté. Comme toutes nos peurs et illusions sur l’amour, le genre et le sexe.

C’est dans un ancien internat pour jeunes filles reconverti en « maison du jouir » (cela rappelle la dernière demeure de Paul Gauguin, non ?) appelé ici « Liberty House ».

Wooden lintel, Maison du Jouir, Paul Gauguin Cultural Center, Hiva Oa, Marquesas Islands, French Polynesia

Farah (ni fille – syndrome de Rokitansky, ou MRKH, ni garçon et pas ce qu’on appellerait une beauté – même s’il y en a qui l’appellent Farah Diba ou Farah Facette (Fawcett) tandis que d’autres y voient plutôt du Sylvester Stallone (hem…!) ou George Michael  (Farah, Farrrraaahh!!..)

(Un morceau de G.Michael pour vous mettre dans l’ambiance/la tonalité du livre – au moins jusqu’à la page 300 environ ?!)

Farah donc est le narrateur/la narratrice de ce drôle de roman « dystopique », roman qui se distingue à part d’une imagination débridée et d’une écriture pas commune, traversée de dix-mille de références (reconnaissables), aérée d’une ironie (sarcastique parfois du haut des 15/16 ans de Farah) et qui peut être très, très drôle parfois. Cette drôlerie qui vous bouscule (ébranle vos certitudes et met en « branle » (ahh ces polysémies)  votre ciboulot (ou margoulette).

Farah, troisième sexe/shemale/transgenre/hermaphrodite/ladyboy, à la langue verte bien pendue nous fait participer à ses (d)ébats pas très classiques …

« …je prélève prudemment un peu de sperme et porte les doigts à mon nez. L’odeur résineuse et ambrée d’Arcady a laissé place à des effluves fades et finalement familiers : – Ça sent le châtaignier, non ?  …… – Ah bon ? Il ne s’y connait pas plus en fleurs qu’en littérature, je le vois bien, mais je lui pardonne parce que sa spécialité, c’est l’humanité. Ou l’amour. Ou encore l’amour de l’humanité, ce qui est bien plus rare et bien plus méritoire que n’importe quelle certification en botanique. » (p. 183)

Toutefois avant de nous narrer ces joies de la chair, elle/il nous fait passer par la découverte de ses parents, de la communauté et surtout de son corps, fait part de ses interrogations (est-ce que je suis un homme ou une femme ou les deux ? Qu’est-ce un homme / une femme…). Elle/il sera défloré par Arcady, l’autre bizarrerie de ce livre.

C’est le chef-gourou aux « discours herbivores »  (« quinquagénaire charismatique qui ne se réclame de l’amour que pour mieux baiser les jeunettes« ) de cette quasi-secte qui vit dans une zone « blanche » close sans ondes électromagnétiques, ni perturbateurs endocriniens ou d’autres polluants invisibles, sans FB ni Whatsapp ou jeux vidéos, situé à la frontière italo-française….ou les habitants considèrent l’amour physique (à 2 ou 3) – consenti librement ! – comme aussi simple, normal et libre que de manger un sandwich (végan) ou de boire un jus de pomme bio.

Tout ça est loin de la bien-pensée parfois moralisatrice de notre époque et devient souvent caustiquement drôle. Au moins jusqu’à l’introduction dans ce monde d’un migrant (noir-noir – prénommé Angossom (ou Vendredi) qui va ouvrir les yeux sur les faux-semblant du « monde parfait » de cette communauté … (vers la page 300) et constituer le « tournant » de ce roman.

« Nous voici de nouveau embusqués près de l’étang, à guetter l’apparition d’Angossom, ce moment qui le verra émerger de la ligne légère des frênes et des saules, d’abord semblable à eux, puis détachant ses chairs des leurs, s’avançant jusqu’à l’étang laqué par la lune pour y refléter son ombrageuse beauté de cygne. Et ça ne loupe pas, là au moins pas de déception, il arrive à petites foulées et se déshabille du même élan, envoyant vers nous, par intermittence, des effluves tièdes, mâles, musqués. Histoire de vérifier si je sens encore la fille, j’envoie discrètement le nez sous mon aisselle : mais là aussi, mes glandes commencent à semer le trouble et à mettre des signaux perturbants. On n’est jamais si bien trahi que par soi-même – par soi-même en général, et par son corps en particulier. » (p. 318)

Lacs-Rivieres-Avellan-Frejus

Tout le style de E.B-T est dans ce petit extrait – et le roman entier est ainsi fait : belles descriptions, pleines d’allitérations qui donnent envie de lire à haute voix (ligne légère des frênes/ l’étang laqué par la lune…), glissement vers du langage parlé  limite argot (« ça ne loupe pas », la surprise (le nez sous l’aisselle)….  Le Monde (cité par l’Éditeur sur ses pages)  le dit dans de bien meilleurs termes que moi :

La langue n’est pas la moindre des jouissances dans ce roman. Avec virtuosité, l’écrivaine butine ses mots chez Mallarmé, Emily Dickinson, et jusqu’à James Ellroy. Elle explore le décalage entre les envolées élégiaques virgiliennes d’une Farah «interdite face à tant de beauté » et un argot prosaïque, mais tout aussi poétique dans sa brutalité rocailleuse. Son style enivrant recèle une folle puissance d’incarnation et fait jaillir, ici, les paons et les femmes alanguies de Gauguin, là, un paysage qui s’ébroue après l’orage « jusqu’à ce que le monde ne soit plus que prairies vaporeuses, écorces fumantes, sonnailles cliquetantes à l’encolure des bêtes, poudroiement radieux du soleil, pur bonheur d’être en vie et d’être jeune ». Fêtant la beauté du monde et des hommes, même les plus décatis, le roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam célèbre les noces de l’écriture et de la vie. C’est peut-être plutôt par là que demeure, euphorique et vibrante, l’utopie arcadienne.

Un véritable tour-de-force ce roman, qui était toutefois pour moi un peu « too much », avec un « trop plein » de logorrhée que j’ai trouvé drôle au début (il y a ce côté Zazie (Queneau) [esprit critique, lucidité, réflexion langue, naïveté, répartie – et Zazie était un « garçon manqué »] ou ce côté Gabacho (A. Xilonen) qui surprend et captive) mais que j’ai eu du mal à digérer comme après un repas trop copieux. Ce que j’aime dans un livre c’est (aussi) quand il y a des « silences » des « vides » (ou « ellipses » ) qui m’obligent de faire mon propre « cinéma ».

Le livre se trouve absolument dans le premier carré de la sélection mais n’est pas  – au moment ou j’écris ces lignes – mon préféré (c’est toujours « Les Enténébrés »).

 

 

 

 

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