La sénilité de Vladimir P.

Un autre livre lu dans le cadre de la sélection de livres pour le Prix Caillé.

9782258135048

Traduit par Laura BOURGEOIS

Présentation de l’Éditeur :

Pots-de-vin, Bakchichs et vodka !

Dans un futur proche, reclus dans une luxueuse datcha de la campagne moscovite, l’octogénaire Vladimir P. délire, s’imaginant encore président. Le vieil homme entretient de longues conversations avec ses ex-complices : les oligarques qui l’ont porté au pouvoir et les anciens du KGB.
Entouré vingt-quatre heures sur vingt-quatre par une kyrielle de domestiques tous plus corrompus les uns que les autres, Vladimir pourrait bien finir sur la paille. Seul Nikolaï Ilitch Cheremetiev, son infirmier, ne profite pas de lui. Mais le monde du brave homme s’écroule lorsque son neveu Pavel est jeté en prison pour avoir critiqué le régime. Si sa famille ne paie pas l’énorme caution demandée contre sa libération, le sort du garçon est scellé. Inspiré par l’ancien politicien qui, entre deux crises hallucinatoires, revit ses moments de gloire, Nikolaï se lance dans l’art du chantage et de la magouille.
Un roman à l’humour corrosif et politiquement incorrect !

« Michael Honig a eu une idée de génie et l’a réalisée d’une façon […] complètement dingue […]. L’auteur nous livre avec style une comédie burlesque mais aussi une satire de la société. » The Independent

http://www.pressesdelacite.com/livre/litterature-contemporaine/la-senilite-de-vladimir-p-michael-honig

[Pour la complétude : le livre a été également traduit en allemand : Titre « Mächtig senil » Die unglaublichen Pflegejahre des Wladimir P. (un jeu de mot (très frappé par la sénilité, mais en sous-texte un brin de « avec (encore) du pouvoir » « les incroyables années de soins de Wladimir P.]

Le nom de l’auteur (Michael Honig) est un pseudo – pas étonnant quand on on lit dans ce petit roman assez mordant et satirique les arcanes d’un système caractérisé par la corruption, du chantage, marché(s) noir(s), trafic de tous genres. La sénilité, l’Alzheimer de V.P. imaginée par M.H. offre la porte à tous dérapages de la part du personnel.

La 4e de couv’ nous promet d’humour … j’ai parfois souri devant l’ironie mordante et la béatitude genre  Le Brave Soldat Chvéïk, mais malheureusement il y avait qqs longueurs/répétitions du quotidien des protagonistes ainsi qu’une fin assez prévisible pour ne pas avoir été transporté outre-mesure.

 

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Ima-nu-ages dans le Vercors

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Le ciel n’a pas chômé ce dimanche avec ses beaux dessins. Moi non plus !

Pour échapper aux 34°C annoncés à GRE sortie dans le Vercors à Gresse-en-Vercors.  Avant d’y arriver – assez tardivement, contrairement aux habitués du genre de rando, arrêt à Monestier :

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Départ de la rando de 5h (environ) – 3h aller- 2h de retour pour un dénivelé de 1100 m (mais oui, il faut ça pour échapper à la chaleur….) – Pour randonneurs confirmés/difficulté moyenne.

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Objectif : le pic des rochers à gauche de la pancarte : le Grand Veymont.

ça monte assez fortement, mais grâce au vent, fort notamment à partir du bas du Pas de la Ville

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on oubliait (un peu) la chaleur. (mais bu 2 litres d’eau….)

Une fois en haut – vue sur le plateau du Vercors

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et surtout, surtout sur le Mont Aiguille !

Toujours un spectacle saisissant.

Retour environ une demi-heure après l’arrivée….

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en croisant – deux attelages d’ânes et – un couple de bouquetins (la mère et son petit ?) pas farouches du tout :

Au retour à GRE – un peu k.o. et content d’avoir échappé un peu à la fournaise (qui va durer toute la semaine en cours….mais cette fois-ci le boulot me retiendra, je ne pourrais pas m’échapper.

Quelques « guides » :

Bivouak.net dit de cette rando :

Départ dans les prés à coté des pistes de ski, puis à l’ombre dans la forêt. Suit une ascension assez physique dans les pierriers jusqu’au pas de ville.
Au pas de la ville, prendre le sentier à gauche.
Arrivé sur le plateau du Vercors, les efforts sont largement récompensés.

https://www.visorando.com/randonnee-le-grand-veymont/-2

En plus d’être la cime la plus élevée du Vercors, le Grand Veymont peut se targuer de quelques autres atouts : site pour l’observation des vautours, domaine de rencontre avec les bouquetins, belvédère privilégié sur la Réserve Naturelle des Hauts Plateaux du Vercors, et on en passe… bref, une classique indémodable toujours aussi riche en découvertes.

Itinéraire

Du parking, remonter le « sentier central » à travers les grands champs qui servent de pistes de ski de fond en hiver. Après environ 750 m, on entre en sous bois et le chemin se raidit à plusieurs reprises. On poursuit ainsi par un cheminement assez rectiligne qui finit par dessiner quelques lacets à l’approche de la sortie de la forêt. En sortant, remonter un beau pan herbeux incliné pour rejoindre au dessus un poteau directionnel marquant la croisée du sentier central et du balcon Est. Continuer vers le haut sur un terrain assez vallonné et remonter jusqu’au Pas de la Ville (1925 m) alors bien visible, par une pente encombrée de nombreux pierriers et se redressant franchement avant de déboucher à l’échancrure du Pas.

Quitter le sentier central et remonter plein Sud par une bonne trace en bordure des barres rocheuses de la face Est des contreforts du Grand Veymont. Après le franchissement d’un couloir bordé de rochers, on sort dans la prairie caillouteuse de la superbe pente Ouest du Veymont. L’itinéraire continue alors par le haut de cette pente plus ou moins en bordure de la falaise pour gagner le sommet du Grand Veymont à 2341 m.

La descente s’effectue par le même itinéraire.  http://www.grenoble-montagne.com/balade/57/779-grand-veymont-par-le-pas-de-la-ville.htm

 

 

 

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Le contorsionniste

Lu dans le cadre de la présélection de titres pour le prix Caillé

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Roman américain de Craig Clevenger, traduit de l’anglais par Théophile Sersiron

« Une fois j’ai dit à une fille que je voulais être contorsionniste. J’avais vu un type à la télé quand j’étais petit, plier, tordre, déformer son corps dans une boîte scellée. Quand ils ont ouvert la boîte, il est sorti en rampant doucement comme une étrange créature s’extirpant de son œuf, tous les os intacts et la respiration normale.
Je ne saurais pas l’expliquer, mais pour moi c’est ce qui se rapproche le plus de ce que je fais. » (p.69)

Présentation de l’Éditeur Le Nouvel Attila

Un homme se réveille un matin dans un lit d’hôpital, victime d’une overdose, sous un nom qui n’est pas le sien. Daniel Fletcher a déjà vécu cette situation, mais la dernière fois il s’appelait Christopher Thorne, et la fois d’avant Eric Bishop…

Faussaire de génie traqué par les hôpitaux psychiatriques, la police et la mafia, le héros endosse pour leur échapper des identités à l’infini. Pour chacune d’elles, il fabrique des preuves nouvelles : noms, papiers, adresses postales, et jusqu’à ses souvenirs… Une fuite en avant qui va vite s’enrayer.

À mi-chemin de Fight Club et de Memento, ce récit d’un homme qui se fuit est un très beau texte sur le corps et le vertige de l’identité.

Il y a aussi un peu de « Usuel Suspects » et/ou toute proportion gardé de « Trainspotting ». Monologue d’une précision diabolique, parsemé d’écarts un peu « trash », qui va de l’obscure vers la quasi-lumière, et constellé de dialogues parfois plus vrai que nature.

On apprend la/les technique(s) de se fabriquer une/des identité, en commençant par les noms….,

« Vous devez disparaître. Vous pouvez peut-être trouver quelqu’un de votre âge, avec la même disposition que vous, sans famille, sans amis ni casier judiciaire et à l’article de la mort, prêt à vous vendre son nom pour quelques billes. Mais c’est peu probable. Alors il vous faudra commencer par le commencement.
Trouver un nom. Fouillez les pierres tombales, les notices nécrologiques, les vieilles bibles de vide-greniers. Trouvez quelque chose qui soit ressemblant mais pas évident, qui se remarque mais qui s’oublie : Norton, Dillon, Harris. »

la manière de fabriquer des « vieux » diplômes, justificatifs, papiers etc…. Le monologue et/ou les entretiens avec le(s) psy ainsi que – dans un tout autre style « clinique » – les rapports de séances par les mêmes psy vous entraînent dans les arcanes de la tête d’un (peut-on dire ?) malade (d’amour) d’une intelligence exceptionnelle.

On se laisse bien (et avec plaisir) embarquer par C. Clevenger dans une sorte de roadmovie-sur-place à travers une Amérique loin du grand rêve …(une bonne partie se passe dans des institutions et/ou en prison…)

La BO du livre contient à part « Take Five » (Brubeck) également

Sugar Mountain (Neil Young)

« J’ai mangé, me suis versé un verre de bourbon et j’ai passé « Sugar Mountain » en boucle, en souriant seul dans le noir. » (p. 262)

Un bon petit bouquin d’un Éditeur que je ne connaissais pas.

 

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Et voilà pourquoi l’allemand met le verbe à la fin

Une fois n’est pas coutume. Voici un article « liké » par une amie-collègue sur FB. Je l’ai copié du site du quotidien suisse « Le Temps » https://www.letemps.ch/culture/2012/09/24/voila-lallemand-met-verbe-fin

(Si vous avez 10 minutes – cela vaut son pesant de cacahuètes)

Et voilà pourquoi l’allemand met le verbe à la fin

C’est dans la syntaxe que se joue le choc, jubilatoire, des univers mentaux. La démonstration de Heinz Wismann, philosophe allemand à Paris, auteur de «Penser entre les langues». Dans un français parfait

Le Temps: Dans votre livre* «Penser entre les langues», vous écrivez, à propos du «Hochdeutsch»: «Cette langue qui, pour être parlée, suppose que les locuteurs soient libérés de la contingence des affects.» C’est exactement l’argument avancé par les Alémaniques pour défendre leur emploi du dialecte. Les Allemands parlent-ils donc aussi le dialecte en famille?

Heinz Wismann: Par Hochdeutsch, on désigne la langue allemande codifiée, imposant le respect strict de ses règles syntaxiques. Et j’observe qu’à partir du moment où, entre deux locuteurs, l’affect s’en mêle, où la tonalité de l’échange devient plus familière, la syntaxe est malmenée. Mais cela ne veut pas dire que tous les Allemands parlent en famille un dialecte comme en Suisse. De fait, la plupart du temps, ils parlent une langue intermédiaire, volontiers teintée d’inflexions dialectales mais, surtout, syntaxiquement en rupture avec le carcan du pur Hochdeutsch, qui est terriblement contraignant.

– Pourquoi l’est-il?

– Le français place le déterminant après le déterminé: «Une tasse à café». En allemand, c’est l’inverse: Eine Kaffeetasse. Si vous appliquez ce principe à la structure de la phrase, vous obtenez une accumulation d’éléments chargés de déterminer quelque chose qui n’est formulé que plus tard. De la part du locuteur, cela demande une discipline de fer. C’est pourquoi les présentateurs des informations télévisées lisent en général leur texte: il est malaisé d’improviser correctement en Hochdeutsch. Par ailleurs, cette structure syntaxique limite la spontanéité de l’échange car elle oblige l’interlocuteur à attendre la fin de la phrase pour savoir de quoi il est question. D’où les remarques critiques de Madame de Staël sur l’impossibilité d’avoir une conversation en allemand…

– … parce qu’on ne peut pas interrompre un Allemand qui parle. Est-ce cela, le propre de la conversation: interrompre son vis-à-vis?

– Aux oreilles d’un Allemand, les Français sont des gens qui parlent tous en même temps. Mais s’ils peuvent se permettre de s’interrompre, c’est parce qu’ils évoluent dans une structure syntaxique où l’essentiel est posé d’emblée et l’accessoire suit. Ainsi, le «gazouillis» des salons français vanté par Madame de Staël consiste à emboîter le pas à celui qui parle comme on relance un ballon, à faire circuler la parole dans un esprit de connivence.

– Mais d’où vient la rigidité de l’allemand? Est-ce du fait que, contrairement à la plupart des idiomes européens devenus langues nationales, le «Hochdeutsch» n’était pas, à l’origine, une langue parlée?

– L’histoire du Hochdeutsch est compliquée. Elle puise son origine dans la traduction des Evangiles par Luther. On a bien affaire à la grammaticalisation d’un dialecte, mais à l’aide du grec ancien. On peut dire, pour faire court, qu’avant d’être adopté comme langue nationale, le Hochdeutsch a été une langue littéraire, puis administrative, mais pas vraiment parlée.

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– Chaque langue, écrivez-vous, véhicule un rapport particulier au réel. Et l’instrument privilégié de ce «vouloir dire», c’est la syntaxe. Que «veut dire» cette bizarrerie allemande qui consiste à placer le verbe à la fin de la phrase?

– Elle dit que le verbe est essentiel. Elle indique que l’action verbale, élément ultime de la chaîne des déterminations successives, porte l’ensemble de l’énoncé. Par contraste, la phrase latine est conçue à partir du sujet, sur lequel s’appuie le reste de l’énoncé. Il y a un rapport d’équivalence avec l’attribut, qui s’accorde en genre et en nombre: «La femme est grande.» Entre les deux, l’«auxiliaire» joue un rôle subalterne de copule. En allemand, le verbe est beaucoup plus puissant. On dit «La femme est grand», ce qui suppose quelque chose comme un verbe «grand être» où ce qui en français est attribut revêt une fonction adverbiale. On retrouve cette différence fondamentale dans la notion même de «réalité»: la «res» latine est une entité nettement circonscrite, distincte, à la limite immobile. La Wirklichkeit provient du verbe wirken, agir. Elle correspond à une réalité essentiellement dynamique. Certes, on peut aussi dire Realität en allemand, mais seulement pour constater un état de fait, le plus souvent assorti d’une nuance de regret: les rides qui se creusent sur mon front sont une Realität, pas une Wirklichkeit. On a affaire à deux univers mentaux, qui mettent l’accent l’un sur le mouvement, l’autre sur la localisation.

– Mais la langue ne crée pas ex nihilo notre rapport au réel: d’où vient cette différence?

– Schématiquement, on peut dire que le principe de spatialisation est central dans les régions où le soleil est mâle et la vue dégagée. C’est le cas des pays latins. En Allemagne, au nord en général, la brume voile la perception visuelle. Dans la forêt profonde surtout, c’est l’ouïe qui domine. L’oreille guette les bruits, qui évoluent d’un instant à l’autre.

– Toutes les langues du nord ne mettent pas le verbe à la fin…

– Disons que l’allemand est la langue qui a poussé à l’extrême son propre principe de cohérence. Prenez l’horizon métaphorique du mot «appartenance»: en français, il évoque un appartement. En allemand Zugehörichkeit contient le verbe hören, entendre: on appartient à un groupe si l’on est capable d’entendre son appel. Le rapport au réel passe par l’ouïe. C’est pourquoi la musique constitue l’une des contributions principales des germanophones à la culture universelle. Avec la philosophie spéculative, qui est son corollaire. La «logique» hégélienne peut en effet être lue comme l’équivalent d’une phrase allemande ininterrompue alignant tous les éléments possibles du verbe «être». On retrouve le même souci d’exhaustivité dans le traitement du thème musical (Durchführung) de la sonate clas­sique.

– Les Allemands seraient plus portés sur l’action que les Français?

– Ils ont vraiment, je crois, une plus grande capacité à se projeter vers l’ailleurs. On le voit sur la scène économique mondiale, où ils sont très présents. Pourquoi les industriels français sont-ils si faibles à l’exportation? Ils sont trop bien dans l’«Hexagone», cet espace parfait!

– Vous dites également du français que c’est une langue «allusive» et «compactée». En cela, elle est donc sœur jumelle de l’anglais, qui devrait pourtant être plus proche de l’allemand…

– L’anglais a en commun avec le français d’avoir été façonné par l’usage de cour. D’où son caractère idiomatique: lorsqu’on demande pourquoi, en anglais, telle chose se dit de telle manière, on vous répond «parce que c’est comme ça». Il n’y a pas de règle, il faut maîtriser la convention, laquelle change selon le milieu où se reflète la hiérarchie sociale. Le français, à un degré moindre, a ce même caractère idiomatique, l’allemand pas du tout: socialement, c’est une langue nettement plus égalitaire.

– Mais pourquoi dites-vous que le français est «compacté»?

– Le propre du courtisan, c’est de parler des choses «à bon entendeur». La grande prouesse de La Princesse de Clèves consiste à évoquer une passion amoureuse sans jamais la désigner explicitement. La conséquence de cette culture du demi-mot est que, de Montaigne à Madame de La Fayette, des dizaines de milliers de vocables ont été abandonnés. Racine écrit ses tragédies avec mille cinq cents mots. «Ardeur» lui sert à désigner une foule de choses différentes, de l’amour à la haine en passant par le courage au combat. C’est ce qui fait dire à certains que le français est la langue européenne la plus proche du chinois.

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– Quand on colle aux choses, on ne voit rien, seule la distance rend lucide, écrivez-vous: être bilingue, ça rend intelligent?

– Chaque langue portant en elle un reflet du réel, quand je décolle de la mienne pour aller vers une autre, j’enrichis ma capacité à percevoir de la réalité. Je me donne une chance de développer une intelligence réflexive, c’est-à-dire d’aller voir ailleurs et de revenir enrichi de ce que j’ai compris en m’écartant de moi. J’oppose cette attitude au syndrome identitaire, qui est la forme la plus stupide de l’affirmation de soi: on est fier de n’être que ce que l’on est. C’est très appauvrissant.

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– Mais rassurant, car pour prendre de la distance, il ne faut pas avoir peur de tomber…

– Bien sûr que c’est rassurant, et les populismes de toutes espèces exploitent aujourd’hui honteusement cette tendance naturelle à vouloir rester entre soi. S’éloigner est toujours «une petite douleur», comme dit Hegel dans ses récits pédagogiques. Mais il insiste sur les gratifications bien plus grandes, à la fois intellectuelles et affectives, que procure l’expérience du retour. Il recommande donc de fonder l’enseignement sur l’approfondissement de cette expérience, pour laquelle les langues étrangères, y compris les langues mortes, jouent un rôle essentiel.

– Mais pourquoi une telle régression identitaire aujourd’hui?

– C’est comme si les gens ne trouvaient pas d’autre moyen de résister à la mondialisation. On vit dans un monde très ouvert, mais c’est une fausse ouverture car notre perception de l’ailleurs passe généralement par un filtre unique: celui du «globish», cette langue de service, dénuée de toute dimension connotative, qui réduit à la portion congrue notre rapport au réel. L’anglais international ne reflète guère que l’univers des marchan­dises.

– Vous êtes contre toute idée de langue unique?

– Oui. La nostalgie d’un paradis pré-babélique est très régressive. Le principe de vie, c’est la différenciation: vive la prolifération des langues!

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– Le plurilinguisme n’est-il pas le privilège d’une élite?

– C’est un privilège auquel tout le monde a droit. Sous prétexte de démocratisation, l’école d’aujourd’hui abaisse son niveau d’exigence et, ce faisant, creuse l’écart social. Elle n’a aucune excuse pour ne pas jouer son rôle, qui est d’arracher les enfants au monolinguisme infantile afin de leur donner accès à d’autres univers mentaux.

* «Penser entre les langues» de Heinz Wismann, Ed. Albin Michel, 312 p.

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V.I.P.

 

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La « Gratitude » (autrement dit « les remerciements » ) de Laurent Chalumeau à la fin de son exquis roman « V.I.P. » dit déjà tout  sur ses « influences » : « Et puis, cette fois de mécano à mécano, un grand merci à Garnier, DOA et Despentes »

En effet, il y a un peu de Virginie Despentes dans ce roman, pourtant l’humour de L.C. est à des km-lumières de l’auteure de Subutex …

Premier roman que je lis de cet auteur (déjà plus de 13 romans ! à son actif) – eh ben, quelle surprise. Çà dépote – et c’est inspiré « du monde réel » – mais en même temps cela fait se marrer (Chalumeau était un des auteurs des sketchs d’Antoine de Caunes chez la chaîne désormais bollorienne Canal+) avec une intrigue au départ genre film Pleins pouvoirs (Clint Eastwood)…ou d’un film de Brian de Palma. Je m’explique :

Prenons un photographe paparazzi, Patrice Corso (pour la presse genre « Closer »). On l’informe qu’une actrice attendrait son nouvel amant. Notre cher paparazzi va s’installer dans un immeuble en face de celui de l’actrice, et va (vouloir) voir/filmer le rdv, mais une fois installé son matériel a) deux cambrioleurs font les tiroirs de l’appart, b) l’actrice arrive et les deux lascars c) vont vouloir abuser d’elle (on s’y croit dans les descriptions) d) arrive le gardien de corps de l’amant et e) ensuite l’amant lui-même – personne d’autre que le Président de la République, casque de moto à la main !  Et ce Président-là qui ne ressemble bien évidemment en rien à celui auquel vous avez pensé va zigouiller TOUT LE MONDE et se barrer. Il s’en suivra un nettoyage via une désinformation dans la presse et qqs autres morts.

« L’idée du premier chapitre de mon livre m’est venue quelques mois après la parution de certaines photos, mais la passerelle s’arrête là, ça n’est pas un roman à clef« , nous explique Laurent Chalumeau dans un entretien.

Donc reprenons, notre cher paparazzi a filmé & photographié le carnage – la question se posera : « j’oublie ce que j’ai vu ? » ou « Je la divulgue ? » …. son choix sera déterminé par le traitement médiatique de l’affaire qui tournera pas du tout comme on s’y attend. Il y’aura donc encore des morts et seul le travail formidable ou plutôt l’éthique inébranlable de deux femmes (la juge d’instruction Evelyne Gezenhoff et Doro qui va bientôt passer le concours pour devenir Technicienne de police scientifique, le garde juste au-dessus du sien  va être une lumière dans le monde obscur.

Je ne vais pas spoiler l’intrigue donc je ne fais que vous inviter à lire cette rafraîchissante prose (loin, loin des Codes du Petit Robert et/ou de la prose d’un Del Amo)

Un petit extrait pour illustrer le style très Elmor Leonardien, un peu Pulp, un peu trash, mais toujours prêt à parler le langage très politicard des conseillers de la Présidence, le parler juridico-policier (les faits et que les faits) – c’est sur ces changement de tons que j’ai ressenti la parenté d’avec la Despentes.  Si vous n’aimez pas, ne lisez pas ce livre, mais si oui, vous allez vous régaler parce que ce n’est que l’apéritif avant la présentation d’une galerie de personnages bigger than life, loufoques et pourtant ancré dans une réalité pas cholie-cholie.

« Patrice déteste à mort cette sale pétasse qui lui a fait plusieurs procès et les a tous gagnés, les juges de la 17e chambre du TGI de Paris chaque fois condamnant non seulement la revue – Voici, Closer ou surtout Vip, son nouveau gros client. Mais aussi, “conjointement”, lui, Patrice, en tant qu’auteur des photos de l’autre petite saleté topless sur un yacht ou nue intégral au bord de sa piscine dans le Sud. Patrice, à force, en fait une affaire perso entre elle et lui.

Bon. Partiellement vengé récemment. Les photos d’elle l’autre fois à la soirée Vuitton, descendant de voiture au point dépose du red carpet. Mais, “alerte oops majeure” : en se glissant sur la banquette, la minirobe qui remonte et rien en dessous, dis donc. Sauf, cette fois-ci, ma fille, bonne chance pour le procès : lieu public, circonstance officielle, donc oublie ! C’est DTC, et puis profond, en plus. Facebook, Twitter, les gros sites de bashing et la télé, les humoristes trolls. Elle a pris cher, la garce. Mais pas encore assez. Gérant plutôt bien derrière, cette pute, limite à retourner le truc à son avantage, assumant le cul nu en mode rebelle déjante Kate Moss ou Rihanna, plutôt que teupu médiatique prête à tout pour le buzz style Nabilla-Kardashe. Donc au final, sa life pas encore assez pourrie au goût de Patrice. Pas complètement à terre comme il aimerait qu’elle soit.

L’idée, c’est que, tout en leur gueulant dessus, elle s’est dit, après tout, peut-être, le truc, c’est d’envisager ça comme un rôle. Un peu hardcore, c’est sûr. Mais un rôle. Un de ces plans chelous comme ceux où tu te retrouves avec un metteur en scène du type Kechiche ou Lars von Trier, qui exige du “non simulé”, soi-disant pour “capter la vérité” et te fait tourner à poil et te toucher en gros plan. C’est pas vulgaire, c’est artistique – d’ailleurs, tu sais quoi ? Pour être sûr, on la refait. Mais comment donc. Donc voilà : elle n’a qu’à se dire que ça, le viol qui se profile, c’est du Kechiche von Trier. Une scène pénible. Et les deux, là, des acteurs, eux aussi. Des partenaires désagréables. Elle a déjà été obligée d’en embrasser plein. que ça suffise à rendre le truc supportable mais bon, elle essaye. Par exemple, déjà, obtenir qu’ils se lavent avant.

Elle dit, “Vous faisiez des commentaires sur la salle de bain. Ça vous dit pas de l’essayer ? La douche, vous disiez, vous n’en aviez jamais vu d’aussi grande. On tient à trois, je suis sûre.”

En plus, l’ablution collective, c’est encore une façon de gagner du temps. Il va bien finir par arriver. Son SMS remonte à une demi-heure avant l’intrusion des deux. Donc combien de temps ? Une heure et demie, maintenant. Au moins. » (p. 16/17) 

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Une amitié artistique

Derain – Balthus – Giacometti

Le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris  nous propose une exposition (très complète, avec de très belles œuvres qui côtoient parfois d’autres moins subjuguant) au cours de laquelle sont confronté « pour la première fois » (le catalogue dixit) les œuvres de ces trois artistes (plus de 350 œuvres majeures : peintures, sculptures, œuvres sur papier et photographies.

La cartographie de leurs relations offre…une vision assez stimulante des croisements (convergences) et complicités de trois artistes qui se sont rencontré au sein des surréalistes (desquels ils se sont rapidement éloignés, chacun à sa manière)

En 9 sous-thèmes (Le regard culturel; vies silencieuses; le modèle;  Jouer, la patience;  (2 intermezzo); le rêve – visions de l’inconnu; A contretemps dans l’Atelier; et enfin La Griffe sombre) le visiteur part à partir dès l’entrée trois autoportraits

à la découverte de leur similitudes, parcours qui s’entrecroisent et s’éloignent pour nous offrir une sorte de portrait chinois éclaté…. Ainsi Giacometti aurait dit dans les années 50 : « Derain est le peintre qui me passionne le plus, qui m’a le plus apporté et le plus appris depuis Cézanne, il est pour moi le plus audacieux » (ce qui est parfois étonnant au vu de certains tableaux (à mon goût). Si j’ai bien suivi, le tableau qui a constitué un choc pour Giacometti  était la « Nature morte aux poires »

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J’étais, dans ce parcours d’une très grande richesse (un vrai plaisir de passer de sculptures aux dessins pour revenir aux tableaux) une nouvelle fois ébloui par les « substractions » de Giacometti, toujours, avec à la recherche de ce qui est  de ce qui se cache derrière ce qu’on voit (une anecdote – lu dans le catalogue en parle parfaitement : « …on travaillait toute la journée. Et le soir, c’était une peinture. Et plus ça allait, plus il (le portraité, nda)  disparaissait. Le jour de son départ : « Si je fais encore un trait, la toile s’abolit complètement. »

Ou cette (pour moi, très ) belle « Nature morte avec une pomme » (1937) :

Giacometti + Nature morte avec pomme

(Re-)Découverte de Derain aussi dont je connaissais surtout les tableaux « cubistes »  (genre Baigneuses) ou « Le Dos » (dans la collection permanente du Musée)

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Balthus avait fait un très beau portrait d’André Derain (1936) – et l’exposition nous montre – entre autres – un fauteuil recouvert du tissus du peignoir reproduit sur ce tableau-ci….

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Je n’avais pas vu l’exposition de Balthus au Centre Pompidou dans les années 80… et l’ai ainsi « redécouvert » (il y a plus dans ses tableaux, dessins et lithographies que des nymphettes dans d’étranges positions… qu’on voit d’habitude.

Ainsi « La vallée de l’Yonne »

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Ou l’étrange « La rue »

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L’exposition offre de nombreux « ponts » entre les artistes, crée de belles résonances qui titillent l’intellect – on se promène avec plaisir dans cette exposition.

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[Balthus – Jeune fille à la chemise blanche]

Pour finir encore un Balthus (La toilette de Cathy) – intéressant dans ce contexte : Balthus avait travaillé sur une série d’illustrations pour « Les Hauts de Hurlevents ». La « toilette de Cathy » trouvait là l’origine dans une phrase du roman « Why have you that silk frock on, then ? »

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L’exposition dure jusqu’au mois d’octobre.

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Livre Inter 2017 & Shadow Cabinet fin

Réunis en Ardèche chez une membre de notre Shadow Cabinet notre petit Jury (14 p – dix de moins que pour le « vrai » Jury) a débattu (environ 4 heures) des 10 livres en lice.

Nous étions tous (plutôt) d’accord qu’aucun des 10 livres de la liste forçait l’admiration ou l’adhésion au point de lui donner « automatiquement » le prix.  Notre trio de tête à la fin : « La succession » Dubois;   « Histoire du Lion Personne » (S. Audeguy) et « Trois saisons d’orage » de C. Coulon. C’est le livre de S. Audeguy qui remportait largement notre adhésion. (intelligence d’écriture, humour, apprentissage, roman historique permettant facilement se familiariser avec l’Histoire (avec un grand H).

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Au réveil, le lendemain, l’annonce du (véritable) prix : « Règne animal » de Jean-Baptiste Del Amo élu à la majorité absolue au 2e tour de scrutin… était accepté avec dignité. Nous saluons ce jury d’un courage absolu et devrons être plus audacieux la prochaine fois (nous ne sommes pas allés plus loin qu’au « too much » quant à ce livre…)

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Dans nos discussions nous soulignions la maîtrise absolue de l’écriture, le style flamboyant et « physique » qui permet de sentir les stalles, ressentir la violence (à l’égard des hommes comme des animaux), qui a « étouffé » l’un et empêché de continuer à le lire un autre et fait refuser la lecture à encore un autre de notre groupe « Quand je lis, je ne me refuse pas d’être alerté aux problèmes de note société, mais je veux qu’un livre me fait du bien, j’ai assez de soucis dans ma vie pour ne pas en rajouter des cauchemars… »  (résumé-à-peu-près)…

Personnellement, je pense que le prix est amplement justifié, mais que les personnes qui offriront ce livre à cause du bandeau « Prix du Livre Inter » sachent, que ce cadeau sera, pour certains lecteurs, difficilement à digérer. D’autres par contre vont peut-être faire comme moi : lire à voix haute certaines passages Céliniennes transportant dans un ailleurs dépeint avec un vrai talent.

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Encore un grand merci à B.  qui nous a hébergé et a la chance (et la charge) de faire vivre une partie d’une bâtisse qui se trouve depuis 200 ans déjà dans sa famille (les autres parties sont aux frères et sœurs & parents)….

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