Asta

9782246815938-001-T

Magnifiquement traduit par Eric Bourré

Présentation de l’Éditeur :

Reykjavik, au début des années 50. Sigvaldi et Helga décident de nommer leur deuxième fille Ásta, d’après une grande héroïne de la littérature islandaise. Un prénom signifiant – à une lettre près – amour en islandais qui ne peut que porter chance à leur fille… Des années plus tard, Sigvaldi tombe d’une échelle et se remémore toute son existence : il n’a pas été un père à la hauteur, et la vie d’Ásta n’a pas tenu cette promesse de bonheur.
Jón Kalman Stefánsson enjambe les époques et les pays pour nous raconter l’urgence autant que l’impossibilité d’aimer. À travers l’histoire de Sigvaldi et d’Helga puis, une génération plus tard, celle d’Ásta et de Jósef, il nous offre un superbe roman, lyrique et charnel, sur des sentiments plus grands que nous, et des vies qui s’enlisent malgré notre inlassable quête du bonheur.

[Le livre se trouve dans la 1ere séléction du Prix Médicis Etranger 2018]

Sensuel, mélancolique, fort – ce sont les trois adjectifs qui me viennent à l’esprit au moment ou j’essaie de mettre quelques pauvres mots, une fois l’ébahissement ressenti à la sortie de la lecture de ce roman estompé. Roman, qui est/aura été ce que d’autres dans la blogosphère nomment un « coup de cœur ». Honte à moi, je ne fais pas partie des lecteurs qui ont déjà fréquenté cet auteur, qui, pourtant me sied comme un frère et dont je vais certainement lire d’autres livres.

Le lecteur qui se penche(ra) sur ce roman (et si je comprends bien) sur les romans qui précèdent ce dernier opus, doit savoir qu’il n’y trouveras pas de linéarité, ni beaucoup de rationalité ou de logique de bon nombre d’évènements qui jalonnent le(s) récit(s) …. ce sont les émotions (et les mots – par associations) ainsi que les traces ou empreintes qu’ils laissent sur les personnages qui dictent les boréales que forment les phrases.  Jón Kalman Stefánsson lui-même l’a dit dans une interview :…il écrit comme il réfléchit – en mode éclaté donc nous ne pensons pas souvent de manière linéaire – et cette écriture renforce le ressenti (stimulant) chez le lecteur et le place devant un miroir brisé dans les éclats duquel il voit les personnages sous différents angles…..

Asta est certes le personnage central, même si je pense que son père (Sigvaldi) est quasiment aussi important. De toute façon le roman est peuplé par beaucoup d’autres (dont non négligeable le narrateur himself) ….et tous sont inextricablement liés/mêlés à cette femme).

Il y a tout d’abord Helga, la mère d’Asta – qui adore E. Taylor (et selon le dire des autres lui ressemble bcp.) et se dissoudra plus tard… ensuite son père Sigvaldi. Il y aura aussi Sigrid, une norvégienne, la femme avec laquelle vivra Sigvaldi quand ça ne marchera plus avec Helga. Il y a la nourrice de Asta ou sa soeur aussi… ainsi que Josef, Gudjon (l’étoile montante du journalisme), le narrateur-écrivain en train d’écrire le livre – et qui nous laisse regarder par son épaule ses drôles d’arrangements avec ses voisins…..et bien d’autres personnages encore… dont on apprendra des détails de leur vies liés ou non à celle de Asta.

MV5BMTYxMzI5MzcwM15BMl5BanBnXkFtZTYwOTk4MTU2._V1_

Le premier fil de cette toile de mots tissée en diverses temporalité sera, dans les premières pages, la conception de Asta (heureusement la table de cuisine était bien costaude) par cette même Helga et son mari Sigvaldi…. ensuite le narrateur-auteur « ne maîtrise plus rien » et il va reprendre son récit, pour le raconter autrement. Beaucoup beaucoup d’années après cette conception Sigvaldi – désormais vivant avec une autre femme (Sigrid) – tombera d’une échelle et il aura, étalé sur l’asphalt, le ciel bleu immense au-dessus de lui, des flashs de souvenirs (éclatés encore) … de quelques moments de sa vie – et on est page 18 (!) : » La meilleure manière de contrer la mort, c’est de se constituer des souvenirs qui, plus tard, auront le pouvoir de caresser doucement et d’apaiser les blessures de la vie »

phare-aurore-boreale-islande.jpg

On suivra Asta à Vienne, à Prague, elle aura une fille (recueilli par son père et Sigrid), on la retrouve jeune adolescente « difficile » (quand elle va être envoyé dans une contrée loin de la ville et y rencontre Josef et une vieille femme qui perd parfois la mémoire et s’égare), et on la lit en femme âgée aussi (écrivant de belles lettres d’amour à un amant parti, on ne sait ou….ou peut-être que oui – des pistes il y’en a….). Et toujours le fil sera contre-balancé, lesté, allégé, densifié par les pensées de Sigvaldi, agonisant sur l’asphalte, « parlant » à une passante qui s’occupe de lui en attendant une ambulance.

Au moment ou j’écris ces quelques bribes je pense aussi à des substantifs qui regrouperaient la foule de sentiments qui parcourent le lecteur durant les 491 pages…: Solitude (probablement pas étonnante vu cette terre lointaine, Islande, de laquelle fuient les personnages du roman ?), Insatisfaction, Émotions (encore et encore), la Mort, la Mer/la Mère, poésie/poèmes, et Amour(s)….  états qui rendent bien compte des écorchures intimes que causent les petites phrases amères et blessantes décochées en fin de parcours amoureux comme celle-ci:  » C’est pourquoi je peux te consoler, vois-tu, je suis absolument certain que tu iras loin avec ta chatte. » (entre autres p. 401 ou p.471)

Candice-Swanepoel-la-photo-qui-fait-polemique_width1024

D’autres phrases et paragraphes sont plus poétiques …

« En août, la clarté matinale est presque granuleuse, elle n’a plus l’assurance qu’elle avait en juillet, et moins encore celle de la lumière éclatante de juin. Elle porte en elle un soupçon de ténèbres et de fin qui, chez certains engendre mélancolie et force à la sincérité. C’est peut-être pour ça que Josef sourit si souvent à Asta ce matin-là, il va même jusqu’à lui dire, ou plutôt, ces mots lui échappent alors qu’ils sont tout près l’un de l’autre, occupés à rentrer le foin dans la grange : tes cheveux sont si beaux au soleil. » (p. 232)

Enfin, il y a l’amour sous toutes les formes dans ce drôle de (mélo-)drame nordique mâtiné de malheurs qu’on pensait révolues depuis Zola et/ou Dickens.

 

Le livre se trouve dans plusieurs listes de prix littéraires de cette rentrée, mérité à mon sens et comme je le disais plus haut pour moi c’est un coup de coeur absolu, grâce aussi à la traduction formidable de E. Boury (dont je ne critiquerai en tant que lecteur multilingue seulement le choix de mettre la traduction de titres et extraits de chansons anglaises (notamment de Nina Simone ( !) – mais il y a aussi Kind of Blue de Miles D., du Bach et bien d’autres –  qui accompagnent le récit directement après l’anglais – exemple : « Since I fell for you  Puisque je t’ai succombé….  » (p. 471) – j’aurai préferé des notes de page pour la fluidité…)

 

Publié dans Livres | Tagué , , , , , , , , , , , , , , | 2 commentaires

Voyage dans le Nôôôrd (fin) – Divers & retour en France : Bourges

Voilou, le tour de piste de mon voyage de 2 semaines dans le Nord (Dunkerque, Belgique, Pays-Bas) prend fin…

Avant de clore « ce chapitre » et de revenir de nouveau aux lectures & le cinéma & les randonnées autour de Grenoble, je poste encore quelques photos.

En effet, dans toutes les villes des Pays-Bas que nous avons vu, j’étais émerveillé :

a) par l’architecture (et pas seulement de celle de l’âge d’or mais aussi de celle du fin de siècle (et parfois celle d’aujourd’hui).

b) par les plaques sur les maisons (qui après la visite du pays par Napoléon) ont été « remplacées » par la numérotation (des rues) comme ici :

DSC_0241

Pardon, c’est un mauvais exemple. Reprenons….

DSC_0227

Bruges

Et voici dans le désordre une petite « galerie » :

et ceci n’est qu’un petit aperçu….

Quant à l’architecture il y’avait p.ex. à Gouda cette belle maison de l’Ecole de la Haye…

DSC_0540

et surtout les maisons aux toits de chaume (qui n’ont pas plu du tout à mes amis, mais qui m’évoquent ma jeunesse….)

DSC_1042

Ou résolument moderne – et toujours avec les grandes fenêtres (pour laisser entrer la lumière)…

DSC_0992

Maison près de Schoorl – nous y passions souvent : une dizaine de vélos dans le garage ouvert à tous les vents…

Ce que je regrette un peu (à part la courtitude des vacances) c’est que j’aurai bien passé un peu de temps sur les îles comme Ameland ou Schiermonikoog et fait un tour dans l’Est du Pays (direction frontière allemande – Gueldre – p.ex. Arnhem ou il y a un magnifique Musée à ciel ouvert – Openlichtmuseum ou surtout le Musée Kröller-Müller …ahh les rencontres internationaux dans la Maison Européenne de Bocholt…. … c’était en début des années 80….nous avons souvent fait des voyages vers les Pays-Bas…)

La partie orientale n’est pas aussi urbanisée que celle de l’Ouest et permet un dépaysement encore plus grand…. ce sera pour plus tard….

Sinon, en guise de fin, pour les intéressés – un très beau site web pour préparer le vélo aux Pays-Bas: chemins de randonnées et de vélo aux pays-bas

Le retour pour Grenoble

 

s’est fait avec un détour par l’Allier ou nous avons fêté les 60 ans de C. Occasion de (re-)voir la  ville de Bourges qui se trouve sur le chemin. Elle a bien changé la ville depuis ma dernière visite (il y a bien 20 ans maintenant) : rues piétonnes,

la cathédrale  toujours magnifique :

Et parfait pour finir le voyage comparaison des vitraux avec un autre highlight de notre voyage aux Pays-Bas (Gouda). Les vitraux sont de la même époque  (16e/17e) – ils ne sont pas aussi « hauts » que celles de Gouda, mais encore plus lumineux….(magnifique bleu) – et pourtant je ne peux dire que je suis particulièrement un fan de vitraux d’églises….

Je reste juste souvent bouche bêê face à la capacité des artistes(de l’époque/de tous temps) de raconter des histoires prégnantes par les seules images….

Chez C. dans l’après-midi nous avons trouvé la famille de notre fils – et nous avons pris en charge nos petits-enfants pendant une semaine…. C’est du boulot je vous dis, mais plein de (petits) moments qui se gravent dans votre cœur……

Pour « finir » voici sur une (deux) carte(s) des Pays-bas les divers points de chute en NL – on voit bien que nous n’avons finalement rien vu……

Qqs précisions /rappels : Un bon cycliste peut tout à fait rejoindre Leyde/eiden à partir de La Haye/Scheveningen pour la journée (nous on a visité la ville en montant vers le Nôrd. Certainement à voir Haarlem aussi….).  Kinderdijk (et ses moulins, je dirais aujourd’hui on peut s’en passer sans problèmes, il y a pas mal de moulins à travers le pays….) – on y est allé en voiture – la balade à travers les champs par contre était très belle (mais elle ressemblait à celle dans le Waterland (Marken) ou par ailleurs il y a des tonnes de chemins à vélo à travers le plat pays… (ce qui me rapelle la belle chanson de Jacques B.

 

Plan pays bas

Publié dans Photo, photographies, Voyages | Tagué , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Voyage dans le Nôôôrd (9) – Alkmaar & Marken

DSC_0917

Avant de terminer avec le n° 10 de ces brèves de vacances hollandais encore un coup d’œil sur deux petites excursions que nous avons réalisées à partir de Schoorl.

Une en vélo – pour la petite ville de Alkmaar (à 10 km de notre maison )… à travers les prés et polders

DSC_0703

jusqu’à la région périurbaine (moche comme « chez nous »)

DSC_0711

avant d’arriver dans un centre ville coquet (et vieille – la cité – aujourd’hui principal centre commercial de la péninsule de la Hollande-Septentrionale – a été fondée au 10e siècle) et construit sur un plan du 17e ).

Dommage que nous avons été dérangé par pas mal de pluie ce jour (et étant donné que ce n’était pas le jour du Kaasmarkt (marché au fromage)

DSC_0722

Très (très) bien mangé au restaurant De Balken 

DSC_0732

L’autre très belle « sortie » était notre déplacement au Nord d’Amsterdam – dans la région de Marken (45 minutes en voiture jusqu’à Broek in Waterland (le pays de l’eau) .

DSC_0856

DSC_0864

Broek

ensuite une petite dizaine de km en vélo jusqu’à Marken, une ancienne île de tourbières (jusqu’en 1957 – désormais rattachée à la côte). On y accède par une longue digue… (ou de Volendam en bateau…. plein de touristes à la journée…)

DSC_0882

Carte Waterland – avec les chemines de vélo…. (innombrables)

Étonnantes (presque disney-like) les maisons de pêcheurs (en bois peint….) qui ont subsistées….

Il faisait très beau ce jour (avant l’arrivée de la pluie en fin d’après-midi)

DSC_0931

et nous nous sommes baignés près du phare dans la Markermeer….

DSC_0904

DSC_0907

Au retour une rencontre insolite avec des vaches….et quelques oiseaux…

 

Publié dans Voyages, Photo, photographies | Tagué , , , , , , , , , , , | 2 commentaires

Voyage dans le Nôôôrd (8) – Amsterdam

DSC_0837

Le réseau routier (auto-routier) étant très dense dans l’hollande de l’Ouest nous avons pu rejoindre Amsterdam en à peine 50 minutes. Nous avons emmené  nos vélos et nous nous sommes garés près de la Station Centrale parkingcentrumoosterdok (24€ pour la journée – nous avons payé 21,- € de 9h à 19h30)

Parfaitement situé à 5 minutes de vélo du Waag et de la Oude Kerk nous nous sommes promenés quasiment toute la journée, avec des haltes plus ou moins longues dans des cafés, bistrots, sur l’esplanade des musées (Museumkwartier) – il y a le Rijksmuseum (le « Louvre » néérlandais –  le Van Gogh Museum ainsi que le Stedelijk Museum….

Mais les queues devant les guichets (nous n’avions pas pris de billets par internet) et le temps relativement bon nous ont incité de « profiter » plutôt de cette ville si particulière qui dégage un air « aisé » au moins dans ce centre …. et observer le ballet incessant des vélos (le nombre d’hommes cravatés et/ou de femmes en tailleur était impressionnant).

Par ailleurs, je pense avoir fait trois fois le tour des Singel, Heren-, Keizers- et Prinsengraacht, tant c’est simple et offrant toujours selon l’arrivée et/ou la direction de nouvelles perspectives (notamment aux croisement des canaux).

Drôle de moment de voir de l’autre côté d’un canal la montée d’une valise à l’extérieur – et non pas par les escaliers…

A recommander le winebar Shiraz – avec une carte de vins impressionnants (dont une grande partie achetable dans leur boutique attenante (nous avons acheté pour nos soirées de cartes un bon Porto (Quinta Do Castelinho Vintage 1999) dont j’aurai bien acheté une caisse ….

Enfin, la montée dans le clocher de la Oude Kerk n’est pas particulièrement excitant (explications sur les magnifiques cloches et une vue pas suffisamment élevée) – toutefois intéressant si on ne va pas au Musée de l’histoire de la ville (pour comprendre comment ce petit village de pêcheur s’est transformée au fil du temps en une magnifique ville ….)

 

 

 

Publié dans Photo, photographies, Voyages | Tagué , , , , , , , , , , , , , , | 1 commentaire

Voyage dans le Nôôôrd (7) – Schoorl

A partir de notre petit « nid » pas tout à fait au standard que nous avions attendu (toutefois très compliqué de louer – fin mars – une belle maison pour 3 couples dans ce coin… – il y a plein de petites maisonnettes pour 2 couples, quelques magnifiques maisons pour des budgets trop élevés pour nous et très très peu entre les deux) – nous avons fait des tours dans les paysages de dunes (3x), une journée à Amsterdam ainsi qu’une journée (vélo) dans les environs du petit village de Marken au Nord d’Amsterdam.

Toujours saisissant les paysages des Polders plus bas que le niveau de la mer… Ci-dessus une 2e digue construite en 2014 pour améliorer la sécurité conte les intempéries…

Pris de nostalgie (j’ai passé trois étés entre 16 et 18 ans sur l’île d’Ameland – et les paysages de bruyère m’ont rappelé mon service militaire (manœuvres dans les Heidelandschaft – paysages de bruyères…. je vais devoir rapidement faire un séjour chez ma chère collègue S. qui habite près de Osnabrück….)

Pour finir avec une pointe critique (souriante) : un « wall of shame » réalisé par des habitats de Pletten avec les déchets trouvés sur la plage …. Vive l’Humain.

Publié dans Voyages, Photo, photographies | Tagué , , , , , , , | 7 commentaires

Voyage dans le Nôôôrd (6) – Leiden, Schoorl

En fin de matinée, départ direction Nord (Hollande-Septentrionale) avec une petite halte dans la ville de Leiden (Leyde) ou nous avons flâné  – ville romaine, médiévale avec une des premières universités (René Descartes y’a publié, semble-t-il, son Discours de la Méthode – ) et encore aujourd’hui ville universitaire (et la « patrie » de Rembrandt……)

La ville nous a paru très « jeune » – pour un vendredi un monde fou dehors (ok – 1ere vraie belle journée ensoleillée) – très agréable à vivre. Pour la n’ième fois nous nous sommes dit qu’il y a un petit air de « bon/bien vivre » dans ce pays.

DSC_0593

Continué ensuite pour la ville de Schoorl (au nord de la ville d’Alkmar près de Bergen) situé au pied d’une réserve de dunes ou nous avons pris « possession » d’une petite maison pour une semaine, fait des achats pour la semaine et bouclé un premier petit tour en vélo pour voir la mer et les environs.

DSC_0614

la dune au centre du village Schoorl

 

Publié dans Photo, Voyages | Tagué , , , , , , , , | 3 commentaires

Les huit montagnes

Un petit intermède littéraire – avant de poursuivre Le Voyage dans le Nôôôrd…..

DSC_0240

Nevache en août 2013

« Qui descendrait, s’il avait le choix ? » (p. 232)

 Lu le Prix Medicis Etranger 2017 de Paolo Cognetti – traduit par Anita Rochedy – dans le cadre de ma participation au jury du Prix Caillé. Le livre se trouve dans « notre » short-list. Je ne parlerai pas de la traduction ici, et toute opinion sera personnelle et n’exprimera en rien l’opinion du jury. Le livre faisait partie de mon « arsenal » de lecture de vacances (aussi).

huit montagnes   Les-Huit-montagnes

J’avais, il y a un peu plus d’un an assez aimé (sans être enthousiaste) le « Le garçon sauvage » – là, je dois avouer que j’étais touché (au cœur ? comme dit la 4e  de couv’ citant Sophie Pujas du Point ?) par

a) l’histoire  b) la mélancolie sous-jacente c) les descriptions des montagnes d) les question(nement)s du narrateur.

4e de couv (et présentation sur le site de chez Stock)

Pietro (« Berio ») est un garçon de la ville, Bruno un enfant des montagnes.  Ils ont 11 ans et tout les sépare. Dès leur rencontre à Grana,  au coeur du val d’Aoste, Bruno initie Pietro aux secrets de la  montagne. Ensemble, ils parcourent alpages, forêts et glaciers,  puisant dans cette nature sauvage les prémices de leur amitié.
Vingt ans plus tard, c’est dans ces mêmes montagnes et auprès  de ce même ami que Pietro tentera de se réconcilier avec son  passé – et son avenir.
Dans une langue pure et poétique, Paolo Cognetti mêle l’intime à l’universel et signe un grand roman d’apprentissage  et de filiation.

Roman initiatique (environ 30 années – 1984 à 2014) en trois parties de quatre chapitres chaque fois….: l’enfance entre Milan et les étés à la montagne (de la Grana) avec son père et sa mère; la construction-restauration d’une baita (barma) héritée par Pietro à la mort de son père (avec plus qu’une simple aide de la part de Bruno); le vagabondage de Pietro dans le Monde (notamment dans le Himalaya, tandis que Bruno, duquel Lara (une ex-amante de Pietro devenue la compagne de Bruno et la mère d’une fille) dira « face à la montagne, ni elle, ni Anita, ni ce qu’elle croyait avoir construit avec lui là-haut ne faisaient le poids. »  (p.269)

C’est écrit-raconté calmement (en mode « je »), avec un souffle de randonneur, régulier, dans une prose parfois poétique et pourtant simple et d’une force évocatrice avalancheuse. Et c’est comme si on les voyait les névés, mélèzes, rochers, cairns, lacs, sonnailles, solitudes, pierrailles, brouillards,….

DSC_0168

Pralognan – 2017

« Il n’y a rien de mieux que la montagne pour se souvenir. » (p. 181) Les moments d’introspection, les moments de re-civilisation (= la surprise de se retrouver après qqs jours « en montagne au milieu de voitures en moins de deux heures de marche…. », je les ai souvent connu, même en tant que randonneur principalement dominicale.  Je parle moi-même très peu lors de randonnées, même accompagné de mes amis, observant plutôt la nature, ouvrant l’oreille aux « silences », prenant parfois des photos, essayant de prendre une toute minuscule place dans la grandeur de la nature, en toute humilité….

« ...plus rien ne bougeait à cette heure-là, sinon mes jambes et le torrent, qui continuait de gronder et de gargouiller pendant que le bois dormait. Dans le silence, sa voix se faisait cristalline et je pouvais distinguer les nuances de chaque méandre, rapide, cascade, plus doux sur le coussin de végétation, et plus sec sur la pierraille... » (p. 218

Touché j’étais aussi de ce narrateur qui après la mort de son père va monter sur les sommet que son père a grimpé, seul alors – puisque son fils ne voulait (plus) l’accompagner – et y trouvera dans les petits carnets qu’on met parfois à disposition aux randonneurs, la trace de son père…. et de constater qu’il a dû faire un « détour » par l’Himalaya pour (re-) trouver son père ou plutôt un (autre) père qu’il n’a pas connu. « chaque fois …. j’avais l’impression de revenir à moi-même, au lieu où j’étais moi-même et où je me sentais bien… » (p. 238)

« Les pluies de fin août arrivèrent. Elles non plus je ne les avais pas oubliés. Ce sont les jours qui, en montagne, apportent l’automne, parce que après, quand il fait de nouveau beau, ce n’est plus le soleil d’avant, et la lumière est devenue oblique, les ombres plus longues. Ces bancs de nuages lents, informes, qui engloutissent les sommets, me disaient autrefois qu’il était temps de partir, et j’en voulais au ciel que l’été ait duré si peu.... »  (p. 184)

DSC_0635 (3)

Vue de la Chartreuse sur le Vercors (11.2017)

Bien d’autres éléments m’ont saisi : le pin cembro – déplacé et qui tient à peu près… -,la question de savoir qui aura le plus appris? Celui qui aura fait le tour des huits montagnes ou celui qui sera arrivé au sommet du mont Sumeru ? » (Mandala, Népal) ….

Une bien belle lecture (poétique et plus métaphorique qu’il n’y parait à première vue.

  

 

Publié dans Livres | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 commentaire