Randonnées féériques

Début d’année avec une abondance de neige qu’on n’a pas vu ici depuis bien longtemps…. et surtout une neige qui reste grippée aux arbres à cause du froid….. Une pensée triste aux stations de ski – l’interdiction de faire marcher les remontées est un coup de canif’.

Au cours des 2 dernières semaines 3 sorties…. avec des amis… dont une un jeudi (!) – expérience quasi-nouvelle pour moi, j’avais l’impression de « prendre mon jeudi » et une autre un samedi (ce qui m’a fait perdre la notion du temps – je pensais que le dimanche était le lundi….).

Lac Achard

Un classique de la région – c’est à partir de la Station de ski Chamrousse (à 50 min en voiture de GRE) – afin d’échapper à la chape de nuage sur la vallée on n’avait pas vu le soleil depuis le début d’année en ville).

Randonné déjà fait une vingtaine de fois depuis que je suis à Grenoble (depuis 2005) mais c’est la première fois que j’ai senti ici cette « libération » de « voler au-dessus des nuages » et d’observer la nature « artiste » avec une joie quasi enfantine.

au dessus du Lac Achard

Emeindras

3 jours plus tard un autre classique (j’ai mis le lien vers la rando de 2017) – cette fois-ci en Chartreuse. C’était notre sortie annuelle Raquettes des Reines (avec galettes des rois après la sortie)….. malheureusement on l’a fait « dans la soupe » (on aurait dû monter au-dessus de 1600 m pour voir le soleil) et « un froid de canard »…. ça change de perception et offre finalement pas mal de sensations aussi (si on marche bien rapidement….)

La grisaille permet « même » de faire des photos « artistiques » quasiment et N&B

Pour cause de Covid nous avons pris la galette des rois dehors, près d’un brasero (et avec moultes chocolat chaud, vin chaud et champagne…. vive 2021.

Col de porte – Mont fromage

La plus belle et féérique sortie raquettes c’était ce samedi. Rdv donné à 10h30 – déjà tard pour le Grenoblois qui voulaient quitter la grisaille – et qui sont « privés » du ski de piste. Ce qui donne des « embouteillages » et parcages « sauvages » comme on voit ici (je vous invite de lire le panneau jaune) :

Le col était encore un peu dans les brumes, mais dès les premiers 100 m de dénivelé on était éblouis.

Et en haut – on se trouve sur la crète du Mont Fromage (sur le GR du tour de Chartreuse) c’était le cinémascope – sans toutefois pouvoir remplacer les cinémas – toujours fermés…. (tzz) .

La balade de presque 4 heures était presque un rêve éveillé.

Chartreuse

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Ethos – Bir Başkadır

Netflix « vend » cette série turque (Saison 1 – catégorie « séries dramatiques sociales » – 8 x 43 minutes) avec les mots suivants :

Des habitants d’Istanbul transcendent les frontières socioculturelles et tissent des liens, alors même que leurs désirs et leurs peurs s’entrechoquent.

« Bir Başkadır » remplacé en frç par le titre « Ethos » veut, selon le Courrier International dire : « C’est différent » ou « C’est unique ».

Huit épisodes au centre desquels il y a surtout Meryem qu’on voit dans le 1er épisode tomber dans les pommes (on n’apprendra qu’au 8e pourquoi). C’est par ailleurs pour ces évanouissement subits qu’elle va voir une psychiatre. Meryem habite chez son frère (videur de boite de nuit) – un peu tyrannique sur les bords – et sa femme (qui a subi un traumatisme – résolution dans l’épisode 7), ils vivent assez loin d’Istanbul. Elle fait deux- trois fois par semaine le ménage à Istanbul chez des gens d’une autre classe sociale (et on a l’impression que le chemin parcouru de sa maison jusqu’aux appartements clinquants il y a au moins 1h30 – comme si on habitait à la Vallée de Chevreuse pour aller travailler dans le 16e).

Confrontation de la vie urbaine et rurale, femme voilée vs femme « libérée ». Mais non-soumise au diktat de l’islam ne veut pas dire être plus heureux.

Le journal Milliyet parle d’une série sur un pays perdu entre Orient et Occident, avec des personnages en quête d’un sentiment d’appartenance, qui ne savent plus très bien si leurs désirs et leurs buts sont les leurs ou s’ils ont intériorisé la pression religieuse ou familiale. C’est une œuvre qui montre aussi le caractère irrationnel des préjugés et tout ce qu’ils nous coûtent. Enfin, cette série nous montre l’importance et la pesanteur des appartenances sociales, le poids du milieu socio-économique dans lequel on naît et les difficultés qu’on a à s’en extraire.”

Il paraît que la série a déclenché des débats houleux en Turquie.

Décryptage de la série par un Podcast :

Série assez intrigante puisqu’elle nous sort un peu de notre confort et des schémas narratifs autrement plus occidentaux.

Je dis intriguant puisque bon nombre de scènes passent par la parole et une caméra fixe, des champs contre champ. Une grande partie notamment au début de la série est constituée des scènes d’échanges entre Meryem et une psy (qui a du mal – on apprendra plus tard pourquoi – a écouter une femme voilée qui l’agace et fascine en même temps). Elle s’en ouvre à une collègue-amie qui est une (des) amante(s) d’un des clients chez qui Meryem fait du ménage…. Parfois on a l’impression que ce qui n’est pas dit/exprimé est plus important que ce qui est dit.

Öykü Karayel, l’actrice qui joue Meryem est absolument magnétique – on est bluffé par sa naïveté parée d’un courage époustouflant révélant une intelligence autrement plus affutée que celle des personnes ayant fait des études (et auxquelles elle s’adresse avec un déférence (« grande soeur » « si Allah le veut »).

Toute la série joue peut-être avec pas mal de clichés, mais ceux-ci sont suffisamment éloignés de nous pour qu’on le regarde avec intérêt. (je dis ça puisque j’ai lu aussi qu’il y avait des femmes « diplômées » turques (appartenant à des associations proches d’Erdogan !) qui se sont déchainées puisque la série ne montre pas de femmes universitaires/diplômées voilées…)

Rythme assez lent mais on se laisse prendre par son « exotisme » et l’intensité du jeu des actrices (et des enjeux de société d’un pays au porte de l’Europe).

Quand je pense qu’en 1987 déjà, lors d’un voyage d’une semaine à Istanbul (je n’y suis plus retourné) j’ai eu l’occasion de passer une demi-journée avec des enseignants dans la banlieue d’Istanbul (mise en relation avec un vendeur de T-Shirts qui en fait était prof’ de français et avait besoin de ce 2e job pour survivre…). Déjà à cette époque les femmes de l’équipe d’enseignant avaient peur de l’avènement du voile….

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Valérie & Kathleen by Claude A.

On ne m’avait pas dit que la mort nous piège. Autrement, j’aurais fait attention.

Claude Askolovitch, Asko, m’est « familier » de chez ARTE et France Inter (« les caprices des programmes m’avaient déplacé« ). Et j’aime bien sa « petite musique », phrases – à l’antenne – parfois un peu trop chargée mais toujours avec le petit peu de poésie, une sensibilité érudite qui me touche. (il y a ceux aussi qu’il agace !). Pour être franc je ne connaissez pas ses Conversations avec Patrick Bruel, ni celui de « l’invité de l’Elysée » sous Sarkozy (« la pire merde de ma carrière » – slate) et était complètement ignare des ouvrages écrites sur/contre le FN, sur Jospin… son passé au Journal du Dimanche, Nouvel Obs et Le Point….une certaine proximité avec M. Valls ou DSK ….

Un ami ayant perdu sa femme après de longues années de vie commune et envisageant de faire, quand l’occasion se présentera, cohabiter une « nouvelle » femme auprès du fantôme (Asko’ dit « ombre ») de la disparue, je ne pouvais pas dire Non à la lecture de son livre qui a reçu le Prix Transfuge du Meilleur Essai en octobre 2020.

Livre de deuil, mais aussi un magnifique portrait de deux femmes (j’aurai envie d’écrire ce mot avec un grand « F ») et d’un homme dans toute sa fragilité, lâcheté, résilience et force de « sur-« vie dans le cirque éditorial des médias.

Présentation de l’Editeur (Grasset)

« Valérie morte à peine, je dévorais Kathleen et la nuit respirais son sommeil. Valérie morte, je pleurais en cachette et sans pudeur, dans la rue, dans des spasmes et des sanglots. Valérie morte, j’ai regardé Kathleen comme personne avant elle et j’ai cru que sans elle je partirais aussi. Valérie vivante, je la regardais comme jamais personne. J’ai reçu Valérie en ne doutant de rien. J’ai saisi Kathleen après avoir perdu, j’étais nu désormais. »

Un homme perd sa femme et en aime très vite une autre, plus jeune que lui de vingt ans. Il brusque son passé, ses grands enfants, sa nouvelle compagne, leurs petits garçons et tous autour de lui. Il se rend fou d’aimer une morte et une vivante, il ne se pardonne pas de vivre et d’avoir tant trahi, mais ne sait pas s’en empêcher. Il se détruit socialement et au travail. Provocateur, sarcastique, éperdu et trahi à son tour. Il espère le châtiment qui le terrifie. Il finit par admettre. Après dix ans, il écrit.
Claude Askolovitch, dans ces pages où tout est vrai, tendre, épuisant, inoubliable, parle de la mémoire des draps, d’un nom que l’on murmure et des baisers qu’on envoie à un fantôme, des photos du passé et des premiers pas dans une vieille maison. Il songe à son père dont la présence formidable lui manque, et à sa mère qui raconte aux lycéens son enfance déportée. Il évoque un homme fourbu qui se love pour dormir contre le corps ferme d’une femme qui lui échappe. Il parle des enfants qui chantent qu’ils ont le plus vieux des papas.

« Laisse moi » – ce sont les derniers mots que sa femme Valérie lui avait adressé avant sa mort et qui hantent. Le hasard a fait qu’il n’a pas pu re-parler à sa femme avant qu’elle ne décède.

Le livre qui fait plein de sauts dans le temps, passe du passé, sa (belle) rencontre avec Valérie, leurs deux enfants, au présent avec Kathleen (vingt ans plus jeune que lui), les deux enfants qu’il a avec elle, avec des détours sur son parcours professionnel, ses montagnes russes, sa judéité, ses parents ou les parents de « ses » femmes, ce père-veuf-amant, « bonhomme rose au parcours cabossé » (et sexagénaire, au corps devenu « flasque« ). Homme face à deux Femmes, une morte, une autre vivante.

Phrases courtes et souvent directes sans essayer de nous épater avec des formules stylistiques, entrelardées par des regards acerbes mais lucides et sans concession sur lui-même (avec limite une pointe d’autoflagellation, tant la culpabilité le ronge).

Valérie souriait en deux fois, une esquisse timide d’abord, puis un mouvement plus affirmé qui animait ses lèvres, comme s’il fallait hésiter à la frontière de la joie. Elle tournait imperceptiblement la tête au moment de sourire, l’émotion submergeait son corps. Elle me donnait son amour et son âme. Je n’osais pas parler quand son sourire me venait. Je peux encore dessiner Valérie dans le vent.

Jeannine de N. de Staël

L’homme qui dit « J’aimais une mère morte, j’aimais une future mère vivante, j’aimais dans deux mondes, pouvait-on m’épargner » (p. 197) poursuit avec un (à mon sens) beau souvenir prémonitoire : « L’automne 2010, Kathleen et moi avions passé un week-end en Suisse, à nous baigner et à voler du raisin dans les vignes près du Lac Leman. Dans un musée helvétique, nous avions visité une rétrospective consacrée à Nicolas de Staël ; un panneau biographique nous avait arrêtés. En 1946, le peintre venait de perdre son épouse Jeannine ; il avait écrit ceci à la maman de la disparue : « Ne pensez pas que les êtres qui mordent la vie avec autant de feu dans le cœur s’en vont sans laisser d’empreinte. » Quelques mois plus tard, il croisait un ami et lui disait qu’il avait rencontré une femme et qu’il était amoureux comme jamais. Le temps de penser que Staël était fou, nous avions réalisé que je lui ressemblais.

Le type de littérature qui a été peut-être écrit surtout pour Claude Askolovitch lui-même – mais qui reste à « hauteur d’homme » et nous incite à nous questionner sur la vie, la mort, l’amour, la place des enfants, la oie et les peines qu’ils apportent. Probablement j’aurai oublié assez rapidement le livre. Restera une petite musique, mélancolique aussi et qqs phrases sur l’infidélité (« la belle affaire« ) et un regard sur un parcours pro’ assez étonnant. Je re-penserai certainement aussi à mon sourire, rictus qui s’est dessiné quand il dit de Valérie :

« Elle débordait d’envies. Elle regardait joyeuse des hommes qu’elle trouvait beaux, le genre viril ténébreux ; elle m’aurait quitté pour l’acteur Gérard Lanvin ! ( p. 186)

puisque (ma compagne réagit pareillement à ce type d’hommes…- je n’ai pas la « bouille » ronde de C.A. mais suis loin du beau ténébreux).

Restera aussi le chapitre 25 particulièrement émouvant (fin du Livre I sur IV) – une suite, une farandole serrée de bouts de phrases et exclamations de Valérie (probablement réelles) qui dans leur enchainement et juxtaposition explosent dans la tête (au moins dans la mienne). Et certainement le souvenir d’avoir été le compteur de petites perles égrenées par un homme d’une très grande sensibilité, jongleur de mots (maux) qui n’est certainement pas facile à vivre.

« …..la matinale, qui est physiquement un enfer, mais une émotion unique. Dans la nuit silencieuse, des journalistes fraternels et courtois comme on l’est dans une épreuve commune, accomplissent leur tâche, chacun sa place et ensemble, en artisans; nul ne crie, nul de s’agite; ce qui polluera les journées n’est pas de mise quand la ville dort; les matinaliers sculptent une œuvre éphémère, un enchainement de textes et de mots et de sons, qu’ils partagent au matin. A 9 heures le travail s’achève, on est libre : on vit pour les autres et en décalage d’eux. » (p. 283)

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Lectures Noëlesques (3) – Barbara Cassin

« On était heureux, on se tenait au bout des yeux, on se tenait par les yeux au bout des yeux. » (p.229)

Présentation de l’Editeur (fayard) :

L’autobiographie philosophique de Barbara Cassin, un texte sensible et littéraire qui, de l’anecdote à l’idée, nous donne à voir la texture philosophique de toute vie. Vous avez les plus belles jambes du monde, vous serez ma femme ou
ma maîtresse. Voilà ce qu’est devenu l’amour de ma vie. Moi, épouser un Juif, jamais ! Barbara juive ? Tais-toi donc mon garçon, elle est si gentille. Avec un instinct sûr, vous choisirez votre siège. Vous prenez votre petit déjeuner à la table de ce nazi ! Comme c’est gentil de me reconnaître, Jacques Lacan. It’s no greek ! Madame, Madame, j’ai compris l’étymologie de con-cierge. À partir de combien de livres est-on cultivé ? Que pensez-vous de ce que vous voyez ? J’aime quand tu as le corps gai. Arrêtez de le regarder, laissez-le partir… Ces phrases font passer de l’anecdote à l’idée. Elles sont comme des noms propres qui titrent les souvenirs. Elles fabriquent une autobiographie philosophique, racontée à mon fils Victor et écrite avec lui. En les disant, je comprends pourquoi et comment elles m’ont fait vivre-et-penser. Si dures soient-elles parfois, elles donnent accès à la tonalité du bonheur.

Un travail mère-fils qui fait redécouvrir Char, Heidegger, Lacan, la Grèce, l’Afrique du Sud, la Corse, les juifs, les cathos, des Hongrois, des Allemands… Avec Ulysse en figure de proue, l’homme d’Homère qui passe là où il n’y a pas de passage, entre Hélène qui ravit et Barbara bla-bla-bla.

Le traducteur et amoureux des mots que je suis ne pouvait pas ne pas acheter (mon kado de Noël à moi ce récit autobiographique et philosophique (qui « peut bien être un chant d’amour » p. 224) de cette penseuse émérite qu’est Barbara Cassin et dont « Le Vocabulaire des philosophies européennes – Le Dictionnaire des Intraduisibles » (publié en 2004) fait partie des piliers de ma bibliothèque (« intraduisible » ne veut, selon Barbara Cassin, pas dire « impossible à traduire », mais qu’on ne cesse de traduire, au prix d’homonymies, d’oublis de sens courants à d’autres époques, de contresens qui finissent par marquer l’histoire des concepts et font d’eux de véritables nœuds et énigmes. – et on apprend en même temps que l’écriture de ce Dictionnaire « ourlait mes journées et (…) empêchait de sombrer dans le puits de la mort. (p. 228) .

« L’original est infidèle à la traduction »

Selon B.Cassin philosopher c’est d’une certaine manière traduire, et finalement il n’y a peut-être pas d’autre activité philosophique que celle de la traduction, tâche sans cesse recommencée et infinie.

Livre hautement littéraire et riche en réflexions philosophiques (qui m’ont parfois passablement dépassées), ça fourmille de références et détissages de textes (il faudra que je lise un jour Gorgias de Léontinoi, un sophiste p.ex. son « Traité du non-être » ou son « Eloge d’Hélène », dans lequel il démontre que « si Hélène écoute le discours de Pâris, si elle est séduite et le suit (seducere, elle se laisse conduire à l’écart), c’est que personne ne peut résister au logos; ni Hélène, ni les Athéniens qui, à leur tour, se laissent séduire par Gorgias (p. 131)  

Multitude de « rencontres »: René Char, Lacan, Heidegger, toujours Heidegger, H. Wismann (« Penser entre les langues« , « le seul temps qu’on ne perd pas c’est celui qu’on prend« ) ), Levinas, Derrida, Beaufret, H. Arendt….. et j’en oublie…. ma vie est un peu loin de ce monde d’intellectuels se chamaillant des déviances d’une doctrine ou de concepts comme la « différence » ou la « différance »,…. de plus le fait de ne pas avoir appris le grec m’a fait perdre quelques bon mots. Mais entre ces cheminements philosophiques et poétiques (Ulysse est bien présent) le livre fourmille de réflexions sur la résilience, la force de la langue (qqs anecdotes bien senties sur l’Ecole, l’Université et la vie, sa vie avec Etienne..

Barbara Cassin chez elle le 9 octobre 2019/Telerama

Barbara bla-bla-bla, qui se dit infidèle à l’Un et « fidèle à tous », rentre, au petit matin, chez elle après une nuit passée dans dans un autre lit. Etienne, son mari, la croise. Il était en voyage et rentre une journée plus tôt que prévu. Elle est, en le voyant, tiraillée entre la joie de le retrouver (il est souvent en voyage) et encore songeant aux bras de l’autre. Etienne lui dit « J’aime quand tu as le corps gai », et la serre dans ces bras. Mon être (Moi) n’aurait jamais pu réagir comme ça…..

Elle parle bien de son mari, mort d’un cancer de cerveau, des pages tristement gaies qui touchent. « J’ai vécu avec Etienne depuis plus de ou moins mes vingt ans jusqu’à sa mort, j’en avais peut-être soixante, je pourrais calculer mais c’est avec bonheur que je ne sais toujours pas... » (p. 221)

« C‘est compliqué de parler de la mort de quelqu’un qu’on aimait, qu’on aime, avec qui on l’on a vécu. Non pas philosophiquement : la mort, c’est un bon sujet de bac. » (p. 220) ce qui mène à la question « qu’est-ce qui donne la joie ? »

Un très bon/beau livre – qui ne sera jamais vendu en 500-600000 exemplaires comme l’est « Anomalie » – mais qui est un beau voyage.

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Bonne année

Image tiré du blog jemelivre

Le 26 décembre j’avais lu un article de P.C. dans son blog « Jemelivre » qui nous offre par ailleurs pour ce début d’année une excellente bienvenue « Je lis donc je suis…. »

Un tout petit livre (à 5,- €/TTC) qui offre pleines de fenêtres, des rires et souvent sourires aussi et n’oublie pas de nous faire réfléchir – je l’ai lu/acheté après avoir lu la critique et surtout le commentaire suivant à mon coucou :

« Oui j’ai vraiment ri en lisant certaines lettres. Elles sont dans l’ensemble réussies mais certaines m’ont atteinte et touchée, plus que d’autres. C’est un recueil plein de générosité et de clins d’oeil, à garder près de soi, en cas de coup de blues« .

Je l’ai illico presto offert à des amis qui méritent des armes contre des coups de blues tapis dans le calendrier.

Par ailleurs N. « motspourmots » écrit dans son article sur ce petit bijou : « Cadeau de dernière minute, pour soi et tous les amoureux de la littérature auxquels on a envie de faire plaisir, je vous invite à  vous procurer ce délicieux recueil édité à petit prix et ainsi accessible à tous les petits enfants sages. » 

https://jemelivre.blogspot.com/2020/12/cher-pere-noel-oulipo-plus-exactement.html?showComment=1609597008610#c4733729488452101105

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Lectures noëlesques (2) – Chiens et chats orwelliens

Voici mon dernier « article » de 2020. Pour finir l’année en beauté. En vous souhaitant une année 2021 meilleur que l’année passée.

Le château des animaux (Tome 1 & 2)

« Kado » de mes enfants – qui trouvent que je ne lis pas assez de BD.

Xavier Dorison revisite George Orwell et s’inspire grandement de La ferme des animaux (« Animal Farm – A fairy Story » – que j’ai dû lire en VO en 3e) – un des bestsellers depuis sa parution en 1945 (!!). On peut lire l’original comme une dystopie ou un apologue (soit comme une satire de la Révolution Russe et/ou une critique du Stalinisme, mais aussi du régime des nazis ou tout autre système totalitaire.

Xavier Dorison remplace le cochon Napoléon par un taureau (qui s’appelle ici Silvio (!) impressionnant (en couple avec une belle vache vacharde). Il garde les « chiots » comme garde rapprochée et fait du chat (qui ne fait quasiment rien dans la VO une leader de la révolte des animaux (s’inspirant d’un rat qui ressemble à Gandhi et sa résistance non-violente)

X. Dorison s’appuie pour son réécriture du texte sur les talents de Félix Delep (c’est apparemment sa première BD – mais il nous épate.

Tome 1 – Miss Bengalore

Rire, c’est déjà ne plus subir.

Quelque part dans la France de l’entre-deux guerres, niché au cœur d’une ferme oubliée des hommes, le Château des animaux est dirigé d’un sabot de fer par le président Silvio… Secondé par une milice de chiens, le taureau dictateur exploite les autres animaux, tous contraints à des travaux de peine épuisants pour le bien de la communauté… Miss Bengalore, chatte craintive qui ne cherche qu’à protéger ses deux petits, et César, un lapin gigolo, vont s’allier au sage et mystérieux Azélar, un rat à lunettes pour prôner la résistance à l’injustice, la lutte contre les crocs et les griffes par la désobéissance et le rire… Premier tome d’une série prévue en quatre volumes, Le Château des animaux revisite La Ferme des animaux de George Orwell (1945) et nous invite à une multitude de réflexions parfois très actuelles..

Tome 2 – Les Marguerites de l’hiver

La résistance par la non-violence

L’hiver a gagné le château. Le climat est rude pour ses habitants, d’autant que le Président Silvio continue de faire régner la terreur… Mais Miss B et ses amis, le lapin César et le rat Azélar, n’ont pas dit leur dernier mot.
Baptisé « les Marguerites », leur mouvement, continue les outrances au taureau dictateur, refusant le port de collier à grelots et exigeant la gratuité du bois pour tous les animaux. Pour être mieux entendus, ces courageux compagnons bravent le froid chaque nuit pour faire un sit-in sous les fenêtres de Silvio. Mais pour Miss B, vaincre la dictature ne peut se faire qu’en évitant le plus redoutable des pièges : la tentation de la violence. Parviendra t-elle à convaincre ses amis de résister pacifiquement ? Le défi semble bien difficile…

Les dessins sont sublimes, les animaux expriment magnifiquement leurs émotions – un vrai bonheur de lecture et de visionnage, davantage pour des adultes que pour des jeunes..

Voici une « bande annonce » qui rappelle un peu les anciens Disney.

La BD a selon les dires de mes enfants un succès fou – succès que Casterman exploite en publiant des « Gazettes du Château » (à 2,95 €/numéro) qui permettent aux fans d’attendre la sortie des tomes 3 & 4.

Je suis conquis.

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Lectures noëlesques (1) – Le nouveau western – Ô râge !

Présentation de l’Editeur (Paulsen)

Rodrigo Díaz de Vivar, plus connu sous le nom du Cid, n’est pas que le héros d’une pièce de théâtre. Ce fut un chevalier. Un vrai. Banni par le roi Alphonse VI, il a traversé l’Espagne au XIe siècle. Il a gagné des batailles. Contre les Musulmans, et avec eux. Un mercenaire avant l’heure. Un combattant légendaire.
Si le Cid voyageait à cheval, c’est sur son VTT – baptisé Tornado – que Marc Fernandez suit sa route de Burgos, ville natale du chevalier, jusqu’à Valence, où il mourut en 1099. Une épreuve et un défi pour l’auteur, à la découverte d’une partie méconnue de l’Espagne, médiévale, immensément vide. 900 kilomètres à vélo, 11 302 mètres de dénivelé positif dans un décor de western, pour retracer la vie extraordinaire d’une figure mythique digne d’un personnage de polar.

Marc Fernandez, dont je n’ai pas lu un seul ouvrage (parmi lesquels : Mala Vita, Guérilla Social Club, Bandidos), nous relate le voyage en VTT qu’il a fait du 4 au 15 mai 2019 de Burgos (Espagne) jusqu’à Valencia (= 961,21 km – 11.302 m de dénivelé positif !!) – lui, le non-sportif. Etant donné que le trajet de son voyage suit grosso modo le cheminement de Rodrigo Diaz de Vivar (le fameux Cid, que vous connaissez surtout à travers la plume de Corneille… et son « Ô rage! Ô désespoir!… ») Marc F. mêle dans ce récit de son défi sportif également le récit historique de ce grand guerrier et stratège.

Ce récit – avec les mains qui font mal, les moments ou le vélo n’avance que de 3,7 km/h, la soif aussi parfois – incite le lecteur à regarder souvent l’internet pour visualiser mieux les paysages et villages traversés. Et ça donne envie d’y aller (pas nécessairement en vélo/VTT).

En même temps, on apprend pleines de choses sur la « réalité » et les mythes autour du Cid, personnage vraiment impressionnant, et plutôt éloigné de l’image donnée par Corneille.

Le chemin emprunté par Marc F. est dans ses grandes lignes devenu un attrait touristique…. et j’ai gagné l’impression qu’on trouve les monuments du Cid un peu partout sur ce tracé.

Et quant au Western du titre (« Le nouveau western ») il s’explique notamment par les paysages ressemblant au Grand Ouest Américain qui ont été utilisés pour le tournage de western – notamment par Sergio Leone (‘ »Le bon, la brute et le Truand ») – le cimetière Sad Hill avec ses 5000 croix (dont des cinéphiles du Monde entier ont acquis une à leur nom…)

Sad Hill – Santo Domingo dos silos

Pour en savoir plus sur le Chemin du Cid d’un point de vue touristique : Soit le site excellent

https://www.caminodelcid.org/

[itinéraires – VTT, randonnée, voiture, moto, hébergements, pistes, brochures, les divers tronçon et variantes….]

soit ici sur une autre site (moins fouillé et dense) http://www.spainisculture.com/fr/rutas_culturales/camino_del_cid_primer_tramo.html

http://www.spainisculture.com/fr/rutas_culturales/camino_del_cid_segundo_tramo.html

http://www.spainisculture.com/fr/rutas_culturales/camino_del_cid_tercer_tramo.html

http://www.spainisculture.com/fr/rutas_culturales/camino_del_cid_cuarto_tramo.html

Un autre lecteur parle ainsi du livre – https://domiclire.wordpress.com/2020/07/24/le-nouveau-western-marc-fernandez/

qui pour moi vaut surtout pour l’ouverture pour une histoire (qui m’est quasi inconnue – nous ne lisons pas le Cid à l’école en Allemagne) et/ou une échappée historico-paysagère-sportive ce qui est toujours bon à prendre dans les temps covidiens actuels.

Dommage que Marc Fernandez n’a pas la plume d’un Thibaut Labey, le mari de notre fille [https://medium.com/@thibautlabey_64502]

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Lumière d’été, puis vient la nuit

Présentation de l’Editeur ((Grasset)

Dans un petit village des fjords de l’ouest, les étés sont courts. Les habitants se croisent au bureau de poste, à la coopérative agricole, lors des bals. Chacun essaie de bien vivre, certains essaient même de bien mourir. Même s’il n’y a ni église ni cimetière dans la commune, la vie avance, le temps réclame son dû.
Pourtant, ce quotidien si ordonné se dérègle parfois  : le retour d’un ancien amant qu’on croyait parti pour toujours, l’attraction des astres ou des oiseaux, une petite robe en velours sombre, ou un chignon de cheveux roux. Pour certains, c’est une rencontre fortuite sur la lande, pour d’autres le sentiment que les ombres ont vaincu – il suffit de peu pour faire basculer un destin. Et parfois même, ce sont les fantômes qui s’en mêlent…
En huit chapitres, Jón Kalman Stefánsson se fait le chroniqueur de cette communauté dont les héros se nomment Davíð, Sólrún, Jónas, Ágústa, Elísabet ou Kristín, et plonge dans le secret de leurs âmes. Une ronde de désirs et de rêves, une comédie humaine à l’islandaise, et si universelle en même temps. Lumière d’été, puis vient la nuit charme, émeut, bouleverse.

Un livre sur tout et rien – la vie quoi ! – qui nous vient du Nôôôrd et avec bcp de retard – le roman avait reçu en 2004 (!!) le Goncourt islandais.

Le ton laconiquement poétique de Stefánsson, son pouvoir d’observation précis et d’une acuité étonnante, rend parfaitement passionnante cette lecture, qui est un vrai ravissement (dans le sens aussi de nous enlever de la grisaille du mois de décembre, de notre environnement covidien).

Ma chère amie Simone en a parlé farpaitement (ici)

Très très beau livre, réjouissant, drôle, tendre, intelligent et que les accidents n’épargne pas non plus, dans lequel on sent une grande tendresse de l’auteur pour ses personnages. Un magnifique séjour dans ce village islandais, avec des femmes et des hommes qu’au final on aime tous. J’ai eu la sensation à cette lecture – et en revenant dessus pour écrire – que mon cœur battait plus vite, plus fort…Vraiment un livre qui fait du bien, un hymne à l’amour joyeux, une ode à l’amitié et à la vie, une invitation, une incitation à vivre de toute urgence et une foule de questionnements

et a souligné le mariage souriant de la philosophie, de la description d’un village, des amours et désamours de ses habitants, de l’ennui dans les paysages somptueux de l’Islande.

C’est parfois triste ET réconfortant, charnel aussi …

Quand je pense à Elisabet qui accueille Matthias – qui revient après 6 années de voyages dans le Monde pour fuir le trou qu’est le village (et pas que) avec ses mots – je souris encore:

« …c’est une bonne chose que tu sois revenu, j’ai grand besoin d’un amant et si tu n’as pas perdu la man, j’ai bien des raisons de me réjouir » (p. 196) pour rajouter plus tard (la conversation est drôlement exquises)  » « Tu sais, j’ai un peignoir de soie rouge très léger et suffisamment transparent, il dévoile tout autant qu’il voile, ce qui laisse la place à l’imagination, je ne porterai rien d’autre. » (p. 214)

C’est exactement ça qui rend le livre si réjouissant : il passe de l’ombre à la lumière, décrit parfois avec moultes détails un vêtement, des regards pour ensuite nous laisser « en plan » par une ellipse, une ambiance suggérée…

Personnages excentriques, des paysans, des personnes comme toi et moi, des femmes étonnantes …. tous composent ce tableau de l’Humanité, et interrogent, mine de rien, sur le sens, le pourquoi, le comment de la vie, de notre vie (et du Monde dans lequel l’Islande n’est qu’un petit îlot ….

Eric Boury rend justice à Jon Kalman Steffanson – trouve les mots qu’il faut, restitue la mélancolie joyeuse, les infidélités des uns, la solitude et les frustrations des autres…

Stefansson glisse dans son roman, récit à plusieurs voix (avec un « nous collectif  » aussi), des réflexions sur l’écriture, sur la vieillesse qui fait des grands pas…. comme chez Finnur qui veut écrire ses Mémoires…. Ses premiers mots sont « J’avais trente et un ans » …

« Il regardait ce qu’il avait écrit, ce bout de phrase ressemblait à un nuage de pluie au sommet de la feuille, un nuage lourd de souvenirs, lourd de trente-sept années, ce qu’est une vie d’homme, pensait Finnur….(…)… La lune grossissait et mincissait. Le clair de lune est blanc et parfois transparent, il fait naître des pensées, des sentiments que nous peinons à maitriser, certains tirent les doubles rideaux pour ne pas perdre la raison, à d’autres il pousse des ailes. Aucun mot ne pleuvait du nuage qui se desséchait peu à peu au sommet de la feuille, le soleil entrait par la fenêtre, l’encre palissait, ce qu’est la vie d’un homme. » (p. 80)

Vous vous imaginez aisément qu’avec mes 66 ans que je débute ces jours-ci et avec mon amour pour des textes sensuels bien écrits (traduits), je ne peux que me réjouir d’avoir pu lire une prose de ce type. Un cadeau d’avant Noël.

« ….ils s’entendaient bien. Hélas, l’être humain est comme il est, précisions avant de poursuivre que Kjartan était très amoureux de sa femme; il l’appelait son Soleil, son Bouton d’Or, sa Lumière, son Ciel, et le poète dit vrai, l’amour est la plus puissante des forces élémentaires, c’est l’énergie qui fait tourner la roue de la vie et nous empêche de sombrer tête la première dans une grisaille vide de sens. Or, bien que l’amour soit capable de tout transformer, de déplacer des pays et de tisser des liens entre deux existences, il n’a aucun pouvoir sur les choses aussi triviales que la chair et les désirs. La femme voisine de Samstadir, celle de Kjartan et d’Asdis, s’appelle Valpufa, c’est là que vivent Kristin avec son mari, leurs deux enfants et sa belle-mère. « (p. 138)

Je cite ce paragraphe puisqu’il inaugure le récit d’un adultère magnifique mais aussi parce qu’il contient le seul « truc » qui est parfois un peu « difficile » pour le lecteur franco-allemand que je suis : ce sont les noms propres islandais qui ont parfois un peu de mal à glisser doucement dans ma vieille tête…. mais ça fait partie de l’exotisme polaire.

Je recommande absolument !

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Arène

Deuxième roman de Négar Djavadi (après « Désorientale« ) qui met un peu de « furioso » dans la Rentrée Littéraire 2020.

Présentation de l’Editeur (Liana Levi)

Benjamin Grossman veut croire qu’il a réussi, qu’il appartient au monde de ceux auxquels rien ne peut arriver, lui qui compte parmi les dirigeants de BeCurrent, une de ces fameuses plateformes américaines qui diffusent des séries à des millions d’abonnés. L’imprévu fait pourtant irruption un soir, banalement: son téléphone disparaît dans un bar-tabac de Belleville, au moment où un gamin en survêt le bouscule. Une poursuite s’engage jusqu’au bord du canal Saint-Martin, suivie d’une altercation inutile. Tout pourrait s’arrêter là, mais, le lendemain, une vidéo prise à la dérobée par une lycéenne fait le tour des réseaux sociaux. Sur le quai, les images du corps sans vie de l’adolescent, bousculé par une policière en intervention, sont l’élément déclencheur d’une spirale de violences. Personne n’en sortira indemne, ni Benjamin Grossmann, en prise avec une incertitude grandissante, ni la jeune flic à la discipline exemplaire, ni la voleuse d’images solitaire, ni les jeunes des cités voisines, ni les flics, ni les mères de famille, ni les travailleurs au noir chinois, ni le prédicateur médiatique, ni même la candidate en campagne pour la mairie. Tous captifs de l’arène: Paris, quartiers Est.
Négar Djavadi déploie une fiction fascinante, ancrée dans une ville déchirée par des logiques fatales.

(suit une somme impressionnante d’extraits de critiques qui vont de « pages sous tension », »intenses », « denses », « texte brutal et pourtant intimiste », « thriller urbain orchestré à la façon d’une série Netflix »,« critique sociale corrosive », « coup de maître »… et j’en passe. )

J’ai cité tous ces qualificatifs de la longue liste de louanges parce que je suis d’accord avec eux, même si la somme de tous ces qualités et caractéristiques n’a pas réussi ni à m’émouvoir, toucher ou faire vibrer. Je me sens même plutôt submergé, noyé dans la densité de ce roman qui traite tant de sujets que j’ai même à un moment pensé à la manière de Karin Tuil de prendre à bras le corps 40 sujets d’actualités et d’en faire un cocktail molotov qui vous explose à la figure.

Près de la Villette

Regarde autour de toi, bon sang : bar, sex-shop, pharmacie, sex-shop, café, boulangerie, pharmacie, bar, sex-shop. Personne ne peut marcher droit sans béquille. Personne ! Un Français sur quatre est sous psychotropes (et les trois autres picolent comme des trous ou fument, ou s’empiffrent, ou ramassent de la chair fraîche sur la Toile ou matent YouPorn). Les plus gros consommateurs de psychotropes d’Europe ! Champions toutes catégories ! Somnifères, antidépresseurs, anxiolytiques…

Près de la place Stalingrad

Le monde entier était là pour vous duper, vous voler, jusqu’à votre dignité et votre patience ; vous servir toutes sortes de mensonges, de théories fallacieuses, de contre-vérités fourbes. Vous faire avaler que l’amiante n’était responsable d’aucun cancer, que les nuages radioactifs s’accordaient une pause aux frontières avant de faire poliment demi-tour, que les armes de destruction massive poussaient comme des champignons dans les sous-sols du Moyen-Orient.

Une lecture qui rend un peu addict aussi (le découpage est très télévisuel – on dirait un script détaillé pour une série Netflix, avec une galerie de personnages qui est développé dans leur complexité (passé, motifs de l’action/décision, évolution) – mais parfois limite caricature….. je ne croyais jamais au personnage de Benjamin Grossman) et parfaitement dans une réalité pas toute belle. Réalité qui, by the way, résonne étrangement/curieusement dans l’actualité : réseaux sociaux, chaînes TV payantes, vidéos tronquées, violences policières, ghettoïsation (blancs, noirs, jaunes….), urbanisation, islamisation, récupération de tous bords… (je vous dis ce n’est pas du tout de tout repos si vous cherchez un monde bisounours pour échapper à l’ambiance actuelle)

sur une immeuble du 10e

Ce qui m’a « énervé » un peu, ou plutôt lassé c’était le style qui est certes très contemporain, nécessite parfois un peu de connaissance du « speak » des djeunes et/ou des cités (wesh !), mais qui – à mon goût (je ne suis pas parfait) – charge trop la barque avec des adjectifs/adverbes – on en a qqs exemples dans le paragraphe cité mais il y’en a tout le temps :

la magnifique propriété…. visage fier et buste droit, se tient solonellement…. enlèveront ostensiblement leur voile…. à la première sonnerie, diffuse, lointaine….. il lui laissa un message, respectueux, amical….. .. ce goutte-à-goutte homéopathique d’espoir, même contrebalancé par l’attente quasi obsessionelle.

C’est une question de goût, je sais, mais j’ai ressenti un peu une indigestion.

Pourtant le récit est mené tambour battant, monte peu à peu thrilleresque et netflixien vers sa fin.

Je finis donc sur une note mitigé, contrairement d’autres lecteurs qui n’en sont pas sortis « indemne ». Faites vous donc votre propre idée dans cette arène ou s’affrontent des mondes qui ne devaient pas se croiser……

Last but not least – un peu comme le font pas mal d’auteurs actuellement, il y a une B.O. assez impressionnante qui va de Vivaldi (sic!), en passant par Nick Cave et Lana del Rey aux Smiths…(et j’en oublie)

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Déconfinement neigeux – Au-dessus des ima-nuages

Encore un dimanche au-dessus des nuages. J’ai déjà suscité la jalousie de certains d’entre vous avec mon récit d’il y a 10 jours ici – là j’en rajoute une couche (de neige).

Vendredi la ville de Grenoble a vécu un épisode neigeux comme on en n’a pas vu depuis quelques années.

On a choisi de retourner dans la Chartreuse – un peu plus vers le Nord-Ouest (mais toujours dans le périmètre des 20km – 27 minutes en voiture) à Saint-Hilaire pour être de nouveau au-dessus du plafond de nuages (phénomène souvent observé dans la ville et la vallée – tiens Le Dauphiné – quotidien quasi-local – nous dit que la station météo de Grenoble enregistre 4 fois (quatre!) moins d’heures de soleil que la station Alpe d’Huez par exemple….)

Une fois arrivé on se trouvait à la limite de la « soupe »

Heureusement ces brumes se sont rapidement dissolues pour nous offrir une belle blancheur. Nous avons chaussé les raquettes et sommes partis.

Nous avons fait (deux heures) le boucle des Dioux que je ne connaissais que l’été…. et qui passe par une petite forêt, devant une cascade, des belles prairies et la crêt de laquelle on regarde dans la vallée du Grésivaudan.

Marche dans une neige fraiche, pas encore dure – c’était féérique (surtout en pensant à ceux qui sont restés sous la couche de neige pour voir l’équipe de France du Rugby se battre valeureusement contre les Albions.

On aurait aimé crapahuter pendant des heures.

Le plus « féerique » cependant était avec l’abaissement imperceptible du plafond de nuages la sortie des nuages d’une petite butte près de Bernin (le restaurant –faux château La Veyrie (que je recommande pour un repas en été – la vue de la terrasse est magnifique). Une amie disait en voyant la photo sur Instagram : « Comme une estampe japonaise. Ou comme dans un songe… un château endormi dans la brume » Je n’aurais pas pu mieux dire le mystère qui s’en dégage.

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