Leila et ses frères

Avant une nouvelle petite « pause » de mes publications (pour cause d’une semaine de ‘baysitting’) encore un petit mot sur le dernier film vu, iranien cette fois-ci.

Je n’étais pas le seul qui avait été soufflé par « La loi de Téhéran » de Saeed Roustaee et je ne pouvais pas ne pas aller voir son nouvel œuvre que certains critiques disent « boursoufflé » avec sa durée de 2h50 (« enflé par endroits  » grandiloquent ?) …. Pourtant, à mon humble avis, ces 2h50 (qui passent par ailleurs comme un e-mail) sont bien nécessaires pour brosser comme il le fait un tableau de la middle class iranienne chamboulée et acculée par la crise économique tout en donnant de petites claques à la société iranienne dans son ensemble.

Leila prend une photo de sa famille – ce n’est pas une photo de « promo »

4 frères (dissemblables), 1 sœur, un père (qui m’a fait penser au Roi Lear mais aussi à l’Avare) une mère …. et un clan « familiale »

« Résumé » (allociné)

Leila a dédié toute sa vie à ses parents et ses quatre frères. Très touchée par une crise économique sans précédent, la famille croule sous les dettes et se déchire au fur et à mesure de leurs désillusions personnelles. Afin de les sortir de cette situation, Leila élabore un plan : acheter une boutique pour lancer une affaire avec ses frères. Chacun y met toutes ses économies, mais il leur manque un dernier soutien financier. Au même moment et à la surprise de tous, leur père Esmail promet une importante somme d’argent à sa communauté afin d’en devenir le nouveau parrain, la plus haute distinction de la tradition persane. Peu à peu, les actions de chacun de ses membres entraînent la famille au bord de l’implosion, alors que la santé du patriarche se détériore.

Dès le début du film Roustaee nous embarque par un montage parallèle (calme) ==> une usine sidérurgique a fait faillite, les ouvriers sont jetés dehors, frappés et poursuivis par la police, une manif’ réclamant 8 mois de salaire en retard et opprimée, un des frères de Leila fait partie des « licenciés » …. en même temps se déroule une prière dans une mosquée suivi d’une cérémonie de fin de période de deuil, « théâtre » qui dessine – presque silencieusement – la difficulté du père de Leila d’être intégré dans le clan). C’est après ces 1eres 10 minutes seulement que commencent les échanges entre membres de famille qui permettent de présenter les divers membres de la famille, leurs motivations / moteurs et mensonges et la situation (économique et social) de tout un chacun.

Leila (Taraneh Alidoostiest – Le client, A propos d’Elly !) a 30 ans env., elle est la seule fille, la seule personne à situation professionnelle stable (finalement c’est elle qui fait vivre la famille !) mais elle n’est rien dans ce patriarcat. S’ajoute à cela qu’elle est la seule personne (avec un autre frère – Alireza joué par Navid Mohammadzadeh) ) qui semble être dotée de bon sens et du flair.

C’est lors de la fête de mariage (voir ci-dessus) que tout le cheminement et les destins de tout un chacun « exploseront » – au lieu de financer ou soutenir ses propres enfants le père préfère donner sa « cassette d’or » (40 pièces d’or) comme cadeau au père de la marié pour être ainsi le « parrain » du clan…. empêchant ainsi ses enfants de devenir proprio d’une boutique dans un centre commercial….

Je ne dirai rien sur la manière avec laquelle Saeed Roustaee agence les logiques de tous le protagonistes , en les resserrant de plus en plus avec la révélation de petits détails qui densifient le récit qui devient quasi étouffant et distribue des uppercuts bien ressentis.

Cette densification n’aurai pas été possible en 120 minutes. Remarquable !

Publié dans Cinéma | Tagué , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Au pied de l’Obiou

Jusqu’ici la météo nous n’a jamais permis de nous approcher de l’Obiou, pourtant toujours visible du jardin de nos amis à Monestier d’Ambel ou nous avons une nouvelle fois passé un excellent week-end entre amis (paddle, randos et ramassage de prunes…).

On la voit au fond cette montagne bien massive et majestueuse

Ce week-end était le bon et nous avons pris les voitures pour le Col des Faïsses ou nous nous sommes garés avant la barrière canadienne.

Un petit sentier part à droite, on traverse une belle pinède avant de déboucher sur une large arrête. On passe le petit Vallon – picnic ensuite au grand bénitier. Paysages grandioses.

L’ascension de l’Obiou est faisable, mais il faut bien être équipé (chutes de pierres – donc casque) et avoir envie de rajouter au moins 3h avec une partie presqu’escalade. Le total = 1.400m de dénivelé !)

au retour (l’Obiou est dans le dos)

On voit bien le village de Monestier d’Ambel niché dans la verdure et sous la « protection » des montagnes du Devoluys.

Comme souvent descente au lac – 20minutes de descente (un peu plus pour remonter)

(certains d’entre nous on fait la 1ere fois du paddle….) Moi j’ai préféré buller (et lire mon avenir dans les nuages !)

Publié dans Photo, photographies, randonnées, Randonnés | Tagué , , , , , , , , | 2 commentaires

Entre fauves

Lectures de vacances

Done : 1er roman/policier lu de Colin Niel (qui n’est pas comme je le pensais un anglais, mais bien un français). Je pensais par ailleurs, en choisissant ce roman, que je lirai le roman qui a servi de base pour l’adaptation cinématographique « Seules les bêtes » (Dominique Moll; et pas vu), mais nenni, il faudra, if ever, lire « Seules les bêtes« .

Présentation de l’Editeur (Livre de poche)

Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au suivi des derniers ours. Mais depuis des mois, on n’a plus trouvé la moindre trace de Cannellito, le seul plantigrade avec un peu de sang pyrénéen qui fréquentait encore ces forêts. Pas d’empreinte de tout l’hiver, aucun poil sur les centaines d’arbres observés. Martin en est chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal. L’histoire des hommes, n’est-ce pas celle du massacre de la faune sauvage ? Alors, quand sur Internet il voit le cliché d’une jeune femme devant la dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la retrouver et à la livrer en pâture à l’opinion publique. Même si d’elle, il ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux. Et rien de ce qui s’est joué, quelques semaines plus tôt, en Afrique.

Entre chasse au fauve et chasse à l’homme, vallée d’Aspe dans les Pyrénées enneigées et désert du Kaokoland en Namibie, Colin Niel tisse une intrigue cruelle où aucun chasseur n’est jamais sûr de sa proie.

Policier (? un peu)-thriller (? un peu plus) honnêtement ficelé en écho lointain d’un roman de H. Mankell (Wallander – La lionne blanche), puisqu’on parle ici d’un lion « noir » et qu’on se retrouve en Namibie (pas loin de l’Afrique du Sud Wallanderienne)…. les réminiscences s’arrêtent ici.

Lion « noir » © Keith Levit puis Pavol Dvorský – 2012 https://www.radiofrance.fr/franceinter/sur-les-traces-du-lion-noir-7173057

Pleins de sujets (aussi limitrophes) sont traités : les paysages des Pyrénées (vallée d’Aspe), l’introduction d’ours en France (et rappel de la mort de l’ours Cannelle), les chasseurs de fauves (riches), les divers types d’armes utilisés (C. Niel s’est bien documenté), la pauvreté (la sécheresse) en Namibie, les répercussions sur l’économie/ le tourisme/ les coutumes, un zest d’amour (interdit) — tout ç a bien mixé – et on a un bon petit cocktail apéro (toutefois, à mon goût pas assez pour le plat de résistance) .

https://www.francebleu.fr/emissions/affaires-classees/pays-basque/la-mort-de-l-ourse-cannelle-episode-1
Cannelle, dernier ours brun femme des Pyrénées © Maxppp –

Récit mené à quatre voix (celle de Martin, celle de la « chasseresse » : Appoline, celle d’un jeune homme : Komuti….et parfois, un peu « plaqué » à mon sens, celle du vieux lion….

Les hommes chassent les chasseurs de gibiers (un peu sur internet, un peu en vrai aussi comme on verra vers le dernier tiers dans lequel le récit s’emballe, accélère et sort le lecteur un peu de sa léthargie), on assiste à des sorties de chasse en Namibie, se promène un peu à Pau, et dans les Pyrénées.

Pour être franc, j’ai lu le roman pour me détendre, et détendu j’étais un peu déçu aussi de la difficulté que j’avais d’adhérer aux récit de Appoline (personnage pour moi trop « construite ») et j’aurai préféré une accélération du récit dès la fin de la 1ere moitié… Dans le style de Babelio je donnerai 2,5/5. Sinon j’avoue d’être content de l’avoir acheté en Livre de Poche et pas dans la belle version de Rouergues.

Notons toutefois en sa faveur que le roman était Lauréat 2021 du Prix Libraires en Seine !

Publié dans Livres | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , | 7 commentaires

Soutien au cinéma français – Septembre 2022

Deux films français – qui sont très différents l’un de l’autre….

Une petite fantaisie qu’il faut prendre comme telle – adaptation (libre) d’une BD (de Pénélope Bagieu) avec Sarah Giraudeau en roue libre, mais attachante.

 Le teaser pour la BD disait :

« Tout va bien se passer… J’ai une adresse, des tickets de métro, un plan de Paris… D’ici une minute, tout va me revenir. » Une jeune femme se réveille dans Paris. Elle ne se souvient ni de son nom, ni de ce qui l’a amenée là. Son passé a disparu. Avec humour et sensibilité, Pénélope Bagieu et Boulet racontent sa quête d’identité.

Je ne la connaissais pas et suis allé en tant qu’accompagnateur ne m’attendais à rien, mais ne suis jamais rentré dans le film : pour moi S. Giraudeau en faisait trop, je n’arrivais pas à croire à cette histoire poético-philosophique avec un zeste de Amélie Poulain (ça se passe souvent à Montmartre), des personnages secondaires plutôt loufoques ou trop caricaturaux.

A la rigueur je l’aurais apprécié un dimanche après une rando k.o. sur mon canapé, là juste un petit air de « charmant » avec un côté presque surannée.

Un morceau plus dur à digérer le film de Claire Denis qui a reçu un Ours d’Argent à Berlin pour ce film avec les poids lourds que sont Juliette Binoche et Vincent Lindon (et Grégoire Colin – parfaitement ambiguë).

Un ex-taulard et ex-rugbyman vit un peu aux crochets d’une femme (depuis 7 ans env.). Elle avait à l’époque quitté son compagnon pour lui, l’ex-compagnon étant un ancien ami (et partenaire professionnel). Ce dernier va (re-)faire surface, la femme succombera de nouveau à lui et le film montre les conséquences tsunamiques.

Hymne à la liberté de la femme (toute la mise en scène joue avec les plans serrés, les cadrages, suggérant l’enfermement) et miroir parfait des affres de chacun. Qui a, de près ou de loin vu/vécu/entendu des situations similaires, ne pourra dire que les dialogues sont insipides – comme j’ai pu le lire – même si elles ont été écrites par Miss Angot.

Vincent Lindon et Juliette Binoche sont parfaits, crédibles (je me ferai peut-être buter par certains : mais il est pour moi actuellement un des meilleurs acteurs français pour ce type de rôle).

Le film commence magnifiquement (c’est sensuel !) : le couple est heureux et en vacances (parenthèse enchanteresse) …. tout ça ne sera que « dust in the wind »…

Les grains de sable que je n’ai pas aimé (ou pas compris) : Sarah (J. Binoche) travaille à RFI (passant à l’antenne des témoignages traitant du Liban, de la situation des noirs en France….- je n’ai pas vu le rapport avec son désir d’être libre) – le récit secondaire autour de la relation père-fils (Jean a un enfant d’une première union – métis – auquel il fait des leçons qui frisent le ridicule). Toutes les scènes autour de ces deux axes me paraissaient « inutiles »….

J’ai préféré (et adoré, parce que elles m’ont touché) les séquences traitant du rapport entre les deux (bientôt ex-amoureux), du désir de la femme (liberté, choix) et des tissus ou toiles de mensonges qui empoisonnent tout. Les disputes n’avaient rien à envier celles de « Jusqu’à la garde« …..

Publié dans Cinéma | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 commentaires

LËD

Lecture de vacances

Envie de vous déplacer à Norilsk ? (une ville minière – et polluée – de Russie – et pour tout « arranger » ancien goulag, pas loin du cercle polaire, loin de tout. Il y fait – 60° en pleine hiver – qui dure dans les 8 mois environ. [Lëd = Glace en russe]

Norilsk était une ville hautement photogénique malgré sa laideur industrielle. Depuis les toits en particulier, la vue était à la fois terrible et splendide, entre les cheminées fumantes comme des paquebots et les rares collines enneigées qui s’éparpillaient dans un blanc de brume, à perte de vue.

Vue de la ville de Norilsk en Russie. • ©Alexandr Kryazhev/RIA Novosti/AFP _ https://la1ere.francetvinfo.fr/2015/03/06/norilsk-nickel-le-metal-qui-vient-du-froid-235949.html

Caryl Férey que je lis de temps en temps depuis 2002 (Zulu, Haka, Utu, Plutôt crever, Mapuche, Condor , Paz….) a utilisé la somme de travail de documentation qui a déjà donné naissance à un livre-récit (pas lu : »Norilsk« ) qui lui a donné la « chair » de ce thriller, « au scénario …bien vissé » (FI dixit).

Présentation de l’Editeur

Norilsk est la ville de Sibérie la plus au nord et la plus polluée au monde. Dans cet univers dantesque où les aurores boréales se succèdent, les températures peuvent descendre sous les 60°C.
Au lendemain d’un ouragan arctique, le cadavre d’un éleveur de rennes émerge des décombres d’un toit d’immeuble, arraché par les éléments. Boris, flic flegmatique banni d’Irkoutsk, est chargé de l’affaire.
Dans cette prison à ciel ouvert, il découvre une jeunesse qui s’épuise à la mine, s’invente des échappatoires, s’évade et aime au mépris du danger. Parce qu’à Norilsk, où la corruption est partout, chacun se surveille.
Et la menace rôde tandis que Boris s’entête…
LËD (« GLACE » EN RUSSE) EST UNE IMMERSION DANS UNE RUSSIE DE TOUS LES EXTRÊMES.
CARYL FÉREY AU SOMMET DE SON ART.

Avec ce roman C. Férey quitte l’Amérique et le Pacifique du sud et nous propose un « thriller » dans cette « ville fermée par décret gouvernemental » (ZATO]. L’accès et les déplacements y sont strictement règlementés, pas ou peu d’étrangers, peu de touristes aussi (souvent des personnes richissimes qui (en été, quand-même) viennent pour les canyons (Poutorana, en effet impressionnants).

Les personnages : Boris Ivanov (flic, honnête jusqu’à un certain point) et sa femme Anya ; Valentina (étudiante et blogueuse genre whistleblower en matière d’écologie et ex de Gleb) – elle sera victime d’un assassinat; Léna (médecin légiste) ; Andreï, chef des douanes à l’aéroport ; les mineurs Gleb, Sacha et Nikita ; Dasha (la grande amoureuse ….) …. Tous seront liés d’une manière ou l’autre dans ce thriller pola(i)r(e) dans un monde qui tombe en miettes (quoique Poutine dise).

C. Férey est plutôt doué pour tisser sur une toile de fonds russe (qui ne semble pas se relever du passé et de la chute du mur) une histoire avec son lot de corruption, avec, surprise une histoire d’amour entre homme (un comble dans ce pays homophobe) – et pour tout corser un des deux hommes est la « cible » d’un amour inconditionnel par Dasha….

Finalement c’est moins l’intrigue « policière » (la recherche du/des assassins) qui semble intéresser C. Férey que le contexte politico-économique et social dans lequel se déroule le récit sur 542 pages (Pocket). Le lecteur est un peu engourdi par les apartés sur la société russe, comme par le froid, même si les saillies critiques contre « ce système russe » sonnent parfaitement (et étrangement) avec ce qui se passe actuellement en Ukraine.

Ce peuple, capable de se sacrifier sur les champs de bataille, ces milliers d’adolescents qui, volontaires pour se battre, pestaient moins contre l’avancée de la Wehrmacht que contre l’âge légal pour mourir (18 ans), ces milliers d’ouvriers et de soldats allant s’irradier à Tchernobyl sans poser de questions, ce courage fou qu’aucun autre peuple ne pouvait revendiquer : tous s’écrasaient sous la botte du premier dictateur venu, comme une calamité nécessaire. Sauf glorieux, le passé n’avait pas la cote en Russie.

Une belle lecture – moins haletante que je l’avais souhaitée, mais de type évasioniste.

Les purges avaient fusillé des centaines d’écrivains, contraint les autres à soutenir publiquement les exécutions de leurs camarades sous peine d’être jetés à leur tour dans la chaudière de la locomotive qui se nourrissait de ses enfants, suicidés ou déportés, ça ne faisait pas de différence, « la littérature doit être une arme dans la lutte contre les déviations de l’idéologie communiste ». Un jeu de dupes, arbitré par des incultes à l’esprit crotté autorisés à s’en venger.

Publié dans Livres | Tagué , , , , , , , , , , , , , , | 1 commentaire

Cher Connard

Présentation de l‘Editeur (Grasset) – 4e de couv’

«  Cher connard,
J’ai lu ce que tu as publié sur ton compte Insta. Tu es comme un pigeon qui m’aurait chié sur l’épaule en passant. C’est salissant, et très désagréable. Ouin ouin ouin je suis une petite baltringue qui n’intéresse personne et je couine comme un chihuahua parce que je rêve qu’on me remarque. Gloire aux réseaux sociaux  : tu l’as eu, ton quart d’heure de gloire. La preuve  : je t’écris.  »
 
Après le triomphe de sa trilogie Vernon Subutex, le grand retour de Virginie Despentes avec ces Liaisons dangereuses ultra-contemporaines.
Roman de rage et de consolation, de colère et d’acceptation, où l’amitié se révèle plus forte que les faiblesses humaines…

J’ai hésité un petit moment dans ma librairie avant de l’acheter, trop de pub (ou battage médiatique) devient étouffe-bourgeois, mais l’espoir de retrouver une radiographie de notre époque m’a finalement poussé vers la caisse avec le livre sous le bras. Et pour faire « bonne mesure » j’avais également dans mon sac à dos le livre de Emma Becker (« L’inconduite ») même si l’une des deux se déclare 120% être une femme et rien d’autre tandis que l’autre dit (Télérama – n° 3788) : « … je ne suis pas tout le temps une femme et rien d’autre qu’une femme. Et avec l’âge, cette question d’être un homme ou une femme m’intéresse de moins en moins ») ne se demande plus si elle est femme ou homme. »

Deux personnes s’écrivent : Rebecca, hétéro, une actrice d’une petite cinquantaine d’années (ce qui ouvre aussi le champ pour des réflexions sur le cinéma et les freins à trouver des rôles pour et faire travailler des femmes au-delà d’un certain âge, surtout quand elles ont « dix kilos de trop » et Oscar (Rebecca était une amie de la sœur d’Oscar), écrivain (avec un certain succès) – et « connard modèle courant » (et à priori hétéro) – qui se trouve dans le collimateur d’une jeune féministe, ancienne attachée de presse d’Oscar qui balance dans les réseaux sociaux des accusations d’harcèlement subi de la part d’Oscar 10 ans plus tôt – ce dernier va au fil des échanges changer son regard sur les actes « commis »). Accusations qui vont avoir des répercussions dans la vie d’Oscar.

https://www.marieclaire.fr/trois-ans-apres-metoo-que-reste-t-il-a-faire,1360154.asp

Au fil des échanges de courriers (courriels) quasiment tous les sujets actuels (et éternels) sont passés en revu, et la forme de l’échange épistolaire permet de varier les points de vue, d’apporter des changements de perspectives… pour n’en citer que quelques’ uns des sujets : les « vrais mecs », la culture, le(s) féminisme(s) et/ ou les femmes battues, le viol (V.D. semble encore être à contrecourant du mainstream – p. 258-260), les addictions et réconciliations, l'(im)possibilité de se reconcilier avec qqn qui vous a fait mal…

Imagine qu’à la place des femmes qui sont tuées par les hommes, il s’agisse d’employés tués par leurs patrons. L’opinion publique se raidirait davantage. Tous les deux jours, la nouvelle d’un patron qui aurait tué son employé. On se dirait, ça va trop loin. On doit pouvoir aller pointer sans risquer d’être étranglé ou criblé de coups ou abattu par balles. Si tous les deux jours, un employé tuait un patron, ce serait un scandale national. Pense à la gueule des gros titres : le patron avait déposé trois plaintes et obtenu un ordre d’éloignement mais l’employé l’a attendu devant chez lui et l’a abattu à bout portant.

C’est quand tu le transposes que tu réalises à quel point le féminicide est bien toléré. » (p. 73)

Il n’y a pas mal de passages de cet acabit, qui dans son style rap-eux vous frappent. Malheureusement, pour moi au moins, les passages sur les addictions (« Alors se défoncer – c’est aussi se connecter à d’autres pensées. Ouvrir les portes en soi. Laisser la poussière du dehors entrer. Soustraire son attention au marché. Et se procurer du plaisir, là où on en trouve….l’addiction, c’est chercher du réconfort dans ce qui te détruit » – p. 123) et les manières de lutter contre étaient pour moi (ma « seule » addiction se sont les cigarettes) bcp trop nombreuses, même si la galerie des portraits des personnes qui viennent au séances des NA (narcotiques anonymes) – en présentiel ou quand la Covid s’invite par Zoom (caméra éteinte ou pas) – est parfois plus que savoureux.

https://www.addictiongroup.org/resources/groups/na/

C’est d’ailleurs une chose que je retiens : un humour pince-sans-rire et comme apaisé, presque tendre. [lisez les pages SNCF – achat de billet…. c’est tordant – p. 290 ss]. Le seul « écart » à cet apaisement c’est un article de blog de Zoe (p. 297 – 305) qui cogne, au marteau….précédé (et suivi) de qqs « gifles » bien senties.

Le nouveau projet décadent que les chefs (lire : le gouvernement, pda) voudraient nous imposer c’est le couvre-feu le week-end. La semaine tu vas taffer et le week-end tu te cloîtres et fermes ta gueule. Tu sers qu’à ça – faire marcher la machine économique. Le reste, ta vie, ton équilibre, tes proches, le ciné – on s’en fout. C’est étonnant à vivre. Chaque fois on sent que c’est une bouchée plus difficile à avaler que la précédente. Mais on avale…….(p. 279)

Comme dans « Vernon Subutex » il y a une BO de fou, même si la plupart de ses musiques se trouve très peu dans mes « playlist » Spotify) ….Public Enemy, D. Bowie, Orelsan, Lil Nas X (belle découverte pour moi), B. Dylan, Moby, Pharell Williams, Billie Elish, PNL, Lydia Lunch (quand je pense que l’héroïne de Emma Becker écoute souvent « T Rex » on est loin loin….).

https://open.spotify.com/embed/playlist/1znV179K5QFFbCNkjDC9ro

En fin de compte, content d’avoir été re-sensibilisé aux questions de notre société contemporaine, sans pour autant d’avoir « kiffé » le livre, à part de nombreuses « fulgurances » et passages « écrits avec les tripes » au détour de passages trop centrés sur la lutte contre les addictions.

Un dernier exemple du style qui sied aussi aux slams (ou au Hip-Hop) – dommage que parfois les lettres de Oscar et de Rebecca sont écrites avec le même style, sans différencier aussi stylistiquement les deux (peut-être parce que ça n’a pas d’importance pour V.D. de faire la différence entre H & F dans ce cas précis…?) :

https://www.nouvelobs.com/justice/20220310.OBS55517/17-personnes-interpellees-apres-une-vague-de-cyberharcelement-contre-le-chanteur-eddy-de-pretto.html

« …. la gueule tatouée tout défoncé qui fait du hip hop de gamins gros cernes à la fois super doux et smooth codéine et à la fois déglingué dérangeant désolé avec une séduction enfantine. J’avais du retard sur l’actualité – ça c’était il y a cinq ans visiblement un train est passé…..j’ai eu le temps de penser c’est quoi ce petit bouffon puis j’ai pensé à Eddy de Pretto qui me met mal à l’aise pas quand je l’entends mais si je le vois parce que j’aime bien sa façon de bouger et il a des petites jambes maigres je peux m’identifier à ce type physiquement et…… (p. 280)

Publié dans Livres | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 commentaires

L’inconduite

Chuchotements et hurlements.

« Ecrire et vivre sont deux choses distinctes » (P. 316).

(ou « l’éconduite »)

Emma Becker is back – avec un roman qui va peut-être faire parler d’elle (elle a tout fait pour), et c’est intéressant (notamment pour un homme) de mettre en perspective ce « brûlot » d’une femme « libre » avec le dernier-né de Virginie Despentes (« Cher connard » – avis suivra…).

JF Battoz – sculpture 2012

Pour être tout à fait honnête, j’ai faillé abandonner le livre au 1er tiers (sur les 366 pages). J’étais un peu heurté (?), gêné (?) ==> petit bourgeois plus prude que ce que je pensais, je dois peut-être faire une séance de psy ?) par la multitude d’instants de « baise » entre Emma et Victor, Lenny, Cody, Jon et j’en oublie : les « va et viens dans la gorge« , le « farcir le cornet« , les robes retroussés, « Il n’a pas plu » (…dit-il en se reboutonnant… nda) , c’est à dire que je ne nous ai pas, comme c’est pourtant mon habitude, recouverts de suc« .... « (p.49), « C’est là, dans cet appartement hanté par les deux chats qui nous fixent quand nous baisons, que je me compose le premier souvenir inoubliable de Jon. Ce souvenir prend la forme d’une contraction réflexe de tout mon être, pendant un 69 ou je réalise que je suis non seulement excitée intellectuellement, mais trempée aussi... » (P. 73) « Et puis, diantre, je ne suis pas obligée de baiser avec lui . J’ai le droit de ne pas être d’humeur……..au moment de se coucher, lorsqu’on se dit, crevée, qu’il serait plus laborieux de refuser que de se laisser faire, ….la rage qu’on cadenasse en se laissant grimper dessus par un homme qui devrait être le bon mais qui est devenu le mauvais.… » (P. 78). « Maintenant qu’il bande, sa queue est absolument énorme. Je m’empare du préservatif qu’il me tend, le déroule et bave discrètement dessus, comme c’est l’usage lorsqu’on est résolue à laisser de bons souvenirs à des mecs dont on se fout. », « C’était peut-être l’émerveillement de la queue dure pour moi, ou l’émerveillement de la queue dure tout court, qui peut-être est dure pour tout le monde, mais en tout cas n’a pas faibli devant moi…. »

https://moelle-sued-camp.de/galerie/

Je me suis dit à un moment « ok, j’ai compris » (elle nous met le paquet pour comprendre le bon bout de femme – qu’elle est) …. mon enthousiasme pour les variations linguistiques pour les fellations à gogo avait fané, peut-être aussi à défaut d’y connaitre grande chose en littérature « érotique » (il faut quand-même ajouter et avouer que le style n’est pas pour émoustiller, loin de là) quand arriva – un peu après la mort du grand-père de la narratrice (dont elle souligne assez pesamment que c’était un chirurgien), un chapitre (p. 123 – 151) sur un week-end de camping à mon sens d’anthologie (c’est tristement tordant au début, pour virer peu-à-peu dans une observation clinique noire comment une phrase – anodine – peut faire basculer une conversation qui part « en couille »).

C’est à à partir de ce chapitre que tout va « basculer » – et pas du 69 au 96 (le personnage de Vincent (metteur en scène parisien) qui apparaîtra peu après va par ailleurs souligner la qualité de l’écrit « Vous écrivez incroyablement bien, vous savez? » (p. 202 – on verra plus tard ce qu’il en est). Par ailleurs, c’est vrai, ça saute aux yeux, Emma Becker aime se voir écrire avec facilité (le contraire de V. Despentes)….

Ce Vincent deviendra une obsession et une déception qui mènera aux pages les plus intéressantes sur l’écriture et sur les classes sociales qui la hantent

 «  C’est de là que je viens, de cet univers parallèle, la banlieue. Même pas la classe ouvrière, non la classe un petit peu au-dessus qui envoie ses gosses à l’école privée et aime faire semblant de s’en être sortie en dépit des heures supplémentaires pour payer les leçons de tennis de la petite […] Je suis de cette classe qui a une maison de vacances, oui, mais une maison héritée, passée de génération en génération et que personne, depuis le grand-père chirurgien, n’a les moyens de retaper correctement. L’été je vais à Saint-Tropez, c’est ce que je dis et c’est pas loin d’être vrai, de toute façon personne ne connaît Saint-Aygulf…. » (p. 335)

 Et pas seulement les classes sociales (Jon est pauvre, Lenny un directeur financier rico-rico – ce qui donne à lire qqs considérations à débattre : genre être riche = bite plus dure ?), aussi un certain féminisme pas aussi radicale comme chez certains personnages dans le dernier livre de V. Despentes mais un peu dans le sens d’une Angot.

« Mes histoires sont de la littérature parce qu’elles existent sous forme de papier, derrière une couverture sur laquelle il y a mon nom, ça donne l’impression que je sais de quoi je parle. Et la raison pour laquelle j’écris si lentement, c’est que je ne peux pas pondre une page sans devoir penser aux Grands Ecrivains Français et me souhaiter la confiance d’un homme blanc médiocre. Il faut que je m’en souvienne chaque fois que la tentation me prend de me dire que mes histoires n’intéressent personne d’autre que moi. Si on les laisse aimablement représenter le regard universel sur ce monde, pourquoi douterais-je une seconde de l’intérêt qu’ont mes histoires de fesses? …Qu’in me laisse parler du regard des hommes qui m’a construite comédienne, capable de deviner leurs plus petites inclinations, tellement capable que mes propres désirs me deviennent illisibles et qu’il me faut des heures, après, courbée sur mes feuilles, pour me relier à cette mascarade….. (p. 316-317)

Lempicka

Au final, à part de m’avoir fait découvrir (belle description !!) la vidéo-chanson « Anamour » de Gainsbourg/Birkin, un auteur américain Nicholas Baker, d’avoir permis d’entre dans la tête d’une femme (libre – qui n’a pas de copine) qui se découvre, de m’avoir fait marrer parfois et de ne pas cacher le côté presque glauque à côte de quelques oui-oui-oui…., je conseille ce roman riche en portraits et auto-portraits (en parallèle à « Cher connard » qui est vierge de scènes de sexe).

Le prochain roman d’elle pourrait être celui ou la cohorte ou farandole de mecs s’estompe…. ce sera intéressant.

Publié dans Livres | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 commentaire

Là où nous sommes chez nous – Wo wir zu Hause sind

[Histoire de ma famille éparpillée]

Il y a quelques années (2010), Actes Sud avait publié avec succès la traduction de « Histoire d’un allemand de l’est » Haltet euer Herz bereit: Eine ostdeutsche Familiengeschichte. 2 ans après sa première publication en allemand, les lecteurs français ont la possibilité de suivre l’histoire de la famille Leo – éparpillée dans le monde entier (Berlin, Vienne, Londres, Haïfa).

Arbre généalogique des Leo

Je ne suis à priori pas un grand fan de bibliographies et/ou livres de « souvenirs » mâtinés d’accents historiques, mais là je dois dire que j’étais conquis et touché. Grâce probablement aussi à la traduction d’Olivier Mannoni (qui m’a fait oublier que le livre a été traduit de l’allemand).

Présentation de l’Editeur (4e de couv’) – Actes Sud

Quatre personnes autour d’une table, et voilà la branche berlinoise des Leo pour ainsi dire au complet. Les nombreux autres membres de la famille, qui ont fui les nazis dans les années 1930, sont dispersés dans le monde entier. Au fil de ce récit poignant, Maxim Leo se rend chez eux, en Angleterre, en Israël et en France, et retrace le destin de ses trois grands-tantes : Hilde, l’actrice devenue millionnaire à Londres ; Irmgard, l’étudiante en droit qui s’est convertie au judaïsme avant de prendre le bateau pour Israël et de fonder un kibboutz sur les hauteurs du Golan ; et Ilse, la lycéenne qui a survécu en France dans la clandestinité. Il retrace aussi le touchant retour de leurs enfants et petits-enfants à Berlin, dans la patrie perdue de leurs ancêtres.

À la recherche des maillons manquants de la chaîne des souvenirs familiaux, Maxim Leo découvre un lien qui se joue de toutes les frontières. Avec «Là où nous sommes chez nous», il livre l’histoire aussi inoubliable qu’émouvante de sa famille éparpillée.

Dans un récit que je ne crains pas nommer « captivant » on suit, dans une sorte de voyage sur les traces familiales, tour à tour Irmgard/Nina, Hans/Hanan, Ilse, Nora, Hilde…. càd les membres d’une famille (juive – ce qui a son importance) éparpillée dans le sillage du nazisme….Et en fermant le livre on se dit qu’un des points clé du livre est la question de « Qu’est-ce qu’être allemand ? » et surtout aussi la question « Qu’est-ce être juif ? » jumelée avec le sujet de la résilience.

Camp de Gurs – https://www.sudouest.fr/pyrenees-atlantiques/pau/bearn-une-exposition-sur-le-camp-de-gurs-inauguree-a-berlin-2006495.php

Le récit est né sur la base des entretiens que l’auteur à pu avoir avec les membres de sa famille aux quatre coins du monde. La famille Leo, des bourgeois juifs (mais pas pratiquants, ni « même » croyants), vont en début des années 30, sentant qu’il y avait danger, fuir Berlin et ainsi pour la plupart échapper à l’extermination. Comme les membres de la famille (Hilde et son mari) qui trouvent refuge à Paris ou ils rencontrent – j’en étais bluffé : A. Koestler, W. Benjamin, K. Mann, H. Arendt ….! – rue Dombasle, N° 10 !! )

Ce qui n’empêche que certains vont être obligé de (sur-)vivre dans le camp de Gurs (j’ai appris qqchose, je n’avais jamais entendu de ce camp), d’autres vont devenir millionnaire, d’autres encore kibboutzins (là aussi j’ai appris un peu plus sur les débuts de l’Israël et surtout la vie dans les kibboutz…. – ceux des années 40 n’avaient rien à voir avec ceux des années 60.)

Je retiens notamment (moi, qui ai quitté « ma patrie » au début des années 80 – même si elle ne m’a jamais fait « souffrir« ) – « qu’il est difficile de se débarrasser de sa patrie, de ce lieu où l’on n’a pas besoin de s’expliquer, de ce lieu qui vous appartient parce que vous avez grandi avec lui…. » p. 350)

Tout comme l’épisode de la « révolte » des pilotes de l’armée de l’air israélienne en 2002 suite aux bombardements en Cisjordanie. https://www.cairn.info/revue-critique-internationale-2008-4-page-61.htm?try_download=1

…..L’opération qui a fait le plus de victimes civiles est celle qui a été conduite en juillet 2002 contre Salah Shéhada, haut responsable du Hamas à Gaza, accusé par Israël d’avoir organisé 52 opérations ayant coûté la vie à 200 civils et 16 soldats israéliens. La bombe d’une tonne qui l’a tué a écrasé la maison voisine qui était habitée, faisant 14 morts innocents, parmi lesquels 8 enfants, dont sa propre fille. Le Shabak a reconnu s’être trompé en pensant que la maison d’à côté, qui a subi l’essentiel des dommages, était vide. Cette « bavure » a suscité une vive réprobation dans de nombreux pays. Elle a également choqué l’opinion publique israélienne qui, pourtant, demeure très favorable à ce genre de représailles  [5][5]Un sondage d’opinion publié dans le quotidien Maariv en juillet…. Dans une lettre adressée à leur chef d’état-major, le général Dan Halutz, 27 pilotes de l’armée de l’air, parmi lesquels le brigadier-général Yftah Spector, ont déclaré qu’ils refusaient de prendre part à des opérations aériennes au-dessus des centres de populations civiles.

Difficile à résumer, tant il est riche en « anecdote » et petites réflexions sur l’appartenance à un payse/une religion…. (tel que les Leo vivant en Angleterre, sauvés et éduqués par l’Angleterre dans les années 30 et se posant la question moralement si ils peuvent quitter le pays après le Brexit, après tout ce que l’Albion avait fait pour eux……)

Un livre facile à lire et d’une richesse (historique, humaine) incroyable. Merci à C. qui me l’a prêté !

Publié dans Actualités et politique, Livres, Traduction | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 commentaires

As Bestas

Rodrogo Sorogoyen (Madre, Isla Misma, El Reino, Dios nos perdone) nous secoue de nouveau, et nous offre un film auquel je souhaite un bouche-à-l ‘oreille de tonnerre.

Un couple de français (joué par Denis Ménochet – tout en bouillonnement intérieur – et Marina Fois – parfaits les deux !) s’est installé en Galice et pense avoir trouvé son havre de paix, son îlot de « chez eux » en cultivant tranquillement des légumes (de qualité – et vendu à bon prix sur le marché). Si seulement il n’y avait pas des voisins agressifs et peu hospitaliers – on apprend peu à peu pourquoi. [Luis Zahera – déjà vu dans « El Reino » – est méconnaissable et particulièrement convaincant ]

Le couple s’est opposé à la construction d’éoliennes (norvégiennes) sur l’emplacement du village – ce qui aurait, du point de vue des voisins, permis de quitter le village (perdu et périclitant) pour une vie meilleure… De plus, ces « français » (il y a des accents de xénophobie dans les paroles des espagnols) s’entêtent à rénover des bâtiments du village (gratos, sur leur deniers (!)) dans l’espoir de faire « renaître » le village, le remplir de vie.

Avec un scénario formidable de tension qui augmente au fur à mesure, le film oppressant à gogo dit plus sur la difficulté de communiquer, et de la force des femmes que ne le ferait un cursus universitaire entier. A ce titre les (assez) longues scènes de Domino (3 fois) et les échanges des hommes sont catalyseurs.

et ce sont tous les deux qui ont « raison »

Mise en scène et direction des acteurs au cordeau : souvent R. Sorogoyen propose des plans séquence ou plans fixes à l’intérieur desquels les acteurs dialoguent avec un naturel et une véracité qui vous prend à la gorge.

En sortant du film on n’était toutefois pas d’accord avec nos amis qui trouvaient que « les français » ont « mal joué » tandis que les « espagnols » étaient « estupendo ». Pareil pour les scènes entre mère et fils : une amie disait que ça sonnait faux, que c’était était exagéré, tandis que nous, les autres, étions justement d’avis que les disputes entre mère et fille étaient d’un réalisme estomaquant (même si la fille y était moins « convaincante » que sa mère.

Faudra se faire une idée soi-même….(tzzz) . Encore une fois je me permets d’ajouter un lien vers le blog « Le Tour d’Ecran » qui en parle avec plus de profondeur (j’adore l’incipit choisi de Giono).

Une fois n’est pas coutume je rajoute aussi un lien vers l’article sur ce film écrit par Pascale (Sur la route du cinéma), article qui se termine ainsi et j’approuve absolument :

En plus du film de l’été, cet As bestas « risque » fort d’être le film de l’année. Comme l’annonce l’affiche qui pour une fois a raison : une leçon de cinéma

Publié dans Cinéma | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 commentaires

Animaux Invisibles

« Le vision du monde la plus dangereuse est celle de qui n’a pas vu le monde. » (A. von Humboldt)

[“Die gefährlichste Weltanschauung ist die Weltanschauung derer, die die Welt nie angeschaut haben. (The most dangerous worldview is the worldview of those who have not viewed the world)”]

Lu dans le cadre de la sélection du jury du Prix PFCaillé.

Je n’avais pas lu ce livre au cours de la phase de présélection (il y avait au total 12 candidats pour le prix 2022 – la sélection finale => 5 livres) et me suis attelé à la lecture fin juillet/début août. Comme d’habitude je ne dirai rien sur la qualité de la traduction (nous en discuterons/débattrons mi-septembre lors de la réunion qui choisira le/la lauréat(-e). Je ne parle donc ici seulement en « lecteur lambda ».

Traduction de l’espagnol par Eric Reyes.

RÉSUMÉ

« « Comme c’est curieux, dit John. L’homme est allé sur la Lune, en Antarctique et se déplace à travers la galaxie. Mais personne n’a jamais posé le pied sur cette écume. » Les chutes Murchison grondaient au-dessus de nos têtes, absorbant nos regards vers ce cœur spumescent d’où naissait la cascade. […] Il est communément admis qu’il ne reste sur la planète plus aucun lieu inconnu de l’homme et que tout a été plus ou moins quantifié. Mais en foulant les sentiers poussiéreux de Budongo naissait dans mon esprit la conviction qu’il existait un monde vivant impossible à appréhender, car encore dissimulé. »   

https://www.oiseaux.net/photos/francois.granja/bec-en-sabot.du.nil.4.html#espece

Je « connaissais le « Dodo » (un oiseau de l’île Maurice, exterminé par les Hollandais au XVII esiècle) – à travers un roman « Le bal du Dodo » (Geneviève Dorman – Grand Prix du roman de l’Académie Française en 1989 (!) – j’étais depuis 6 ans en France). Gabi Martinez nous parle d’autres animaux tels que le Moa, la Danta (une sorte de Tapir), le Bec-en-sabot, le Yeti, le tigre coréen (le tigre de l’amour) mais de la grande barrière de corail aussi (la plus grande structure vivante de la planète…)

Statue de Maria Lionza (divinité protectrice de la nature) chevauchant un tapir

Récit de voyage, essai ethnologique et/ou zoologique autour d’animaux réels ou imaginaires, éteints ou en voie d’extinction, récit sur l’homme et sa relation ou non-relation avec ces bêtes (ou structures vivantes) et enfin sur la force destructrice de l’Homme.

« C’est alors que m’est venu l’idée d’un projet à première vue su saugrenu qu’il ne manqua pas de paraître idiot : voyager pour, selon toute apparence, ne pas voir. Soit. Le poète n’a-t-il pas dit que le chemin se fait en marchant et que ce que l’on trouve sur la route compte souvent davantage que n’importe quelle destination de rêve ? La destination n’étant autre que le cheminent, son déroulé comme les lieux que l’on a traversés. Dans ce livre, aucun animal n’est un objectif en soi, une destination. Son rôle n’est autre que moteur, et son ronronnement le chemin qui m’a ouvert les yeux sur des réalités insolites, des expériences que je conçois comme autant d’apprentissages. » (p. 15 – 16)

J’ai trouvé qu’il y avait un côté Sylvain Tesson mâtiné de réflexions d’un Patrick Deville, voyageur (voir « Amazonie« ), ce qui rendait la lecture aisée et intéressante.

Dans le chapitre dédié au Moa (une sorte de grand « kiwi » avec une ressemblance à l’autruche aussi) dans lequel l’auteur décrit son voyage (et sa recherche) du Nord au Sud de la Nouvelle-Zélande (chapitre par ailleurs truffé de références à Peter Jackson (« King-Kong », « Le seigneur des anneaux »…), le curieux voyageur par internet que je suis découvre par ailleurs également un lieu surprenant Moeraki et ses pierres rondes

https://fr.timesofisrael.com/les-humains-ont-aneanti-des-centaines-despeces-doiseaux-en-50-000-ans/

Owen déduisit que cet os, d’abord attribué à un aigle, appartenait en réalité à un « nouvel » animal. Étant parvenu à corroborer scientifiquement ses suppositions, le 30 octobre 1839, Owen déclara officiellement qu’il avait un jour existé des moas. Les fouilles qui s’ensuivirent partout sur le territoire néo- zélandais permirent de reconstituer l’un de ces oiseaux qu’abrite la galerie des Géants au Hunterian Museum à Londres. Des tibias, des fémurs et des crânes formidables furent embarqués pour une traversée transocéanique à bord de baleiniers, suscitant une « moamanie » qui poussa à l’assemblage aléatoire d’os, à l’ajout irraisonné de vertèbres, au point de donner vie à certains oiseaux invraisemblablement grands. Mais c’était il y a presque deux siècles. De nos jours, à Dunedin, rien ne subsiste de cette fièvre osseuse. Car, au bout du compte, chose que les Maoris savent bien, moa en langue polynésienne veut dire « poulet », ce qu’il a toujours été pour eux, et restera à jamais : un grand poulet. Un ensemble protéique qui un beau jour s’épuisa. (p. 148)

Qui aime les voyages, là de plus aux quatre coins du monde en un seul livre (Australie, Pakistan/Afghanistan, Nouvelle-Zélande, Corée, Lac Victoria ainsi que le Venezuela – le chapitre sur la Danta contient une description affolante de la fête du Jour de la Race – « Dia de la Raza » ) et qui est ouvert à confronter mythes et réalités et comprendre la bêtise de l’Homme (et sa force destructrice [« la terre a perdu 60% des ses populations animales…. »]) aussi – ce livre est pour vous !!

Publié dans Livres, Voyages | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 commentaires