Idaho

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Il y a un an un roman m’avait scotché « Asta ». Dans ce roman, les bribes de mémoire d’un homme submergeaient le lecteur.

Là, c’est l’Editeur Gallmeister qui nous offre un texte qui, d’une certaine manière, joue avec la mémoire.

Résumé (4e de couv’) 

Idaho, 1995. Par une chaude et insouciante journée d’août, Wade, Jenny et leurs deux petites filles, June et May, âgées de six et neuf ans, se rendent dans une clairière de montagne pour ramasser du bois. Se produit alors un drame inimaginable, qui détruit la famille à tout jamais. Neuf ans plus tard, Wade a refait sa vie avec Ann au milieu des paysages sauvages et âpres de l’Idaho. Mais tandis que la mémoire de son mari vacille, Ann devient peu à peu obsédée par le passé de Wade. Déterminée à comprendre cette famille qu’elle n’a jamais connue, elle s’efforce de reconstituer ce qui est arrivé à la première épouse de Wade et à leurs filles.

C’est donc Ann, qui est la gardienne de la mémoire de son mari (Wade) – remarié après un drame (la 1ere femme – Jenny – de Wade avait tué leur fille May et leur 2e fille (June) a subitement disparu).

« Elle a pris le passé de Wade et l’a étalé devant elle, faisant de son propre avenir un retour en arrière, alors même que ce passé disparaît. Ce lent effacement, cette ligne blanche traversant l’obscurité de la mémoire de Wade, voilà ce qu’Ann suivra toute sa vie durant. Et, à n’en pas douter, cela la mènera jusqu’aux portes de sa prison secrète ».

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Étonnant roman (lu dans la version poche) traduit formidablement bien par Simon Baril dont le site de chez Gallmeister nous dit :  « Ces dernières années,  S. Baril a eu le bonheur de traduire des textes d’une grande variété, allant de la littérature jeunesse au polar, du grand classique au premier roman, de Melbourne à Londres en passant par l’Idaho. Il tient à cet éclectisme, bien que l’Amérique et le roman noir occupent la plus grande place dans son cœur et sa bibliographie. Et pourtant… À l’avenir, Simon Baril ne serait pas contre traduire moins de scènes de violence et plus de scènes d’amour..

Avec ce premier roman de Emily Ruskovich S. Baril doit avoir été comblé puisque violence il y a peu (si on excepte le fait qu’un enfant a été tué et un autre a disparu – toutefois les faits ne sont pas décrits, raconté en mode filtré). Le roman joue un peu avec le lecteur – on pense au début d’être dans une sorte de thriller à l’envers (apprendre pourquoi la mère a tué son enfant (que nenni – pas de réponse définitive). Un peu plus tard on pense être dans un roman sur la prison (on accompagne la mère tueuse – Jenny – dans sa vie en prison, sa vie avec ses codétenues) – ce n’est pas vraiment ça non plus. Et un peu de roman d’amour s’immisce également – alors content ?

Un autre « jeu » de l’auteur est de nous promener, un peu en parallèle à la mémoire détraquée de Wade, et en accompagnant Ann dans ses découvertes et son recollage par morceaux de moments du passé, le ballottant des années 73, 95 jusqu’en 2006 et même en août 2025 !…. Technique d’écriture qui permet de densifier un quasi-huis-clos situé dans une nature sauvage et un peu inhospitalière….

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Se rajoute à la savante structure du roman le constat que Emily Ruskovich ne nous offre pas souvent les faits (réels), mais plutôt un faisceaux de sentiments qu’ils génèrent, nous transmet de bribes (et indices) de mémoire(s) dans une langue, il faut le souligner, poétique et de sensations, oui, sensations, puisque le lecteur arrive à « ressentir » ce que pensent/font/endurent/adorent les personnages.

Malgré la beauté des paysages, la bonté/beauté des personnages (sombres et/ou lumineux), la mélancolie sous-jacente, j’ai eu un peu de mal à m’attacher pleinement (notamment à Ann). Était-ce dû aux voyages erratiques dans le passé ?  Le sujet du délitement d’une mémoire ? L’absence d’un axe narrative autre que la seule recherche (sans succès), la rencontre (pour moi beaucoup) trop tardive entre Jenny et Ann ….

Mais merci à A. et M.O. qui m’ont passé le livre dans le cadre de notre Club de Lecture – l’autrice sera dans mon viseur puisqu’il y a un vrai ton (qui rappelle par ailleurs avec sa petite musique les romans de Laura Kasischke) – que j’aimerai retrouver.

Je signale à toutes fins utiles que le roman a reçu le prix littéraire international IMPAC de Dublin. Ce prix  est décerné chaque année en Irlande avec pour objectif de promouvoir l’excellence dans la littérature mondiale. C’est l’un des prix les plus généreux du monde littéraire. Créé en 1996 par le Conseil de la ville de Dublin, il récompense une œuvre de fiction publiée en anglais (langue originale ou traduction) au cours de l’année précédant la remise du prix. La première sélection est établie par des bibliothèques municipales de par le monde. Les finalistes sont départagés par un jury international. Le lauréat ou la lauréate de l’International IMPAC Dublin Literary Award reçoit une bourse de 100 000 euros.

Idaho a également reçu le prix de la traduction French-American Foundation 2019.

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Noura rêve ou Divorce à la tunisienne

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Sur l’affiche de ce film une citation de S. de Beauvoir « Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant, qu’un homme inquiet pour sa virilité. »  Phrase qui donne le La à un petit film de Hinde Boujemaa très bien ficelé, avec une Hend Sabri (la « Julia Roberts égyptienne ») qui écrase tout le monde à l’écran (les hommes sont/restent palots à côté d’elle).

Synopsis (qui ne dit rien sur le scénario qui nous réserve – malgré qqs côtés démonstratifs mineur – plus de surprises que ne laisse attendre ce petit résumé amuse-gueule)

« 5 jours, c’est le temps qu’il reste avant que le divorce entre Noura et Jamel, un détenu récidiviste, ne soit prononcé. Noura qui rêve de liberté pourra alors vivre pleinement avec son amant Lassad. Mais Jamel est relâché plus tôt que prévu, et la loi tunisienne punit sévèrement l’adultère : Noura va alors devoir jongler entre son travail, ses enfants, son mari, son amant, et défier la justice…. »

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Le film commence avec des très beaux grands plans sur la bouche souriante d’une femme, téléphonant à un homme, comblée… avec ces gros plans, on se dit:  une femme de la haute ou de la classe moyenne parlant à un amant…. Raté : la femme qui téléphone est ouvrière dans la laverie d’un hôpital.  Elle est mère, à trois enfants et son mari se trouve pour la n’ième fois en prison (vol, violences….). Elle a demandé le divorce (lui n’est pas (encore) au courant.  Elle a aussi un amant (qu’elle voit en cachette). Faut savoir qu’en Tunisie l’adultère (d’une femme) peut vous conduire en prison pour 5 ans….. (!), ce qui fait peser pas mal de danger sur ce couple fragile.

Le divorce doit être prononcé dans 5 jours (tout semble rouler… ) – une visite (avec les enfants) à la prison montrait au spectateur la réalité crue et dure du désamour….  – Malheureusement le mari vient d’être libéré de prison nettement avant terme – grâce présidentielle…. ! Chahutée entre les besoins (envie) de son mari, privé d’elle pendant des mois, les demandes incessantes de son amant de partir avec lui (il veut l’avoir pour lui tout seul, ne veut pas qu’elle touche son mari….!), la juriste de l’association qui a aidé pour la demande de divorce rajoutant quelques phrases bien culpabilisantes… et hop ! on se trouve dans un film marqué d’une urgence et de tsunamis de pensées contradictoires. J’ai pensé à un moment que finalement elle doit choisir entre la peste et la choléra…… ne trouvant aucun des deux hommes suffisamment « forts » pour cette femme de caractère)… et on n’a encore rien vu.

Les mensonges, les « vengeances » (petites et grandes) de la part des hommes, les petites scénettes dépeignant la corruption, insérées par ci-par là, une longue et forte scène d’interrogatoire (musclée et biaisée), font que le spectateur ne roule pas sur une autoroute moralisatrice ou accusatrice toute tracée, mais qu’il se trouve même dans une sorte de thriller (sociale) quelque part entre les frères Dardennes et Xavier Legrand (« Jusqu’à la garde« ), avec un zeste iranien (« Une séparation« )  et/ou aussi un accent de Lafosse (« Economie du couple »)….

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Beau petit film qui ne génère pas la même queue devant les guichets que « J’accuse » et/ou « Le traître » – et disparaîtra peut-être rapidement des écrans, mais que j’invite à voir pour réfléchir autrement de la condition de la femme, de voir un film ancré dans une réalité sociale à qqs encablures de la France ….

Notons que le mari ne frappe jamais sa femme….. la violence est sourde, plus vicieuse…. ce qui me fait penser à l’inscription que j’ai vu samedi sur un mur à Gré (invitant le week-end prochain à une manif’) :

74158289_10220160674708061_3940680567648944128_o Dans une interview avec France Culture Hinde Boujemaa indique :

« Si une situation rend malheureux, je pense qu’il faut s’en défaire quelles que soient les lois et quel que soit le regard des autres » –

Je vous souhaite une bonne semaine !

 

 

 

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Le traître

Un film de Marco Bellocchio

avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Candido et Fabrizio Ferracane

Résumé

Au début des années 80, la guerre entre les parrains de la mafia sicilienne est à son comble.
Tommaso Buscetta, membre de Cosa Nostra, fuit son pays pour se cacher au Brésil.
Pendant ce temps, en Italie, les règlements de comptes s’enchaînent, et les proches de Buscetta sont assassinés les uns après les autres.
Arrêté par la police brésilienne puis extradé, Buscetta, prend une décision qui va changer l’histoire de la mafia : rencontrer le juge Falcone et trahir le serment fait à Cosa Nostra.

 

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Eh ben, « ça c’est du cinéma……!!! » (exclamation d’une personne de notre groupe en sortant du film)…. Du Cinéma de 2h31, mais quasiment pas de temps mort.

Certes, ça débute un peu dans le genre « Le Parrain », avec une fête (Festino di Santa Rosalia – la sainte patronne de Palerme) – occasion de passer d’un personnage à l’autre, laisser paraître par des regards des inimitiés – avec un côté « déjà vu » (puisque Coppola l’a bien ancré dans ma/nos mémoire(s) ce type d’approche) … mais pour nous entraîner ensuite dans une épopée loin de toute fiction…

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Sur la base des témoignages de Tommaso Buscetta donnés au juge Falcone  (ici Photo – historique – de la sortie de Buscetta de l’avion du Brésil lors de son extradition à l’Italie – c’est par ailleurs à partir de ce moment que le film devient vraiment passionnant),

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témoignages qui vont par ailleurs permettre l’ouverture d’un « maxi-procès » : 474 accusés ; 360 condamnations, dont 19 peines à perpétuité ; 2 665 années de prison cumulées par les condamnés…. procès qui constituera un bon bout de ce film-« opéra » (on entend « Nabucco » au bon moment). … et pour ceux qui se rappellent encore : la mort du juge Falcone a été bien réelle (aussi) en 1992 :  Six cents (600!!)  kilos d’explosifs placés dans un tunnel d’évacuation des eaux situé sous l’autoroute !!

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Un film qui embrasse donc plusieurs décennies (des premiers « boulots » pour la Mafia à 16 ans jusqu’à l’exfiltration, vers les USA ou Buschetta va errer de planque à planque, ‘la mort aux trousses’, ‘la peur au ventre’ jusqu’à sa mort dans une banlieue américaine, seul, tristement….) avec au centre le regard/des regards  – aussi ben celui entre les protagonistes que celui du spectateur…. ! (Newstrum – dont j’ai ‘kiffé’ la critique le dit ainsi (extrait) :

.le regard haineux et fixe de Riina, le regard triste de Buschetta, le regard inquiet de sa femme brésilienne Cristina, le regard visqueux de l’assassin des fils. Tel que retransmis à la télévision, le maxi-procès était sans regard, notamment parce que Buschetta n’était vu que de dos, faisant face au juge. Alors, Bellocchio filme de face les visages pendant le procès, vissant sa caméra dans les yeux des protagonistes, pour en faire un jeu de regards s’affrontant, s’évitant, regards qui cachent la vérité ou la révèlent. La réalité seule ne suffit pas car elle est insondable. Il faut le cinéma, dit Bellocchio, pour montrer le jeu de dupes, pour conjurer les simagrées des accusés voulant détourner l’attention lors des audiences (l’un se cousant la bouche, l’autre mimant une crise d’épilepsie), pour faire bien voir ce que le maxi-procès entendait révéler, pour faire éclater le mensonge de la mafia comme famille, pour révéler le mensonge de cette hypocrite photo de famille du début, paravant pour les crimes à venir.

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Aucun de notre groupe a trouvé le temps long (et pourtant il y en a parmi eux qui ont du mal avec des films de plus de 1h40….)

Le « dernier » film que j’avais vu de Bellocchio était « Vincere » (en 2009 !) qui m’avait laissé un fort souvenir. 10 ans après, et incité par la vision du Traître j’ai laissé tomber un soir tard mes livres (d’une PAL hénorme) pour voir sur ARTE (en replay) l’excellent « Les Poings dans les poches » (en mode restauré et un noir et blanc ‘Armani’ éblouissant) – film autrement plus dérangeant et fort dans la veine d’un « Famille je vous hais » (avec une belle figure féminine jouée par la belle Paola Pitagora). Je vais essayer de rattraper les autres films de lui ….  (c’est un très très bon narrateur en images… !)

 

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Matheysin – Mont Tabor

Après les voyages et lectures une petite pause oxygène sur le Mont Tabor ?

Une nouvelle fois (la dernière c’était en juin 2018 – la boucle par le Perollier  -et également en 2017), nous avons fait une petite sortie sur le Mont Tabor, cette fois-ci par surprise (Y. ne voulait pas ‘faire’ le Pic Saint Michel  (Vercors) et nous a emmené au Mont Tabor (excusez nous M. – nous n’avons pas sonné à votre porte !).

Cette fois-ci sous les couleurs de l’automne.

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De St. Honoré (env 1500 m) on arrive (après un raidillon d’un quart d’heure et une autre longue approche) au Lac de Charlet.

A travers les rochers – sans trop d’escalade toutefois – on est passé sur la Crête des Barres et au Pic du Mont Tabor.

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Avec une belle vue cette fois-ci (contrairement à juin 2018) sur le Pérollier (avec la ville de Grenoble en arrière plan….) – image de gauche

mais aussi le Taillefer, Grand Armet, Coiro….

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Ce qui est beau ici c’est qu’on a une vue de quasiment 360°.

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A la descente de magnifiques couleurs (toutefois malgré la lueur et l’étincelant il faisait assez frais )

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Paysage qui m’a fait penser au roman « Askja » de Ian Manook (qui ne se passe pas en Mongolie mais en Islande …) ..en paraphrasant un extrait je dirais : « Le contraste des roches…. avec le vert anisé et les lichens rouges fait vibrionner la lumière. …le soleil vaporise les nuages qui voilaient la vallée et glisse ses rayons chaleureux……nous nous arrêtons et fermons nos yeux pour sentir ses rayons fondre sur nos visages… »

Certes, il faut presque une heure de voiture pour aller de Gré à St. Honoré, mais cela vaut absolument la peine. Et on n’était pas tout seul ce dimanche – des aspirants militaires ont également fait leur petite sortie « sportive »

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Je sens déjà que ce tracé va devenir une sorte de « must do » annuel.

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Au retour un long chemin « plat » qui descend en serpentant – et baigné de lumière…. Parfait pour être en forme pour une semaine devant le PC.

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Mon chien stupide -My dog Stupid in West of Rome

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Traduit de l’anglais par Brice Matthieussent

Roman paru (post-hume) en 1985 (en France en 1987) – c’était la « grande » décennie des livres de J. Fante dont « Bandini » (paru en 1938 aux USA mais découvert en France seulement dans les années 80 grâce à l’éditeur français Christian Bourgeois et Brice Matthieussent)).

Résumé (Babelio) :

Coincé entre une progéniture ingrate et un talent de plus en plus incertain, le personnage principal de Mon chien stupide oscille entre un cynisme salvateur et des envies de fuite.
Fils d’immigrés italiens, il caresse le rêve d’un retour à ses racines, fantasmant sur une vie paisible aux terrasses des cafés de la Piazza Navona à Rome.
Mais pour l’heure, il faut courir le cachet, écrire des scénarios médiocres pour des séries télé affligeantes… ou le plus souvent aller encaisser un chèque des allocations de chômage. L’existence tumultueuse de la famille est bouleversée lorsqu’un gigantesque chien décide de s’installer dans la maison, pour le plus grand bonheur de l’auteur raté mais au grand dam du reste de sa tribu.
Mon chien Stupide est une tragi-comédie de la crise individuelle : crises d’adolescence à retardement, démon de midi, couple en déliquescence. John Fante signe ici un roman touchant, débordant de compassion et d’acide lucidité.

J’ai « repris » le livre pour jouer un de de ces jeux aimé : les adaptations au grand écran de romans.

La dernière adaptation, on la doit à Yvan Attal – qui se met en scène (dans le rôle de Henry, le narrateur et écrivain en manque d’inspiration(s)). Sa femme dans la vie réelle Charlotte Gainsbourg joue Harriet la « super-épouse) – le film vient de sortir – le 30.10.2019 – (et curieusement je n’ai finalement pas/plus envie de le voir – je ne trouvai pas trop passionnant le livre et m’imagine (trop bien) que Yvan A. surjouera le côté dépressif et aigri – en « fils cadet » de  Bacri – et La Gainsbourg certainement accentuera le côté déçue de son époux, limite alcoolique – et l’ensemble, je le sens au picotement de mon nez, surjouera les traits humoristiques féroces….

Le livre de Fante « drôle, ironique, tragique, bouleversant et merveilleusement écrit ... – » (Le Figaro dixit en 4e de couv’) m’apparaît – comme je l’ai laissé entendre plus haut, peu convaincant aujourd’hui…

Pourtant Alex Beaupain explique dans un entretien avec le Monde :

«  J’ai commencé par Bandini, puis Demande à la poussière, et j’ai continué. A l’époque, Mon chien Stupide n’était vraiment pas mon Fante préféré, il me semblait moins âpre que les autres, plus résigné – mou, presque. Des années plus tard, je l’ai repris, et me suis rendu compte qu’il était à la fois très triste et très drôle, tragique mais réconfortant, avec son second degré très profond. C’est l’histoire d’un scénariste et romancier qui habite une grande maison avec sa femme, leurs quatre enfants et le chien, qu’il a appelé Stupide ; en voyant ses enfants quitter la maison, il réalise progressivement qu’il vieillit. Normalement, si on est un tant soit peu équilibré, on pleure en lisant les deux dernières pages. La simplicité de ce livre fait que, comme pour une chanson ou un album, il nous faut des années avant de comprendre quel grand roman c’est. J’y suis souvent revenu. Et puis je l’ai beaucoup offert autour de moi….« 

On dirait que je suis un peu déséquilibré…. toutefois, je signerai sans hésitation la remarque concernant les dernières pages : J’ai aimé certains passages un peu brutes de décoffrage, avec des aspérités dans lesquelles se cache le côté désespéré derrière un écran d’humour vache :

« Elle était pourtant adorable, mon Harriet : vingt-cinq ans qu’elle tenait le coup à mes côtés ; elle m’avait donné trois fils et une fille, dont j’aurais joyeusement échangé n’importe lequel, voire les quatre, contre une Porsche neuve, ou même une MG GT ’70. »

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« Au-revoir, P’pa. Merci pour tout. » Il m’a vraiment dit ça. Merci pour tout. Merci pour l’avoir engendré sans lui demander la permission. Merci pour l’avoir fait entrer de force dans un monde de guerre, de haine et de fanatisme. Merci pour l’avoir accompagné à la porte d’écoles qui enseignaient la tricherie, le mensonge, les préjugés et les cruautés en tous genres. Merci pour l’avoir assommé d’un Dieu auquel il n’avait jamais cru, de la seule et unique église – que toutes les autres soient damnées. Merci pour lui avoir inculqué la passion des voitures qui provoquerait peut-être un jour sa mort… Merci pour tout. » (p.131)

 

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Jeanne Pardon et Gavroche

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Présentation de l’Éditeur (Grasset)

Jeanne est une femme formidable. Tout le monde l’aime, Jeanne.
Libraire, on l’apprécie parce qu’elle écoute et parle peu. Elle a peur de déranger la vie. Pudique, transparente, elle fait du bien aux autres sans rien exiger d’eux. A l’image de Matt, son mari, dont elle connaît chaque regard sans qu’il ne se soit jamais préoccupé du sien.
Jeanne bien élevée, polie par l’épreuve, qui demande pardon à tous et salue jusqu’aux réverbères. Jeanne, qui a passé ses jours à s’excuser est brusquement frappée par le mal. « Il y a quelque chose » , lui a dit le médecin en découvrant ses examens médicaux. Quelque chose. Pauvre mot. Stupéfaction. Et autour d’elle, tout se fane. Son mari, les autres, sa vie d’avant. En guerre contre ce qui la ronge, elle va prendre les armes. Jamais elle ne s’en serait crue capable. Elle était résignée, la voilà résistante. Jeanne ne murmure plus, ne sourit plus en écoutant les autres. Elle se dresse, gueule, griffe, se bat comme une furie. Elle s’éprend de liberté. Elle découvre l’urgence de vivre, l’insoumission, l’illégalité, le bonheur interdit, une ivresse qu’elle ne soupçonnait pas.
Avec Brigitte la flamboyante, Assia l’écorchée et l’étrange Mélody, trois amies d’affliction, Jeanne la rebelle va détruire le pavillon des cancéreux et élever une joyeuse citadelle.

Jusqu’au’jourd’hui je n’ai lu de Sorj Chaandon « que » « Retour à Killybegs » et « Le Quatrième mur » – et ce sont quelques bonnes critiques (mélangées à d’autres moins enthousiastes) de son dernier né – notamment celle de mon amie Simone qui m’ont donné envie de le lire.

Les 312 pages se lisent ultra-facilement. La simplicité des phrases – qu’on pouvait déjà observer dans ses précédents livres – y aide particulièrement – et rajoute parfois à la percussion émotionnelle.

« Dans le mot cancer, il y a de l’injustice. De la traîtrise. C’est le corps qui renonce. Qui cesse de vous défendre. C’est une écharde mortelle. Un visiteur du soir que l’on voit se faufiler en tremblant. Il dormait sur votre seuil, comme un vieux chat fourbu. S’est installé sur le canapé. Puis dans votre lit. Puis s’est senti chez lui partout dans la maison. C’est l’importun. Le nuisible. L’ennemi intérieur. Celui qu’on n’a pas vu venir. »

Pour moi il y a en fait deux livres en un. D’une part celui qui parle de la maladie de la narratrice (Jeanne Pardon qui va se transformer peu à peu en Jeanne Hervineau). Un récit dans lequel Jeanne, « qui est en guerre« , nous parle de ses ressentis, de sa lutte contre ce qu’elle appelle son « (bouton de) camélia »… « …un bouton rouge sang. Une fleur de décembre, le mois le plus éloigné du soleil. Voilà. Mon camélia. Mon hiver. Et aussi mes brumes, mes corbeaux sur la plaine, mes pluies infinies, mes brassées de chrysanthèmes à étouffer les morts. » (p. 24)

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Le parcours de la combattante (la chimio, l’étrange comportement de son mari – Matt – …dans mon entourage les maris ne se comportent pas ainsi vis-à-vis de leurs femmes atteintes…. mais comment je réagirais-moi ? (question qui se pose lors de la lecture)) est décrit loin de tout larmoyant et nous rapproche de Jeanne…. Le deuxième livre/récit débute après la 1ere chimio avec la rencontre avec d’autres femmes malades : Brigitte, Assia et Melody – dont le lecteur apprendra progressivement distillée l’histoire personnelle.

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Peu à peu le récit de la bataille contre cette maladie qui « vous » transforme est poussé au second plan et fait place à un « film » de braquage Place Vendôme dont le butin doit servir à la récupération (par Melody) de sa fille …. c’est bizarre on n’y croit pas vraiment et pourtant on se laisse emporter – le récit du braquage est par ailleurs bien réussi (genre « Les veuves » de Steve McQueen).

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Malgré le mode désenchanteur, triste (« réaliste » – avec néanmoins un peu de lueur) de la fin de cette action « mise de piment et d’action dans la vie », le roman reste « léger ». Je regrette peut-être un peu que S. Chalandon ne nous offre pas une oeuvre « noir » comme celle des livres cités en haut, mais il y a une musique chaleureuse et sympathique, presque « feel good » qui fait tout passer, même le côté « schématique » du trio de femmes auquel se joindra Jeanne.

Enfin saluons cet auteur pour sa capacité d’avoir écouté (certainement ?!) beaucoup de femmes atteintes de cancer pour se mettre aussi aisément dans la peau de Jeanne.

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le canard Gavroche….qui joue un rôle métaphorique dans ce roman

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Propriété privée

Didier van Cauwelaert

Présentation de l’Éditeur – Minuit (4e de couv’)

Il était temps de devenir propriétaires. Soucieux de notre empreinte environnementale, nous voulions une construction peu énergivore, bâtie en matériaux durables. Aux confins de la ville se tramaient des écoquartiers. Notre choix s’est porté sur une petite commune en plein essor. Nous étions sûrs de réaliser un bon investissement.
Plusieurs mois avant de déménager, nous avons mesuré nos meubles, découpé des bouts de papier pour les représenter à l’échelle. Sur la table de la cuisine, nous déroulions les plans des architectes, et nous jouions à déplacer la bibliothèque, le canapé, à la recherche des emplacements les plus astucieux. Nous étions impatients de vivre enfin chez nous.
Et peut-être aurions-nous réalisé notre rêve si, une semaine après notre installation, les Lecoq n’avaient emménagé de l’autre côté du mur.

http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Propri%C3%A9t%C3%A9_priv%C3%A9e-3303-1-1-0-1.html

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La propriété, dans le sens général, désigne les droits exclusifs d’une personne sur un ensemble de choses (propriété individuelle) ou partagés avec d’autres (propriété commune, copropriété). La propriété désigne également les objets visés par ce droit. Un individu a un droit de propriété sur une chose. Lorsqu’un individu a le droit de jouir d’une chose de manière exclusive, de l’utiliser, de la céder, ou de la détruire, cet individu possède le droit de propriété sur cette chose. Selon le droit romain, le droit de propriété se sépare traditionnellement en trois droits :
  • fructus: le droit de recueillir les fruits,
  • usus: le droit d’utiliser,
  • abusus: le droit de disposer c’est-à-dire de modifier, de céder à un autre ou de détruire en tout ou partie.
La propriété, de même que la liberté dont elle constitue une condition indispensable, est inséparable de la responsabilité. Le propriétaire est responsable de ses propriétés, notamment en cas de dommage sur autrui. Il peut également supporter différentes servitudes légales ou conventionnelles, souvent anodines (comme l’obligation de laisser passer les ondes radios), mais parfois plus contraignantes (droit de passage). La propriété matérielle est la plus intuitive : elle traduit le fait qu’une chose ne peut généralement servir qu’à une personne à la fois.

Je mets cette définition en préambule puisque je pensais que le roman de Julia Deck en parlait mais finalement j’ai eu l’impression qu’on n’en parle pas du tout, sauf de tous les désagréments liés aux voisins, le voisinage, les barbecues et autres crémaillères ou apéros, vide-greniers ou excavations, terrassement trop bruyants et gênants le calme et le repos.

De toute façon ce livre est comme une bulle d’air avec une langue d’une précision folle mais aussi de bon nombre de dérapages, glissements (de terrain), ce qui crée dans l’esprit du lecteur un constant questionnement ou plutôt un flot d’interrogations sur la nature aussi bien de la narratrice et/ou du roman qui va virer même vers la fin en direction d’un policier (sans en prendre l’autoroute balisé).

Pendant toute la durée du récit de 174 pages la narratrice s’adresse à son mari – le roman commence ainsi :

« J’ai pensé que ce serait une erreur de tuer le chat, en général et en particulier, quand tu m’as parlé de ton projet pour son cadavre. C’était avril déjà, six mois que nous avions emménagé. Les maisons neuves rutilaient sous le soleil mouillé, les panneaux solaires scintillaient sur les toits, et le gazon poussait dru des deux côtés de l’impasse. Tu m’avais accompagnée à l’extérieur pendant que je rempotais les soucis sous la fenêtre de la cuisine. Les feuilles s’ébattaient entre mes mains gantées, et parmi elles les bourgeons gonflés à bloc, prêts à éclater sous la puissance des fleurs.

Tu avais réfléchi à tous les détails pour occire le gros rouquin. Comme tu les exposais tranquillement, adossé à la porte d’entrée, j’ai continué de creuser la terre sans répondre. Sans doute ruminais-tu sous le coup de la colère, et tes mots n’auraient-ils pas plus de conséquence que lorsque tu t’emportes sur la cuisson de la viande ou l’accumulation de calcaire au bord de la douche. J’ai tassé la terre, étalé les racines au fond du trou. Je me suis dit que tu parlais par provocation. Que si tu avais la moindre intention de passer à l’acte, tu aurais insisté pour rentrer à l’abri des oreilles indiscrètes. Tu savais très bien qu’ici, rien ne demeurait caché. Oui, c’étaient des mots gratuits pour semer le doute, agiter l’air. » (p.7)

La narratrice est douée pour le jardinage, notamment pour faire fleurir, à l’admiration de tous, des soucis (hah : c’est aussi le homonyme d’inquiétudes, préoccupations… dont il y aura plein…)

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« Tout l’hiver, nous avons regardé des films, de vieilles choses en noir et blanc vues autrefois dans des petites salles du Quartier latin, alors qu’elles étaient déjà vieilles. Le soleil se couchait derrière l’écran. Soudain la baie vitrée prenait feu, saturée de rayons rouges. Le spectacle méritait bien quelques désagréments. Nous avions appris, par exemple, que notre système de chauffage cent pour cent énergie renouvelable ne fonctionnerait, en définitive, jamais. Le bureau d’études s’était trompé dans les calculs. Le volume d’eaux usées récupérable sur la parcelle ne suffisait pas à alimenter la chaudière. Bref, dès les premiers beaux jours, on forerait le bitume pour nous amener le gaz. » (.48)

Le lecteur fait connaissances des Lecoq (notamment Mme Lecoq en minijupe, belle (elle s’appelle par ailleurs Annabelle), insouciante, envahissante… mais aussi de Môssieur (Arnaud) que la narratrice déteste mais finalement peut-être pas tant que ça…

« J’avais fini par te dire, pour Lecoq. Accablée par ta patience, un soir je t’avais avoué que j’avais couché avec lui, sans joie ni autre bénéfice, pas une fois mais quatre, et tu t’étais encore contenté de sourire, comme si tu savais qu’on en arriverait là, qu’il y avait chez moi cette pente stupide par laquelle je succomberais fatalement à notre prie ennemi.» (p. 90)

J’ai souris au « sans joie ni autre bénéfice« …. Ce mari (Charles Caradec), dépressif, ne conduit plus la voiture depuis un moment, mais en conduira (certainement ?/probablement?), Annabelle et son garçon disparaîtront et la police s’occupera de ce cas…. mais les voisins aussi.

Je n’en dis pas plus. C’est parfois jouissif et parfois déroutant.

De toute façon, je l’avais déjà remarqué et écrit dans le cadre d’une fiche de lecture pour son premier roman… « Et puis… et puis rien ne se passe comme le lecteur pense, toutefois avec une petite intrigue vaguement policière….. Sur 154 pages petites pages les certitudes s’écroulent souvent… » (Viviane Elisabeth Fauville) – ici c’est pareil, avec une maîtrise je dirais encore plus grande, plus fin, à laquelle se rajoute un humour ironique qui fait mouche.

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