A beautiful day

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J’aurai (pour une fois) dû écouter mieux l’avertissement des Cahiers du Cinéma. Dans leur dernier numéro ils disaient :

Parlons de l’affiche. Le titre du film, You were never really here est devenu A Beautiful day et c’est deux fois ridicule : d’abord parce qu’en soi c’est idiot de « traduire » un titre en anglais par un titre en anglais, ensuite parce que si c’est pour remplacer un truc qui n’a pas de sens par un autre qui n’en a guère plus, ça ne vaut pas la peine. Cela dit, l’ironie exsangue et cynique du titre made in France en dit long sur la vacuité du projet, qui peut se résumer à l’envie de Lynne Ramsay de voir un Joaquin Phoenix barbu et maousse comme jamais fracasser à coups de marteau des crânes de pédophiles. C’est un nanar qui se fantasme en objet choquant et artistoïde, et tout autant l’inverse, enfin quelque chose qui traduit surtout un mépris ultra-bourgeois du cinéma. Il reste la musique envoûtante de Jonny Greenwood, et quelques jolis plans sur New York. Sur l’affiche, au-dessus de la photo de Joaquin Phoenix, on a placardé en gros une citation de Variety : « Le Taxi Driver du 21e siècle » Pas vraiment, non.

En effet, les parallèles avec « Taxi Driver » sont : la ville de NY nocturne (de beaux plans) traversée en voiture (comme le faisait R. de Niro), les petites filles, la violence qui vient de quasiment nulle part, en explosion, les traumatismes (d’enfance et de la guerre d’Irak) du « héro »…, une scène devant un miroir….. mais c’est « tout » ….Joaquin ci-dessous en pose/pause hopperienne….

3203560.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxPrix du scénario à Cannes… que l’on m’explique un jour…. Sur 1h30 peut-être deux, trois pages de textes, paroles…. c’est plutôt du coté mise en scène que le prix aurait-été mérité, étonnamment fluide, malgré parfois de plans ultra-courts, permettant néanmoins tout comprendre sans paroles… bande-dessinée pour les sourds-muets….

J’ai ressenti un léger ennui, malgré la musique « envoûtante » – j’aurai plutôt dit : stridente et inconfortablement dissonante (Mais n’est pas Bernard Herrmann qui veut : ce dernier avait composé pour « Psychose » – film par ailleurs cité dans « Beautiful day » – des sons stridents des violons et violoncelles, pour rendre l’ambiance douloureuse et détraquée annonçant les terribles meurtres)….

Finalement j’aurai souhaité une réduction de la durée à une heure, sans étirement, ou au moins avec davantage de psychologie et/ou profondeur…

Toutefois, c’est admirablement bien filmé. Par ailleurs, sans la présence ogresse de Joaquin Phoenix (qui mérite amplement son prix d’interprétation masculine) j’aurai même dit que le film est une daube …

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Mais à chacun son goût !

Le titre  (en français) s’explique quand-même un peu : le « beautiful day » se trouvant dans l’une des toutes dernières répliques après une scène surprise-choc  qui m’a fait frissonner…. Je peux donc comprendre le choix  (et présume qu’il voulait jouer sur le titre du nettement meilleur film « Biutiful » de Iñàrritu…).

 

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Truphémus

Vive les week-ends gris et frais de novembre à Grenoble. Occasion de se réfugier dans des endroits de lumière et « à contre-lumière« .

Vu au Musée Hébert (un des 10 musées d’Isère à entrée gratuite) qui offre au baladins une petite exposition de quelques œuvres du peintre Truphémus (mort en septembre de cette année) que je ne connaissais pas et dont la découverte m’a enchanté.

Quelque part entre Bonnard, Matisse (et pour moi, notamment dans ces dessins, de Giacometti aussi – voir les deux illustrations ci-dessous) :

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(« Ce qui m’intéresse surtout, ce sont les blancs de mon atelier. […] . Tous les blancs possibles, ceux des rideaux et ceux des murs, et le retour d’un blanc tournant au bleu fragile de ce mur revenant vers mon atelier. Tous ces blancs avec parfois une touche de rose ou de gris léger de stigmate. » (1974) )

« Jacques Truphémus est un peintre qui a cheminé à l’écart des modes parisiennes. Balthus avait reconnu en lui un « grand peintre », pourtant celui-ci, à plus de 90 ans, reste peu connu du grand public (malgré la rétrospective de 2012 en l’Hôtel de la région Rhône-Alpes), notamment des Isérois. En effet, il a quitté Grenoble, sa ville natale, en 1941 pour étudier aux Beaux-Arts de Lyon. Il s’installera définitivement dans cette ville dont les cafés et les ponts occupent ses premières toiles. La lumière est le vrai sujet de l’artiste que ce soit dans les Intérieurs de café, de son atelier du quartier d’Ainay, entre Saône et Rhône, ou de sa maison du Vigan dans les Cévennes. Sans artifices tapageurs, sa peinture est une peinture de l’intime, de la solitude, où formes et volumes se dissolvent dans le silence de la toile.  » (site du Musée) 

Ce sont les petits riens qui lui permettent d’exprimer son aspiration au bonheur, et il nous comble en rendant le monde (autour de nous) quasiment poétique.

Vues de fenêtres, quais brumeux (de Lyon), vus d’intérieurs de cafés (comme ci-dessous)

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son atelier ou seulement la porte de son atelier, des chambres (au couvre-lit orange ou seulement « bleue ») …  une belle sensibilité qui contrastait ce jour-là parfaitement avec la grisaille givrante.

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c’était enchanteur, un vrai apport de lumière par un homme (la vidéo de 50 minutes le monte clairement) d’une simplicité conquérante.

L’exposition se termine dans 10 jours….

« Pour peindre, il me faut toujours une émotion de départ. Ensuite, je dialogue avec ma toile sans regarder autre chose que la peinture. C’est la toile qui me dit ce que je dois faire. »

 

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« Gone Girl »

« There are two sides to every story »

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J’ai – par hasard – lu le roman qui a servi au film éponyme de David Fincher (avec Ben Affleck) – en V.O. pour changer un peu…  Je remercie C. de me l’avoir passé. (le titre français du livre : « Les apparences », pour le film le distributeur avait opté pour le titre anglais).

Normalement je regarde l’adaptation cinématographique d’un livre (seulement) après avoir lu le livre … là j’ai fait l’envers, et, au moins au début de la lecture, j’avais jusqu’à oublié d’avoir vu le film il y a 3 ans, de plus je ne me rendais même pas compte de la similitude de l’histoire  (jusqu’à la page 100 environ)  …

C’est que la structure du livre et autrement plus passionnant que le film… Style simple, alternant les points de vues des 2 protagonistes.  Il faut savoir que le livre commence avec les pensées de Nick  le jour de la disparition de sa femme, chapitre  suivi d’une entrée du journal de Amy (en 2008 – le journal se poursuivra jusqu’en 2012), suivi d’un chapitre de Nick (« one day gone », « two days gone » … et de suite…)

Ce procédé suscitera peu à peu des questions, interrogations puisque le journal de Amy « revèle » un tout autre Nick que nous, les lecteurs, connaissons. En effet, il ne faut pas se fier aux apparences.

En effet, les apparences peuvent être trompeurs.  C’est tout le sel de cette satire (?) du couple, la charge contre les médias et les faux-semblants. Et ce n’est qu’au derniers tiers qu’on constatera que tout est affaire de manipulation, ce qui augmente le plaisir du lecteur … plaisir qui par ailleurs ne faiblit pas (vraiment) sur les 466 pages (de la version poches anglaise) ou 650 pages de la version française!

Aucune envie de vous faire part des manigances de l’un et/ou de l’autre, ni du formidable twist (que le film dévoile plus crûment)… Donc malgré le « savoir » du qui ment à qui (à cause de la vision du film, et les bribes d’images qui reviennent peu à peu) la lecture est un vrai plaisir.

gone-girl-amy Et je souhaite à tout un chacun, de ne pas tomber sur une créature comme la chère Amy….. ce ne sera plus « l’enfer c’est les autres » , mais « l’enfer c’est Amy » !

 

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Deux petits Noirs svp

Voici deux romans français que j’ai lu suite à qqs bonnes critiques sur le net.

D’une part un livre qui a une zone industrielle portuaire bien sombre comme décor :

« Le chemin s’arrêtera là » (Pascal Dessaint)

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et un autre qui se passe sur les autoroutes (et a reçu le Grand Prix de la littérature policière en 2015) :

« Derrière les panneaux, il y a des hommes » (Joseph Incardona)

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Les deux romans ne sont pas comparables – intrigue, style, sauf que tous les deux ont une magnifique maîtrise du français….[« Les mots existent, ils sont faits pour être utilisés. Les mots crus servent une histoire crue, violente, dure, excessive. On n’est pas chez Virginia Woolf. L’indécence, la vulgarité, comme le disait Charles Bukowski, se situe dans le fait de mal écrire, pas dans l’usage des mots soi-disant « vulgaires ». » Joseph Incardona] Pascal Dessaint de son côté nous propose une sorte d’ode funèbre…

Sur une côte nordiste fantomatique, des hommes survivent au jour le jour, hantés par un passé mortifère. Mais qui sont ces laissés-pour-compte de notre époque, qui semblent camper dans un temps suspendu ? Des êtres qui, derrière l’apparence de normalité qu’ils essayent de préserver, ont été broyés ou souillés, à l’image du pays qu’ils habitent, marqué par les stigmates d’une industrie lourde moribonde et d’une nature qui reprend ses droits, de plus en plus inquiétante. (4e de couv’) 

Il nous invite donc à mettre notre nez dans la vie des laissés-pour-compte de notre société (les sans-dents). Une ambiance qui éreinte, fait mal, serre la gorge, tout en permettant parfois une petite lueur, un semblant de tendresse et d’amour souriant. En 5 tableaux  (on aurait pu dire cinq actes comme chez Shakespeare) et un total de 27 chapitres qui donnent l’un après l’autre voix aux divers protagonistes, nous parcourons des friches, sommes au plus près de Mona (qui vit avec Cyril (son père) dans une caravane. Il y aussi Wilfried (il adore le surf casting). Un autre habitant est le garçon Gilles (dont le père est au chômage). Il y aussi Louis (élevé par son oncle Michel). Et n’oublions pas Jerôme. Et surtout pas l’autre « personnage » à part entière qu’est cette friche post-industrielle et/ou la digue du Braeck…. ou les caravanes…

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Pascal Dessaint qui a reçu pour ce roman social-noir le Prix Amila-Meckert 2015 est particulièrement doué pour nous faire sentir les silences et désillusions des protagonistes, leur souffrance, l’énorme médiocrité (finalement nous le sommes tous médiocre) mais leur rêves et espoirs aussi.  Sa bande son pourrait être « Ces gens-là » de Jacques Brel. Une très belle découverte (en poche).

Joseph Incardona c’est un tout autre tableau.

C’est plus rapide, plus sec, phrases courtes, nerveuses, saccadées d’une grande noirceur avec des sorties « hard » qui claquent crûment.

Pierre a tout abandonné, il vit dans sa voiture, sur l’autoroute. Là où sa vie a basculé il y a six mois. Il observe, il surveille, il est patient. Parmi tous ceux qu’il croise, serveurs de snack, routiers, prostituées, cantonniers, tout ce peuple qui s’agite dans un monde clos, quelqu’un sait, forcément. Week-end du 15 août, caniculaire, les vacanciers se pressent, s’agacent, se disputent. Sous l’asphalte, lisse et rassurant, la terre est chaude, comme les désirs des hommes. Soudain ça recommence, les sirènes, les uniformes. L’urgence. Pierre n’a jamais été aussi proche de celui qu’il cherche. (4e de couv’)

C’est ainsi que le roman débute :

« Pierre Castan ouvre les yeux. Derrière le pare-brise sale, le monde est toujours là : une aire de repos écrasée par la chaleur. Herbe jaune piétinée jusqu’à la trame. Poubelles débordant de déchets. Tables de pique-nique en ciment dont les angles révèlent des moignons de métal rouillé. Mouchoirs tachés de merde, recouvrant la merde elle-même, au gré des buissons longeant la clôture de l’autoroute. »  (p. 11)

Nous sommes jeté illico dans la vie de Pierre, ancien médecin légiste, dont la fille a été enlevée (elle avait 8 ans !) – ce qui a détruit sa vie et celle de sa femme Ingrid. Lui sera le chasseur de l’autoroute, son moteur est la vengeance, tandis que sa femme se détruit par l’alcool et des rencontres sexuelles genre sordides. Une enfant disparaît sur un air d’autoroute un weekend du 15 août …Pierre se met en route certain de trouver la personne qu’il recherche – et la police aussi….

Le lecteur sera dans la tête des policiers (pas toujours nets), du criminel (forcément marqué par le sceau du mal), de Pierre, d’Ingrid. Le lecteur assiste à la douleur des parents devenus fous d’inquiétude par la disparition de leur enfant…. et suit – c’est haletant –  l’évolution de l’enquête…. sautant d’un protagoniste à l’autre ….Dans une langue sèche – parfois juste une liste de mots …-  parfois poétique aussi (pour mieux faire passer le glauque ?), Incardona avance son récit tout en respectant les codes du polar — enlèvement, traque, résolution (pas comme on aurait pensé) —, et c’est sombrement puissant et politiquement loin d’être correcte. Ce n’est pas par hasard qu’on le compare Chuck Palahniuk p.ex…..

Incardona vient de recevoir en 2017 le Prix du polar romand pour « Chaleur ».

FRENCH VACATION TRAFFIC BLOCKS ROADS NEAR LYON.

(alors c’est qui le criminel ?)

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Un personnage de roman

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Je viens de lire ce que les chroniqueurs de la Masque et la Plume auraient appelé «un livre franchement sans intérêt», «un gâchis»…. Je n’irai pas jusque là, mais force est de constater qu’il ne me reste pas grande chose après la lecture, à part en fin de conte/compte, quelques passages.

Notamment celle sur le Jupiter hégélien – « c’est que la raison agit dans l’histoire par ruse…. chaque individu poussé par la passion, en pensant agir pour son bien propre , oeuvre en fait inconsciemment pour une tâche plus élevée, dont la voie est tracé par les grands hommes qui jouent le rôle de conducteurs d’âmes : ainsi la Raison se réalise-telle dans l’Histoire » ((p. 62 – Besson cite Macron qui cite Hegel : La Raison dans l’histoire).

Philippe Besson a suivi Emmanuel Macron, pendant 1 an jusqu’à son élection et raconte, à sa manière, la campagne, le plus « objectivement » possible, sans nous cacher ni son amitié ni de son admiration* pour le jeune premier. Ami de Brigitte Macron aussi (qui l’aurait téléphoné souvent), cette dernière trouve une place importante dans ce petit fascicule de 247 pages (imprimées en gros).

* « …ce qui me frappe, c’est que sa main ne tremble pas, c’est que son esprit n’est pas en proie au doute, c’est que rien ne le corrode : il avance, déterminé et calme, comme insensible au fracas » (p. 119 – février 2017)

Pourtant ce n’est pas une hagiographie, puisque Besson se met également en scène (donnant des conseils d’écritures – d’écrivain en écrivain empêché*),

*(« ..et quand on n’est pas devenue écrivain, on espère devenir président ?) » (p. 169 fermant un paragraphe dubitatif et interrogateur sur une phrase de E.M. : « J’aurai aimé être Stendhal, Romain Gary ou René Char, à cause de leur vie, de leur liberté. »

Besson critique aussi des postures et ou la longueur des discours de E.M., ne croit pas non plus (au début) aux chances de « réussite » du jeune inexpérimenté, et last but not least nous livre parfois un regard tristement désabusé sur les hommes politiques retourneurs de veste, tape sur A. Minc (entre autres) et pense que la « bataille a occasionnée (et avive davantage encore à l’approche du vote) au sein des familles, dans les groupes d’amis, parmi les proches des blessures. Ce n’est pas nouveau , me direz-vous : toutes les joutes électorales révèlent des antagonismes, creusent des factures. On se chamaille, on se dispute, et puis on s’invective, quelquefois on se déclare la guerre….. Les tiraillements deviennent des  tensions, les désaccords des différends, les querelles des fâcheries. Pourtant, il semblerait que les déchirements aient franchi un cap cette année. Ils sont probablement aggravés par le fait que tous les repères sont bousculés, les appartenances brouillées; aggravées également par la résonance de plus en plus bruyante offerte par les médias et les réseaux sociaux…. » (p. 199/200).

Annotées sur le vif, pensées-notes couchées sur le papier, extraits d’articles de journaux ou citations à l’appui, nous passons tous les stades de la campagne (de la démission du Ministère en passant par le Fillon- ou Penelope-Gate, les rumeurs de l’homosexualité…la formation des équipes jusqu’à l’élection….et tutti quanti.

La limite entre journalisme et « récit romanesque » est tenue mais permet de figer pour toujours un moment ou la France s’est déclarée prête à bousculer un peu l’autoroute tracée des « anciens ». Et le livre m’a permis de découvrir un texte de V. Hugo qui m’a impressionné puisqu’il colle – 180 ans après avoir été écrit – parfaitement.

Et c’est avec cette citation que je fermerai cet article sous forme d’amuse-bouche (avant de rappeler – mais vous vous en doutiez déjà –  que ce n’est pas indispensable de lire ce livre – aussi agréable qu’il soit écrit – ça coule bien, mais ne perturbe pas, ni n’offre de vraies révélations  ….)

Victor Hugo (page 216)  :

Quel est le républicain, de celui qui veut faire aimer la République ou de celui qui veut la faire haïr?  Si je n’étais pas républicain, si je voulais le renversement de la République, écoutez : Je provoquerais la banqueroute ; je provoquerais la guerre civile ; j’agiterais la rue; je mettrais l’armée en suspicion; je mettrais la garde nationale en suspicion ; je mettrais le pays lui-même en suspicion ; je conseillerais le viol des consciences et l’oppression de la liberté ; je mettrais   le pied sur la gorge au commerce, à l’industrie, au travail ; je crierais: mort aux riches ! Je provoquerais l’abolition de la propriété et de la famille ; je prêcherais le pillage, le meurtre,  le massacre ; je réclamerais un Comité de Salut Public.  
En faisant cela, savez-vous ce que je ferais? Je détruirais la République

Que fais-je ? Tout le contraire.  
Je déclare que la République veut, doit et peut grouper autour d’elle le commerce, la richesse, l’industrie, le travail, la propriété, la famille, les arts, les lettres, l’intelligence, la puissance nationale, la prospérité publique, l’amour du peuple et l’admiration des nations.  Je réclame la liberté, l’égalité, la fraternité, et j’y ajoute l’unité.  J’aspire à la république universelle.  Savez-vous à qui il faut dire : « Vous n’êtes pas républicain ? ». C’est aux terroristes.

Vous venez de voir le fond de mon cœur  Si je ne voulais pas la République, je vous montrerais la guillotine dans les ténèbres; et c’est parce que je veux la République que je vous montre dans la lumière la France libre, fière, heureuse et triomphante.

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En attendant les hirondelles

Un très beau film (algérien – avec des concours français, allemands et algériens) de Karim Moussaoui – à voir !

J’ai eu envie de voir ce film notamment parce que j’ai commencé à lire le livre de Alice Zeniter (« L’Art de perdre » ) – fresque franco-algérienne…

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Synopsis sur allocine.com :

Aujourd’hui, en Algérie. Passé et présent s’entrechoquent dans les vies d’un riche promoteur immobilier, d’un neurologue ambitieux rattrapé par son passé, et d’une jeune femme tiraillée entre la voie de la raison et ses sentiments. Trois histoires qui nous plongent dans l’âme humaine de la société arabe contemporaine.

Trois récits, trois personnages savamment liés entre aux (les passages d’un récit à l’autre sont d’une facilité confondante) qui dressent un tableau assez complet de la société algérienne d’aujourd’hui, loin, très loin d’une carte postale exotique (malgré le co-financement du Ministère de la Culture algérienne – et Karim Moussaoui ne se prive pas de laisser tomber, au détour d’une conversation des bribes de critiques : pot de vin, condition de la femme, chômage et/ou débrouillardise pour sur(vivre), incapacité/manque de volonté de l’administration de considérer des femmes violées comme victime…

C’est un véritable petit bijou de beauté, mélancolie et poésie… et coule comme un fleuve tranquille…. Pas de montage speed, pas de logorrhée, des dialogues d’une justesse, simples, directes, des situations de tragédie grecque. Le sens résulte quasiment toujours des moments de rien, des non-dits, des silences qui s’étirent, peuplées de regards qui comblent ce qui est tu.

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Mourad, un promoteur divorcé mais tenant à son ex-femme (et son fils) qu’ils voit souvent vit avec une jeune Française. Il va un soir assister dans une banlieue sinistre une agression, dont il ne va pas piper mot (pas de police non plus…mais l’événement va le ronger..)

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Aïcha va se retrouver lors du voyage vers son futur époux (choisi par les parents) face à un ami de jeunesse (mais de classe sociale jugé indigne par ses parents) – les dialogues entre les deux, les règles sociales, la découverte du désir – une danse libératoire (magnifique leur rapprochement par la danse…) sont d’une justesse et je dirais même musicalité (la musique joue un rôle important : soit notamment par la joie communicative ou par les plaintes de Bach – toujours entre les récits permettant de les entrelacer avec le « J’en ai assez !!! » :

Le 3e récit et celui de Dahman, un neurologue sur point de se marier (il attend depuis des mois que sa nomination à un grade supérieur à l’hôpital se concrétise pour avoir le feu vert de la famille de la « fille » (elle a au moins 15 ans de moins que lui !)

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Il sera confronté à son passé et une femme qui a été victime d’un viol collectif dont il avait été témoin pendant la guerre civile…

Aucun des protagonistes sort indemne de ses moments décrites presque de manière impressionnistes, par petites touches. Seuls moments de répits – des virées en voiture qui permettent de voir défiler des bidonvilles (ah ces terrains vagues et leur débris – « mais Bernhard on a ça chez nous aussi, les camps de Rom… » (disait A. en sortant) – les appartements clinquants pour l’un, vide et triste pour l’autre, les bureaux de l’autre, la tristesse des cafés, les beaux paysages ocres, les champs et les routes sinueuses et quasiment perdues….

Un très beau film qui résonnera encore longtemps par sa simplicité et évidence malgré la « choralité ».

Par ailleurs, étonnant pour moi le mélange constant entre les langues française et l’algérienne, comme s’il y a des mots/phrases qu’on ne peut dire qu’en français (ou vice-versa) …

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Piégée – Lilja Sigurdardottir

Encore un roman de la série noire de chez Métallié.  Il s’agit du tome 1 d’une trilogie (Reykjavik noir) traduit de Jean-Christophe Salaün)

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Présentation de l’Editeur :

Sonja a été contrainte de devenir passeuse de cocaïne pour retrouver la garde de son petit garçon. Elle doit jouer au chat et à la souris avec des narcotrafiquants féroces, un ex-mari pervers, un avocat ambigu, une compagne envahissante. Elle doit se montrer de plus en plus inventive, de plus en plus audacieuse. Elle doit sortir du piège dans lequel elle s’est laissé enfermer. Seule certitude, Tómas son petit garçon, lui, ne vit que pour ses week-ends auprès de sa si jolie maman. Il y a aussi, à l’aéroport de Keflavík, Bragi, le vieux douanier, très intrigué par cette jeune femme élégante et décidée qui traverse régulièrement les salles d’embarquement.
Entre malversations et trafic de drogue, Piégée est un thriller original et brillant, mêlant une intrigue pleine de suspense, des personnages attachants et une description fantastique de la capitale de l’Islande pendant l’hiver 2010-2011, couverte de cendres et sous le choc du krach financier.

Nominé pour le Drop of Blood, le prix islandais du roman policier 2016.

Lecture aisée, rapide, chapitres courts, une héroïne qui sort un peu des ornières et plates-bandes des policiers/thrillers du nord formatés. La jeune mère de famille, dont le couple a volé en éclat puisque Madame s’est trouvé au lit avec une femme (ciel !). C’est par ailleurs une composante assez importante de ce 1er tome : la description d’un couple de lesbienne (en formation).

Nous nous trouvons en 2010/2011, le lendemain de la crise financière qui a mis à terre pas mal de banques, les cendres de l’ Eyjafjallajökull volettent encore et Madame, sans emploi,  se trouve inextricablement engoncée dans le filet d’un avocat véreux  qui l’oblige avec ses sbires de jouer une passeuses de drogue (une mule) – de Londres ou du Danemark … Elle s’avère plutôt douée pour ce job et il y a juste Bragi, un douanier proche de la retraite (et dont la femme malade d’Alzheimer) travaillant à l’aéroport de Keflavik, qui, intrigué par le comportement (trop farpait) de Sonja, va jouer au détective (mieux qu’amateur) pour la coincer…

L’action principale se déroule entre 2010 et 2011, en pleine période succédant la grosse crise de 2008 qui a plongé le pays dans un black-out financier quasi total, et en pleine période post-éruption de l’Eyjafjallajökull (vous savez, le volcan qui a fichu une sacrée pagaille dans l’espace aérien?) qui a recouvert de cendres une partie du sud de l’île.

APTOPIX Iceland Volcano

Le début est un peu lent (normal direz-vous, il faut mettre en place les personnages – surtout s’il y a encore deux autres tomes qui suivent !), à partir du dernier tiers cela s’emballe et la fin, une fuite/évasion qui nous sort de l’Islande, promet une suite alléchante…. la curiosité est éveillée, mais je ne sais si j’achèterai les tomes suivants dès leur sortie. La tension n’était pas suffisante pour moi, pour ne pas savoir attendre leur sortie en poche.

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