Gabacho

Lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix Caillé 

Je parle ici dans mon nom et n’exprime bien entendu aucunement l’opinion du Jury.

book_582

Présentation de l’Editeur

Liborio n’a rien à perdre et peur de rien. Enfant des rues, il a fui son Mexique natal et traversé la frontière au péril de sa vie à la poursuite du rêve américain. Narrateur de sa propre histoire, il raconte ses galères de jeune clandestin qui croise sur sa route des gens parfois bienveillants et d’autres qui veulent sa peau. Dans la ville du sud des États-Unis où il s’est réfugié, il trouve un petit boulot dans une librairie hispanique, lit tout ce qui lui tombe sous la main, fantasme sur la jolie voisine et ne craint pas la bagarre… Récit aussi émouvant qu’hilarant, Gabacho raconte l’histoire d’un garçon qui tente de se faire une place à coups de poing et de mots. Un roman d’initiation mené tambour battant et porté par une écriture ébouriffante.

La traductrice Julia Chardavoine est la lauréate du Grand Prix de Traduction de la Ville d’Arles 2017 pour cette traduction de l’espagnol (Mexique) – décernée en novembre 2017.

Livre réjouissant qui pour moi se scinde en deux parties : une partie qui décrit la galère d’un jeune mexicain qui à traversé comme tant d’autres le Rio Grande et s’apparente à un récit d’initiation (notamment à la littérature et la langue) avec un zeste de roman d’amour (les moments amourachés de Liborio pour Aireen sont tout simplement magnifiques dans leur ton naïvement-poético-réaliste).

« Dans ces romans de merde que je lisais sur la mezzanine ou dans le parc Wells, l’amour, ça commençait pas comme ça ; c’était toujours plus rationnel, une sorte de casse-tête élaboré par l’écrivain pour en faire une construction fictive et véridique, où dès la la première ardeur, les amants finissaient par s’embrasser. Franchement, la littérature, ça ressemble en rien à cette chienne de vie. En ce moment bouillant, tandis qu’Aireen dissipe mes douleurs, j’ai la poitrine qui s’ouvre en deux pour accuillir les paroles au plus profond de moi « Je crois qu’on va devenir de good friends, tous les deux, you know. »  (p. 144)

Dans la 2e partie (c’est moi qui dit « partie ») Liborio se trouve dans un centre d’accueil de jeunes et ira trouver sa place (dans la société et parmi les Hommes) comme boxeur hors-pair, ce qui transforme le récit, qui au début, malgré son côté picaresque, est empreint d’un regard dur sur la réalité de migrants (et de la société qui les tolère quand cela les arrange) deviendra progressivement un conte, genre « A star is born », optimiste, moins jouant sur le décalage de la dureté du passé (et de la sur-vie de Liborio ) avec une langue métissé, inventive que nous offrant une belle histoire (story telling) « positive » (comme assagie par la littérature.

Une (toute) petite idée du mélange d’argot mexicain, de « spanglish », de mots anciens, de mots inventés… :

« Pourquoi y a presque pas de femmes écrivains dans les rayons, Boss? – Bonne question, le pédoque mononeuronal. J’en sais rien; peut-être parce qu’elles savent mieux embrasser que nous et qu’elles ont pas besoin de cette connerie de littérature pour se libérer de tous leurs complexes, de toutes leurs putasseries. » (p.305)

ou plus violent :

 » Je me tords le cou pour voir qui est en train de me toucher l’épaule. Et là, c’est un poing cuivré que je vois s’approcher de ma pommette à vitesse grand V. Même pas le temps de scaphandrier mes yeux. Je me fais éjecter du banc, halluciné, le cul au sol. Des étoiles. Puis du sang qui coule de ma bouche sur mon torse.
 » Sale peau-rouge « , continue ce vagapéteux, ce gros kéké. Il est raide dingue de la gisquette et la suit partout comme un clébard.  » On va voir ce que tu as dans le ventre, choureur-de-culs, tafiole ! Qui t’a dit que tu pouvais défendre un cul qui n’est pas à toi, hein ?  » «  Grosse bastoooon « , crie la grande gueule qui rapplique avec sa meute quand il me voit étalé sur le pavé plein de mole.  » On va le défoncer à coups de batte cet enfoiré.  Je sais pas combien ils sont. Ils sont tous agglutinés, à me fusiller à coups de pied. J’ai l’impression de me faire défoncer de tous les côtés par une armée de fourmis chevelues. Je me couvre la face et rentre dans ma coquille histoire d’occuper le moins d’espace possible entre leurs pieds. J’aperçois encore les voitures rouler, et puis soudain, plus rien, plus que des coups de pied. Un, deux, trois, quatre, mille, huit mille. » (p.18)

Bildergebnis für gant de boxe

Par moments, notamment vers la fin (apprentissage de – et succès avec la boxe), le roman m’a fait penser à « Fief » (de David Lopez)  (qui par rapport à ce Gabacho est presque du Proust)….. et ce qui est « drôle » (pardon) c’est que le sort des immigrés aux Etats-Unis (et celui des migrants en Europe) résonne comme une ligne de basse lourde sous-jacente ….

[Calle 13 – une musique que Liborio adôre…]

 » Cette saloperie de musique, ça m’a toujours aidé à calmer les sauterelles que j’ai dans la tête. Comme si ça assoupissait mon âme à l’oblique, comme si j’avais des ondes oléagineuses qui s’imprégnaient dans le marteau, dans l’enclume, dans l’étrier, et cessait de m’appartenir. La musique, quand elle piaule, mélodique, dans les méandres de mon esprit, ça m’aide à arrêter de sauter dans tous les sens et à rester en place, somnolent, fixé à la surface de la chair.  » (p. 204)

.Bildergebnis für Rio Grande + Mexicains migrants

Publié dans Livres | Tagué , , , , , , , , , , , | 5 commentaires

Mon désir le plus ardent

1609-cover-if-5a6867abcc91c

Présentation de l’Éditeur

Maddy s’était juré de ne jamais sortir avec un garçon du même âge qu’elle, encore moins avec un guide de rivière. Mais voilà Dalt, et il est parfait. À vingt ans, Maddy et Dalt s’embarquent dans une histoire d’amour qui durera toute leur vie. Mariés sur les berges de la Buffalo Fork, dans le Wyoming, devenus tous deux guides de pêche, ils vivent leur passion à cent à l’heure et fondent leur entreprise de rafting dans l’Oregon. Mais lorsque Maddy, frappée de vertiges, apprend qu’elle est enceinte et se voit en même temps diagnostiquer une sclérose en plaques, le couple se rend compte que l’aventure ne fait que commencer.

Mon désir le plus ardent est le portrait d’un couple ancré dans le temps présent qui affronte avec courage et humour les épreuves de la vie. Avec sa voix pleine d’énergie, tout à la fois drôle et romantique, Pete Fromm nous offre une histoire d’amour inoubliable.

Ähnliches Foto

C’est mon amie Simone qui a parlé bien de ce livre, ce qui m’a incité de l’acheter ! Toutefois je ne suis pas sorti aussi enthousiaste qu’elle…. pourtant je pense être sensible aux belles histoires d’amours.

Déjà le décor du début de l’histoire dans les sublimes paysages du Grand Teton (et de la rivière Buffalo Fork) – vous emporte, mais les paysages restent en fin de compte en arrière-plan.

Maddy et Dalton sont guides de rafting dans le parc national de Grand Teton au Wyoming. Les deux aiment passionnément leur job. Maddy est avec quelqu’un mais elle va tomber amoureuse de Dalton (et vis-versa). Ces premières pages sont sublimes… et page 68 ils sont mariés… Ils vont créer leur propre boite de rafting… vont bien entendu réussir (plus ou moins bien – avec bcp de boulot), tentent d’avoir un enfant (Dalt dit bien justement (tzz) « le plus marrant c’est quand même d’essayer ») – et plouf Maddy va tomber malade (je ne spoile pas – c’est marqué en 4e de couv’ – voir ci-dessus).

A partir de là, le lecteur accompagne le (beau) couple dans sa lutte pour avoir une vie la plus normale possible … Dalton, qui est amoureux fou, est/sera prêt à tout pour sa dulcinée. Il quittera son métier, qu’il aime si passionnément, retrouvera un (ancien) métier qu’il avait délaissé… et gagnera sur tous les fronts. Dalton voit toujours plus loin que le bout de son nez et prévoit la vie future (et lisible dès la 1ere page (!) de sa femme et s’y prépare, y prépare aussi la maison dans laquelle ils vivent… et se trouve ainsi quasiment diamétralement opposé à Maddy qui jusque là n’a voulu/ne veut vivre qu’au jour le jour….

Bildergebnis für beau garçon + rafting + pagay

Multitude de sujets donc, traitement sensible et loin d’un misérabilisme auquel on aurait pu s’attendre avec cette saloperie de sclérose en plaques. La traduction (de Juliane Nivelt*) est belle. Notamment pour rendre vivant (et crédible) les souvent savoureux dialogues…. (comme fait pour le ciné).

Toutefois, Dalton était trop bon/beau pour être vrai (pour moi) et il me manquait finalement un peu plus d’accrochages ou de tension vu que « les épreuves de la vie » on n’en à tous (soit nous-mêmes) soit dans notre entourage plus ou moins proche …

Je suis donc resté un peu en dehors, même si j’ai lu le livre quasiment d’une traite (après, comme je l’ai déjà dit, avoir aimé follement les premières 100 pages), quand-même aspiré par cette histoire pas ordinaire.

Ici le lien vers l’article de Simone :

https://lectriceencampagne.com/2018/04/26/mon-desir-le-plus-ardent-pete-fromm-gallmeister-americana-traduit-par-juliane-nivelt/

D’autres lecteurs ont moins aimé les premières 100 pages pour ne plus décrocher (notamment après la bascule – la chambre d’At….) jusqu’à la dernière page….

*Ancienne du master en traduction littéraire de l’institut Charles V, Juliane Nivelt est traductrice et éditrice d’anglais. Elle a travaillé pour les éditions Le Robert, Harrap’s et JC Lattès.

Publié dans Livres | Tagué , , , , , , , , , , , , , , | 4 commentaires

Toi – le ciel et encore toi

TU, EL CIELO Y TU un spectacle de Catherine Berbessou

Dernier spectacle de la saison (dans mon abo) après une semaine assez chargée – je prends à peine le temps pour lire…..

Bildergebnis für Catherine Berbessou de tu el cielo

le titre du spectacle vient d’un tango argentin de Carlos di Sarli …. et comme dans les derniers spectacles de Catherine Berbessou on y trouve tout : tendresse, l’abandon, la sensualité de l’attachement, l’humiliation, le désir irrésistible et la peur de la perte, le déchirement….

Et cela dans un cocktail chorégraphique contemporain avec quelques tangos….

« L’histoire du tango est liée à celle des bordels. Si le spectacle s’ouvre dans la pénombre sur des corps dénudés à l’horizontal, il ne faut pas y voir un hasard. La pulsion sexuelle est là, à l’origine de la danse, dans les mouvements convulsifs. Le tango est une tension continue et l’exercice est semblable à celui de la passe d’arme. Les mouvements s’échangent comme un dialogue musclé. Les danseurs enfilent leurs costumes sous nos yeux, dans des chassés-croisés chargés de violence. On s’habille pour tuer ; la séduction est une démonstration de force…..Quelques duos se démarquent de l’ensemble par leur fragilité. Le jeu de veste entre un “toréador” et sa partenaire se conclut avec une tendresse rare. Une chorégraphie en couverture de survie impose le silence. Le spectacle n’est pas sans qualités, mais souffre de multiples déséquilibres. Ces moments précieux sont éclipsés par la lourdeur d’un dispositif carcéral. En effet Catherine Berbessou, sans doute pour suggérer un ring encadre d’une rambarde métallique son plateau. Si l’idée d’un lieu clos peut suggérer l’intimité, la redondance ici entre ce cadre et des barrières gêne surtout les regards. » http://www.theatrorama.com/danse/danse-du-monde/tango-brutal-tu-el-cielo-y-tu/

En effet, c’est peut-être moins abouti que « Valser » (revu récemment sur Mezzo) et parfois un peu plus déroutant (notamment du côté musique – pas toujours tangoesque – et parfois la « philosophie » derrière les tableaux m’échappait ), mais dans l’ensemble j’ai passé un très beau moment – surtout j’ai préféré les danses en groupe comme sur la photo (mais il n’y avait que 4 fois des mouvements de ce type-là.

Bildergebnis für Catherine Berbessou de tu el cielo

Que serait le sentiment amoureux sans l’attirance des corps, l’alchimie étrange, jouisseuse et ravissante qui en émane ? Sans cette avalanche de regards, de touchers, d’étreintes et de sentiments qui nous assaillent ?

« Danser avec amour, tendresse, désir, passion ; ou avec indifférence, le cœur déjà ailleurs, ou rongé par une jalousie irrépressible. Comment les hommes et les femmes s’y prennent-ils pour se laisser à désirer ? Quel corps mettent-ils en avant et quelles manières ont-ils de s’en servir pour élaborer leur intégrité face à l’autre sexe ? Les rapports sensuels entre les hommes et les femmes seront au cœur de cette création.  » C. Berbessou

Après le spectacle les spectateurs étaient invité à danser – belle ambiance pour ceux qui savent danser le Tango (les membres de la troupe se sont mélangé avec nous….)

34747382_10156241852251438_3945071179571658752_n

(photo du compte FB de la MC2 ici Federico Rodriguez Moreno )

En effet…. le tango est une danse où il faut trouver le juste équilibre entre mener la danse, guider et être à l’écoute- cad la réception- de l’autre de ce qu’il peut apporter à ce pas de deux exquis.

Publié dans Danse | Tagué , , , , , , , | 3 commentaires

By the rivers of babylon

Livre lu dans le cadre de la sélection pour le Prix Caillé 2018.  

Je parle ici en mon propre nom et aucunement ni au nom du Jury ni de celui de la SFT.

 

LaSolutionEsquimauAW

Présentation de l’Editeur (Zulma)

Roman traduit de l’anglais (Jamaïque) par Nathalie Carré
Dans la sélection du Prix Les Afriques
Lauréat 2017 du Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde
Lauréat 2017 du OCM Bocas Prize for Caribbean Literature

Augustown, quartier pauvre de Kingston. En cet après-midi d’avril 1982, Kaia rentre de l’école. Ma Taffy l’attend, assise sur sa véranda. La grand-mère n’y voit plus mais elle reconnaît entre toutes l’odeur entêtante, envahissante, de la calamité qui se prépare. Car aujourd’hui, à l’école, M. Saint-Josephs a commis l’irréparable : il a coupé les dreadlocks de Kaia – sacrilège absolu chez les rastafari. Et voilà Ma Taffy qui tremble, elle que pourtant rien n’ébranle, pas même le chef du gang Angola ni les descentes des Babylones, toutes sirènes hurlantes. On dirait bien qu’à Augustown, Jamaïque, le jour de l’autoclapse – catastrophe aux promesses d’apocalypse – est une nouvelle fois en train d’advenir. Alors, pour gagner du temps sur la menace qui gronde, Ma Taffy raconte à Kaia comment elle a assisté, petite fille au milieu d’une foule immense, à la véritable ascension d’Alexander Bedward*, le Prêcheur volant…

By the rivers of Babylon est un roman puissant, magnifique chant de résistance et de libération.

 

En effet, étonnant roman – une sorte de « 100 ans de solitude » – qui se passe dans la vallée imaginaire d’Augusttown (qui semble ressembler à August Town (Jamaïque) « avec laquelle elle partage aussi une histoire parallèle« .

L’histoire parle du « Au-tan-lontan »… mais aussi d’aujourd’hui. Dans une langue souvent poétique, matinée d’ironie (ou au moins un sourire) et une belle oralité nous est conté « un jour d’autoclapse » (ses prémisses – avec des racines dans le 19e siècle – et son dénouement tragique).

Il était une fois… Nous sommes le 12.8.1982. Nous trouvons au point précis de à  17°59’0’’ Nord et 76°47’00’’ Ouest. En dessous de nous, un coin des Caraïbes, même si ce n’est pas ce que vous en avez peut-être vu dans les brochures touristiques…. Sous nos pieds, une morne petite vallée d’une morne petite île. Prêtez attention aux collines et notez combien l’une d’ente elles portes comme une balafre sur le visage… » (p. 15) 

Kaia, le petit-fils de Ma Taffy, la vieille rastafari, rentre de l’école la crinière tondue – il n’a plus ses dreadlocks. C’est Mr Emmanuel Saint-Joseph, le maître d’école un peu dérangé – il lit tous les jours deux pages de « L’Origine des Espèces » de Darwin et deux pages de la Bible  (« mais il ne comprenait pratiquement rien ni de l’un ni de l’autre, mais avançais tout doucement, avec méthode, dans leur lecture, s’imaginant qu’avec chaque nouvelle phrase il devenait meilleur et plus profond » (p. 74) (le chapitre 6 – qui présente rapidement son passé est un régal !) 

Ma Taffy sait d’emblée que cet acte « insensé » a crée une situation explosive – et le roman en petits-pas en avant et en arrière devenant spirale narrative, nous expliquera le pourquoi…. en prenant son temps….

Peuplé de personnages et de lieux, le livre fourmille – il y a donc ce petit-fils, une vieille fille laide, un fabuleux prédicateur, des chefs de gang, un gentleman businessman, une directrice d’école (ah ce face à face de Miss G. et  Madame G.) qui sera lié au petit-fils….

L’histoire de la Jamaïque, ancienne colonie britannique, sera scrutée – ses liens avec le présent mis à nu – et le narrateur/la narratrice « Conscience sans enveloppe corporelle » survole Augustown et raconte : « Et attention, ce n’est pas du réalisme magique. Ni même encore cette même histoire de superstition et de croyances primitives dans les Caraïbes. Non, vous ne vous en tirerez pas si facilement. Cette histoire parle de gens qui existent comme vous et moi, aussi réels que je l’étais avant de devenir une chose flottant dans le ciel, délivrée de son corps. Et vous pouvez aussi vous arrêter sur une question plus urgente : non pas de savoir si vous croyez à cette histoire, mais plutôt si celle-ci parle de gens que vous n’avez jamais envisagé de prendre en considération. » (p. 153) 

Le lecteur est constamment interpellé et happé par la force poétique de l’écriture de K. Miller et son langage coloré d’une multitude d’expressions comme « ti-moun », « tifi », « ti-gars », « femme-grand-quelqu’un », « au-tan-lontan », « pityè »….le roman nous transporte ailleurs….

Une belle découverte.

* https://en.wikipedia.org/wiki/Alexander_Bedward

Publié dans Livres | Tagué , , , , , , , , , , , , , | 4 commentaires

La petite mort danse la sarabande et c’est Mozart qui gagne

Soirée Danse à la MC2 de Grenoble. Au programme le ballet de l’Opéra de Lyon avec trois chorégraphies on ne peut plus différentes (pas étonnant le répertoire de cette troupe est d’une diversité extraordinaire):

William Forsythe The Second Detail

Bildergebnis für William Forsythe The Second Detail

William Forsythe décline (en solo, en duo, en trio + en groupe) une phrase dansée en multiples variations par quatorze danseurs sur une musique de Thom Willems que le programme caractérise de « frénétique » (dans son acceptation « rythmé, vif »). En effet formidable rythme avec pleines de syncopes, mais comme souvent je suis resté en dehors de cet art culinaire musicale pour lequel je ne trouve pas d’entrée. La pièce date de 1991 est assez virtuose mais reste froide (une sorte de mécanique d’arabesques et jetés qu’on peut admirer sans frissonner).

Ähnliches Foto

Benjamin Millepied Sarabande

La Sarabande de Benjamin Millepied (« composée » en 2009) joue de la maîtrise technique et de l’apparente décontraction d’un quatuor masculin qui enchaîne sans cesse des pas, des portés entrecoupés de grands sauts et de tours virtuoses sur les Sonates et partitas pour flûte et violon seuls de J.S.Bach. Déjà vu sur Mezzo dans le cadre d’une soirée sur B. Millepied je suis un peu resté en dehors même s’il y avait deux trois moments d’une sensualité (masculine) assez bluffant…. La musique aidant (j’ai largement préféré par rapport à T. Willems)

 

Jiří Kylián Petite mort

Ähnliches Foto

Agression, sexualité, énergie, silence(s) et vulnérabilité sont les maîtres mots de ces dix-huit minutes écrites et dansées sur les largo des concerto 21 & 23 pour piano de Mozart qui envoûtent.

Six couples se livrent à une danse de désir et de mort, se défient en une série de pas de deux à la richesse de mouvements inépuisables. Dans Petite Mort, Jiri Kylian célèbre, comme Mozart la liberté et l’irrévérence, la tendresse et la profondeur du sentiment amoureux. Le chorégraphe tchèque exalte le couple en se fondant dans l’alchimie des corps, joue sur les symboles du désir, de la séduction et de l’érotisme jusqu’à l’extase suggérée par le titre du ballet. (programme de la MC2)

Entre désir, sensualité, volupté, jubilation et extase, le chorégraphe tchèque Jiri Kylian fait danser nos rêves d’amour et nos fantasmes, une manière d’exprimer le sentiment amoureux universel à travers un chef d’œuvre chorégraphique : Petite Mort créé en 1991 pour le bicentenaire de la mort d’un grand génie, Mozart. (petit-bulletin)

Un très beau moment – en grande partie dû à l’harmonie de la musique ET des mouvements…. pour voir comment on passe de l’épée à l’étreinte !

Que vous pouvez (re-)voir ici  sur Numeridanse :

https://www.numeridanse.tv/videotheque-danse/petite-mort

J’invite les curieux à regarder la vidéo ci-dessous pour comparer et voir ce qu’on peut également faire avec la musique du génie salzbourgeois – voici un extrait du ballet « Le parc » d’Angelin Preljocaj (je l’ai vu en 1996 à l’Opera Bastille) qui m’avait donné les frisson à l’époque (et que je trouve en visionnage (toujours) beaucoup plus sensuel et « libre » que la chorégraphie de Kylian – ahh ce moment -(entre autres)- d’enlacement et tourbillon à min 5:30).

 

 

 

Publié dans Danse, Musique | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 commentaires

Week-end Jury « Shadow Cabinet » 2018

…. and the winner is :

33657199_10215987931512089_5508152307075776512_n

Une semaine avant le Jury France Inter (question d’agenda !) notre Shadow Cabinet (qui fêtera en 2019 ses 10 (dix) ans !!) s’est réuni comme l’année dernière en Ardèche pour élire « notre » Prix Inter 2018.

DSC_0543

C’est vrai que ces deux dernières années nous ne tombions « pas juste » par rapport aux 24 membres de Jury de la Maison Ronde …. et nous attendons maintenant (avec une impatience toute relative) les résultats du jury « officiel ».

33587049_10215987012489114_677330271158140928_n

Le choix de 2018 était un peu plus « tricky » parce que « pas de génie et bcp de talents« …  Nous avons rapidement « éliminé » 5 livres de la liste et les 5 restant avaient tous leurs « fans » et défenseurs. Le débat a duré (en comptant les longues discussions autour de « Le traquet kurde« ) plus de 5 heures … et quasi-unanimement nous avons voté pour « Fief » de D. Lopez (par ailleurs mon seul vrai coup de cœur de la liste avec « Un certain M. Piekielny« …..)

Mais dans un cadre comme celui-ci

DSC_0555

et une nourriture terrestre de première qualité (hah ! à la demande du Ministère de la Santé je ne vous montre pas les bouteilles !) …..

DSC_0518

nos débats étaient d’une qualité exceptionnelle et surtout d’une richesse enchanteresse. Qu’est-ce que ça fait du bien d’échanger sur nos ressentis, perceptions et réceptions d’une lecture, d’essayer à mettre en mots nos opinions (et aller au-delà d’un « bon » « formidable » « drôle »….)

Dans un premier tour de piste nous nous sommes à notre habitude obligés de n’évoquer que les choses positives sur chaque livre … avant d’énoncer – dans une 2e phase – les points qui nous empêchent de voir le livre en question sur le podium…. Comme toujours, le résultat est un peu biaisé parce que il n’y qu’une petite moitié de notre groupe qui est arrivé à lire les 10 livres (et s’est limité à 5 ou 6 de la liste). Dommage aussi que Z. n’a pas pu être avec nous, à cause d’une lutte avec un crabe pas reluisant du tout….

« Fief » nous a convaincu pour sa capacité de nous offrir une photographie sismographique de la vie de jeunes qui n’arrivent pas à croire en leur possibilités, et qui nous semblent refléter l’état de pas mal de d’jeunes à l’heure actuelle (et attention, le livre ne parle pas des jeunes de quartiers réputés difficiles)  ….et tout cela dans une langue dynamique, fraîche, « parlée » (mais extrêmement travaillé par/dans des ateliers d’écriture). F., notre « Président », résume ainsi :

« Comme nous sommes devenus prudents, affichons de suite que le vrai jury, qui ne nous écoute pas toujours, choisira peut être Piekielny, ou peut être L’avancée de la nuit, ou peut être Les spectateurs, voire La fonte des glaces (le livre qui nous a fait tant rire) ou les Souvenirs de la marée basse. Un bon plaidoyer, 12 hommes et 12 femmes en colère et l’un de ceux là peut l’emporter. Ils ont vraiment du bon.
Et nous avons choisi « Fief » pour sa capacité à capter l’époque et nous déranger« .
Le saint de l’église de Beauchatel
a prié pour nous
DSC_0550
et l’eau bénite de la piscine avec ces rappels de D. Hockney nous a également fait du bien pour toute la semaine et au-delà……

20180526_192037

PS : 4 juin 2018 

France Inter annonce  ce livre comme le gagnant au 2e tour à la majorité absolue….!!

Publié dans Livres, Photo, photographies, Voyages | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire

Patria

Bildergebnis für patria + aramburu + espagne   Patria

Ce livre coup de cœur je l’ai lu à la suite d’une recommandation de mon amie-collègue S.H. et je lui adresse un très grand merci !

Présentation de l’Editeur (Actes Sud pour la version française traduite magnifiquement par Claude Bleton) – 4e de couv’ :

Lâchée à l’entrée du cimetière par le bus de la ligne 9, Bittori remonte la travée centrale, haletant sous un épais manteau noir, bien trop chaud pour la saison. Afficher des couleurs serait manquer de respect envers les morts. Parvenue devant la pierre tombale, la voilà prête à annoncer au Txato, son mari défunt, les deux grandes nouvelles du jour : les natio­nalistes de l’ETA ont décidé de ne plus tuer, et elle de rentrer au village, près de San Sebastián, où a vécu sa famille et où son époux a été assassiné pour avoir tardé à acquitter l’im­pôt révolutionnaire. Ce même village où habite toujours Miren, l’âme sœur d’autrefois, de l’époque où le fils aîné de celle-ci, activiste incarcéré, n’avait pas encore de sang sur les mains – y compris, peut-être, le sang du Txato. Or le retour de la vieille femme va ébranler l’équilibre de la bourgade, mise en coupe réglée par l’organisation terroriste.
Des années de plomb du post-franquisme jusqu’à la fin de la lutte armée, Patria s’attache au quotidien de deux familles séparées par le conflit fratricide, pour examiner une criminalité à hauteur d’homme, tendre un implacable miroir à ceux qui la pratiquent et à ceux qui la subissent.
L’ETA vient de déposer les armes mais pour tous une nouvelle guerre commence : celle du pardon et de l’oubli.
Ce roman a enflammé la société espagnole et a valu à son auteur les plus prestigieuses récompenses. En cours de publication dans le monde entier, Patria fait événement par sa puissance d’évocation et sa mise en question des fanatismes politiques.

DSC_0185

J’ai souvent pensé à cette baie de Donastasia / San Sébastian  (La Concha) on s’y promène souvent dans ce livre – en 2012 j’y étais… pour être honnête sans avoir bcp pensé aux Basques et la basquitude.

« Pas de gagnants, seulement des perdants« … ainsi on pourrait résumer les 610 pages de ce roman (+ qqs pages de glossaire de termes basques – genre: « txakurrada = chien, au sens collectif. Surnom appliqué à l’ensemble de la police ou « belarri » = oreille) … mais on pourrait aussi dire  « La honte des victimes » ou « Comment devenir un Etarra » ou « La haine des victimes » ou….

125 chapitres qui par cercles « concentriques »  cernent toujours plus les événements et offrent chaque fois une nouvelle perspective, une information qui densifie les divers protagonistes qui, au début, sont assez schématiques.

Tout commence au cimetière – un qui est peut-être comme celui-ci que j’ai trouvé sur le net, un peu loin du village…

cimetière basque

Txato, un homme d’une grande bonté, a à la force de ses mains créé une entreprise, a embauché du monde du village (imaginaire par ailleurs), refuse de payer l’argent que l’ETA lui demande (la taxe révolutionnaire) – et sera, comme tant d’autres, assassiné. Sa femme, Biturri, va régulièrement sur sa tombe et « parle » (du présent et du passé) à son défunt mari. Biturri a quitté le village après l’assassinat avec ses deux enfants Xabier et Nerea et vit désormais à quelques encablures à San Sébastian/Donastia. L’annonce du cessez-le-feu par l’ETA, la pousse de revenir au village, ou elle essaie de faire la lumière sur ce qui s’est passé à l’époque et décide de retrouver sa maison dans le village et de parler aux gens du village.

Ce retour sera interprété par bon nombre de villageois comme un affront (les villageois avaient tourné le dos à la famille de Biturri au moment de la « fatwa » de l’ETA) et prend ce retour comme un doigt accusateur d’une victime.

Miren, la plus grande amie de Biturri – avant que l’ETA devient violente – prend cela très mal. Son mari, Joxian (le copain de vélo de Txato) subit. Ils ont trois enfants Arantxa, Joxe Mari ((lui est un membre actif de l’ETA, soupçonné par ailleurs par Biturri d’avoir tué son mari qui s’était occupé comme un père de Joxe Mari). Joxe se trouve maintenant incarcéré à 500 km du pays basque, quand le roman débute). Enfin il y a Gorka, le 3e enfant de Miren, poète/journaliste-radio, homosexuel et non politisé (donc anti ETA) mais amoureux de  la langue et culture basque. Le tableau est donc complet pour une fresque ample.

120629110355-eta-cessation-story-top

Le roman avance par petits pas, trois pas en avant, deux pas en arrière, change de niveaux temporel à chaque chapitre, parfois au sein d’un chapitre, avec des narrateurs/penseurs changeants… Puzzle ou mosaïque qui permet peu à peu à dresser le portrait de tous les protagonistes, de retracer leurs évolutions, de donner les rasions de tout un chacun.

Ainsi le lecteur retrace la vie et l’évolution de tous les membres des deux familles – cela peut parfois être un peu trop « schématique » mais ce côté roman-photo est dilué par un style heurté : parfois juste les débuts d’une phrase (pour économiser le reste que le lecteur se construit sans problème), parfois avec des choix de mots séparés par un slash pour souligner la multitude et diversité des pensées, parfois aussi avec un changement du « nous/on » au « je »

« A la fin de la journée, Joxian rentre chez lui. Jour après jour, je suis de plus en plus fatigué. Les années ne passent pas pour rien. Il répétait/ruminait des lieux communs dans les rues désertes. Les tours du matin étaient moins fatigants. On sort du travail.….  » (p. 220)

Construction impressionnante, puisque aucun rouage de la machine à broyer l’humain n’est oublié : l’ETA, les diverses manières d’être basque, d’être apolitique, d’être pris dans le filet d’une pensée aveuglante (j’ai souvent pensé au Djihadisme qui procède de la même manière pour recruter…, les regrets, les excuses ((im-)possibles, la vie après l’ostracisme, la solitude des prisonniers, la violence de la police tout en dressant un tableau de la société espagnol (1er mariage homosexuel, avortement… )

Le roman aurait certainement été encore lus fort avec 50 pages de moins (pas toutes les superspositions ou recoupements des fils narratives ouvrent chaque fois une nouvelle perspective) mais sommes toutes un très très beau moment de lecture.

Lisez aussi la très belle critique chez « en attendant nadeau »

https://www.en-attendant-nadeau.fr/2018/03/13/hache-serpent-aramburu/

 

Publié dans Livres | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 commentaires