Pour une poignée de ciel & Tigre Blanc

Période très chargée pour moi – je me fais toujours rare et me promène très peu sur le net actuellement (sauf pour des recherches terminologiques).

Lecture(s) dans le cadre du Jury du Prix Caillé – en vue de la sélection de la short-list des prétendants au Prix 2021.

Drôle de « télescopages » et/ou synchronicités – d’où ce petit « article » avant unenovelle pause de qqs jours : le 8 mars journée de luttes pour les droits des femmes, mon 3e petit-enfant est né (Titouan Géronimo) à Vannes, un garçon qui saura parler aux femmes. C’est ce jour aussi que j’ai commencé à lire « Pour une poignée de ciel » – une anthologie de poèmes de femmes dalits (des « intouchables ») dont je sors, un seul, presque au hasard – il exprime bien le cri de révolte, l’aspiration à la liberté et est à l’image d’autres. Un vrai voyage dans un monde qui nous est étranger.

Priyanka Sonkar
Ces jeunes filles

Ces jeunes filles
Tremblantes
Terrifiées
Anxieuses
Sont injustement effrayées
Elles ont peur, ces jeunes filles
……… mais de qui?
Des hommes.
Ces jeunes filles sont enchaînées
Par la domination des hommes
Elles ont peur, ces jeunes filles.
Elles ont peur de marcher, ces jeunes filles
Seules dans les rues désertes,
Qu’un homme ne les déshonore
Sur le champ.
Peur qu’au long du chemin le même homme
Ne jette de l’acide
Sur leur visage innocent,
Elles ont peur, ces jeunes filles
Des menaces
Constantes
Et des crimes bestiaux des hommes.
Si elle leur fait peur,
Cette société masculine, pour leur sécurité
Pourquoi veulent-elles la proximité
De ce même homme ?
Si elles sont seules
Pourquoi veulent-elles la compagnie
De ces mêmes hommes,
Ces jeunes filles effrayées,
Alors qu’elles ont peur
De cette société masculine ?
Pourquoi ne prennent-elles pas
La responsabilité de leur sécurité,
Ces jeunes filles effrayées!
Pourquoi leur semble-t-il
Que l’homme peut les sauver
Et les protéger,
Uniquement cet homme ?
Si un malheur
Leur advient,
Ces jeunes filles effrayées
Le disent
À cet homme en priorité

(anthologie établie et traduite par Juliane Cardey, chez Editions Bruno Doucey)

Et bingo, deux jours plus tard j’ai visionné sur Netflix un film américano-indien « The white tiger » (Le tigre blanc) d’après le roman éponyme de Aravind Adiga (Bookers Price 2008), film réalisé par Ramin Bahrani (dont j’avais apprécié à l’époque « 99 Homes » avec M. Shannon).

Le film est un chouia trop long (à mon avis), se perd un peu dans les divers sujets traités et l’hésitation entre drame social et film cynique teinté férocement d’humour noir – mais qui montre assez bien (à mon avis) une certaine réalité en Indes, (et est loin de « Slumdog millionaire » et des films Bollywood) – la soif de quitter la pauvreté par tous les moyens.

Un garçon pauvre doit quitter l’école pour travailler pour sa famille. Il va la quitter à la première occasion pour réaliser son rêve d’être chauffeur d’une famille riche (qui par ailleurs exploit le village d’où il vient). Il s’en sort en utilisant ses coudes et ne reculera pas non plus d’actes plus repréhensibles – et deviendra patron d’une boîte de chauffeurs…

Certaines actions du garçon restent énigmatiques (elles ne concordent pas avec notre approche occidentale) mais dans l’ensemble c’est assez réussi (pas un film qui entrera dans le panthéon du cinoche mais assez futé pour laisser des images qui font mal à nous qui sommes assis dans nos fauteuils…)

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Une affaire hollandaise ?

Un « fait divers » littéraire et sociologique met en émoi le pas si petit monde des traducteurs – il est une nouvelle émanation des dérives idéologiques. Saint Hieronymus/Jerôme, le patron des traducteurs, doit se gratter la tête. Il est blanc.

Je laisse la parole ici à deux grands traducteurs qui en parlent mieux que moi…

Une tribune de notre collègue Michel Prum

« En tant que traducteur (de Darwin, de Ricardo, d’Adam Smith), je souhaiterais que tous les traducteurs réagissions vivement aux récents événements des Pays-Bas. Rappelons que l’éditeur néerlandais Meulenhoff a acheté les droits de la jeune poétesse afro-américaine Amanda Gorman (celle qui a lu son poème The Hill we Climb lors de l’investiture de Joe Biden) et en a confié la traduction en néerlandais à la traductrice et écrivaine Marieke Rijneveld. Or une activiste noire, Janice Deul, a lancé sur les réseaux sociaux un mouvement exigeant la démission de Rijneveld au seul motif qu’elle est blanche. Pour ne pas faire de vague, la traductrice s’est effacée et l’éditeur s’est même excusé de son choix inconsidéré. Ce ne sont pas les capacités ou incapacités de la traductrice qui ont été prises en compte, mais la seule couleur de sa peau. Une Blanche ne peut pas traduire une Noire. Bientôt un homme ne pourra plus traduire une femme, un valide ne pourra pas traduire un handicapé, etc. Les traducteurs ne peuvent pas être assignés à ne traduire que des auteurs qui leur ressemblent. Les traducteurs sont des passeurs et toute la richesse de l’humanité consiste à permettre ces passages entre groupes humains et entre cultures diverses et variées. »
Michel Prum

Et le grand traducteur André Markowicz en parle, en plus long, mais pas moins percutant

Les affaires hollandaises

A l’origine, il y a un poème, « The hill we climb ». Le poème d’une jeune américaine, — elle a vingt-deux ans, elle est afro-américaine, — prononcé à la demande de Joe Biden le jour de son investiture. Un poème patriotique, de circonstance (par définition) ; un poème naturellement whitmanien, avec, comme le font les Américains (à commencer par Whitman) des citations de la Bible, et, ici, des accents de Gospel et de rap, empli de sentiments qu’on ne peut que partager. Et, dit avec la fougue et la joie d’Amanda Gorman, eh bien, ça fait plaisir. Ce poème-là, du jour au lendemain, a fait le tour du monde, et, là encore, on ne peut que s’en réjouir. Et il va être traduit dans toutes les langues du monde.Sur ça, les éditeurs d’Amanda Gorman, et ses agents (c’est la grande spécialité des Américains, les agents qui considèrent les auteurs qu’ils gèrent comme des propriétés immobilières, à offrir aux enchères tantôt à la découpe, tantôt, en bloc, au plus offrant) ont vendu et vendent les droits aux éditeurs du monde entier. En particulier en Hollande. Là, en Hollande, il y a un éditeur, Meulenhoff, dont on me dit que c’est une maison très réputée, qui a eu les droits et a confié la tâche de traduire à une autrice, jeune elle aussi, et déjà reconnue, Marieke Rijneveld, dont je lis que c’est l’une des voix les plus prometteuses de la nouvelle génération d’écrivains et d’écrivaines hollandais, le tout avec l’assentiment des agents en question, ça va de soi. Et tout allait bien, jusqu’au jour où une activiste noire, Janice Deul, a fait un tweet (c’était un tweet ?) pour dire que son choix était « incompréhensible », que ce choix avait provoqué [chez de nombreuses personnes] « de la douleur, de la frustration, de la colère et de la déception » parce qu’elle n’était pas noire… Janice Deul écrit ensuite : « Avant d’étudier à Harvard, Amanda Gorman a été élevée par une mère célibataire, elle a eu des problèmes d’élocution qui ont fait croire à un retard [sic en français… ] Son travail et sa vie sont forcément marqués par son expérience et son identité de femme noire. Dès lors, n’est-ce pas pour le moins une occasion manquée que de confier ce travail à Marieke Lucas Rijneveld ? »Je n’ai pas l’impression qu’Amanda Gorman elle-même se soit jamais plainte de son enfance. Mais, oui, sa vie (et la vie de sa mère et de sa sœur) n’a pas été un lit de roses. Mais le premier point est là. Marieke Rijneveld est blanche. En tant que blanche, d’après Janice Deul, elle ne peut pas comprendre une noire. Le fait est qu’Amanda Gorman n’est pas simplement noire : elle est aussi fille de mère célibataire, elle a eu des problèmes d’élocution qui ont fait croire à un retard mental. Peut-être faudrait-il en plus, que sa traductrice soit noire et fille de mère célibataire et ait eu des problèmes d’élocution ?… Ou le fait d’être noire suffit-il à comprendre une enfant noire qui a été dyslexique ? Et pourquoi une blanche, dyslexique ou non dans son enfance, fille ou non d’une mère célibataire, ne pourrait-elle pas le sentir ? Et que se passera-t-il si Amanda Gorman est traduite, je ne sais pas, en chinois, ou en japonais, ou en russe ? Il faudrait quoi, chercher une chinoise noire qui aurait été dyslexique dans son enfance ?…*Cette idéologie de l’atomisation de l’humanité selon la couleur de la peau, qui veut qu’un, qu’une, noir, noire, (je suis inclusif) ne puisse être compris que par un, une, noir, noire est le contraire absolu de la traduction, qui est, d’abord et avant tout, le partage et l’empathie pour l’autre, pour ce qui n’est pas soi : ce que j’appelle la « reconnaissance ». Moi, interdire a priori à un blanc de traduire un noir me rappelle un orthodoxe russe qui me disait que mes traductions de Dostoïevski étaient douteuses parce que je n’étais pas orthodoxe, et que seul un orthodoxe pouvait comprendre un orthodoxe — il ne disait pas un Russe, parce que nous étions dans un contexte de rencontre « amicale », mais il voulait dire ça : un Juif ne peut pas traduire un russe, parce qu’un Juif ne comprend pas « l’âme russe », ni « le vécu russe ». Mais, pire encore : je ne suis pas que blanc, je suis un mâle blanc. Et donc, ai-je le droit de traduire Marina Tsvétaïéva et Anna Akhmatova, ou, maintenant, de me consacrer à Kari Unksova (militante féministe, qui plus est, assassinée en 83 par le KGB). Non, je n’ai pas le droit, puisque je n’ai pas le même vécu. Or, toute ma vie, je traduis.Je parle d’abord en tant que traducteur.Personne n’a le droit de me dire ce que j’ai le droit de traduire ou pas (à part pour des questions de droits d’auteur, évidemment légitimes). Tout le monde, en revanche a le droit de juger si je suis capable de le faire. C’est-à-dire si je suis capable de partager ma lecture, mon empathie ; si je suis capable de faire entendre, par ma voix, la voix d’un ou d’une autre — sans la réduire à la mienne. Si ma voix est assez accueillante, assez libre pour accueillir d’autres voix que la mienne. — Or, de fait, il y a eu, et il y a encore, des traductions coloniales : je ne veux pas seulement parler de traductions qui ne prennent les textes qu’ils traduisent que comme des curiosités pittoresques, mais des traductions qui transforment les textes étrangers en textes français, — et, dites, en toute conscience, quand je regarde la plupart des traductions françaises actuelles, qu’elles soit de littérature ancienne ou contemporaine, c’est bien souvent le cas. Et si j’ai passé toute ma vie à traduire, c’est que, justement, je me suis révolté contre ces traductions-là.Et, donc, Janice Deul explique quelque chose qui non seulement est raciste (une blanche ne peut pas comprendre une noire) mais aberrant du point de vue de la traduction (parce que c’est le contraire de toute acte d’interprétation… Imaginez, j’y pense, pour le théâtre : pour jouer Hamlet, il faudrait quoi ? Avoir vu apparaître le fantôme de son père tué, pendant la sieste, par son oncle ? )*Mais il y a pire, dans cette triste histoire. C’est la réaction de la traductrice pressentie, et, surtout, celle de l’éditeur [la traductrice a dit qu’elle publierait un poème samedi, pour en parler, nous verrons bien]. — L’éditeur, tout de suite, s’est excusé, et la traductrice s’est effacée. L’éditeur, comme un enfant en faute, a précisé qu’il avait « beaucoup appris », et qu’à l’avenir il ferait davantage attention. Les deux, autrice et éditeur, assurant dans des communiqués qu’ils étaient animés des meilleures intentions du monde et qu’ils étaient pour une société inclusive. Et l’éditeur est aujourd’hui en quête d’une équipe, donc, inclusive, visiblement de jeunes traductrices noires, pour mieux rendre compte du vécu de l’autrice américaine.C’est-à-dire qu’ils ont cédé à la première pression, en demandant pardon, alors qu’ils n’étaient menacés par rien, que leur intégrité physique était totale, et que, dans le message — raciste sur le fond — de Janice Deul, il n’y avait aucune menace. Ils ont cédé à l’appel au climat général, qui est proche d’un climat de terreur — à la repentance. Ils ont eu honte. Pas de ce qu’ils avaient fait. Mais de ce qu’ils étaient. De leur culpabilité ontologique d’être nés blancs. Car nous sommes désormais dans cette culpabilité-là. La culpabilité en tant que nous sommes nés de telle ou telle couleur. Nous y sommes revenus, disons ça.*Oui, il y a eu l’esclavagisme, et oui, il y a le racisme.Et oui, de fait aussi, nous vivons dans une société qui est, parlons par euphémisme, loin de l’égalité homme/femme. Mais si je dis que cette égalité n’est pas davantage présente dans les pays musulmans ou bouddhistes, ou n’importe où ailleurs, ici, en Occident, il y aura des bonnes âmes qui me traiteront de raciste et de réactionnaire. Et oui, nous vivons dans une société où le racisme est constamment présent : mais si je dis que, là encore, les autres sociétés, partout dans le monde, ne sont moins racistes que nous, voire le sont beaucoup plus (et, très souvent, sans aucune prise de conscience de ce racisme, sans aucun mouvement « black lives matter »), là encore, je serai un mâle blanc dominant, un vieux réac, et un bourgeois). On me dira que je défends « le privilège blanc »…*Je suis déjà trop long, comme d’habitude. Je devrais parler de la rente de situation que c’est, pour d’aucuns, et d’aucunes, que la « douleur, la frustration », bref, la victimisation. Il y a là, derrière les très bons sentiments, un des boulevards du fascisme.De même, juger de quelqu’un pour ce qu’il est, et non pour ce qu’il fait, est une des marques du racisme. Que le racisme soit anti-noir, ou anti-blanc, ou anti-ce-que-vous-voulez, c’est du racisme. Et tout racisme est détestable.Je voudrais conclure, pour maintenant, par ce que chante très justement Lous and the yakuza, la future traductrice d’Amanda Gorman en langue française : « les diables n’ont pas de couleur ».Mais je finirai par autre chose : la lâcheté, non seulement c’est très très moche, mais c’est sur ça que les fascistes comptent.

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Février 2021 à Grenoble – Comme un air de vacances

La neige (à Grenoble) est sale (G. Simeon)

Le 9 & 10.2. la neige a envahie les rues de Grenoble (vue de mon balcon – ci-dessus).

J’ai rapidement terminé une traduction – regardant les flocons lourds virevolter dans la cour – pour « prendre mon jeudi » et sortir de la grisaille de la ville et quoi mieux que de monter à la station Chamrousse (à 55 minutes du centre-ville) qui se trouve à être au-dessus des nuages ? Marche classique dans une neige fraîche jusqu’au Lac Achard (déjà fait 3 semaines auparavant)

Quel plaisir de se savoir au soleil, de marcher comme sur un duvet, de voir les paquets sensuels de neige et de se savoir au-dessus d’une épaisse couche de nuages qui assombrit la ville.

Vue sur le Vercors et le Connex

Deux jours plus tard, un samedi, et avec des amis. Juste pour vous faire comprendre/ressentir ce que c’est de rester sous la couche des nuages. Samedi, de plus un 1er jour de vacances pour les parisiens, signifie souvent pas mal de monde dans le stations, même si en 2021, Covid oblige, tout a changé un peu (bcp). Nos amis ont donc préféré rester loin des stations et de privilégier une balade à mi-hauteur (700m-800m) avec, pour clore, une séance tartes et Thé (Vin) avant le couvre-feu de 18h.

Une balade de presque 3h autour du village Herbeys.… avec (dommage !!) peu ou pas de visibilité. Toutefois, le blanc qui a grignoté toutes les autres couleurs de la palette, avait des vertus de peintres hollandais.

De plus nous avons pu observer la force créatrice de la nature – voir les « épines de glace » ci-dessous:

Epines de glace

Je ne m’en suis pas lassé de cette nature – regrettant toutefois les rayons caressants du soleil.

Le lendemain trajet pour la station « familiale » Valmorel – à 1h15 d’ici – (ou les parents de la femme de notre fils ont un appartement). C’est là que nous avons, après une journée dominicale de balades et jeux, « récupéré » nos petits enfants pour les garder pour le reste de la semaine (semaine 7), afin de permettre aux parents de se reposer, loin des chamailleries…

La semaine nous a permis d’entrainer les petiots à marcher mieux (3x nous sommes montés à la Bastille – un véritable exploit notamment pour E. (même pas 4 ans) qui auparavant ne voulait y aller qu’en téléphérique….!

Les jours de mauvais temps ou (en temps de repos) j’ai joué le coach de peinture.

Dès que les « p’tiots » étaient partis, rebelote dominicale avec des amis autour du village St. Agnès au-dessus de la vallée du Grésivaudant, au-dessus de Brignoud.

Balade (paisible) plutôt que randonnée – avec pas mal de temps des arrêts, pour un regard émerveillé sur les paysages qui semblent hésiter entre hiver et printemps.

Et pour clore le mois – profitant de la présence fortuite de tous les frères et sœurs de ma compagne : une randonnée bien fatiguant dans la Chartreuse. Fatiguant elle l’était, parce que nous avons dû rajouter un peu plus de 5km (A-R) pour cause de fermeture de la route après le village Proveysieux. (neige et éboulements) qui normalement nous permet d’aller jusqu’au Col de la Charmette.

On a donc dû marcher 2,7 km pour arriver au point de départ de notre « véritable » randonnée (la boucle des cols de vache avec montée à la Grande Sure).

Je dois toutefois avouer que nous avons finalement renoncé à monter sur la Grande Sure et avons même préféré – pour cause des conditions de la neige trop molle et fatigante – de faire un « simple A-R – assez cependant pour me mettre au lit à 21h30 (et sommeil après 10 pages dans un livre).

J’ai déjà « vanté » cette randonnée (toujours réalisée en été….ici (en 2011) – et malgré la coloration du ciel par une pollution (ou du sable de Sahara ?!) – la vue qu’on a de là est « estupendo ».

Occupé je serai maintenant pour une petite dizaine de jours à cause de la traduction en allemand d’une brochure pour un grand groupes français. Un petit challenge vu la multitude de sujets traités. Je me ferai donc peut-être un peu plus rare.

Bien à vous !.

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L’ami

Vivent les traumas qui mènent à la lumière.

Dehors, le ciel vire au rose pâle. Je ne suis jamais allé bien loin, moi. Une fois, à vingt-deux ans, quelques jours en Espagne, une autre fois en Suède avec Élisabeth. Puis Marc est né. Partir ne nous disait plus rien ou alors à la mer, en été, avec le petit. Parfois, cela me fait tout drôle de le savoir si loin. Le manque remonte, brutal. Et puis ça passe, comme les disputes entre Guy et Chantal. Cela fait des années pourtant qu’il n’habite plus chez nous, mais bon, sa fac, un coup de voiture et j’y étais. Entre nous, désormais, même l’heure est différente et on a beau communiquer par Skype, plus le temps passe, moins on a de choses à se raconter. Sur la table, la mouche s’envole et vient se poser sur la vitre. Plus que tout, j’aime ces heures où rien encore ne s’agite. Aucun bruit de voiture, aucune sonnerie de téléphone. Seule la lente poussée du jour, le craquement des branches dans le vent. J’avale d’un trait mon café. Après, j’irai faire mon tour le long de l’Aune. À cette heure, je n’y ai jamais rencontré personne à l’exception de Chantal, une fois. Le soleil venait de se lever. Je suis tombée sur elle, assise au bord de l’eau, les yeux dans le vague. La frousse qu’elle a eue en me voyant. Elle n’avait pas dormi de la nuit et s’était dit qu’un peu d’air frais lui ferait du bien. Je lui ai proposé de venir boire un café. Elle m’a fixé d’un air étrange, puis, subitement, elle s’est levée et elle est partie. Élisabeth dit que c’est à cause de ses médicaments. Des trucs tellement forts qu’il faut parfois des mois avant de trouver le bon dosage. (p. 10/11)

C’est un samedi comme un autre – et le début d’un cataclysme dans la vie de Thierry. La police arrive, va emmener le voisin et sa femme, Guy et Chantal, accusé du meurtre de plusieurs jeunes femmes…. la vie de Thierry ca se déliter, s’écrouler.

Photo d’illustration Le Progrès

L’homme taciturne et presque asocial (il ne se lie à personne et ne pense qu’à bien faire son travail et aimer sa femme Elisabeth. La découverte de la duplicité des voisins, le constat qu’ils n’ont rien vu/ senti de l’horreur, le ressenti d’une trahison et la présence sous leurs fenêtres des corps des filles assassinés dans le jardin d’en face, va pousser Elisabeth a « prendre de l’air » chez sa sœur et déclencher une évolution psychologique de Thierry qui luttera contre lui-même et se penchera sur son passé pour mieux se relever et affronter la vie.

Ce n’est pas un polar, comme on pourrait le penser au début, mais le portrait intense d’un homme taiseux qui perd tous ses repères d’une justesse épatante.

Chaque bribe de souvenir est une lame qui s’enfonce un peu plus profondément

259 petites pages qui se lisent rapidement (je dirai même: qui se dévorent (pas mal de changement de rythme) et qui donne envie de se pencher sur le 1er roman de Tiffany T. (« Roissy »).

Un peu déçu toutefois du dernier 6e du livre (un ermite, la revoyure de Thierry avec son frère militaire et une plongée dans le passé (Claridge) qui me paraissaient un peu trop « construite » par rapport aux mots/maux du début. Mais cela ne m’a pas empêché de saluer cette renaissance d’un homme.

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La fille de Evelyne et Bernard

Après une semaine de vie de grand-père (on s’est occupé de nos petits-enfants – un boulot full-time) je suis de retour.

« Salauds ! Vous avez tout balancé. »

C’est ce qu’aurait dit la mère de Camille Kouchner (Evelyne Pisier) quand Camille Kouchner et son frère jumeau (Victor dans le livre) ont enfin parlé à leur mère pour lui révéler que Olivier Duhamel (second mari d’Evelyne et donc leur beau-père) avait abusé régulièrement/souvent de « Victor ».

La couverture de « La Familia grande », le livre de Camille Kouchner, publié le 7 janvier 2021. (JOEL SAGET / AFP)

4e de couv’ (Seuil )

« Souviens-toi, maman : nous étions tes enfants. »

C.K.

C’est l’histoire d’une grande famille qui aime débattre, rire et danser, qui aime le soleil et l’été.

C’est le récit incandescent d’une femme qui ose enfin raconter ce qui a longtemps fait taire la familia grande.

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« Moins écrit que le beau « Consentement » de Vanessa Springora (Grasset), le « Festen » de Camille Kouchner est un document terriblement poignant. Et utile. » (Les Echos du 11 janvier 2021)

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En effet, il y a un côté « Festen » par la déflagration des 4e et 5e chapitre de ce livre-témoignage-autofictionnel qui débute comme la description d’une vie familiale (faut comprendre : d’une cellule familiale d’intellectuels, artistes, hommes/femmes d’affaire et politiciens à laquelle s’ajoutent des couches d’amis et d’amis d’amis (ou pour le dire avec les mots de Camille – le « phalanstère ») : « Universitaires, philosophes, sociologues, professeurs de droit, juristes, magistrats, avocats, bientôt ministres, à l’heure du café... » (p. 62) )

Après la lecture des 204 pages qui se lisent très facilement (en 2 soirées pour moi – et pareillement pour les représentantes féminines de ma « familia piccola ») je ne sais, à vrai dire, quoi dire (et penser) de ce récit sur les « non-dits ».

Soit, Camille Kouchner, la fille de Bernard Kouchner, médecin (« le french doctor) et ancien Ministre (c’est lui qui a forgé l’idée du « droit d’ingérence humanitaire ») – Ministre de l’Action Humanitaire, de la Santé et Ministre des Affaires étrangères et européennes – divorcé de la mère de Camille (Evelyne Pisier – sœur de l’actrice Marie-France Pisier – amante de Fidel Castro, Maître de conf’ Chevalière de la Légion d’Honneur et remariée avec Olivier Duhamel, politologue, constitutionaliste, directeur de la Fondation nationale des sciences politiques (dont Science Po, un homme qui pouvait faire et défaire une carrière, encenser ou ridiculiser un invité, faire débattre, et faire taire) et remarié avec Christine Ockrent (journaliste, présentatrice du journal de 20h (A2) et Directrice de la rédaction de l’Express). Camille Kouchner brosse le portrait du monde autour de ces « piliers » par le filtre du regard dans le rétroviseur pour glisser peu à peu le grains de sable dans la vie de ce petit monde d' »entre-soi » – et révèle les abus sexuels que son frère jumeau (nommé Victor dans ce récit) a dû subir de la part de Olivier Duhamel.

« Pour m’avoir laissée écrire ce livre alors qu’il ne souhaite que le calme, je remercie Victor » (p. 205)

C. Kouchner « se limite » à parler du silence faite autour de ces actes (dont son frère n’a certainement pas été la seule victime), pour permettre de faire la lumière sur ces faits, identifier toute autre victime potentielle et vérifier l’éventuelle prescription de l’action publique .

Ceci dans un style d’une simplicité biblique – voici un exemple (Camille est accompagnée par sa grand-mère (son beau-père n’était pas libre ce jour) pour un récital de piano) :

« On débarque à Nogent. Courbettes, « Bonjour, madame ». Je suis fascinée, ma grand-mère est transformée. Je me mets au piano. Fin de son jeu, début du mien. Je m’applique. Je me laisse emporter par ces notes, tant de fois répétées, par la confiance qui me lie à ma prof, derrière l’autre piano. J’adore ça. Chopin. Beethoven. Schubert. J’espère la convaincre. Il faut tout enregistrer pour mon beau-père. Ma grand-mère se tortille. « Que c’était long! C’était incroyable, mon Camillou, mais quel emmerdement! Tirons- nous . Tu es une pianiste magnifique. la prochaine fois, on envoie ton père. » (p. 90)

Vue de la propriété de la famille Duhamel à Sanary-sur-Mer. BAPTISTE DE VILLE D’AVRAY POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »

Un autre extrait dans les chapitres sur la culpabilité qui la ronge et qui est le moteur de ce livre :

« Puis l’hydre montre un nouveau visage. Dans nos silences, nos regards échangés, le serpent mord. Je suis coupable d’avoir participé. La brûlure au fond de mon ventre, cette torture subreptice et constante, me laboure le crâne. Une culpabilité qui, plusieurs fois dans la journée, jaillit et bouscule ma sidération : en ne désignant pas ce qui arrivait, j’ai participé à l’inceste. Pire, j’y ai adhéré. « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Je sais, maman. Ma culpabilité est celle du consentement. Je suis coupable de ne pas avoir empêché mon beau-père, de ne pas avoir compris que l’inceste est interdit. » (p. 124)

Pour moi la pudeur de ce livre (dans la dissimulation fréquente des personnes et noms et surtout des faits mêmes) m’a surpris mais je préfère à ce témoigne douloureux et comme étouffée finalement la rage plus forte d’une Vanessa Spingora (« Le consentement« ) même si à un passage elle nomme ce qui fait glacer le sang :

Mon beau-père entrait dans la chambre de mon frère. J’entendais ses pas dans le couloir et je savais qu’il le rejoignait. Dans ce silence, j’imaginais. Qu’il demandait à mon frère de le caresser peut-être, de le sucer. J’attendais. J’attendais qu’il ressorte de la chambre, plein d’odeurs inconnues et immédiatement détestées. Il entrait ensuite dans la mienne. Ma nouvelle chambre qui désormais séparait celle de Victor de celle des parents. Cette chambre-péage. Cette chambre-témoin obligé. Pendant ces longues années.

PS (23.2.2021) France Info

Le barreau de Paris a engagé une enquête disciplinaire contre le politologue et avocat Olivier Duhamel, accusé de viols sur son beau-fils à la fin des années 1980. Confirmant une information du Parisien et de Libération, le bâtonnier de Paris, Olivier Cousi, a indiqué, lundi 22 février, que le conseil de l’ordre des avocats de Paris avait voté le 16 décembre l’ouverture de cette enquête disciplinaire.

Cette procédure, comme toute procédure disciplinaire engagée par le conseil de l’Ordre, aurait dû rester « confidentielle », a-t-il remarqué. « L’Ordre fait son travail, a une activité importante concernant l’autorégulation et le contrôle de l’exercice professionnel de l’ensemble des avocats ».

« La profession d’avocat est une profession de serment. A partir du moment où arrivent des informations à vérifier – chacun bénéficie de la présomption d’innocence –, il faut faire une instruction et déterminer si, quand un avocat a prêté serment, il a dissimulé ou menti ou dit des choses qui ne sont pas exactes. Si c’est le cas, ça pose un problème de maintien ou de respect des principes essentiels de notre profession », a détaillé le bâtonnier.

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Histoire du fils

France, Figeac, Famille, Fils ……. ce sont les 4 grands F, lettre qui se trouve aussi dans le nom de Marie-Hélène LaFon qui vient d’être couronné du Prix Renaudot 2020 pour son dernier roman. Encore un(e) auteur(e) dont je n’ai jamais ouvert un de ses livres. Là, il se trouvait parmi les kados de Noël de notre foyer….

Construction intéressante du récit (12 journées qui sautillent de 1908 à 2008 ou 1935 pour revenir à 1950, 1934 ou 1962) embrassant ainsi aussi bien l’Histoire de la France (très peu, en filigrane) que celle des membres d’une famille au centre de laquelle André, enfant de Gabrielle Léoty et d’un père « absent », fils finalement élevé par Hélène, la sœur de Gabrielle.

Une Saga à la française en quelque sorte, mais réduite à son ossature, sans débordement (au lieu d’être un pavé de plus de 500 pages Marie-Hélène Laffont nous réduit a vie de toute une floppé de génération sur 171 pages. dans une langue sobre, « simple », ciselé, presque anti-moderne. Il y a Armand de 1908 et Armand de 2008… un arbre généalogique qui peut faire perdre le lecteur sil ne prend une note par-ci par-là…

https://www.france.tv/france-5/les-100-lieux-qu-il-faut-voir/saison-4/1368897-le-cantal-de-salers-au-volcan-du-cantal.html

Présentation de l’Editeur (Buchet Castel)

Le fils, c’est André. La mère, c’est Gabrielle. Le père est inconnu.

André est élevé par Hélène, la sœur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines. Chaque été, il retrouve Gabrielle qui vient passer ses vacances en famille.

Entre Figeac, dans le Lot, Chanterelle ou Aurillac, dans le Cantal, et Paris, Histoire du fils sonde le cœur d’une famille, ses bonheurs ordinaires et ses vertiges les plus profonds, ceux qui creusent des galeries dans les vies, sous les silences.

Pour donner une idée de son style voici deux extraits (à mon avis parlant)

Il devint attentif à la voix, grave voilée chaude moirée veloutée. Il épuisa ses adjectifs. Il s’appliquait, les yeux fermés, divagant et ramassé dans sa peau. Granuleuse, peut-être, la voie de Mademoiselle Léoty, mais pas rocailleuse, ni éraillée ; caressante ; non, pas caressante, le contraire, presque le contraire, ça vous passait dessus, vous passait au travers, vous rentrait dedans, vous touchait à l’intérieur, sous la peau. (p38)

Inconnu est un adjectif qualificatif, il en est certain, il peut compter là-dessus, sur la grammaire. À père inconnu, fils inconnu. Ce père et lui auraient en commun un adjectif de trois syllabes dont la première est un préfixe de sens négatif et les deux suivantes un participe passé. Planté devant le portail, dans le gros soleil, mordu de soleil, il est sûr de son affaire grammaticale. Donc un adjectif en commun ; mais lui, André, dix ans, a un avantage sur ce père. Lui, André, dix ans, sait que ce père existe, forcément, ou a existé avant sa naissance, tandis que ce père ne sait peut-être pas qu’il a ce fils, un fils, André Léoty, dix ans, Léoty est le nom de sa mère, et le nom de jeune fille d’Hélène ; il aime ces mots, le nom de jeune fille, sa mère a dû être une jeune fille aussi, il devine plus ou moins que les femmes sont des jeunes filles avant la naissance des enfants, mais les femmes qui sont de vieilles mères sans mari, comme la sienne, ne restent quand même pas des jeunes filles plus longtemps que les autres ; on dit jeune fille et enfant de vieux ; ses cousines sont des jeunes filles et lui un enfant de vieux ; il ne voit pas sa mère jeune fille, comme le sont les cousines ; Hélène oui, mais pas sa mère. Il faudrait demander à Hélène, mais il ne le fait pas, il n’ose pas le faire. (p.77)

Un roman « reposant » malgré la tristesse retenue de cette épopée bien peu ordinaire, mais stylistiquement une bouffée d’oxygène par rapport au roman de Hervé Le Corre.

Un très beau texte dans un petit grand livre.

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Traverser la nuit

Un article de Pamolico et un autre de Nyctalopes m’ont donné envie de renifler cet auteur dont je n’ai encore jamais rien lu.

Eh ben, j’ai dû m’accrocher tant c’est noir, noir, j’avais peur au fil de la lecture que je devenais de plus en plus atrabilaire. C’est fort mais ce n’était pas ce dont j’avais besoin dans ces temps de « fatigue pandémique« .

Présentation de l’Editeur (Payot-Rivages)

Louise a une trentaine d’années. Après la mort accidentelle de ses parents, elle a dérivé dans la drogue et l’alcool. Aujourd’hui elle vit seule avec son fils Sam, âgé de 8 ans, sa seule lumière. Elle est harcelée par son ancien compagnon qui, un jour, la brutalise au point de la laisser pour morte. L’enquête est confiée au groupe dirigé par le commandant Jourdan, qui ne reste pas insensible à Louise.
Parallèlement un tueur de femmes sévit, pulsionnel et imprévisible, profondément perturbé. Au coeur de ces ténèbres et de ces deux histoires, Jourdan, un flic, un homme triste et taiseux, qui tente de retrouver goût à la vie…

Pierre Soulages

Atmosphère, atmosphère – on dirait que c’est surtout cela qui intéresse H. Le Corre – créer un tableau sombre et poisseux dans ou devant lequel se débattent les personnages clés (et ceux qui n’apparaitront que furtivement souvent en mode cadavérique) : Jourdan, le policier qui n’en peut plus de la violence et noirceur qui règne le monde actuel (il lutte avec une colère grandissante), sa femme en train de le quitter, sa fille s’éloignant de lui (puisque le boulot le rend mutique);

Louise qui subit les violences de son ex; Christian qui porte son « sac à dos » pesant (merci maman incestueuse pour m’avoir rendu maboule, la guerre au Tchad ne m’a pas aidé non plus…), des maris qui tuent femmes et enfants….drogue, prostitution …

318 pages dans une langue à phrases souvent courtes, parfois sans verbe, sèche, coupante comme le couteau du petit Sam…et des portraits brossés rapidement et avec acuité… Ah non, elles ne sont pas toujours courtes ou claquantes …

« Il ne criait pas. C’est à peine s’il avait haussé le ton. mais il parlait en découpant chaque syllabe avec les couteaux qu’il devait avoir dans la gueule à ce moment-là, et chaque syllabe partait comme une gifle. Il avait croisé les bras, appuyé sur le bureau penché en avant. Un sourire méprisant s’étirait sur sa figure en un masque sur le point de se déchirer pour révéler quelque monstre écorché.

Jourdan ne le quittait pas des yeux, soutenait son regard gris-bleu qui l’avait fait surnommer Bel-Œil, le regardait se raidir dans son costume coûteux à fines rayures, sa chemise violette, le col serré par une cravate bouton d’or, repoussant en arrières ses cheveux argentés, il attendait que ce clown à dégaine de barbeau, qui avait grenouillé aux Mœurs à Lille pendant près de dix ans, conclue sa diatribe d’imprécations menaçantes, sanctions, mutation, rapport, conseil de discipline, puis se taise et le congédie pour qu’enfin il puisse sortir sous la pluie et fumer une putain de cigarette en les envoyant tous se faire mettre. (p. 77)

Il y a aussi des références littéraires qui vont bien avec l’ambiance (Les fleurs du mal – Baudelaire p. 40/41)

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le coeur comme un papier qu’on froisse ?
Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse ?

Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,
Les poings crispés dans l’ombre et les larmes de fiel,
Quand la Vengeance bat son infernal rappel,
Et de nos facultés se fait le capitaine ?
Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine ?

Une petite lumière d’espérance (d’où mon « outrenoir » de Soulages) donnera à un moment une bouffée d’oxygène au lecteur, mais sera rapidement étouffée, bâillonnée…

« Il vide son verre. Il aimerait se rasseoir et rester là en face de cette femme et parler avec elle. Il aime sa voix un peu éraillée. Comme si quelque chose s’y était brisé, il y a longtemps. Un voile, comme une élégance tragique posée sur tout ce qu’elle dit, même quand la rage et le chagrin la font déparler. Il faut partir. Il répète qu’il dit y aller, qu’il a encore du travail. (p. 227)

Franchement, ce n’est pas l’intrigue qui est au centre mais bien la « peinture d’un monde à la dérive, face à un abîme ».

J’ai aimé le roman mais il m’a rendu triste – ce qui montre bien la force du tissage de mots/maux proposé par Le Corre.

Nyctalopes : Le Corre, mieux que tout autre, écrit, décrit la souffrance avec toutefois cette pudeur préférant la grandeur du propos à la démonstration de la déchéance et de la bestialité. Pourtant ce roman est très dur, malgré une plume qui se préfère parfois très discrète, c’est noir, ça pue la peur, le désespoir, la folie et la mort

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Sur les chemins noirs

Présentation du livre par l‘Editeur (Gallimard) :

«Il m’aura fallu courir le monde et tomber d’un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j’ignorais les replis, d’un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides.
La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.
Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.»

Il y a un plus d’un an j’ai lu mon premier livre de Sylvain Tesson « La panthère des neiges », petit bijou d’évasion littéraire. On m’a offert à Noël un « vieux » livre de lui, qui m’a confirmé que ce gars a une vraie écriture, un don d’observation aigue et critique ainsi qu’un mode de vie avec lequel j’aurai, personnellement, un peu plus de mal.

L’idée de départ, était de réaliser sa promesse faite à lui-même : « Si je m’en sors [« après un accident, le corps en peine,, …le sang d’un autre dans les veines, l crâne enfoncé, la colonne cloutée de vis et le visage difforme » (p. 17)], je traverse la France à pied. (en lieu et place d’un centre de rééducation).

Une traversée qui débutera à la gare de Tende (et la vallée de la Roya) et qui passera par la Provence (Mont Ventoux), par les Cévennes, le Massif Central, la Châtre, Tours, Laval jusqu’à La Hague (par les ZUP et par les ZAC…. tout en cherchant les friches et les jachères, les sentiers ruraux, pistes pastorales, accès pour les services forestiers, la marqueterie bocagère…. les chemins noirs (sur les cartes IGN 25000e) qu’il aime aussi appeler des « chemins de traverse » et qui « sinuaient entre les verrues des plans d’occupation des sols« ).

Extrait de ma carte « Mont Lozère  » – Florac/Parc National des Cévennes 2739 OT

C’étaient mes chemins noirs. Ils ouvraient sur l’échappée, ils étaient oubliés, le silence y régnait, on n’y croisait personne et parfois la broussaille se refermait aussitôt après le passage. Certains hommes espéraient entrer dans l’Histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaitre dans la géographie. P 33

Les 171 pages de la version Folio du récit) sont plein d’instantanés, pensées souvent philosophiques sur l’Etat du Monde (on est loin du monde covidien) et de descriptions de la nature et de ressentis :

« L’air était fou et arrogant. Le vent distribuait ses gifles dans les herbes, décoiffait les cheveux blonds et affolait le ciel. Les monts du Cantal fermaient le paysage en une longue sinusoïdale. Eux étaient stables. Sorti de l’obscurité neurologique, je me sentais vivant parce que j’étais en route. Un sentiment d’une pureté parfaite. »

Un livre qui invite à (re-)découvrir les « coins perdus » de la France, qui dépeint leur beauté (je me suis retrouvé dans pas mal de réflexions lors de la traversée des Cévennes (je ne connais que la région autour du Mont Lozère et les Monts Finiels (en 2014).

« Les forêts de doraient, que le sorbier ponctuait de rouge. Les pommiers croulaient sous les fruits.. Leurs contours japonisaient la rousseur des orées. Le vent arrachait des paillettes aux arbres des fossés. Elles tombaient en copeaux, motifs de Klimt. » (p. 128)

Une belle lecture reposante – tout en distribuant des pics contre les technocrates (européens et/ou français)

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Dans l’attente de toi

Ce qu’en disent les Editions Iconoclaste

« Les livres naissent de ce que l’on ne sait pas dire. Si on savait, on dirait, et il n’y aurait pas de livres ; on n’y penserait même pas. Mais voilà, on ne sait pas dire, et c’est une inquiétude, puis très vite un manque, et enfin un désir ; et le livre vient, qui est tout entier l’effort pour dire, bien que l’on ne puisse pas. Cela n’empêche pas d’essayer, d’échouer toujours, et d’essayer encore ; le livre qui s’écrit est la trace de ces essais. C’est bien sûr valable pour tous les livres, mais pour celui-là auquel je m’efforce,
j’ai le souvenir exact du moment où il est né, ce moment précis où je n’ai pas trouvé les mots, où je n’ai pas su dire combien tu étais belle, d’une forme de beauté si particulière que je n’avais pour la dire aucun mot disponible.
»

Alexis Jenni écrit une lettre à la femme aimée. On ne sait ni son nom ni son âge, si elle est brune ou blonde, mais simplement que son corps est émouvant. Manquant de mots pour dire le plaisir du toucher – ce sens dont il est si difficile de parler – l’écrivain est allé chercher du côté de la peinture. Dans les tableaux qui le troublent, chez les peintres qui parlent à son désir, il puise les images et les sensations
qu’il éprouve. Enchevêtrant les mots à sa bien-aimée et les plongées intimes dans l’univers de ses peintres préférés, il cerne au plus près cette beauté qu’il regarde, sent, écoute, touche et goûte pour décrire au mieux les émotions que suscitent en lui cette femme, son corps, sa peau, la rondeur
de son ventre, la plénitude de ses courbes. Ainsi se découvre sous un jour totalement nouveau l’auteur de L’Art français de la guerre, qui invente ici une langue originale faite de mots et d’images mêlés.

Je suis « tombé » sur ce livre de 2016 chez un bouquiniste, en « second hand », j’avais suffisamment aimé l’écriture de A. Jenni (« Féroces intimes » et « La conquête des îles de la Terre ferme » pour être curieux de ce qui pourrait se cacher derrière un livre avec sa couverture (dessin de Rodin tout en rondeurs)

« J’aime chez toi cette inflexion de la courbe de ton corps, qui donne sa forme et son élan, comme la courbure d’un arc qui donne puissance et ressort ; et je sais gré à Bonnard de me montrer cet endroit exactement, par cette tache de lumière intense qui vibre au centre de ce tableau ». (p. 31)

« La lumière vient de la fenêtre, du grand dehors où jaillissent les mimosas. Elle suit la ligne du dos, elle parcourt la brusque inflexion des reins, et bondit au-dessus des fesses en éclaboussures miroitantes comme le font les cascades (p. 24)

Eh ben, je sors ébloui de ce livre qui sort de l’ordinaire. Un chant d’amour à la bien-aimée mais aussi à l’art (pas celui de l’art français de la guerre – roman pour lequel A. Jenni avait reçu le Goncourt 2011) aussi bien de certains peintres choisis mais aussi celui des mots qui touchent.

Gonflé l’idée d’écrire qu’on arrive pas à dire en mots ce qu’on ressent quand on touche l’être aimé et qu’on s’appuie sur des œuvres d’art pour « toucher » au plus près de ce qui se passe quand on est « touché », tant il sait dire les sentiments (mêmes infimes) – j’aimerais ne serait ce que 10% de son talent….. – et nous parle de la « contemplation » :

« L’état de contemplation dans lequel plonge la peinture concerne le corps tout entier, la peau qui l’enveloppe, et les mains qui sont la peau active, le ventre qui est la peau sensible repliée qui ne demande qu’à se déployer ; la peinture…. par une simple image éveille toutes les parts délicates et réceptives de celui qui regarde, et ce sont les mêmes, tout à fait les mêmes, qui s’éveillent, s’ouvrent, et frémissent, lors de la rencontre avec celle que l’on va aimer. (p. 20)

Ainsi A. Jenni s’appuie sur des œuvres de Pierre Bonnard (et sa femme-modèle-menteuse) Marthe (j’en ai parlé ici dans le cadre de mes pensées sur le livre « L’indolente » de F. Cloarec), de Francis Bacon (et son amant Georges Dyer), mais aussi de Rembrandt, de La Tour, de Fragonard, Picasso, Poussin et à la fin de Rodin.

es Hasards heureux de l’escarpolette, J. H. Fragonard, 1767. Huile sur toile, 81 cm × 64 cm,The Wallace Collection, Londres. © Wikimédia Commons

Fragonard m’a auparavant jamais « intéressé » mais lire A. Jenni nous parler des « dessous » du tableau et parler des moments de bonheur (trop) courts que Fragonard sait capter avec humour.

« ....L’instant sublime est bref comme le point haut de la courbe de l’escarpolette, il est parfait, c’est bien ce qu’on cherchait, et puis tout repart, rien ne dure, rien n’insiste, mais le bonheur a été là. Il est insaisissable comme une nuée... » (p.165)

oui, ça donne envie, pardon, cela m’a donné envie de me pencher un peu plus sur cet artiste, et pas que lui. Ce qu’il écrit sur Rembrandt est également sublime.

Les chapitres qui traitent des « mains qui voient » (Voir et toucher) continuent de fredonner dans le même style « Je ne sais pas comment la peinture fait ça, d’être touchante alors que simplement on la voit. Je ne sais pas comment la cervelle fait ça, de mélanger ce que je vois et ce que je touche. (p. 54) – ou encore plus perturbant le court chapitres sur les deux amants dans le métro, qui se touchent (à peine) mais qu’un groupe de sourds-muets va observer …

Je dois avouer que je n’étais à fond dans TOUS les chapitres. Certains récits m’ont passioné davantage que d’autres. Je les ai lus par deux-trois le soir, pour m’endormir avec une petite musique douce, enchanteresse, poétique, jaloux de ne pas avoir su/pu dire des belles phrases.

Dans le chapitre autour de Rodin j’ai noté ceci :

« Cela t’avait fait rire que l’on te dise un jour qu’il faudrait un sculpteur pour t’aimer; qu’à cela ne tienne, je me fais aussitôt sculpteur, alors qu’avant de te connaître je n’y avais jamais pensé. Je modèle l’argile de tes membres, la cire de ta peau, je polis le marbre de ton ventre, je caresse avec tant de force le bronze de tes formes qu’il s’amollit, fond, et flue à nouveau; et, rougissant, il reprend vie, retrouve toute sa souplesse brûlante, il s’écoule et prend forme dans le moule que forment mes mains. Il te faut des mains de sculpteur ? Voici mes mains. (p. 238)

Camille Claudel

Livre complètement en dehors des sentiers battus – et juste ce qu’il me fallait. C’était comme une fenêtre ouverte vers les musées (qui me manquent !)

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TV – La petite femelle

Pauline Dubuisson lors du procès pour le meurtre de Felix Bailly, le 18 novembre 1953 | AFP PHOTO

J’ai constaté que depuis quelques jours il y a un nombre de clics (305 clics à 23h) inhabituellement important sur mon bafouillage sur un livre de 2015 (!) à savoir « La petite femelle » de Philippe Jaenada lu (en 2016) dans le cadre du Livre Inter 2016.

Je sais maintenant les raisons de ce subit intérêt pour cet article : Ce soir, Lundi 1er février 2020 passera sur Antenne 2 un téléfilm de P. Faucon (« Fatima« ) intitulé « La Petite Femelle » basé sur le livre-enquête de P. Jaenada, téléfilm suivi d’un documentaire de Vincent Maillard. Il sera disponible en replay jusqu’au 8.2.21

Le téléfilm mettra en images les 700 pages du roman, et sera certainement réducteur ou trop court pour la vie de cette femme, mais je ne perds jamais espoir, peut-être ce téléfilm donnera envie à un (plus) grand nombre de personnes de se plonger dans le récit de réhabilitation qu’en a fait P. Jaenada. Ce fait divers des années 50 retentissant a inspiré bon nombre de cinéastes (notamment Clouzot) et reste pour moi une formidable lecture (quelle vie « romanesque pour cette femme, selon P. Jaenada certainement en avance de son temps), malgré ses longueurs et les disgressions typiques de l’auteur.

BD de G. Bertelot & G. Forton – 2012

Il se peut que je regarderai le film laissant mes lectures de côté.

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