La chair

« La chair » – de Rosa Montero (traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse)

La vida es un pequeño espacio de luz entre dos nostalgias: la de lo que aún no has vivido y la de lo que ya no vas a poder vivir” (1ere phrase !)  [« La vie est un petit espace de lumière entre deux nostalgies : celle de ce que vous n’avez pas encore vécu et celle de ce que vous n’allez plus pouvoir vivre. »]

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Extrait de la présentation de l’Editeur :

Pas facile d’accepter son âge quand on a soixante ans, qu’on vit seule et que votre amant vous quitte pour faire un enfant avec sa jeune épouse. Soledad engage donc un gigolo de trente ans (Adam n.d.a.) pour l’accompagner à l’opéra et rendre jaloux le futur père. Mais à la sortie, un événement inattendu et violent bouleverse la situation et marque le début d’une relation trouble, volcanique et peut-être dangereuse.  Soledad se rebelle contre le destin avec rage et désespoir, avec humour aussi, et le récit de son aventure se mêle aux histoires des écrivains maudits de l’exposition qu’elle prépare pour la Bibliothèque nationale…..

Rosa Montero parle dans ce roman dense et pourtant facile à lire des thèmes comme la perte de l’amour, la solitude, le vieillissement, l’écriture, le sexisme, le désamour, la psychologie humaine….. vaste programme.

Peur. La dernière fois qu’elle avait fait l’amour. Et si elle n’avait plus jamais d’amant ? Les gens ne savaient pratiquement jamais quand c’était la dernière fois qu’ils faisaient quelque chose d’important pour eux. La dernière fois que vous gravissiez une montagne. La dernière fois que vous skiez. La dernière fois que vous avez un rapport sexuel. Car ce corps mutant qui tout à coup se plissait, se ramollissait, se crevassait, s’affaissait et se déformait, ce corps perfide, enfin, ne se contentait pas de vous humilier: il commettait de surcroît la grossièreté suprême de vous tuer. Et donc, quand vous arriviez à cet âge, l’age des chiens, les possibilités malignes de la chair se multipliaient. Et vous découvriez un jour une plaie dans la bouche, une boule dans le cou, un sourcil plus bas que l’autre…. (page 25)

Soledad (= solitude) a besoin d’être amoureuse et ne résiste pas au corps d’Adam et se ruine pour quelques nuits avec lui, pour lui offrir des cadeaux, pour le retenir aussi, tout en se demandant pourquoi elle le fait.

Ce qui rend le roman différent d’autres sur des sujets voisins c’est :

d’une part la musique omniprésente (Wagner « Tristan & Yseult, Britten, Bach),

d’autre part la fouletitude des références littéraires (sur les auteur(e)s maudit(e)s/excentriques tel que Maupassant, Pedro Luis GalvezMaria LejarragaMarisa Luisa Bombal, P. Dick  etc. – puisque Soledad est commissaire d’une exposition à préparer sur cette « catégorie » d’auteurs – ce qui, à vrai dire, ne lui rend pas la vie plus facile…puisqu’ils font écho à sa vie, à sa conception de la vie….

S’ajoute à cela le parallèle avec le personnage de Aschenbach (l’homme d’âge mur) de l’oeuvre de Mann/Britten (Mort à Venise) dont l’amour/amourachement passionné pour Tadzlo, sans craindre le ridicule (voir encore une fois Soledad), a ému plus d’un entre nous.

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A travers les lignes d’un désenchantement mélangé avec un espoir vigoureux, on perçoit que l’écriture peut être ou devenir un dérivatif ou palliatif à une vie qu’on n’a pas vécu « à donf »….. Dans ce contexte il est parfois presque jubilatoire de voir que R. Montero n’hésite pas de se mettre en scène aussi (elle y apparaît comme journaliste qui discute/conseille Soledad sous son – véritable – nom), tout en laissant le champs libre de voir en Soledad un portrait (chinois) d’elle.

Roman plus complexe qu’il n’en a l’air dans une première approche, intelligent et parfois rude (il y a un twist que l’auteure elle-même demande aux lecteurs de ne pas divulguer (« cher lecteur, j’aimerais te demander un service. Et il s’agit de garder le silence. La tension narrative de ce roman repose sur l’erreur de croire que, dans la relation entre Soledad et Adam, le personnage potentiellement dangereux est….. » (p. 190)) – je vais donc m’arrêter ici.

Enfin, pour clore ce « compte-rendu » un très joli texte de Elisa Tixen lu il y a deux jours (Tout ça pour ça), qui, à mon humble d’avis, va comme un gant aux interrogations du roman.

https://elisatixen.wordpress.com/author/elisatixen/

 

 

A propos lorenztradfin

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5 commentaires pour La chair

  1. CultURIEUSE dit :

    Ouiii, très juste le lien sur le texte d’Elisa!
    Et ce livre, je me l’offre pour mes sixty 😀

    Aimé par 1 personne

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