« Hast du uns endlich gefunden »

(Traductions possibles du titre allemand) :

Tu nous as retrouvé – enfin. Tu nous as enfin trouvés. Enfin, tu nous as trouvé.

Merci à S.H., mon amie et binôme pour des missions de traductions (réalisées en mode 4-yeux) qui m’a offert/fait parvenir ce livre directement d’Outre-Rhin (pas – encore (?) – traduit en français).

Présentation (traduction approximatif de ma part !) par l’Editeur Rowohlt (j’ai lu la 2e édition de novembre – déjà plus de 100.000 ex vendus ) :

Le premier roman d’Edgar Selge : un enfant de douze ans raconte son histoire à lui entre les murs d’une prison et la musique classique. Exemplaire et avec un ton radicalement personnel.

Une enfance dans les années ’60, dans une ville qui n’est ni grande ni petite. Une famille bourgeoise qui aime faire de la musique. Le père est directeur d’une prison. Il n’y a pas longtemps il y’avait encore la guerre, et les parents tentent de rattraper ce qu’ils appellent leurs années perdues en se consacrant à la musique classique et à la littérature.
Le jeune garçon perçoit partout des fissures dans ce monde bien ordonné. Il est fasciné par les débats politiques entre ses frères aînés et leur parents à table. Il reste toutefois toujours spectateur et se réfugie de plus en plus souvent dans un monde imaginaire.
Ce garçon, que l’auteur semble
considérer comme un frère éloigné de lui-même, nous raconte sa vie et découvre ainsi son (propre) regard sur le monde. Lorsque Edgar Selge, âgé de soixante-treize ans, s’adresse parfois au lecteur, celui comprend aisément que les ombres de la génération de la guerre sont perceptibles aujourd’hui encore.
Le ton de la narration que choisit Edgar Selge est captivant, physique (charnel – « 
körperlich« ), et prend des risques. En même temps il est plein d’humour et de musicalité. Qu’il s’agisse de Bach ou de Beethoven, de Schubert ou de Dvořák, de marche ou de gospels : la musique pose sur l’Histoire une sorte de couche de 2e récit et accompagne ainsi l’inébranlable soif de liberté.

Folter-Ermittlungen in der der JVA Herford | nw.de
Prison de Herford © FOTO: KIEL-STEINKAMP

L’acteur allemand Edgar Selge – personnellement, je ne l’ai vu que rarement (mais au vu des distinctions et Prix, c’est un grand) – nous propose ses débuts littéraires à l’âge de 73 ans (!).

Il raconte dans son livre – du haut de ses 73 ans (il se trouve « confiné » pour cause de Covid) mais avec une langue bien personnelle – son enfance. Le garçon qu’il revisite, est le quatrième des cinq fils du directeur de prison et de sa femme Signe.

Ce n’est pas un roman avec une seule ligne narrative, ce sont plutôt des vignettes de réminiscences, de souvenirs, très précis autour de (petits et grands) évènements de la vie.

Aucune description de photo disponible.
Jan van der Kooi (l’artiste de la 1ere de couv’)

La première « vignette » : « Hauskonzert » [Concert privé ou Concert à la maison] décrit les ressentis du petit Edgar lors du concert annuel donné par ses parents dans leur maison/salon – avec, dans l’audience, 80 (!) prisonniers choisis de la prison dont le père a la responsabilité. Et c’est assez bluffant de voir comment un « simple » concert (le père pianiste + un violoniste invité jouent Bach, Händel, Mozart, Beethoven…. (sonates de violon) permet de parler de la famille (une sorte de prison pour le garçon), de l’intérieur de la maison, du milieu bourgeois, des relations entre les membres de la famille, ainsi que de la Musique.

jan-van-der-kooi--eccolo-mal-di-luna
Jan van der Kooi

Edgar Selge a appris le piano et la langue de la musique, la lecture des notes ne lui est pas étrangère. Le chapitre « Dvorak » au début duquel il décrit son frère jouant du violoncelle pour le concerto de violoncelle de Dvorak …

Edgar Selge trouve les mots pour décrire les 1eres notes du violoncelle – 3’49 » ici par Gautier Capucon (qui réussit sublimement le 2e mouvement )

.. en est un exemple frappant de ce mélange de musique intériorisée et de « politique », puisque on y parle entre autres d’un concert donnée par Wilhelm Kempff (« Propagandapianist in der Nazizeit » – p. 136 – pianiste de propagande durant la période des Nazi) et Pierre Fournier, qui lui avait joué plus de 80 fois pour « Radio Paris » donc les Nazis… ce qui ne les a pas empêché d’être des icones dans l’après-guerre (et de les voir jouer avec des musiciens juifs….)

Impressionnant comme E. Selge passe d’une situation d’apparence simple à un moment de dissection de mensonges, de soulèvement de tapis sous lesquels les parents (comme bcp d’allemands avec eux) cachent – on est dans les années 1960 (!) – leur adhésion infaillible à certaines idées des nazis… c’est admirablement fait (et me rappelle pas mal de moments avec mes parents qui « n’ont jamais rien su » et avaient parfois ces regards « nostalgiques »….. ).

Enfin, du côté douloureux de ces récits, il faut souligner le tact avec lequel E. Selge évoque les violences dont il était victime de la part de ses parents (père ET mère !) Questionnement lancinant et quasi philosophique d’un fils (« Wie kann ich den, der mich schlägt, lieben? – Comment aimer /puis-je aimer celui qui me frappe ? ») « un père qui aime peut-il seulement battre son enfant » ? J’ai par ailleurs eu un petit haut-le-cœur en lisant le mot « Teppichklopfer » (tapette-à-tapis) – instrument qui m’a (également) bien traumatisé dans mon enfance…. mais je n’ai pas le talent d’un Edgar Selge pour l’évoquer

♥♥ Tapette en osier pour les tapis ? | Toluna

Au fil des chapitres (vignettes) on apprend bien que le père a certes été « dénazifié », mais les loups avancent toujours avec leurs masques de mouton….

Da ich bei so einem Streit nichts beizutragen habe, spüre ich nur die Spannung zwischen den beiden, und das ist nicht gerade angenehm. Außerdem möchte ich es mir mit keinem verderben? Mit meinem Vater habe ich seltsamerweise Mitleid. Ich spüre, dass er an der Wand steht und ihm die Argumente schlapp aus den Händen fallen? Er will nicht als Nazi rüberkommen, aber sein ganzes Denk- und Sprachgebäude ist in dieser Zeit errichtet worden, und so schnell findet er kein anderes.(p. 137)

Petite approche en français :

Comme je ne peux rien contribuer à une telle dispute, il ne me reste que de ressentir la tension entre les deux, et ce n’est pas particulièrement agréable. De plus, je n’ai pas envie de me fâcher avec quiconque. Bizarrement, j’ai de la pitié pour mon père. Je sens qu’il se trouve au pied du mur et qu’il est, tout penaud, à court d’arguments. Il ne veut surtout pas passer pour un nazi, mais tout son raisonnement et son discours ont été érigés à cette époque, et il n’en trouve pas d’autre aussi vite.

[sachant que p.ex. la belle image allemande des « arguments qui (lui) tombent mollement de ses mains » s’envole dans mon approche, comme perd de force mon approche de « Denk- und Sprachgebäude » – « l’édifice de pensée et de langue » (idéologie ? construction mentale et linguistique ?) ….

Der Mann mit dem Goldhelm; um 1650/1655 - rheinsammlers Webseite!
Der Mann mit dem Goldhelm – attribué à Rembrandt

Le/la traducteur/-trice qui sera chargé(-e) de traduire – if ever – ce livre aura pas mal de boulot avec cette langue d’apparence facile/simple mais à trappes….

Encore une fois merci S. pour ce très beau roman !!!

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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