Ainsi Berlin

A l’occasion des emplettes pour mes « kadodenowell » je suis « tombé » sur le dernier né de Laurent Petitmangin (c’est son 2e) qui de plus parle de la RDA et de Berlin. Sans l’avoir lu je l’ai offert à qui de droit (coucou A & G) en me basant tout simplement sur le coup de cœur que j’avais à l’époque pour « Ce qu’il faut de nuit ».

Présentation de l’Editeur (La Manufacture de Livres)

Alors que la guerre vient de s’achever, dans les décombres de Berlin, Käthe et Gerd s’engagent dans la construction du monde nouveau pour lequel ils se sont battus. Ils imaginent un programme où les enfants des élites intellectuelles, retirés à leurs familles, élevés loin de toute sensiblerie, formeraient une génération d’individus supérieurs assurant l’avenir de l’Allemagne de l’Est. Mais, à l’ouest du mur qui s’élève, une femme a d’autres idéaux et des rêves de renouveau. Liz, architecte américaine, entend bien tout faire pour défendre les valeurs du monde occidental. Quand Gerd rencontre Liz, la force de ses convictions commence à vaciller…

Ainsi Berlin, second roman de Laurent Petitmangin, confirme l’immense talent de son auteur pour sonder les nuances et les contradictions de l’âme humaine. Avec son héros tiraillé entre deux femmes, ballotté par l’Histoire, se tenant entre deux facettes de Berlin, deux mondes, l’auteur dessine le duel entre sentiments et idéaux, un combat éternel mené contre soi-même.

Je ne sais ce que A & G en penseront (ils n’ont pas lu le 1er de LP) – mais moi j’étais un peu dérouté. Il y va fort Laurent P. de traiter un sujet loin de la Lorraine ou se passait son 1er roman. Le récit qui se déroule en Allemagne (dans Berlin détruit et en RDA ensuite) embrasse une trentaine/quarantaine d’années : de la fin de la 2e guerre mondiale jusqu’au années 80 (avant la chute du mur).

Photo prise en 2009

Dès le début, Laurent P. exige pas mal de gymnastique neuronale au néophyte en histoire contemporaine allemande. Peu de lecteurs devraient être au courant de la vie des jeunes communistes résistants (durant des dernières années de la guerre) à Berlin (sous les bombardements des alliés) autour de Walter Ulbricht, le futur secrétaire générale de la SED et éminent dirigent de la RDA. Le narrateur principal (Gerd) fait partie du petit noyau qui formera plus tard le cœur des cadres politiques de la RDA. Il est lié à Käthe – qui est de la garde rapprochée de Walter Ulbricht – et les deux vont bientôt former un couple, dont elle est le moteur.

Photo prise en 2009

Gerd – de par sa fonction d’homme à tout faire pour Käthe (et pour le parti) – fait l’aller/retour entre Berlin Est et Ouest, travaille ainsi avec les Français, Anglais et Américains à la reconstruction de la ville – et rencontre dans ce contexte une architecte américaine (veuve) – Lizz – à laquelle il s’attachera.

Occasion pour Laurent P. de dépeindre (vu par les yeux de Gerd) le décalage de plus en plus voyant entre Est et Ouest (notamment vers la fin des années 50). La 4e de couv’ nous dit qu’il sera « balloté » et « tiraillé » – ce qui, à mon avis est surtout vrai dans le dernier tiers, mais je peux vous dire – sans trop dévoiler – qu’il devient également un pion dans le « jeux des femmes » et la politique (bigger than life).

65 Jahre Trümmerfrauen: Wühlen zwischen Schutt und Ruinen
NWZonline

Contrairement au monologue du 1er roman, Laurent P. donnera à côté de Gerd également la parole à Lizz ( à deux reprises), occasion pour impulser chaque fois un changement de direction dans le livre. Procédant ainsi à une sorte de court champ-contre-champ – qui permet de voir Gerd (et sa situation) autrement – dont les hésitations et contradictions me semblent toutefois davantage une construction narrative, mais je suis peut-être sévère. Je ne sais pas pour d’autres lecteurs, mais vu le contexte historique, j’ai pensé souvent et quasi-inéluctablement aux films « Das Leben der anderen » (La vie des autres) ou « Barbara » (de Petzold) sans que les valses hésitations ou la froideur de Gerd (et de Käthe) atteignent le niveau de l’agent secret Wiesler du 1er – Est-ce parce que Laurent P. avance vite ? Est-ce parce qu’il avance par ellipses ? N’approfondit pas trop ?

Milliardengeschäft Ost-Immobilien: Alle lieben die gute alte „DDR-Platte“
Handelsblatt

L’intrigue vire vers le dernier tiers un peu du côté de John Le Carré (avec un zeste d’introspection à la Bernhard Schlink), elle avance doucement (par saut d’années – ce qui laisse bcp dans l’ombre) et rappelle aussi, par touches, des faits (avérés) comme les tunnels (https://fr.wikipedia.org/wiki/Tunnel_57) de Berlin Est à Berlin Ouest. Enfin, il parle d’un « Programme Spitzweiler » (jamais entendu – mais cela ne veut rien dire (et son objectif correspond bien à la mainmise et/ou la mise au pas d’un peuple : On sépare les enfants nés dans un couple de scientifiques et / ou mathématiciens (triés scrupuleusement), donc supposés d’intelligence supérieure, des parents (plutôt d’accord dans l’intérêt de la Nation (!!) – pour les éduquer dans un cadre socialiste, collectif et élitiste. Une fois grandis/éduqués, on les sort de leur « tanière » pour montrer au monde extérieur l’excellence de l’élite socialiste et on les envoie à l’Ouest d’où ils pourront/peuvent servir leur pays…..).

Tunnel 29 - Bernauer Str. 78
http://www.tunnelfluchten.de/t29/t29.html

Dommage que je n’ai pas eu un seul moment d’empathie pour Gerd. Je me suis même demandé comment il a pu se maintenir parmi les cadres politiques si longtemps….. Vivent les femmes protectrices, les mensonges et la surveillance parano, doublé d’un réseau d’agents et d’informateurs et la suppression (plus ou moins douce ou appuyée) de tout élément réfractaire (re-lisez les romans de Christophe Hein – p.ex. « L’ami étranger » ou de Uwe Tellkamp – La tour/ Der Turm).

Roman donc pas mauvais mais pas à la hauteur de son 1er livre « Ce qu’il faut de nuit » et par conséquent un peu décevant pour moi.

A propos lorenztradfin

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3 commentaires pour Ainsi Berlin

  1. princecranoir dit :

    Je crois que je vais plutôt me revoir Barbara. 😉

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  2. Elisa dit :

    Bon je vais plutôt me tourner vers la nuit alors… Merci pour cette chronique honnête. Excellente année 🙂

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