Un amour …. pour rien

Je vous souhaite de bonnes fêtes !

L' »hommage-interrogation » de notre Club de Lecture à Jean d’Ormesson : Personne de notre petit groupe (une petite dizaine) n’avait encore lu un livre de ce bonhomme pétillant qui s’est éteint il y a quelques semaines….

Pour la 1ère réunion de 2018 chacun doit lire un livre de lui. Pour moi c’est chose faite.

Dans la lignée de mes aventures livresques sur la carte du tendre (il y a peu encore Kirchhoff – dont une fiche de lecture « avortée » suivra), j’ai opté pour son 2e roman sorti en 1960 « Un amour pour rien » (qui d’après Libération « n’a pas la fraîcheur du 1er » et ne lui a pas encore permis d’atteindre la gloire….).

Synopsis de l’Éditeur :

Philippe, qui n’a connu que le plaisir, rencontre Béatrice en Italie. Elle lui semble jolie, sans plus, et douce. Philippe s’amuse au début de cet «amour pour rien» qui peu à peu le prend, l’occupe, l’obsède. Bientôt lassée par l’apparente légèreté du jeune homme, Béatrice se détourne de lui. Alors, mais trop tard, Philippe comprend que cet amour dont il jouait s’est mué en passion.
Jean d’Ormesson, tout au long de ce récit doux-amer, tisse la trame d’un malheur et son envers persistant : un certain bonheur de vivre.

« Doux-amer » est le terme que je signe sans hésitation.

« Les sentiments dont on parle n’ont jamais l’épaisseur qu’ils avaient dans le silence. Et le temps qui s’écoule entre l’événement et le récit leur prête tous les reflets, toutes les réfractions du souvenir. Ce bonheur d’autrefois n’est-il pas chargé déjà de l’amour qu’il annonce et précède ? N’est-il pas déjà affligé déjà de sa fin qu’il pressent ?… » (p.46)  Cet instant, ce sentiment a donné bcp plus tard la matière au livre de Camille Laurens « Ni toi, ni moi » …(ahhh toutes les histoires qui sont dans ce premier instant !)

La lecture, légèrement datée (cette jeunesse insouciante des années 50 finissantes sans téléphone portable, l’écrivain en devenir, visiblement doté de moyens financiers) se déguste comme un champagne – un peu éventé – et est plein de réflexions aphoristiques.

Toutefois le narrateur m’était profondément peu sympathique, ses peines (égoïstes) ne m’ont pas incité un seul moment à verser une larme… et ce ne sont pas les allusions à Benjamin Constant, ou Werther qui m’auraient aidé. S’y ajoute cette propension de vivre « dans les livres » et de ne voir que son bout du nez (ou de nombril) qui m’ont agacé un peu. Cependant, soyons quand-même honnête, j’ai reconnu dans ces écrits quelques réflexions de l’homme jeune que j’étais, à un moment ou j’ai pensé, sur un nuage, moi aussi que tout m’appartenais, ou j’étais aveugle pour des sentiments de l’autre/ d’une autre, ne voyant que mes peines à moi, aveugle au point de ne pas regarder au-delà mon assiette ….

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Lors de la lecture j’ai également re-pensé à un texte écrit par le (grand) traducteur André Markowicz publié sur ses pages FB et repris par Le Monde :

…..Quand un ami m’a dit qu’il y aurait un hommage à Jean d’Ormesson aux Invalides, j’ai cru qu’il me faisait marcher. Bon, je l’avoue d’emblée, je n’ai jamais pu lire trois pages d’affilée de ses livres — et dire que je suis mort de honte à l’avouer serait mentir. J’en avais feuilleté quelques-uns, sur les tables de libraires, et c’était toujours, comme on dit en français (et seulement en français) « bien écrit », comme si ça voulait dire quelque chose, de bien écrire, pour un écrivain. Mon ami Armando, à la Sorbonne, faisait ça : il regardait systématiquement les premières pages des romans sur les tables des libraires, et il livrait son jugement : « Oui, c’est pas Dante ».

Et donc oui, oui, oui, Jean d’Ormesson écrit bien. Il a une « belle langue ». Et non, Jean d’Ormesson, ce n’est pas Dante. Quand je traduisais « les Démons », ce sont des gens comme d’Ormesson qui m’ont servi d’images pour la figure de l’écrivain Karmazinov, qui, de fait, « écrit bien », et qui finit son œuvre en disant « merci ». Merci à ses lecteurs, merci à l’existence, merci à qui vous voulez — qui finit très content. Parce que c’est vrai que c’est très important, d’être content dans la vie. Parce que ça fait plaisir à tout le monde. D’abord à ceux qui vous lisent, et ensuite à soi-même. Et donc, bon, j’ai toujours pensé qu’il était, au mieux, l’exemple parfait du « petit maître », issu d’une tradition, là encore, bien française, qui date du XVIIe. C’est vrai, du coup, il représente une « certaine image de la France » — d’une certaine tradition française de la littérature, ridicule pour toute l’Europe depuis le romantisme — et qui n’est pas moins ridicule aujourd’hui……(extrait)

Il y va fort, mais après la lecture je ne peux m’empêcher de le comprendre un peu.

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Toutefois, moi qui ai lu TOUT son livre , dois dire qu’il y a un bel « avantage » à ce roman:  il se passe en partie a « Rome » et ainsi en Italie « cette patrie ou l’on aime à cause du soleil« . La ville ocre joue un rôle prépondérant, …  Ainsi, le narrateur Philippe nous décrit l’Eglise Santa Maria in Trastevere et/ou d’autres lieux de la ville Sainte avec les termes semblables que j’aurai utilisé pour les dire (j’y étais la dernière fois en 2012 avec mes enfants !)… et cela faisait du bien, il faut dire/avouer qu’il arrive à peindre la ville dans les couleurs que j’aime….

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Mais comme dirait « l’autre » : ces histoires d’amour(s) sont banales…. Rien ne semble avoir changé entre le 19e siècle, les années 50 finissantes et/ou le 21e siècle…. et en cela le roman restera (aussi) un document d’une certaine jeunesse dorée (qui avait les moyens de faire un voyage en Suisse pour se délester d’un fruit d’amours non souhaité dans des « bonnes conditions » ….) …  Aujourd’hui comme à cette époque l’amour, le sexe règnent dans notre monde…..

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(Photos – B. Lorenz – 2.2012) 

 

 

 

 

 

A propos lorenztradfin

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Un commentaire pour Un amour …. pour rien

  1. Tellement d’accord avec Markowicz !

    Aimé par 1 personne

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