Amour – Dans les grandes lignes

Ceux qui trouvent Bodo Kirchhoff ennuyeux et des fois difficile à lire devraient prendre le temps de considérer l´évolution de l’auteur d´écrivain prisonnier de son enfance, de ses rêveries et de ses fantasmes à la maturité; de sa vie de hors- la- loi littéraire au chouchou de la critique. (Babelio)

Sauf erreur de ma part, la France n’a plus ré-ouverte ses portes éditoriales pour Bodo Kirchhoff depuis 1992 (« Infanta ») …  puisque la production littéraire de cet auteur n’a depuis plus trouvé ni éditeur ni traducteur….

Peut-être cela changera, puisque sa « nouvelle » Widerfahrnis a remporté en 2016 le Deutsche Buchpreis, prix genre Goncourt, doté à hauteur de 25 000 euros. Le roman s’est imposé face à ceux de Reinhard Kaiser-Mühlecker (Fremde Seele, dunkler Wald, S. Fischer), André Kubiczek (Skizze eines Sommers, Rowohlt Berlin), Thomas Melle (Die Welt im Rücken, Rowohlt Berlin), Eva Schmidt (Ein langes Jahr, Jung und Jung) et Philipp Winkler (Hool, Aufbau).

En 2012 déjà, Bodo Kirchhoff se trouvait dans la pré-sélection du Prix du livre allemand avec son roman Die Liebe in groben Zügen [L’Amour dans les grandes lignes]. Pourtant, malgré de nombreuses critiques élogieuses, il n’avait pas été retenu dans la sélection finale.

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Eh ben, je me suis lancé dans les 600 pages de ce dernier (non traduit). Je me le suis procuré lors de mon dernier voyage en Allemagne. Babelio a écrit un jour : Ceux qui trouvent Bodo Kirchhoff ennuyeux et des fois difficile à lire devraient prendre le temps de considérer l’évolution de l´auteur d´écrivain prisonnier de son enfance, de ses rêveries et de ses fantasmes à la maturité; de sa vie de hors- la- loi littéraire au chouchou de la critique….. (Moi j’ai fait comme les Editeurs français et me suis arrêté à la page 324/sur 640…..)

Et pourtant, il y a du très bon dans ce roman. Indéniablement Kirchhoff sait écrire et décrire. Il y a un peu de Martin Walser…. avec juste ce qu’il faut en plus d’acide pour rendre bien visible les failles dans notre société (et dans les rapports homme-femme) – c’est parfois admirable…. mais trop de regards acéré et limite ironique sur les travers des H/F peut avoir un effet d’étouffement. De plus, Kirchhoff ne se contente pas de décrire les affres du mariage (qui a déjà trop duré – et qui – en fin de compte durera au-delà de la DLC….) et rajoute quasiment en parallèle (ou plutôt en miroir) l’histoire de François et Claire d’Assise (Chiara Offreduccio di Favarone)…, plus une petite couche de Gide, plus…….

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« Renz a accompagné Vila à l’aéroport, un voyage en silence (wortlos), chacun enfermé en soi, toujours prêt à dire quelque chose, de se défouler (laisser éclater sa colère?), mais on se contenta de respirer,  obstinément, par le nez, chacun faisant attention comme si l’air des derniers jours pourrait entraîner avec lui ce qui a été étouffé au cours des années : Renz redoutait ça et se taisait – les vieux couples sont des archives, gare à celui qui les ouvre….. »  (traduction approximative de la p. 39)

Vila et Renz (tenez vous bien, la femme – Vila – préfère appeler son mari Renz, puisque « Bernhard » est trop commun) passent leurs étés au lac de Garde (Lacus Benacus)  – dans leur maison retapée – et le lecteur vit à l’italienne avec eux (Farmacia, des Barolo à n’en plus finir, des grappas en masse aussi, après de formidables risottos aux truffes…les touristes (les « masses en beige ») … Ils ont de l’argent (à la pelle) et conduisent des Jaguar : elle travaille à la TV, lui ancien critique de ciné désormais scénariste… Vila va rencontrer Bühl (qui écrit un roman sur l’histoire d’amour de François d’Assise et la Sainte Claire) et celui-ci va prendre la place « des ältesten Betreuers ihres Fleisches » (le plus ancien animateur /exploitant de son corps à elle – sic!), Renz va avoir une affaire avec  une productrice de TV, fumeuse à la chaîne, 20 ans + jeune que Renz et malade (mourante) d’un cancer…

Matière densifiée et allongée par une langue riche en métaphores tantôt comiques, tantôt lourdes et clichéesques, les valses hésitations, les réflexions sur l’écriture et les descriptions des sentiments et désirs charnels autour de la « fente mythique » omniprésente (« mythischer Spalt ») – et c’est assez voyeuristiquement sensuel ….

L’écriture souvent élégante (malgré quelques expressions too much) m’a fait tenir entre le Lac de Garde, Assise et Cuba (la fille du couple joue également un rôle important dans ce quatuor)…. mais en fin de compte j’ai abandonné….

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Afin de donner quand-même une petite chance aux curieux d’en savoir un peu plus sur Kirchhoff : ci-dessous une petite vidéo (critique & présentation en langue de Molière) à propos du livre qui a reçu le grand prix de littérature en 2017 (« Widerfahrnis » – « destinée (?)):

https://www.arte.tv/fr/videos/064747-068-A/la-destinee-selon-bodo-kirchhoff/

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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