Livre Inter – Gil

Vous avez déjà entendu parler de l’oeuvre « Clytemnestra » de Lumley? de « The Corsairs » de Daubray?  Ou encore écouté un chanteur interpréter le rôle de Scotus, le mage étrange des Notte di Caterbury d’Orcagna? Déjà frissonné aux envolées de la  » Sonate » de Leczinsky, de la « Cantate profane » de Philip Toop ou encore de « Nausicaa » de Hans Herder, « Demi-jour » d’André Barsacq, « la Caballa del Cavallo Pegaseo » de Malpighi ? Enfin sinon, peut-être une master class de Vlado Blasko et Samuel Isherwood……???

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Ces derniers sont les professeurs de Gil – et imaginaires. … Finalement tout est « faux » et pourtant (parfois) ça sonne très vrai. Les œuvres et compositeurs sont simplement nés de l’imagination de Célia Houdart et couchés sur papier parmi les 236 pages aérées de son 4e livre au titre (court) « Gil » (c’est le 1er d’elle que je lis).

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Résumé sur les pages web des Editions POL :http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-2-8180-2124-8

L’été de ses dix-huit ans, un jeune pianiste reconnaît une chanson que diffuse un autoradio. Il se met à chanter. Son chant brille comme une énigme devant lui. Encouragé par ses professeurs au Conservatoire et guidé par son intuition, Gil quitte un instrument, le piano, pour un autre, la voix, qui se confond avec lui-même. On suit la formation du jeune ténor, on pénètre avec lui dans les coulisses du monde de l’opéra. Au plus près des corps et des visages. Apprentissage des rôles et découverte de soi. Gil est le roman d’une voix. Le portrait d’un talent et d’une inquiétude. Une vie faite de patience et de doutes qu’incarnent d’étranges présences, dont on se demande si elles ne sont pas le fruit de l’imagination du personnage. Les noms d’œuvres et de compositeurs sont inventés, comme pour mieux déjouer les conventions du genre (la biographie de diva) et créer un univers non exclusivement réservé aux initiés. Chacun peut y entendre sa musique. Ce chanteur à la voix si troublante, poursuivi par des ombres et des terreurs, ressemble à Orphée. Un Orphée moderne. On retrouve dans ce roman toute la délicatesse des précédents récits de Célia Houdart. Son goût pour le mystère et les éblouissements. L’hypersensorialité. Une écriture accordée à son sujet, profondément musicale.

Drôle de livre avec ces courts chapitres (72!) parfois d’une précision hyperréaliste et toutefois survolant en pointilliste la carrière, l’évolution de ce garçon bientôt homme qui ne semble jamais avoir eu des peines de cœur, de troubles sentimentaux (un peu de vacillement vis-à-vis d’une costumière, un trémolo pour une collège/amie chanteuse…. une perte de fil de la conversation au vu d’un jeune homme : « Gil avait demandé son nom. On lui avait dit qu’il s’appelait Kim Ung Chol. Gil s’était débrouillé pour qu’on lui fit parvenir une invitation pour son récital le lendemain. Kim était venu au concert. Et il avait rejoint Gil à Paris deux mois plus tard. – Neuf ans passèrent…..  » p 215)

« Je suis toujours attirée par les détails », confie C. Houdart. dans une interview. Pour moi parfois trop. Et – à mon goût – des détails inutiles, à savoir qui amènent /apportent rien : « Il montra à Gil Hercule et la Grande Ourse. Au sud-est, le Scorpion et le Sagittaire qui frôlaient l’horizon. Gil et Douglas entrèrent dans un restaurant macrobiotique. Ils se racontèrent ce qu’ils étaient devenus en mangeant des hamburgers végétaux. Douglas s’était installé à Amsterdam…. » (p.184) (pourquoi préciser le macrobiotique? – le Ying & Yang ne pointe jamais (plus) son nez dans ces pages, le Zen non plus)

Parfois des moments plus denses, étranges :

« C’était presque la fin du cours. Gil posa le dos de ses mains sur ses mâchoires. Sous sa courte barbe brune, il sentait une tension. Mais dans tout le reste de son corps il éprouvait plutôt l’inverse, une sorte de dissolution. D’étranges pressions déplaçaient des masses et des liquides. C’était comme une réorganisation de ses ­organes. La sensation était étrange mais au fond pas désagréable. Cependant très vite le malaise grandit. Les notes sur la partition avaient pris la forme de petits poignards et de herses griffantes. Gil craignit pour ses yeux. Quelque chose le lança dans l’aine et le testicule droit. Il entendait encore la voix de Samuel Isherwood mais des mots se perdaient, mêlés aux notes du piano. Gil se raccrocha à la vision d’une gravure qui était en face de lui dans le salon. Elle représentait l’envol d’un ­aérostat dans un ciel doré, au-dessus d’un jardin à la française. » p. 152/153  (dans une traduction j’aurai essayé d’éviter la répétition de « étrange » )

Télérama écrit

Une ascension pleine de bifurcations, de reconversions, d’abandons et de nouveaux départs, que Célia Houdart raconte avec une connaissance visible du monde de la musique et un grand sens du détail apparemment annexe, qui en dit long sur l’acuité de Gil. La tache de vin sur la peau d’un vieux professeur du conservatoire, les bouchons de cire rose enfoncés dans les oreilles d’un colocataire, l’eau de cuisson trouble des pâtes au sarrasin dans un restaurant japonais, rien n’échappe au regard de ce héros qui fait feu de tout bois, pour se consumer de l’intérieur jusqu’à disparaître dans la célébrité.

De la gloire de Gil, le roman donne à sentir la fragilité permanente, en même temps que la sûreté : aucun autre parcours n’était possible pour cet être hors du commun, aussi transparent qu’incandescent. Loin de lui, dans un angle mort sur lequel Célia Houdart braque des feux orangés, chaleureux, vivotent ses parents. La beauté de ce roman vient aussi de son attention à ces êtres de silence, reclus dans une solitude presque beckettienne, essentielle et féerique. Un père qui passe des heures à nettoyer la bougie de sa tondeuse, étouffée par sa voracité végétale. Une mère qui collectionne les papillons dans un hospice, et se maquille parfois les yeux avec la poudre de leurs ailes. Des géniteurs délicats, dépourvus de fierté, qui ont guidé leur fils vers la liberté

Eh ben, je suis d’accord pour le côté Beckettienne – mais je n’ai pas sentis les liens (affectifs) de Gil avec ses parents,juste les déplacements d’air dûs au battement des ailes des papillons. Par contre je suis en unisson avec le blogeur Sur la route de Jostein

https://surlaroutedejostein.wordpress.com/2015/03/16/gil-celia-houdart/comment-page-1/#comment-8785

Dans l’ensemble une lecture pas désagréable mais – pour moi – veine, ne tenant pas des promesses. On est constamment attisé par des éléments « étranges » …. mais ceux-ci se dissolvent le paragraphe suivant, comme des bulles qui éclatent et font chiracquiennement pschitt. Je retiens tout juste quelques re-transcriptions de cours (juste les mots, phrases d’un(-e) prof – qui se lisent à merveille à haute voix – comme si on avait enregistré la voix du maître, en coupant tout le reste – le lecteur comme l’écouteur aveugle caché dans la chambre à côté du cours …) ainsi que le côté regard sur les coulisses du monde musical (et le travail énorme des musiciens pour nous offrir ce qu’ils ont en eux…°

DSC_0383 (en plein chant –  (Corsica – 2013) avec P.)

Post-scriptum

Dimanche (19.4.) soir – très tard – j’ai vu  l’opéra de Mozart « Cosi fan tutti » sur Arte (dans une mise en scène surprenante mais forte de M. Haneke – superbes costumes (collant parfaitement avec la lecture des caractères des protagonistes  ainsi le tailleur-pantalon noir de Dorabella, la jupette / débardeur rouge de Fiordiligi…) – ce qui m’a fait penser par ricochet aux chanteurs (et donc aussi à « Gil » dont je venais de terminer la lecture) et le pied qu’un chanteur peut prendre parfois en chantant des merveilles comme le morceau ci-dessous…. (Dessay, Naouri & Deshayes – Cosi fan Tutte « Suave si il vento »  – un morceau de rêve d’un compositeur qui a réellement existé et qui à chaque écoute m’emeut:

 

<i>par <a href= »http://www.dailymotion.com/arte-concert &raquo;

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2 commentaires pour Livre Inter – Gil

  1. Asphodèle dit :

    Ta chronique me laisse une sensation étrange que je ne suis pas sure de vouloir poursuivre en lisant ce livre ! trop…musical et peut-être trop…délayé dans les détails… Dommage le titre était facile à retenir !!! 😆

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Liste des Livres du Prix Livre Inter – 2015 | Coquecigrues et ima-nu-ages

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