Modianesque

Prix Nobel oblige, notre Club de Lecture s’est dit qu’il faudra lire le dernier livre de Patrick Modiano. J’avais un autre sur ma pdl (acheté il y a 1 ans environ) – je fais donc un « une pierre deux coups » et parle (rapidement) de « L’horizon » (2010 – folio) et de « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier » 2014  nrf Gallimard)

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Les premières phrases de « L’horizon » de Patrick Modiano donnent le ton…..

« Depuis quelques temps Bosmans pensait à certains épisodes de sa jeunesse, des épisodes sans suite, coupés net, des visages sans noms, des rencontres fugitives. Tout cela appartenait à un passé lointain, mais comme ces courtes séquences n’étaient pas liées au reste de sa vie, elles demeuraient en suspens, dans un présent éternel. Il ne cesserait de se poser des questions là-dessus, et il n’aurait jamais de réponses. Ces bribes seraient toujours pour lui énigmatiques. Il avait commencé à en dresser une liste, en essayant quand même de retrouver des points de repère : une date, un lieu précis, un nom dont l’orthographe lui échappait. Il avait acheté un carnet de moleskine noire qu’il portait dans sa poche intérieure de sa veste, ce qui lui permettait d’écrire des notes à n’importe quel moment de la journée, chaque fois que l’un de ses souvenirs à éclipses lui traversait l’esprit. Il avait le sentiment de se livrer à un jeu de patience. Mais à mesure qu’il remontait le cours du temps, il éprouvait parfois un regret : pourquoi avait-il suivi ce chemin plutôt qu’un autre ? Pourquoi avait-il laissé tel visage ou telle silhouette, coiffée d’une curieuse toque en fourrure et qui tenait en laisse un petit chien, se perdre dans l’inconnu ? Un vertige le prenait à la pensée de ce qui aurait pu être et qui n’avait pas été.

Ces fragments de souvenirs correspondaient aux années où votre vie est semée de carrefours, et tant d’allées s’ouvrent devant vous que vous avez l’embarras du choix. Les mots dont il remplissait son carnet évoquaient pour lui l’article concernant la « matière sombre » qu’il avait envoyé à une revue d’astronomie. Derrière les événements précis et les visages familiers, il sentait bien tout ce qui était devenu une matière sombre : brèves rencontres, rendez-vous manqués, lettres perdues, prénoms et numéros de téléphone figurant dans un ancien agenda et que vous avez oubliés, et celles et ceux que vous avez croisés sans même le savoir. Comme en astronomie, cette matière sombre était plus vaste que la partie visible de votre vie. Elle était infinie. Et lui, il répertoriait dans son carnet quelques faibles scintillements au fond de cette obscurité. Si faibles, ces scintillements, qu’il fermait les yeux et se concentrait, à la recherche d’un détail évocateur lui permettant de reconstituer l’ensemble, mais il n’y avait pas d’ensemble, rien que des fragments, des poussières d’étoiles. Il aurait voulu plonger dans cette matière sombre, renouer un à un les fils brisés, oui, revenir en arrière pour retenir les ombres et en savoir plus long sur elles. Impossible. Alors il ne restait plus qu’à retrouver les noms. Ou même les prénoms. Ils servaient d’aimants. Ils faisaient resurgir des impressions confuses que vous aviez du mal à éclaircir. Appartenaient-elles au rêve ou à la réalité ? » (p.9-10)

….après ces lignes on avance au ralenti, et il faut, faudrait se laisser porter…. toutefois, je suis trop lourd avec mes 79kg, j’ai eu du mal et n’ai plus retrouvé de passages aussi  fins, ciselés dans tous les fragments et souvenirs (décombres) qui se télescopent dans ce petit livre. J’ai perdu rapidement l’apesanteur que m’ont procuré ces premières lignes…. J’ai lu non sans déplaisir, mais je n’étais pas bouche bê, ni touché par (la grâce de) ces mots.

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Fil tenu également pour « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier » (ce livre était à lire pour notre Club de Lecture) je dois même avouer que je me suis ennuyé. Là aussi c’était une phrase de Stendhal, qui m’a donné (presque) le plus de plaisir : « Je ne puis pas donner la réalité des faits, je n’en puis présenter que l’ombre. » Les « aventures » de M. Daragane, ces rencontres avec G. Ottolini et les Chantal (celle du présent et celle du passé), le va-et-vient entre passé et présent sont certes menés avec une écriture précise et admirablement juste, mais je suis resté en dehors, devant la porte, je me suis perdu….

C’est donc mon deuxième essai de trouver du goût modianoesque (après un moment avec les « Dimanches en août » (abandonné il y a des années de cela – je n’ai pas de carnet pour avoir noté, ne peux donc pas retracer ni le temps qu’il faisait à cette époque, ni mon état psychologique) – j’y redeviendrai à ma retraite peut-être, if ever…..

A propos lorenztradfin

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Un commentaire pour Modianesque

  1. BIen d’accord avec toi. Même le carnet Moleskine me rappelle un déjà vu, un déjà vécu…

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