…et que le vaste monde….

Ebloui et un peu sonné – après mon voyage dans le livre choral de Colum McCann paru en 2009, lecture chaudement recommandée par ma bouquiniste préférée (et bien couronnée par la critique à l’époque, quand je sortais très déçu de la lecture de « Zoli » et ne voulait pas m’y lancer….) Là, aujourd’hui, je suis content, heureux même. J’ai retrouvé un peu de la vibration poétique du formidable  « Danseur ».

Pourtant ce livre est tout différent. Multitude de personnages, Corrie, Tillie, Jazzleen, Claire…nous les accompagnons dans des chapitres plus ou moins longs, d’écriture plus ou moins différente (émotion garantie dans le chapitre de Claire quand elle pense à son fils « qui conaissait bien ses fourchettes : à huitres, à poisson, à gâteau, les grandes dents de la vie…(p.133) , des « short stories » qui décrivent un moment dans la vie des personnages, parfois retracent des destins, et se rejoignent soit par le biais de l’évènement central ou « identificateur »: le 7.8.1974 Philippe Petit marche sur câble entre les tours du World Trade Centre soit par des faits souterrains, indirects …. L’auteur dresse un tableau des années 70, de la guerre du Vietnam, de la drogue….et mine de rien c’est comme McCann nous parle (aussi) d’aujourd’hui, les pensées des personnes sont « intemporelles » – et intelligemment le livre fait, dans son dernier chapitre un grand saut dans le temps et se termine en 2006 (et les Twin Tours n’existent plus….).

De par la multitude des personnages, j’ai eu parfois un peu de mal de me retrouver en début d’un nouveau chapitre, qui ne permet souvent qu’à la 2e ou 3e page de savoir qui parle/pense/ressent, mais il y a une telle musique et sensibilité dans l’écriture (brillamment rendue par le traducteur Jean-Luc Piningre!!) qu’on est comme happé, le livre ou plutôt les personnages ne vous lâche(nt) pas.

Pour finir voici deux extraits de critiques de lecteurs « lambda » glanés dans le net presque au hasard…

http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2009/09/13/et-que-le-vaste-monde-poursuive-sa-course-folle-colum-mccann/

Autant vous le dire tout de suite, j’ai eu du mal, j’ai failli abandonner souvent cette lecture douloureuse, non à cause du style ou de la composition du roman, mais pour son sujet! Ce n’est pas un roman que j’aurais choisi de lire si j’avais dû l’acheter…il est même fort probable que je ne l’aurais jamais lu. McCann décrit l’Amérique miséreuse : le Bronx, sa pauvreté, sa violence, son racisme ; la douleur des guerres et la perte des enfants ; la drogue… Autant de sujets lourds à porter… Chaque matin, je me disais que j’allais m’arrêter là, et chaque soir je reprenais ce livre, je replongeais dans cette histoire, comme malgré moi… et finalement je ne le regrette pas…quand les destins finissent par se croiser, quand chaque vie devient la justification de l’autre, on est porté … Pas à pas, pense Jaslyn, nous trébuchons dans le silence, à petits bruits, nous trouvons chez les autres de quoi poursuivre nos vies. Et c’est presque assez.(p.431)

C’est un très beau livre, sans doute parce qu’il nous demande un effort, parce qu’il ne s’offre pas d’emblée, qu’il nous remue… on s’attache à ces personnages, on réfléchit sur le sens de notre vie, sur les rencontres de hasard qui peuvent bouleverser notre vie et celles des gens rencontrés… et le funambule marchant au dessus de ce New York prend toute sa signification :« Il faut parfois monter assez haut pour voir ce que le passé fait du présent » écrit McCann à la page 380!

http://on-ne-voit-bien-qu-avec-le-coeur.over-blog.fr/article-et-que-le-vaste-monde-poursuive-sa-course-folle-colum-mccann-45797934.html

Un roman à couper le souffle. On s’attend à tout sauf à ça. Sauf à cette rencontre. A cet immense coup de coeur. On est tout simplement époustouflé. On tourne les pages. On se laisse porter sans trop savoir où on va. Et peu à peu tout prend forme. Tout s’imbrique pour aboutir à une magnifique peinture à la fin du roman.

Difficile de trouver les mots. Le point central de ce roman est l’exploit réalisé par un homme qui a marché (et bien plus que ça) entre les deux tours du WTC. Mais pourtant ce n’est pas lui le héros. Aucun des personnages n’est le héros de ces lignes. Ou peut-être que si. Comme chacun est le héros de sa vie. On est touché, bouleversé. On voudrait rester avec eux. Impossible de choisir. On les aime tous. On voudrait qu’ils s’en sortent. Tous. Ce ne sera pas le cas. Comme dans la vie.

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
Cet article, publié dans Livres, est tagué , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour …et que le vaste monde….

  1. Merci pour la reprise d’une partie de mon billet et le lien !

    J'aime

    • lorenztradfin dit :

      Mais c’était avec plaisir – je n’ai certes jamais eu l’idée de laisser tomber la lecture…mais je comprends tout à fait qu’un lecteur puisse ressentir ce « besoin », vous avez donc farpaitement exprimée une part de l’ombre de ce kaléidoscop de la vie et de la mort. Bonne continuation….J’ai vu que vous avez aimé le livre de J. Coe – personellement j’étais plus que déçu de la fin….

      J'aime

  2. Ping : Nous ne parlons pas de la paix, nous la faisons | Coquecigrues et ima-nu-ages

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s