Hit the road

Je l’ai déjà dit – je vais moins au cinéma depuis que j’habite à distance de voiture des toiles. Il faut planifier, le coup de tête pour voir un film à 2 minutes à pied de chez moi, c’est finito.

Du coup je suis devenu un peu plus « sélectif » (même si ça reste à prouver). Après de longues réflexions (et au vu du choix assez réduit dans ces périodes d’après-Cannes), nous sommes (à 3) aller voir un film iranien :

Ce n’est pas une ode à Jack (What you say ?) mais une 1ere œuvre, un road-movie pleine de vitalité du fils de Jafar Panahi (à savoir Panah Panahi).

On pourrait dire « encore un film iranien qui se déroule dans une voiture » – mais soyez rassurés, on en sort suffisamment souvent.

On pense d’abord à une famille (père, mère, deux fils – un petit, un grand) qui prend la voiture pour partir en week-end…. peu à peu (il y a bcp de non-dits et des silences et allusions – « tribunal », « saisie de la maison » qui en disent long) on comprend que ce quatuor part accompagner le fils ainé à une frontière (nous avons crû comprendre qu’il s’agit de la frontière turque et que c’est pour échapper (entre autres) au service militaire (ou pour une vie meilleure, ailleurs) grâce à l’intervention de passeurs …

Scènes à l’intérieur de la voiture et arrêts, pauses, rencontres alternent. Les « huis clos » dans la voiture sont formidablement filmés (belles mises en scène des dialogues dans l’habitacle – avec moultes variations de prises de vue).

J’ai pensé parfois à Elia Suleiman et ses idées burlesques. Il y’en a pas mal dans ce film (même si on ne comprend pas toujours leur utilité (une chaise – trainé par le chien de la famille – qui semble se balader toute seule dans un champs), une rencontre avec un cycliste (qui triche – comme Greg Armstrong, son dieu – occasion pour réfléchir sur le terme « honnête ».

(le garçon tête à claque joue un morceau de Schubert !)

Une touche de poésie, un trop plein d’amour (de mère pour un fils, d’un père qui donne à son enfant « le droit de pleurer »), plans presque élégiaques des paysages (déserts, montagnes) – un beau film qui nous fait voyager et nous n’assène pas avec des explications, laissant des blancs….

Enfin j’ai été aimanté par le regard (et le passage du (sous-)rire à la tristesse de la mère (Pantea Panahiha) – et le fait qu’elle porte sur ses épaules le fonctionnement de la cellule familiale), intrigué par la jambe en plâtre du père (réel ?, cachette pour des mobiles ?…), parois énervé par le petit frère (moulin à paroles, petit prince auquel on passe tout et à qui on ment, une vraie tête à claques).

Pantea Panahiha

Et pour ne pas l’oublier – un plan fixe de grande beauté lors de la séparation – prise de vue de loin, presque un théâtre d’ombres, la caméra ne scrutant pas la douleur des parents de près, une grand distanciation qui renforce l’émotion (au moins la mienne).

Ca reste un 1er film (avec qqs affèteries), qqs dialogues auraient pu être coupés (certainement), les (références de) chansons iraniennes qui passent et émaillent le film nous échappent (mais font sentir la nostalgie) et last, but not least, il contient des remarques sur le ciné de Kubrick (et parle – étonnant dans un film iranien – de « Batman »).

Il nous fait bien sortir de nos chemins ultra-balisés et de plus en plus tendus vers une Netflixiation du ciné.

A propos lorenztradfin

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8 commentaires pour Hit the road

  1. Prévu pour mon lent retour au cinéma. Belle chronique Bernhard

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    • lorenztradfin dit :

      Vu le raz de marée de certains blockbusters ce petit film risque de ne pas rester longtemps sur nos écrans…. mais tu te rattraperas. Depuis que j’habite dans la verdure, je vais moins souvent au ciné – et finalement, à mon étonnement, cela ne me manque pas trop. Stay safe my dear !!

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      • Il est à l’affiche bientôt ici. Comme toi, je ne vais pas autant au ciné qu’avant, mais comme ici il n’y a pas grand chose à faire (à part lire et jardiner, et faire de la confiture ! ) j’y retourne un peu. La campagne c’est bien, mais ça a parfois ses limites – genre il faut la bagnole beaucoup .
        Bises

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      • lorenztradfin dit :

        Quel enthousiasme….. (tzzz) ! C’est pourquoi moi je vis certes à 10km d’une ville, mais avec un bus pas loin et même accessible en béquilles (si cela m’arrive un jour)…. pas question d’avoir une 2e voiture comme des amis l’ont suggéré, on n’est plus en début des années 70…. Tu dois avoir des tonnes de confiture alors…. et pas encore mis au miel (aux abeilles ?) Bises mon amie

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      • le miel, c’est mon frère qui s’en charge : apiculteur ! 😉

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  2. regardscritiquesho22 dit :

    « Hit the Road » de Panah Panahi…
    Le cinéma iranien est actuellement ce qui se fait de mieux au niveau international et on ne compte plus les chefs-d’œuvre qu’il a générés! Une bonne raison pour aller voir le premier long métrage, « Hit the Road », de Panah Panahi, qui a de qui tenir, puisqu’il est le fils de Jafar Panahi (« Le Ballon blanc »,  » Le Miroir », « Hors jeu », « Taxi Téhéran », etc. etc.
    Bon, comment dire, on était loin de s’attendre à ça! Le moins que l’on puisse dire, c’est que le film tranche avec la production iranienne que l’on connaît bien, et même qu’il détonne… Avec « Hit the Road », on est confronté à un OVNI, qui nous laisse profondément perplexes. On a l’impression de se retrouver dans les premiers films surréalistes de Luis Buñuel, où, dans un premier temps, on ne comprend pas grand-chose à ce qui se passe sur l’écran. Le film est loufoque et nous laisse, nous spectateurs, profondément embarrassés. « Hit the Road » est un road movie improbable. Revenons à la définition du terme: « Le road movie met en scène un ou plusieurs personnages qui prennent la route (en anglais américain hit the road) pour se libérer d’un espace clos et contraignant et atteindre une destination mythique ou inconnue. La randonnée routière se termine souvent plutôt mal, sans que ce soit systématique. » Eh bien, ici, c’est exactement de cela qu’il s’agit. Quatre personnages, le père, la mère, le fils adulte et son frère, tout jeune garçon, sont enfermés dans une voiture qui les emmène on ne sait où. Même à la fin, on ignore où nous sommes et quelles sont les motivations des personnages. Le père a une jambe dans le plâtre, plâtre trop énorme pour être honnête. Il le porte apparemment depuis plusieurs mois et lui sert essentiellement à cacher son portable. Agressif avec toute sa famille, mais, parfois, ému et émouvant, poète à ses heures, seul et en gros plan, il semble cacher une infinie tristesse. La mère est toujours entre rire et pleurs, le grand frère est un taiseux taciturne et le jeune garçon un épouvantable garnement imbuvable. Ajoutez à cela un chien, qui joue parfaitement le chien malade. Bon, vous mélangez le tout et vous vous débrouillez avec cela!
    Evidemment, on a encore affaire à un cinéma difficile d’accès, dans la mesure où il nous manque le mode d’emploi, en d’autres termes les clés pour apprécier. Alors on se perd en conjectures et en hypothèses… Il s’agit probablement d’une métaphore, d’une allégorie ou d’une parabole et le spectateur doit faire l’effort de se lancer dans des interprétations sans aucune certitude d’être dans le vrai. Peut-être s’agit-il d’une réflexion sur les migrants? Peut-être le père, la mère et le garçonnet accompagnent-ils le grand frère vers l’exil et que des passeurs vont lui permettre de franchir la frontière entre l’Iran et la Turquie? Peut-être, peut-être, mais le film est tellement foutraque qu’on n’est sûr de rien…
    Alors, évidemment, on a bien aussi l’impression qu’il y a toute une réflexion sur le cinéma. Les paysages iraniens sont superbes et font penser au cinéma d’Abbas Kiarostami, les cadrages sont magnifiques, ce qui nous permet de suivre sans trop d’ennui. Mais on peut se demander tout de même pourquoi faire aussi compliqué quand il eût été si simple d’expliquer les choses, d’autant que ce style de création contribue à éloigner le public populaire et c’est bien dommage!

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    • lorenztradfin dit :

      Merci de ce point de vue et de ton passage – c’est bizarre, je ne trouvais vraiment pas « difficile d’accès » – et j’aime bien quand on aura encore des questions (en suspens) après la vision d’un film. En effet, il y a un côté « foutraque », mais je pense que dans une société comme l’iranienne, il y a pas mal de « choses foutraques ».

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  3. princecranoir dit :

    La crise aidant et les Gardiens de la Révolution sur les dents, on dirait pourtant que le cinéma iranien n’a jamais été si riche. Un film à Cannes en sélection officielle cette année (qui me tentent furieusement), une actrice dissidente primée, et ce film salué du fils Panahi maintenant en circulation, ça redensifie le patrimoine culturel du pays. Kiarostami serait sans doute fier.
    Bel article, qui donne envie.

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