Avec Max Richter et sa musique – notamment l’utilisation de son morceau « On the nature of Daylight« (qu’on retrouve aussi dans « Shutter Island », ‘ »Arrival » et « The Last of Us ») – qui semble être composée pour faire pleurer et offrir un tapis sonore parfait mélangeant espoir et tristesse, Chloé Zhao nous ficelle avec son film un joli paquet d’émotions.
Chloé Zhao a mis en image le roman de Maggie O’Farrell « Hamnet » (le nom d’un enfant de Shakespeare et d’Anne Hathaway qui meurt à l’âge de 11 ans pendant l’absence de son père). Anne (qui s’appelle dans le film (et le roman ?) Agnès, était enceinte lors de leur mariage (elle était alors âgée de 26 ans, Will (seulement) 18. 3 enfants naissent de cette union : Susanna, puis des jumeaux, Hamnet et Judith.
Le film nous retrace la rencontre entre Will et Anna/ Agnès qui s’avère être une femme « sauvage » (fille d’une sorcière), indépendante, se refusant à se plier aux injonctions sociales (notamment en ce qui concerne son mode de vie, la manière d’aimer, d’accoucher ses enfants et/ou les élever). Will Shakespeare est incarné par Paul Mescal (plus pâle, moins affirmé que sa femme) Agnès trouve une incarnation parfaite à travers Jessie Buckley – elle m’a scotché dès les premières images/ apparitions et transpire au cours du film la puissance de l’amour, l’intelligence, l’indépendance farouche et enfin la douleur la terrassant avant de réussir « garder son cœur ouvert ».
Le récit avance presque académiquement, avec des « illustrations déjà vues », beaucoup de clair-obscur (il faudra voir ce film au ciné et point sur petit écran – le directeur de la photo (Lukasz Zal : Cold War et Zone d’Interêt) a fait un travail immense).
William S est souvent absent – à Londres, en pleine ascension artistique, avec sa troupe de théâtre, on ne voit rien de sa vie là-bas, de son travail acharné (de toute façon même les historiens ne savent pas grande chose de lui, sa vie est tissée de « légendes »).
Le film se focalise donc surtout sur la vie de la mère avec ses enfants (et de sa belle famille), elle est seule avec ses enfants et ils vivent parfois dans une sorte de communion avec la nature (des scènes peuvent – aussi à cause de la musique de Max Richter – rappeler Terence Malick). C’est la mort du petit Hamnet (belle idée – mais peut-être dans le livre aussi – cette forme de « sacrifice »n pour sa sœur-jumelle), Agnès/Anne va reprocher à Will son absence, va jeter un froid dans le couple.

C’est « grâce » à la première d’une nouvelle pièce « Hamlet » (Anne pense d’abord qu’il s’agira d’une énième « comédie » et s’écrie pourquoi il a transformé le nom de son fils de Hamnet à Hamlet) au Théâtre du Globe que le spectateur, surtout s’il est un peu sensible sur les bords, sera pris en tenaille par un procédé cinématographique qui marche toujours : la mise en abyme du drame vécu (par les parents), la transfiguration des émois et peines par les mots de la pièce, par l’émotion qui saisit le public de la pièce, l’ouverture du cœur de Anna qui constate que son mari aussi il est , contrairement à ce qu’elle pensait, profondément marqué par la mort de leur fils – en plus sur fond de la musique de Richter…

Intellectuellement je sentais que Chloé Zhao me « manipule » mais j’ai pleuré comme rarement ces dernières années devant un film. Je trouvais ces 30 dernières minutes tout simplement sublimement émouvantes (malgré – si on redevient « objectif » – l’utilisation de procédés mélodramatiques assez lourdes).
Reste le visage de Jessie Buckley (une candidate sérieuse pour l’oscar 2026) – « le reste est silence. » (ce sont les derniers mots de la pièce « Hamlet »)

