La maison des chagrins

Emprunté à la bibliothèque de Biviers (38330).

Roman de 2013 (« Respirar por la herida » – traduit de l’espagnol par Claude Bleton, traducteur de toutes les oeuvres de Victor del Arbol) – je crois que c’était le 2e publié en France (donc avant « Par-delà la pluie » et « La veille de presque tout« , « Toutes les vagues de l’océan » mais après « La tristesse du samouraï » – romans que j’ai lu dans le passé…

Présentation de l’Editeur (Actes Sud)

Eduardo tente de survivre dans un appartement sans âme, grâce à l’alcool et aux psychotropes que lui prescrit la psychiatre chargée de sa réinsertion. Il vient de purger une peine de prison pour le meurtre du chauffard qui a tué sa femme et sa fille, voilà quatorze ans. Peintre autrefois coté, il gagne sa vie en exécutant à la chaîne des portraits anonymes que sa galeriste place dans les grandes surfaces. Un jour, celle-ci lui transmet une bien étrange commande : une célèbre violoniste lui demande de réaliser le portrait de l’homme qui a tué son fils. Elle veut pouvoir déchiffrer sous les traits de l’homme les caractéristiques de l’assassin. Unis dans la même douleur, la commanditaire et l’artiste ouvrent bientôt la boîte de Pandore, déchaînant tous les démons qui s’y trouvaient enfouis.

Le pinceau d’Eduardo met au jour une galerie d’êtres tourmentés, enfermés dans un drame qui a figé leur existence : un jeune Chinois androgyne qui fait commerce de son corps, un fils de combattant de l’OAS enrichi par le gaz et le pétrole d’Alger, un ex-agent de la police politique de Pinochet, un Arménien sans foi ni loi, une jeune fille abusée par l’amant de sa mère, un mercenaire soufi… Autant de personnages qui hantent la maison des chagrins, pris au piège d’une vengeance désespérée et d’un hasard qui n’est que l’autre nom du destin.

Assemblant sous les yeux du lecteur les mille et une pièces d’un terrifiant puzzle, Víctor del Árbol signe un roman vertigineux de maîtrise, glaçant de noirceur et désarmant d’humanité.

Comme souvent chez VDA, le roman fourmille de personnages (torturés) pour lesquels le passé envahissait le présent…exigeait de solder les dettes…c’est d’un outre-noir parfait, avec des personnages qui portent leur lot de deuil, de haine, de ressentiments. Le « puzzle » est parfaitement construit (je ne suis par ailleurs pas loin d’utiliser le terme « virtuose ») et je suis, comme souvent avec Victor del Arbol, admiratif pour sa manière de tisser les relations inextricablement liées (même si on peut lui reprocher certainement un côté « too much » dans les « hasards » et « connexions » qui font qu’un personnage clé va retrouver la femme (fille) aimée dans son passé, ou qu’on

Nous sommes des morts vivants. Voilà pourquoi je vous ai demandé de venir, voilà pourquoi je veux vous commander un portrait, que vous êtes le seul à pouvoir faire.
Eduardo pâlit et se frotta la nuque.
— Faire le portrait d’une personne qui n’est plus, honnêtement, cela revient à peindre un paysage de mémoire. Ce n’est pas le paysage, mais un mirage déformé par le souvenir.
Gloria sortit d’un tiroir un article d’un journal financier remontant à quatre ans en arrière. On y voyait la photographie d’un cadre dynamique, épaules larges et épaisse chevelure rousse.
— Ce n’est pas le portrait de mon fils que je veux, mais celui de son assassin

Qui aurait pensé que la commande d’un portrait puisse avoir des conséquences comme celle que dessine Victor del Arbol ?

 L’art ne peut pas changer l’âme de la brute, car la brute humaine est devenue sourde et aveugle et n’a même plus à perdre son âme

Presque tous les personnages sont des personnes fracassés par les évènements de la vie qui les ont rendu à une solitude qui transpire quasiment entre toutes les lignes de ce roman de 476 pages.

Portrait réalisé par Craig Hanna – sketchbook

Pour des lecteurs qui n’ont pas peur ni d’une ambiance noire-noire, désespérée, ni de quelques violences fulgurantes (ou violences faites aux femmes filmés en vidéo pour des Messieurs propres sur eux mais pas fréquentables pour autant) ni d’un avancement par de (très) petits pas du récit, dévoilant soit un pan du passé, soit un trait de caractère passé sous silence qqs pages avant….(pour finalement créer une épaisseur psychologique impossible à obtenir dans un roman plus court).

J’ai choisi deux « portraits » pour illustration (Craig Hannah et Lucien Freud – qui à mon sens réussissent à rendre un peu de l’âme des portraités….et j’ai pensé à eux quand le peintre Edouardo travaille….)

A quand une mise en image (en série pour les twists en masse) ?

A propos lorenztradfin

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3 commentaires pour La maison des chagrins

  1. Sandrine dit :

    J’ai pas mal lu Del Arbol au moment de la parution de ses premiers romans en France puis plus depuis pas mal de temps. Ton billet me donne envie de renouer avec lui…

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  2. princecranoir dit :

    La collection a déjà produit du Millénium à gogo, ça pourrait bien le faire aussi avec celui-ci.
    J’aime beaucoup les portraits qui accompagnent ton article.

    Aimé par 1 personne

  3. Ingannmic dit :

    Un auteur qu’il faut absolument que je découvre, pourquoi pas avec ce titre, le noir j’adore !!

    Aimé par 1 personne

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