sur l’épaule des géants

Le nouveau livre de Laurine Roux.

J’avais écrit en début de l’année que l’avant-dernier roman de Laurine Roux faisait partie de mes « coups de cœur » (« L’autre moitié du monde » voir ici). Ce n’est malheureusement pas le cas pour ce nouveau né, dans un beau livre avec des illustrations (gravures originales) d’Hélène Bautista bien à propos.

Ferme Florale

C’est formidablement écrit (même si parfois je me suis dit : Elle en fait trop de ses trouvailles d’écriture et stylistiques et de jeux de mots).

Présentation de l’Editeur (Les Editions du Sonneur)

Où l’on suit la saga du clan Aghulon, depuis les découvertes de Pasteur jusqu’aux attentats du World Trade Center. Où les femmes portent des noms de fleurs. Où les chats philosophent. Où l’on rêve de baisers et de microscope. De musique aussi. Et où la pétulante Marguerite nous emporte, des Cévennes à Paris, dans des aventures rocambolesques. À ses côtés, un éleveur de vers à soie, une conteuse-vigneronne, un zoologue obsédé par les termites albinos, un cuisinier truculent, et autres figures hautes en couleur.
Tour à tour roman picaresque, feuilleton littéraire, chronique familiale et polar, Sur l’épaule des géants relate l’épopée d’un siècle avec humour et fougue. Un hommage à la littérature et à la science, où les rêves les plus fous côtoient les chutes les plus tragiques.)

Disons, ce n’était pas le type de roman que j’attendais. Certes, il donne une force certaine à la fiction et surtout à l’imaginaire (ahhh, ces chats philosophes qui savent parler aux héroïnes de la famille Aghulon – à commencer auprès de la grande mère (ou plutôt « quadrisaïeule ») et toute la descendance (qui va toujours tomber amoureux après une sorte de coup de foudre). Il y a un côté Amélie Poulain (vu le bon nombre de péripéties genre roman-feuilleton) qui pour un lecteur (homme) comme moi pourrait faire sourire, s’il n’y avait pas une sorte de trop plein….D’aucun diront que c’est de l’énergie fantaisiste qui mélange poétiquement la littérature, les fleurs (toutes les femmes portent un nom de fleurs : Eglantine, Marguerite, Rose, etc…),

la/les technique(s) naissante(s) – dont la viticulture….(qqs belles pages sur les plaisirs gustatives d’un vin…)

« On trempa les lèvres. Et le silence se fit. Les premiers arômes de cuir et d’humus enracinaient le vin dans les temps immémoriaux. Pointaient ensuite quelques touches de musc et de venaison, qui donnaient à l’ensemble un tour nerveux, presque brutal. Cela persistait longtemps en bouche avant que des fragrances florales arrondissaient la goulée finale. Le breuvage vous retournait alors comme une crêpe : tout devenait tendre – un je-ne-sais-quoi de pain d’épice, de cerise, parfums d’enfance. La vie entière de Jacques défilait dans ce vin. Marguerite comprit subitement ce que son frère lui avait caché, et que les notes d’attaque disaient mieux que des mots… » (p. 164)

– les progrès de la technique et l’imaginaire joyeux… toutefois toujours « encadré » par des personnages réels, des « milestones » de l’histoire (à commencer par Pasteur, en passant par les 2 guerres mondiales, Picasso, Les Frères Gros, Diaghilev, Stavisky, la présence des allemands en France (la persécution des juifs), pour finir (ou plutôt commencer) avec les Oh mon dieu, devant les Twin Towers qui s’écroulent)) …

Picasso – Femme endormie

« Cinq minutes plus tard, l’inspecteur (du guide Michelin, nda) plongeait sa cuillère dans l’assiette. A peine avait-il humé la sauce qu’il avait tressailli. Le beurre d’Isigny-Sainte-Mère fleurait bon la Normandie natale et la crème lui rappelait les vaches broutant l’herbe grasse des près. Quant aux morceaux d’épaule, ils fondaient littéralement sous la langue. Bercé par la douceur de l’oignon et du persil, le critique avait vu flotter le visage bienveillant de sa nourrice, tendre femme qu’il avait aimée plus que sa mère. Le Saint-Honoré avait achevé de le convaincre, si bien que, faisant fi de son devoir de réserve, Fulgence de Zélicourt avait chaleureusement serré la main du cuisinier. – Pour m’avoir fait voyager dans le temps, vous convolerez vers les étoiles, avait-il glissé, avant de s’en aller. « (p. 266)

Je pense que ces trois extraits illustrent bien la facilité avec laquelle Laurine Roux écrit, sa fantaisie imaginative aussi. J’ai donc lu l’épopée quasiment d’une traite (372 pages aérées avec bcp de (belles) gravures), saluant souvent son funambulisme de parolière. Toutefois, j’aurai – personnellement – préféré que L. Roux s’éloigne du feuilletonesque fantasque. Cependant, c’est un très bel objet sans prise de tête, qui offrira certainement un grand plaisir de lecture à bon nombre de lecteurs/lectrices.

Picasso – Femme endormie

Voici une opinion autrement plus enthousiaste (sur le blog de Placide Boucan qui bruisse toujours en douceur !) :

A propos lorenztradfin

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3 commentaires pour sur l’épaule des géants

  1. princecranoir dit :

    Un roman qui a l’odeur du lait de la tendresse humaine dirait-on. Si c’est léger et aéré, pourquoi pas.

    Aimé par 1 personne

  2. J’avais lu le premier roman de cette écrivaine, « une immense sensation de calme ». C’est vrai que son style est brillant, très maîtrisé, mais je n’avais pas trop accroché. Ca manque un peu de fond, je trouve…

    J’aime

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