La fin de la mégamachine – Fabian Scheidler

Dernier livre lu de la sélection des candidats finalistes pour le Prix Caillé 2022. Je ne parlerai ici comme d’habitude bien entendu pas du tout de la qualité de la traduction réalisée par Aurélien Berlan, et ne parlerai qu’en mon nom. Au jury de juger la traduction.

Présentation de l’Editeur (Seuil)

Énorme succès à l’étranger, ce livre haletant nous offre enfin la clé de compréhension des désastres climatiques, écologiques, pandémiques et économiques contemporains. Accuser Sapiens, un humain indifférencié et fautif depuis toujours, est une imposture. Notre histoire est sociale : c’est celle des structures de domination nées il y a cinq mille ans, et renforcées depuis cinq siècles de capitalisme, qui ont constitué un engrenage destructeur de la Terre et de l’avenir de l’humanité, une mégamachine.
Mais ces forces peuvent aussi être déjouées et la mégamachine ébranlée. Alors que les alternatives ne manquent pas, quel déclic nous faut-il pour changer de cap et abandonner une voie manifestement suicidaire ? La réponse est dans ce récit. Car seul celui qui connaît sa propre histoire peut être capable de l’infléchir.

Le concept de la mégamachine est utilisé ici pour décrire les « machines sociales » hyper-hiérarchiques dont on trouve les premières émanations dès l’Egypte des Pharaons (l’homme réduit à une roue d’engrenage) et emprunte chez T. Hobbes et René Descartes (l’animal-machine – la nature, les corps et les sociétés conçus en tant que machines). L’auteur souligne bien que p.ex. les sociétés anonymes (SA) crées par les Etats vers 1600 se sont révélées dans la sphère économique comme des sortes de machines à multiplier l’argent…

L’auteur embrasse ainsi plusieurs siècles, un peu comme l’avait fait en son temps Y.N. Harari dans « Sapiens » (et sa brève histoire de l’humanité) mais en « limitant » son analyse aux essors du capitalisme (les guerres, les dettes, la monétarisation, l’esclavage) en se référant à une somme impressionnante de documents historiques et anthropologiques.

Angelus Novus – Paul Klee [Le paradis perdu]

En effet, le livre qui a mis presque vingt ans pour sortir des pages blanches, offre au lecteur une forme d’anatomie de notre civilisation qui s’est dangereusement approché d’un gouffre…

.avec la monstrueuse force d’expansion et de destruction de la mégamachine qui embrasse la Terre entière, nous avons entre temps atteint des seuils globaux qui touchent presque tous les systèmes importants pour la vie humaine : les sols, les forêts, les mers, le climat, la biodiversité et le cycle de l’eau. […] Face aux crises combinées des systèmes sociaux et écologiques à l’échelle planétaire, les stratèges en sécurité et les think tanks internationaux explorent depuis quelques années, de manière obsessionnelle, divers scénarios de fin du monde, dans l’espoir de trouver des voies pour pouvoir encore contrôler le système. Ils n’ont pas encore compris que l’ère du contrôle est révolue. Le fantasme d’un management global du système – d’une « gouvernance globale » – s’effondre sous nos yeux et cède dans la panique à des mesures ad hoc : ici une entreprise militaire contre les « rebelles » et les « terroristes », là-bas le sauvetage des banques zombies ; ici, l’annonce jubilatoire de la découverte d’une nouvelle nappe de pétrole dans l’arctique dont les glaces ne cessent de fondre, là-bas un plan abscons de géo-ingénierie sorti du cabinet du docteur Folamour. La grande machine se précipite peu à peu dans le mur et ses pilotes jouent à l’aveuglette sur divers régulateurs, ce par quoi ils ne font au final qu’empirer la situation. Car les seuls dispositifs qui pourraient maintenant nous être d’une aide quelconque n’ont jamais été installés : un frein et une marche arrière. (p. 438-439)

Parfois l’auteur fait, à mon humble avis, quelques raccourcis trop rapide – ce qui le fait aimer par l’ATTAC….[il souligne, et n’a pas tort, que l’invention de l’écriture avait donné un coup de pouce au recensement des hommes et leur asservissement (militaire, technique logistique). C’est déjà marqué dans les Tristes tropiques (Lévi-Strauss) : « La fonction primaire de la communication écrite est de faciliter l’asservissement« .] …, mais il oublie sans rougir de mentionner que la maitrise de l’écriture était aussi – selon l’époque – un moyen de l’émancipation pour les opprimés, possibilité de comprendre mieux le monde dans lequel ils vivent (voir la révolution des paysans suite à la traduction de la Bible par Luther au 16e siècle).

Dans sa dernière partie l’auteur dessine quelques moyens de sortir de la crise, en visant une « véritable transformation socio-écologique » notamment en s’appuyant sur des coopératives citoyennes (et décentralisées) et/ou des coopératives d’habitat (en s’appuyant sur des modèles de financement solidaire – ex. Mietshäusersyndikat en Allemagne).

Je dois avouer que c’est un livre qui réveille et je lui souhaite bcp de lecteurs. Il est passionnant par sa richesse mais difficile à résumer en 1 page, tellement c’est foisonnant.

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
Cet article, publié dans Livres, Traduction, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour La fin de la mégamachine – Fabian Scheidler

  1. Je crois que nos gouvernements occidentaux n’ont pas envie de faire marche arrière ou de mettre un frein à notre économie. Mais peut-être qu’une grande crise ou une récession vont provoquer ce coup de frein, contre leur volonté…

    Aimé par 1 personne

  2. Sandrine dit :

    Un livre de plus sur le sujet, même s’il semble très intéressant.

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s