Les vilaines (Camila Sosa Villada)

Présentation de l’Editeur (Métailié) :

La Tante Encarna porte tout son poids sur ses talons aiguilles au cours des nuits de la zone rouge du parc Sarmiento, à Córdoba, en Argentine. La Tante – gourou, mère protectrice avec des seins gonflés d’huile de moteur d’avion – partage sa vie avec d’autres membres de la communauté trans, sa sororité d’orphelines, résistant aux bottes des flics et des clients, entre échanges sur les derniers feuilletons télé brésiliens, les rêves inavouables, amour, humour et aussi des souvenirs qui rentrent tous dans un petit sac à main en plastique bon marché.
Une nuit, entre branches sèches et roseaux épineux, elles trouvent un bébé abandonné qu’elles adoptent clandestinement. Elles l’appelleront Éclat des Yeux.
Premier roman fulgurant, sans misérabilisme, sans auto-compassion, Les Vilaines raconte la fureur et la fête d’être trans. Avec un langage qui est mémoire, invention, tendresse et sang, ce livre est un conte de fées et de terreur, un portrait de groupe, une relecture de la littérature fantastique, un manifeste explosif qui nous fait ressentir la douleur et la force de survie d’un groupe de femmes qui auraient voulu devenir reines mais ont souvent fini dans un fossé. Un texte qu’on souhaite faire lire au monde entier qui nous rappelle que « ce que la nature ne te donne pas, l’enfer te le prête ».

Merci à A. qui m’a prêté ce roman parfaitement traduit de l’espagnol (Argentine) par l’autrice et traductrice Laura Alcoba.

« Personne ne nomme les trans, nous sommes les seules à le faire. Nous , les trans, sommes la manivelle, les gros paquets, les suceurs de bite, les culottes au parfum de couilles , les travelingues, les ladyboys, les Osvaldo, d’autre fois, les sidaïques, les malades , voilà ce que nous sommes «  .

La narratrice (le narrateur – si vous voulez la blesser) : Carmila – dans son enfance : Christian, nous présente la vie difficile et parfois cruelle de filles nées dans un corps de garçon. Une vie entre fête, enfer et rejet de la société. Une vie aussi qui oblige ces femmes à être le plus « invisibles » que possible. « Nous sommes des êtres de la nuit. [En realidad somos nocturnas] (p. 106)… »Le triomphe consistait à rentrer à la maison après avoir été invisibles, n’ayant subi aucune agression. La transparence, le camouflage, l’invisibilité, le silence visuel étaient notre petit bonheur quotidien. Les moments de repos. « (p. 132/133)

Porté par une langue simple et alerte, mais empreinte de lyrisme proche du naïf et surtout poétique et sensorielle (ce qui atténue les moments glauques qui viennent parfois comme par surprise, au détour d’une phrase….) nous restons près de Carmila, voyons tout à travers ses yeux.

« Elle se prénommait Patricia, mais on l’appelait la Boiteuse, la Virole ou le Fou. Elle avait choisi de s’appeler Patricia en souvenir d’une petite sœur qu’elle avait eue dans son Chaco natal et que la fièvre avait emportée, alors qu’elle se trouvait seule, dans la cabane misérable que sa famille habitait. Elle avait trouvé sa petite sœur morte où des cochons allaient la manger. » (p. 153)

Finalement le « vol » du bébé (Eclat des Yeux) ne constitue d’une certaine manière qu’une entame d’un portrait d’un groupe de trans argentins. Les petites histoires se suivent comme une farandole avec des moments un peu gais d’autres plutôt glauques et/ou douloureux avec parfois des répétitions de pensées mais toujours, là la 4e de couv’ ne ment pas, « sans misérabilisme ». Et suintant « la tumeur de notre ressentiment » (p. 142).

On lit quasiment d’une traite, comme on voit un documentaire avec le quelque chose en plus d’intime et une musique mélancolique qui résonne longtemps….

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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