LËD

Lecture de vacances

Envie de vous déplacer à Norilsk ? (une ville minière – et polluée – de Russie – et pour tout « arranger » ancien goulag, pas loin du cercle polaire, loin de tout. Il y fait – 60° en pleine hiver – qui dure dans les 8 mois environ. [Lëd = Glace en russe]

Norilsk était une ville hautement photogénique malgré sa laideur industrielle. Depuis les toits en particulier, la vue était à la fois terrible et splendide, entre les cheminées fumantes comme des paquebots et les rares collines enneigées qui s’éparpillaient dans un blanc de brume, à perte de vue.

Vue de la ville de Norilsk en Russie. • ©Alexandr Kryazhev/RIA Novosti/AFP _ https://la1ere.francetvinfo.fr/2015/03/06/norilsk-nickel-le-metal-qui-vient-du-froid-235949.html

Caryl Férey que je lis de temps en temps depuis 2002 (Zulu, Haka, Utu, Plutôt crever, Mapuche, Condor , Paz….) a utilisé la somme de travail de documentation qui a déjà donné naissance à un livre-récit (pas lu : »Norilsk« ) qui lui a donné la « chair » de ce thriller, « au scénario …bien vissé » (FI dixit).

Présentation de l’Editeur

Norilsk est la ville de Sibérie la plus au nord et la plus polluée au monde. Dans cet univers dantesque où les aurores boréales se succèdent, les températures peuvent descendre sous les 60°C.
Au lendemain d’un ouragan arctique, le cadavre d’un éleveur de rennes émerge des décombres d’un toit d’immeuble, arraché par les éléments. Boris, flic flegmatique banni d’Irkoutsk, est chargé de l’affaire.
Dans cette prison à ciel ouvert, il découvre une jeunesse qui s’épuise à la mine, s’invente des échappatoires, s’évade et aime au mépris du danger. Parce qu’à Norilsk, où la corruption est partout, chacun se surveille.
Et la menace rôde tandis que Boris s’entête…
LËD (« GLACE » EN RUSSE) EST UNE IMMERSION DANS UNE RUSSIE DE TOUS LES EXTRÊMES.
CARYL FÉREY AU SOMMET DE SON ART.

Avec ce roman C. Férey quitte l’Amérique et le Pacifique du sud et nous propose un « thriller » dans cette « ville fermée par décret gouvernemental » (ZATO]. L’accès et les déplacements y sont strictement règlementés, pas ou peu d’étrangers, peu de touristes aussi (souvent des personnes richissimes qui (en été, quand-même) viennent pour les canyons (Poutorana, en effet impressionnants).

Les personnages : Boris Ivanov (flic, honnête jusqu’à un certain point) et sa femme Anya ; Valentina (étudiante et blogueuse genre whistleblower en matière d’écologie et ex de Gleb) – elle sera victime d’un assassinat; Léna (médecin légiste) ; Andreï, chef des douanes à l’aéroport ; les mineurs Gleb, Sacha et Nikita ; Dasha (la grande amoureuse ….) …. Tous seront liés d’une manière ou l’autre dans ce thriller pola(i)r(e) dans un monde qui tombe en miettes (quoique Poutine dise).

C. Férey est plutôt doué pour tisser sur une toile de fonds russe (qui ne semble pas se relever du passé et de la chute du mur) une histoire avec son lot de corruption, avec, surprise une histoire d’amour entre homme (un comble dans ce pays homophobe) – et pour tout corser un des deux hommes est la « cible » d’un amour inconditionnel par Dasha….

Finalement c’est moins l’intrigue « policière » (la recherche du/des assassins) qui semble intéresser C. Férey que le contexte politico-économique et social dans lequel se déroule le récit sur 542 pages (Pocket). Le lecteur est un peu engourdi par les apartés sur la société russe, comme par le froid, même si les saillies critiques contre « ce système russe » sonnent parfaitement (et étrangement) avec ce qui se passe actuellement en Ukraine.

Ce peuple, capable de se sacrifier sur les champs de bataille, ces milliers d’adolescents qui, volontaires pour se battre, pestaient moins contre l’avancée de la Wehrmacht que contre l’âge légal pour mourir (18 ans), ces milliers d’ouvriers et de soldats allant s’irradier à Tchernobyl sans poser de questions, ce courage fou qu’aucun autre peuple ne pouvait revendiquer : tous s’écrasaient sous la botte du premier dictateur venu, comme une calamité nécessaire. Sauf glorieux, le passé n’avait pas la cote en Russie.

Une belle lecture – moins haletante que je l’avais souhaitée, mais de type évasioniste.

Les purges avaient fusillé des centaines d’écrivains, contraint les autres à soutenir publiquement les exécutions de leurs camarades sous peine d’être jetés à leur tour dans la chaudière de la locomotive qui se nourrissait de ses enfants, suicidés ou déportés, ça ne faisait pas de différence, « la littérature doit être une arme dans la lutte contre les déviations de l’idéologie communiste ». Un jeu de dupes, arbitré par des incultes à l’esprit crotté autorisés à s’en venger.

A propos lorenztradfin

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Un commentaire pour LËD

  1. regardscritiquesho22 dit :

    Norilsk, l’étreinte de glace, film réalisé par François-Xavier Destors et qui passe sur nos écrans à l’occasion du « Mois du film documentaire en Côtes d’Armor »…
    Bon, je ne suis pas un grand fan de documentaire, mais celui-là m’a particulièrement intéressé, par son côté esthétique, historique et profondément humain.
    « Norilsk (en russe : Норильск) est une ville industrielle du kraï de Krasnoïarsk, en Russie. Sa population s’élevait à 176 251 habitants en 2015. Située au nord du cercle polaire arctique, elle est considérée comme la ville de plus de 100 000 habitants la plus septentrionale et la plus froide du monde et comptant parmi les plus polluées. Lieu de détention, Norilsk a été fondée parallèlement au Norillag, une branche du Goulag. Elle ne peut être atteinte que par avion ou par bateau, en été, par le fleuve Ienisseï. Une voie de chemin de fer de 80 km relie Norilsk au port de Doudinka, sur l’Ienisseï. » (Wikipédia)
    Le documentaire sur cette ville est absolument magnifique du point de vue esthétique: la blancheur, le froid extrême, la neige, la glace, la poésie de l’industrie lourde et des usines monstrueuses, tout cela contribue à donner de superbes tableaux. Les plans sont volontairement suffisamment longs pour que l’on prenne bien conscience du paysage, pour que l’on s’imprègne bien de cette ville, qui semble relever de la science-fiction… Le montage est excellent, alternant tour à tour les portraits humains, les machines et la nature extérieure. Comme dit dans le film, la ville est entourée de trois montagnes, l’une de charbon, l’autre de métaux précieux et rares, la troisième enfin de matériaux pour la construction.
    Ensuite, le film, historiquement, est passionnant! Evidemment, je n’avais pas entendu parler de cette ville auparavant. A l’origine, c’est Staline qui pilote le projet, d’abord pour l’industrie lourde soviétique pendant la Seconde Guerre Mondiale, ensuite pour y installer les prisonniers relevant du goulag. On apprend d’ailleurs, pendant le film, que la plupart de ces prisonniers n’avaient rien à se reprocher et qu’ils ont été par la suite réhabilités… Des traces de ce goulag sont encore très présentes, sous formes de ruines abandonnées.
    Enfin, c’est peut-être le côté humain qui est le plus passionnant dans le film, dans la mesure où le cinéaste peint de nombreux portraits d’habitants, dans une espèce d’attirance/répulsion qui semble presque avoir été scénarisée. Evidemment, les gens qui sont venus vivre et travailler dans cette ville aux conditions extrêmes ont été attirés par l’espoir de se faire de l’argent, mais jamais ils n’ont considéré qu’ils allaient s’installer là. Sauf que… Norilsk est devenue leur ville, c’est là qu’ils se sont mariés, c’est là qu’ils ont eu leurs enfants, c’est là qu’ils ont creusé leurs racines, même s’ils affirment quasiment tous qu’ils cherchent à partir. Cette réflexion sur la condition humaine dans ce cadre-là a quelque chose de fascinant et d’universel. Encore une fois, un des grands mérites du film, c’est qu’on a l’impression parfois d’être dans une fiction, tant les codes du documentaire et de la fiction sont mélangés.
    Pour toutes ces raisons, on passe un excellent moment à voir ce documentaire très riche.

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