Tea Rooms – Mujeres Obreras

Avant de faire une petite pause estivale (pas d’article pendant une petite dizaine de jours !)

Lecture dans le cadre du Jury du Prix Caillé – phase de présélection avant le vote pour la short-list…. Je ne parlerai ici – pour des raisons évidentes – pas de la traduction et uniquement en mon nom. Toute qualification éventuelle sera l’opinion d’un « simple lecteur ». Sachez pour la complétude toutefois que ce roman vient de recevoir le Prix Mémorable 2021, décerné par l’association de libraires initiales (prix décerné pour la réédition d’un auteur malheureusement oublié)

Traduit de l’épagnol par Michelle Ortuno, une traductrice déjà remarquée par le Jury Caillé (prix spécial) pour sa traduction de « Baby Spot » (de Isabel Alba)

« Dix heures, fatigue, trois pesetas »

Présentation de l’Editeur (La Contre Allée)

Dans le Madrid des années 1930, Matilde cherche un emploi. La jeune femme enchaîne les entretiens infructueux : le travail se fait rare et elles sont nombreuses, comme elle, à essayer de joindre les deux bouts. C’est dans un salon de thé-pâtisserie que Matilde trouve finalement une place. Elle y est confrontée à la hiérarchie, aux bas salaires, à la peur de perdre son poste, mais aussi aux préoccupations, discussions politiques et conversations frivoles entre vendeuses et serveurs du salon.

Quand les rues de la ville s’emplissent d’ouvriers et ouvrières en colère, que la lutte des classes commence à faire rage, Matilde et ses collègues s’interrogent : faut-il rejoindre le mouvement ? Quel serait le prix à payer ? Peut-on se le permettre ? Qu’est-ce qu’être une femme dans cet univers ?

La vie d’un lecteur est parfois bien drôle. Après avoir fait, il y a quelques mois, une plongée dans l’Espagne des années 30 avec « L’autre moitié du monde » de Laurine Roux me voici de nouveau en Espagne, cette fois-ci à Madrid et dans les années 30 et un monde sous l’influence des grèves ouvrières.

Roman « féministe » et « engagé » (« social ») par une auteure (Luisa Carnés 1905 – 1964) tombé dans l’oublie mais réédité en 2016 et désormais traduit en français avec un retard de presque 100 ans. Dans le genre du travail de Florence Aubenas (qui s’immerge dans le milieu qu’elle décrit) aujourd’hui, Luisa Carnés construit son roman sur ses expériences qu’elle a fait dans le cadre d’un travail dans un salon de thé madrilène fictif (« un établissement (qui) compte parmi ce qu’il y a de mieux à Madrid« ).

Un groupe de femmes dans un salon de thé (elle mettent une uniforme et laissent leur vêtements – et donc aussi leur vie du dehors – dans un réduit (je cité de mémoire « ...ici vous n’êtes pas des femmes mais des vendeuses« ) pour (sur-)vivre dans un contexte d’un taux de chômage élevé (dans la crainte qu’au 1er faux pas on se retrouve dans la rue de nouveau…). C’est surtout du point de vu de Matilde que le lecteur observe le patron (l »ogre »), une supérieure, les collègues ET les clients (jamais le même type le matin ou le soir – ou le dimanche).

Dès les premières pages (Matilde cherche un travail et pousse la porte de plusieurs établissements – les entretiens n’ont pas bcp changé entre 1930 et aujourd’hui) Matilde a compris qu’il y a les riches et les pauvres, ceux qui mangent au-delà leur faim et les autres, qui meurent de faim, ceux qui peuvent utiliser les WC, d’autres qui peuvent monter en ascenseur, tandis que les petits employés doivent emprunter l’escalier de service.

Matilde, Antonia, Paca, Laurita, Marta…. qqs hommes aussi …. c’est une belle galerie de personnes – un peu comme chez Zola – permettant d’illustrer au travers de ce « tea room » précis (métaphore d’un capitalisme qui dévore l’humain) l’état d’une société et de la position de la femme, et c’est plus qu’un théâtre d’ombres. Chaque femme (exploitée) incarne une manière de « se débrouiller » ou de se cacher (les yeux) ou de périr.

Dans les pays capitalistes, et en particulier en Espagne, il existe un dilemme, un dilemme difficile à résoudre : choisir le foyer, par l’intermédiaire du mariage, ou l’usine, l’atelier et le bureau. L’obligation de contribuer à vie au plaisir de l’autre, ou la soumission absolue au patron ou au supérieur immédiat. D’une façon ou d’une autre, l’humiliation, la soumission au mari ou au maître spoliateur. Est-ce que cela ne revient pas exactement au même ?

On sent bien de quel côté penche le cœur de L. Carnès….Le Front Populaire va bientôt pointer son nez, les références à la révolution d’octobre et l’espoir qui est né avec elle sont multiples (surtout vers la fin, avec les discussions autour (de la difficulté) d’ un engagement syndicale ou corporatiste quand on a besoin de sous pour (sur-)vivre.

Ce livre a été écrit il y a presque 100 ans, mais n’a perdu en (presque) rien de son cri contre les inégalités et la précarité. (manquent juste les téléphones portables… – j’exagère)

Franchement, ça m’a bien changé après la lecture des livres de la sélection du Prix Inter 2022. Et si j’étais scénariste je proposerai à Netflix une mini-série basée sur ce livre (avec ses moultes destins de femmes, destins limite révoltants).

A propos lorenztradfin

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Un commentaire pour Tea Rooms – Mujeres Obreras

  1. MALS dit :

    Il y a déjà eu une pièce de théâtre le printemps dernier, à Madrid, avec reprise à l’automne prochain :
    https://teatromadrid.com/espectaculo/tea-rooms

    Aimé par 1 personne

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