L’inconnu de la poste

Drôle de coïncidence – quasiment au moment d’avoir fermé le livre (lu en attendant la liste des candidats au Prix du Livre Inter 2022 – après l’avoir acheté en 2021 pour ma compagne) – le fait divers autour du meurtre de la postière Catherine Burgod (à Montréal-le-Cluse – 28 coups de couteau quand-même pour 3000 Francs (!)) trouve ces jours-ci une n’ième issue après 13 ans d’investigations et la disparition mystérieuse de l’acteur Gérald Thomassin.

Le Monde du 5 avril 2022 : Mamadou Diallo acquitté

…..Dans la salle, les cartons contenant l’enquête tapissent encore le mur derrière la greffière : treize ans d’investigations, 4 000 cotes, 15 volumes. « Combien sont consacrés à M. Diallo ? 10 %, même pas », avait évalué l’avocat général. Et les 90 % restants, alors ? C’est le grand absent du procès, celui qui a hanté les six jours d’audience, Gérald Thomassin, acteur culte et fracassé, venu à l’époque à Montréal-la-Cluse se mettre au vert et désormais disparu. Les investigations ont tourné autour de lui pendant dix ans. « Il est rapidement devenu notre cible principale », racontera un enquêteur....

Le cinéma le renvoie sans cesse à son histoire, le confronte en permanence à ce qu’il est. Elle trouve qu’il y a quelque chose de monstrueux là-dedans, que c’est à la fois sa chance et son malheur. (p.152)

Florence Aubenas nous plonge dans ce fait divers, récit sans sensationnalisme et fruit d’un travail d’investigation (tous les protagonistes ont droit à la parole, sans juger, sans orienter le lecteur vers l’une ou l’autre option sans même nous dévoiler ce qu’elle pense, elle au fond). Les faits, rien que les faits. Et à part au début Florence Aubenas s’efface (contrairement à un P. Jaenada ou un E. Carrère – qui se mettent toujours (un peu/beaucoup) en scène lors de leur investigations).

Portrait (robot) d’une société, d’un village (d’aucun disent « la France profonde » – ou comme l’autre : la France des sans-dents), de la justice (et ses lenteurs), du père de la victime et surtout de Gérald Thomassin, le « coupable idéal ». Mamadou Diallo ne sera « que » le n° 3 des suspects…

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/ain/bourg-bresse/montreal-cluse-ain-dix-ans-apres-faits-reconstitution-du-meurtre-catherine-burgod-1632990.html

On trouve le regard et la rigueur de l’auteure de « Quai d’Ouistreham » avec un zeste de journalisme-polar (social) dans une très belle construction narrative.

Moi qui n’aime pas trop les romans genre « fait divers » j’étais embarqué (on le lit en un week-end) mais pas « transporté ». Les deux livres du Prix Inter 2022 lu depuis m’ont chamboulé un peu plus.

 » Ça y est, je suis à la rue, il pense. Comme si ça me collait à la peau d’arriver là. » Ce monde lui paraît étranger et à la fois secrètement familier. Les habitudes sont vite arrivées. La manche, où il excelle. Les nuits en groupe dans des endroits secrets pour ne pas se faire attaquer. Les saucisses froides extraites de leur emballage. Les papiers d’identité, les lingettes, le couteau collé au ventre dans la banane. De son passé, il n’a plus une photo, plus une lettre, rien. Les jours défilent sans qu’on les compte. « Quand tu es à la rue, tu vis au fur et à mesure. Au bout d’un moment, la rue a pris toute la place, tu ne penses plus qu’à elle. C’est comme le cinéma.

A propos lorenztradfin

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