Daniel Stein

Première lecture d’un livre traduit du russe depuis plusieurs années. Et découverte d’une « des plus grandes plumes de la littérature russe contemporaine » (Arte.tv), citée pour le Prix Nobel de littérature et en opposition à Poutin depuis bien des années.

Ce roman, que j’ai lu en allemand (excellente traduction de Ganna-Maria Braungardt), m’a été prêté par mon médecin avec laquelle j’échange (parfois) des livres. Et vu le contexte géopolitique, il tombait bien ce livre et cette voix.

Présentation de l’Editeur (Gallimard)

«Ils sont partis. Je suis resté là, dans un silence absolu. Une heure, deux heures. Je comprenais qu’il fallait que je trouve le moyen de sortir. Le laissez-passer allemand que l’on m’avait remis à la Gestapo avait été déchiré par l’officier lituanien. Je n’avais plus que ma carte de lycéen délivrée en 1939. Ma nationalité ne figurait pas sur cette carte, juste mon nom, Dieter Stein. Un nom allemand ordinaire. J’ai arraché l’étoile jaune de ma manche. J’avais pris une décision : le Juif allait rester dans cette cave. Celui qui remonterait à la surface serait allemand. Il fallait que je me comporte comme un Allemand. Non, comme un Polonais. Mon père était allemand et ma mère polonaise, ce serait mieux comme ça. Et ils étaient morts…»
Ce nouveau livre de la grande romancière et nouvelliste russe Ludmila Oulitskaïa est consacré à un personnage hors du commun, le père Daniel Stein, né en Pologne en 1922 et mort en Israël en 1998. Son destin est exceptionnel à plus d’un titre : il échappe miraculeusement à la déportation en se faisant passer pour un Allemand, puis se convertit au catholicisme, avant de s’installer en Israël dans un monastère près de Haïfa. Dans ce livre foisonnant, Ludmila Oulitskaïa ressuscite avec brio un personnage fascinant injustement oublié du grand public.

Portrait « éclaté » d’un homme juif-chrétien (!!) originaire de l’Est de la Pologne – dressé par une technique de « collage » par un bon nombre de personnes qui à un moment ou à un autre ont croisé le chemin de ce Daniel Stein.

Et quel chemin (survivre à la shoa, échappé plusieurs fois à la mort – il a de la chance et est débrouillard), interprète pour la police biélorusse d’abord, pour la Russie après, immigration en Israël, lutte auprès des autorités israéliens pour que soit reconnue sa double identité de juif et de chrétien.

On entend les personnes par la voie des échanges de lettres, témoignages, enregistrements et des entrées dans leur journaux. Daniel Stein lui-même on peut l' »entendre » à travers des lettres, ses conférences données à des élèves/étudiants allemands (dans les années 1990) et bien d’autres extraits de quotidiens, guides-interprète de voyages, courrier des différents échelons de l’Eglise qui ont du mal à accepter les libertés que D. Stein prend par rapport à l’hiérarchie (imaginez vous dans les années 60 D.S. lit la messe en hébreu (‘!!) – sacrilège…etc…- et tout cela en multipliant les perspectives pour dresser finalement un portrait mosaïque d’un homme « exceptionnel ». Le personnage est « emprunté » à la vie de Oswald Rufeisen (Père Daniel) [voir aussi ici]

C’est une véritable plongée dans le siècle passé qui, ce qui ne vous étonnera pas, fait également penser à des faits d’aujourd’hui. On passe de la 2nde guerre mondiale (Pologne, Lituanie, Biélorussie) à la Palestine, d’un couvent de carmélites à une communauté chrétienne à Haïfa…, des massacres de juifs de ghettos aux aléas des engagements, des conversions aux émigrations…..

Et ce qui est épatant – on ne distingue aucunement ce qui est création littéraire de ce qui est « vérité historique ». Dans une lettre de L. Ulitzkaja à Elena K. sa relectrice (éditrice ?), insérée dans ce flot de documents, elle dit bien qu’elle change des noms, rajoute d’autres personnes (inventées ou à moitié inventées), modifie des lieux ou le moments d’une action, mais respecte dans tous les cas une discipline stricte. C’est la « véracité » (Wahrhaftigkeit) qui lui importe…. et elle s’appuie – comme toujours – sur son droit d’un échec total, la plus grand liberté qu’un auteur peut se permettre dans cette époque sous le signe de l’économie du marché (résumé et traduction de la version allemande (p. 117/118).

Une vraie découverte – qui donne envie de lire un jour « L’échelle de Jacob » ou les variations sur le mensonge des femmes « Mensonges de femmes »

A propos lorenztradfin

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2 commentaires pour Daniel Stein

  1. Elisa dit :

    Mille mercis pour ce post. C’est totalement le genre d’histoires que mon mari et moi aimons découvrir. Et encore plus quand l’auteure revendique son droit à l’insuccès au nom de sa liberté d’écrire ! J’approuve des deux mains !!!

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