Jeunes amants & Un autre monde

Depuis que je n’habite plus au centre ville de Grenoble (à 3 minutes top-chrono à pied d’un ciné d’Art & Essai, l’appel des salles obscures se fait un peu plus assourdi. Je dois désormais prendre la voiture (18- 22 minutes de route + chercher parking, marcher jusqu’au cinoche…..), ce qui exclue quasiment toute décision de dernière minute… Il faut prévoir ! J’ai trouvé un « in-between » géographique : les salles de ciné à Villard-Bonnot (à 12 minutes de voiture – parking assuré devant la salle – programmation mixte). Essai concluant avec un programme de contrastes pour évaluer deux versants du cinéma français.

Pour le dire d’emblée, c’est le film de S. Brizé que j’ai préféré de loin

Cela m’est arrivé de dire qu’un film qui a du Bach dans la BO ne peut pas être mauvais. Dans le film de Carine Tardieu on côtoie les Variations Goldberg, BWV 988 – J.S Bach, Nocturne – Chopin, Ständchen, en Ré Mineur S.560 – Franz Liszt, Françoise Hardy et notamment une de mes chansons préférées : A Lady Of A Certain Age – The Divine Comedy.

Carine Tardieu dit en ce qui concerne la musique de ce film ceci : « …..deux thèmes à la guitare qui apportaient un suspens romanesque très approprié à notre mélodrame et dont Eric s’est fortement inspiré. L’équilibre de ce film tient sur un fil tendu entre l’amour (la vie donc), le temps qui passe, et la mort, omniprésente. … »

Fanny Ardant et Melvil Poupaud sont Les Jeunes Amants de Carine Tardieu  [bande-annonce] | Premiere.fr

Back in the day you had been part of the smart set
You’d holidayed with kings, dined out with starlets
From London to New York, Cap Ferrat to Capri
In perfume by Chanel and clothes by Givenchy
You sipped camparis with David and Peter
At Noel’s parties by Lake Geneva
Scaling the dizzy heights of high society
Armed only with a cheque-book and a family tree

You chased the sun around the Cote d’Azur
Until the light of youth became obscured
And left you on your own and in the shade
An English lady of a certain age
And if a nice young man would buy you a drink
You’d say with a conspiratorial wink
« You wouldn’t think that I was seventy »
And he’d say, « no, you couldn’t be! »

You had to marry someone very very rich
So that you might be kept in the style to which
You had all of your life been accustomed to
But that the socialists had taxed away from you
You gave him children, a girl and a boy
To keep your sanity a nanny was employed
And when the time came they were sent away
Well that was simply what you did in those days

You chased the sun around the Cote d’Azur
Until the light of youth became obscured
And left you on your own and in the shade
An English lady of a certain age
And if a nice young man would buy you a drink
You’d say with a conspiratorial wink
« You wouldn’t think that I was sixty three »
And he’d say, « no, you couldn’t be! »

Your son’s in stocks and bonds and lives back in Surrey
Flies down once in a while and leaves in a hurry
Your daughter never finished her finishing school
Married a strange young man of whom you don’t approve
Your husband’s hollow heart gave out one Christmas day
He left the villa to his mistress in Marseilles
And so you come here to escape your little flat
Hoping someone will fill your glass and let you chat about how

You chased the sun around the Cote d’Azur
Until the light of youth became obscured
And left you all alone and in the shade
An English lady of a certain age
And if a nice young man would buy you a drink
You’d say with a conspiratorial wink
« You wouldn’t think that I was fifty three »
And he’d say, « no, you couldn’t be! »

https://www.youtube.com/watch?v=bU_bGYaa3FY

En effet, le film n’est pas « mauvais », mais…..

Présentation du film sur le site de Diagonal_cinémas

Shauna, 70 ans, libre et indépendante, a mis sa vie amoureuse de côté. Elle est cependant troublée par la présence de Pierre, cet homme de 45 ans qu’elle avait tout juste croisé, des années plus tôt. Et contre toute attente, Pierre ne voit pas en elle “une femme d’un certain âge”, mais une femme, désirable, qu’il n’a pas peur d’aimer. À ceci près que Pierre est marié et père de famille.

Les Jeunes amants est à l’origine un projet de Sólveig Anspach (Haut Les coeurs, L’effet aquatique, Lulu femme nue). Derrière le personnage de Fanny Ardant se cache les traits de la mère de Anspach, mais peut-être se cache tout simplement le spectre de Sólveig elle-même et de son rapport à la vie et à la mort ces dernières années, explique Carine Tardieu. Amie de la cinéaste, elle reprend le projet et apporte son univers lumineux dans cette histoire de vieillesse et de mort. C’est un amour puissant qui se joue devant nous, sans tabou et sans manière, le film se révèle d’une générosité bouleversante et d’une humanité rare.

Les Jeunes amants: Melvil Poupaud, Cécile de France

Rétrospectivement, j’ai noté une introduction sous forme de prologue (il était une fois 15 ans auparavant) qu’on aurait pu nous épargner….prologue et suite « lente » qui s’apparente à un roman-photo qui évoluera un peu plus tard vers un récit empreint d’une certaine gravité. A mon sens, le film tient debout grâce aux acteurs/actrices, et arrive « même » dans deux, trois scènes être émouvant (notamment grâce à une scène entre Cécile et Fanny).

J’avoue, Fanny Ardent est désirable, et je comprends que Melvil Poupaud craque pour elle (et donne ainsi un coup de canif’ à Cecile de France, qui aurait (peut-être) accepté être trompé par une plus jeune, mais pas avec une « vieille » – Drôle, non ? Est-ce que l’âge de celui qui piétine les plates-bandes du couple rend plus facile ou difficile d’accepter l’ « écart » de l’Autre ?)). Melvil ne semble pas voir la différence d’âge, il s’en moque, mais je n’y croyais pas trop – (et là ou Sólveig Anspach avait toujours laissé une pointe d’humour et des vides, Carine Tardieu rajoute des explications et surlignages – toutefois, je concède, elle ne verse ni dans le glauque ni dans la mièvrerie). Même si on est une petite madeleine comme moi qui pleure facilement au cinéma, on reste (un peu) dehors, Carine Tardieu ne sort pas de la zone de « confort » (du roman photo) et on sort de la salle en se disant seulement : « c’est regardable » – Finalement la différence d’âge des deux tourtereaux qui se tortillent dans une valse-hésitation n’est finalement qu’une donnée qui se rajoute à un coup de foudre, mais qui n’est malheureusement pas vraiment traitée…. Dommage. Sachez toutefois, que la moyenne chez allociné est de 4/5, on y souligne souvent la « délicatesse » quand moi j’y vois une certaine « mécanique » au 1er degré.

Un autre monde: Vincent Lindon

Le film de Stéphane Brizé est toute autre chose (et approche également les 4/5 sur allociné).

Synopsis

Un cadre d’entreprise, sa femme, sa famille, au moment où les choix professionnels de l’un font basculer la vie de tous. Philippe Lemesle et sa femme se séparent, un amour abimé par la pression du travail. Cadre performant dans un groupe industriel, Philippe ne sait plus répondre aux injonctions incohérentes de sa direction. On le voulait hier dirigeant, on le veut aujourd’hui exécutant. Il est à l’instant où il lui faut décider du sens de sa vie.

Un autre monde: Vincent
        Lindon, Sandrine
        Kiberlain

…ça commence avec un lent plan-séquence dans lequel la caméra se « balade » d’une photographie à l’autre d’une famille (Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain, Anthony Bajon + une fille, désormais aux States), traces, instantanés d’une « autre vie » (sourires, voyage à NY, bonheur) – plan-séquence qui par ailleurs trouvera son écho dans le dernier plan.

La vie qui défile là en une sorte de film-muet pétrifié n’aura rien à voir avec la présente, celle qui s’enchaine dans la séquence qui suit : Une réunion entre le couple et deux avocats : on est en pleine négociation financière d’un divorce – montré sans un classique champs-contrechamps… (elle dit « j’étais plutôt mariée à Elsonn » – on comprend que cette séparation (après plus de 25 années de vie commune) est (aussi/ uniquement) la résultante du boulot éreintant dans l’entreprise Elsonn, ou Vincent Lindon est Directeur d’une unité de production…, n’arrivant plus à séparer vie privée/vie pro’ – et les séquences suivantes illustrent la « vie » que ce cadre vit….

On apprend qu’il doit, à la demande des actionnaires américains, « dégraisser », couper 10% de l’effectif (580 personnes), après avoir fait un 1er plan social 2 ans auparavant…..Ce qui donne lieu à des rencontres avec le personnel, avec les « executives » de la France (la patronne France est joué plutôt de manière convaincante par la débutante ex-journaliste Marie Drucker), plus tard une édifiante réunion zoom avec le big boss américain …. presque documentaire.

« Dégraissé » est le film aussi – rien de superflu, pas une once de trop. Et le corps massif de Vincent Lindon, son visage, ses expressions (souvent au centre d’un plan, au plus près) remplacent de longs discours (explicatifs comme c’était le cas p.ex. dans « Les Jeunes Amants »). Une scène, parmi d’autres, est particulièrement forte et émouvante (la visite de la maison du couple par des acheteurs potentiels – on entend le bla-bla des acheteurs qui restent visuellement dans le flou, des ombres – et la caméra scrute Lindon et Kiberlain…- cette scène seule mérite(rait) le détour.

On ressent presque physiquement l’impact des heures passées au bureau, de la lutte intérieure pour trouver une réponse aux exigences des actionnaires qu’il a de plus en plus de mal à comprendre, accepter.

« J’ai voulu faire exister ce film à travers les problématiques d’un cadre d’une entreprise qui se porte bien. Ce n’est pas une instruction à charge contre le capitalisme, c’est un film qui pointe du doigt les dérives de l’ultralibéralisme, pour lequel, l’important n’est pas tant de faire des économies, que le moyen de les faire : quel message courageux on envoie au marché, et comment va-t-il réagir. » Stéphane Brizé

Thème principal – Musique composée par Camille Rocailleux

L’épaississement du scénario avec l’ajout de problèmes avec le fils du couple – Anthony Bajon – (burn out en école de commerce, réaction psychotique) n’était peut-être pas nécessaire (Brizé explique : l’enfant symptôme à la fois des dysfonctionnements de la famille et de notre société …. ok, on avait compris !) – mais permet d’introduire la métaphore de « marionnettes » bien à propos et en même temps d’illustrer que le couple, même en mode divorce, arrive (encore) à s’entendre (et de s’aimer).

Le film vous prend aux tripes et je peux vous dire (en tant qu’ex-cadre lourdé dans le cadre d’un plan social) que les motivations et agissements des supérieurs hiérarchiques, du siège – sont parfaitement démontrées ici, et sans grands discours gauchisants ou théorisant comme l’aurait fait un Robert Guédiguian p.ex.).

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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Un commentaire pour Jeunes amants & Un autre monde

  1. dasola dit :

    Rebonjour, et bien moi, j’ai énormément aimé Les jeunes amants et pourtant je ne suis pas une fan de Fanny Ardant. Je trouve l’histoire bouleversante. Bonne après-midi.

    J’aime

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