Deux femmes par des femmes

Deux films sur des femmes borderline. Avec aux manettes deux femmes. Les deux réalisatrices – Ina Weisse et Maggie Gyllenhaal – se sont fait un nom en tant qu’actrices. Ina Weisse avait déjà surpris (en Allemagne) avec son film « Der Architekt » (l’actrice du film avait reçu un « César » allemand – Deutscher Filmpreis). « L’audition » (Das Vorspiel) est son 2e film.

http://blogs.lesinrocks.com/photos/2019/11/05/ina-weisse-nina-hoss/

Portrait psy et fascinant d’une professeure de musique exigeante (elle est marquée par son enfance ET des échecs dans sa propre carrière – elle a trop de trac sur la scène) et un élève qu’elle défend contre l’avis de ses collègues (elle m’a fait penser à « La pianiste » (Jelinek/Haneke) même si cette dernière avait des tendances sadomaso qui sont ici absentes) – par ailleurs d’autres spectateurs (et critiques) ont pensé immédiatement à « Whiplash » (D. Chazelle) – film sur une relation toxique prof’ et élève, mais du point de vue de l’élève. Ici on ne voit qu’à travers les yeux de Nina Hoss.

L'Audition

A côté de cette professeure de violon en quête d’affection il y a son époux français (Simon Abkarian !), un collègue-amant (avec lequel elle cherche on ne sait pas quoi – pour moi il n’a pas la trempe de son mari), son fils (et en arrière fonds son père (plutôt genre toxique).

La « concurrence » teintée de jalousie du fils (doué pour le violon mais en révolte contre sa mère qui ne semble pas vouloir voir son talent) à l’égard de l’élève qui semble prendre la place du fils dans la vie et les pensées de la mère irrigue l’ensemble du film.

L'Audition

Le spectateur du film perçoit plein pot l’indécision et l’ambivalence de cette femme entre deux âges, une claque. On ne « comprend » pas toujours sa « dureté » et un certain manque d’empathie mais le jeu de Nina Hoss nous le fait sentir.

L'Audition: Nina Hoss

Ce que j’ai aimé dans ce film (passé dans les salles de ciné françaises en 2019 et projeté sur ARTE) ce sont les vides, les blancs que Weisse laisse en suggérant, laissant le spectateur seul avec ce que Nina Hoss fait en « remplissant ces vides » avec son jeu tout en finesse, en faisant peu, mais avec une intensité de ouf (nuances, postures, hésitations…). L’histoire semble dans un premier moment être cousu de fil blanc (ou noir), mais reste largement en dehors des sentiers clichéesques. Nina Hoss est simplement bouleversante. (sur ARTE)

The Lost Daughter - film 2021 - AlloCiné

 Cette 1ere réalisation de l’actrice Maggie Gyllenhaal avait reçu le prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise (2021) pour ce film adapté d’un roman d’Elena Ferrante (« Poupée volée »). 

Très beau portrait de femme borderline – universitaire, mère de deux filles (qu’elle ne voit quasiment plus), seule en vacances en Grèce. Et qui traite en sous-contexte de la question d’être mère ET femme ou plutôt « est-ce toutes les femmes sont faites pour être mère » ?.

Synopsis de Allociné :

Lors de vacances à la mer en solitaire, Leda est fascinée par une jeune mère et sa fille qu’elle observe sur la plage. Bouleversée par leur relation fusionnelle (ainsi que par leur grande famille bruyante et intimidante), Leda est submergée par la terreur, la confusion et l’intensité de ses souvenirs de maternité précoce. Un acte impulsif la replonge dans les méandres étranges et inquiétants de son esprit, l’obligeant à affronter les choix peu conventionnels qui ont été les siens en tant que jeune mère et leurs conséquences.

The Lost Daughter: Olivia Colman

Immersion dans la tête d’une femme seule. Cette immersion passe par bon nombre de flash-backs (enchâssées) peut-être un peu trop schématiques ou appuyés. Olivia Colman (une découverte pour moi cette actrice n’ayant vu ni « The Crown » ni « La Favorite » ni « Broadchurch ») joue la femme de 48 ans, Jessie Buckley (nommée pour ce rôle au Golden Globes) – je ne l’ai jamais vu dans un film auparavant) jouant la jeune femme tiraillée entre sa carrière universitaire et ses aspirations, ses deux enfants, en absence d’un mari constamment en voyage pro’).

The Lost Daughter: Jessie Buckley
Jessie Buckler

Comme chez Nina Hoss (voir ci-dessus) on n’a pas besoin de bcp de mots pour « lire » tout ce qui se passe dans les yeux et sur le visage de Olivia Coleman, théâtre de gestes et mimiques qui projette les fêlures, les remords, les questionnement de la femme du présent (un peu perdue, paumée même) par rapport à celle du passé. Le spectateur est mis sur bon nombre de pistes (on cherche un évènement traumatique) qui tombent toutefois souvent rapidement à l’eau (une relation « prometteuse » avec un homme (Ed Harris – !!; la relation avec une jeune femme avec une fille capricieuse et un mari souvent absent (Dakota Johnson – entrevue dans « The social network »), femme qui fait surgir de la mémoire de Leda des scènes de son passé… et qui livrent des débuts de réponse aux questions que le spectateur peut se poser).

(Netflix)

Affiche Maggie Gyllenhaal

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4 commentaires pour Deux femmes par des femmes

  1. princecranoir dit :

    Très envie de voir les eux !
    Je suis complètement passé à côté de « L’audition » à sa sortie (mais peut être que le film n’a pas fait beaucoup de bruit 😉). Je tâcherai de me rattraper avec Arte.
    Quant à Maggie, je ne lis que du bien sûr son film. Encore un fleuron pour cinéphile que vient de rafler Netflix.
    Merci pour tes bons conseils.

    Aimé par 1 personne

    • lorenztradfin dit :

      en effet – très peu de bruit….. malgré la belle Nina Hoss. Un critique avait dit un jour que’ il n’y a que peu d’actrices (allemandes) qu’on regarderait tout à fait fasciné même si elle était suivi par une caméra dans une journée ordinaire seulement. Tout ce qu’elle fait est « intense ». Le film ne révolutionne pas le genre (Haneke est allé plus loin) mais vaut la peine pour elle. Quant à Netflix – en effet, ils sont forts. Bcp de déchet mais parfois des diamants (suit mon regard vers The Power of the Dog) – celui-là ne brille pas autant (les « défauts » d’un premier film sont là, qqs longueurs peut-être, mais une belle approche « cérébrale » et sensuelle en même temps. Merci pour ton passsage.

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