Les impatientes

2e livre que C. avait laissé chez nous avec la recommandation de les lire. Prix de la meilleure auteure africaine 2019 et Prix Orange du livre en Afrique 2019 ainsi que Prix Goncourt des Lycéens 2020.

J’ai donc rattrapé (avec du retard) un roman inspiré par la vraie vie de l’auteure.

3 femmes s’y expriment : Les sœurs Ramla & Hindou ainsi que Safira, la première épouse de l’homme auquel Ramla est promise.

Le maitre-mot de ce roman à trois voix sera l’expression peul « munyal » = Patience. On le retrouve sur la 4e de couv. aussi :

Trois femmes, trois histoires, trois destins liés.
Ce roman polyphonique retrace le destin de la jeune Ramla, arrachée à son amour pour être mariée à l’époux de Safira, tandis que Hindou, sa
sœur, est contrainte d’épouser son cousin.
Patience ! C’est le seul et unique conseil qui leur est donné par leur entourage, puisqu’il est impensable d’aller contre la volonté d’Allah. Comme le dit le proverbe peul : « Au bout de la patience, il y a le ciel. » Mais le ciel peut devenir un enfer. Comment ces trois femmes impatientes parviendront-elles à se libérer ?
Mariage forcé, viol conjugal, consensus et polygamie : ce roman de Djaïli Amadou Amal brise les tabous en dénonçant la condition féminine au Sahel et nous livre un roman bouleversant sur la question universelle des violences faites aux femmes.

Appel à la prise de conscience par nous les occidentaux sur la situation des femmes au Nord du Cameroun (et ailleurs, c’est moi qui le dit) mais aussi cri de révolte et appel à résister ….Je dis « ailleurs », mais il suffit de regarder la situation de certaines femmes (ce n’est pas qu’au Cameroun qu’on bat (et tue) des femmes.

A mon âge, quand on n’a pas vécu de manière trop nombriliste et un peu ouvert au monde et à d’autres cultures, le roman de Djaïli Amadou ne surprend pas particulièrement. Les propos sont durs à nos oreilles d’occidentaux qui (nous sommes peut-être/certainement polygame (?) de cœur mais monogame de fait) ne connaissons pas la polygynie :

« Ma mère est la quatrième épouse de mon père – la seule instruite. Avec ces coépouses, elle entretient un climat de conflit et de jalousie permanent. » (p. 112)

Donc assister à la description d’une vie (?), d’une cohabitation de co-épouses qui souvent (toujours ?) n’avaient pas choisi le mari en question (les filles sont marié de force, et encore vierge – avant leur 17 ans souvent), dans des termes simples, directs vous fait hoqueter pas mal. Mais on n’avait pas besoin de ce roman.

Cameroun : La célèbre écrivaine Djaïli Amadou Amal appelle à la fin de la  guerre dans le NOSO

Dommage que la trame narrative [faire parler d’abord parler Ramda – instruite et visant les Etudes – qui doit se marier le même jour que sa sœur Hindou – qui parlera ensuite et sera la femme qui au bout de la patience ne trouvera que l’enfer, la folie – et finir avec le point de vue de Safira qui doit accepter Ramla comme co-épouse et se voit obligé de déployer des stratégies pour la combattre aux yeux de son mari.] est un peu « programmatique » (afin de montrer presque toutes les facettes possibles) et n’évite de ce fait pas nombre de répétitions (de situations, d’incantations, d’avertissements) qui – à mon sens – alourdissent le propos, mais « marchent peut-être mieux » auprès d’un public jeune.

Par hdptcarLieu de la prise de vue7° 14′ 23,11″ N, 16° 26′ 04,36″ EVoir cet endroit et d’autres images sur : OpenStreetMap — originally posted to Flickr as Peul women in Paoua, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6840404

Reste que des scènes et remarques du genre ci-dessous (répétées aussi) ont l’effet de serrement du cœur :

(Le mari de Hindou rentre sur sa moto avec une autre fille et disparaît avec elle dans la chambre du couple. Hindou, révoltée et brimée souhaite en parler à sa mère (et via elle à son père). Ce dernier est cependant dans la semaine avec l’autre épouse et s’énerve que son épouse – jusque là la préférée – le dérange – d’où sa réaction la voici :

[– Mais son époux a vraiment exagéré. Il a…]

« Peu import! Peu importe ce que Moubarak a pu faire, c’est son cousin avant ‘être son époux. Le fils de mon frère. Un peu de respect au moins pour son oncle. C’est dans les moments difficiles qu’il faut patienter et tout supporter. A la limite, si c’est grave, elle aurait pu envoyer chercher sa tante et se confier. Mais revenir ici ! Et toi ? Quelle mère es-tu ? Au lieu de la réprimander et de la renvoyer discrètement, tu préfères me déranger, bousculer les convenances et cherche noise à ta coépouse en forçant ma porte pendant son tour… » (p.115/116)

« Personnalité la plus significativement importante que le Grand-Nord Cameroun n’ait jamais su éclore » (c’est la mari de l’auteure qui l’aurait dit) – Djaïla Amadou mérite d’être lu, sans toutefois nous apporter une littérature qui va au-delà d’une « sensibilisation » aux violences – physiques et psychiques – des femmes africaines. Espérons cependant que cette littérature arrive à faire changer la réalité en Afrique (et par ricochet ailleurs dans le Monde).

A propos lorenztradfin

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