Deux romans de Alessandro Robecchi

Traduits de l’italien par Paolo Bellomo avec le concours d’Agathe Lauriot dit Prévost.

Le roman « Ceci n’est pas une chanson d’amour » faisait partie des candidats au Prix Caillé 2021 et j’ai déjà parlé ici de l’approche traductologique de l’équipe formée par Paolo Bellomo et Agathe Lauriot dit Prévost.

Ca semble marcher pour les deux – Les Editions de l’Aube ont eu recours à la même équipe pour sortir aussi « De rage et de vent » (« Di rabbia e di vento« ). Et cela ne m’étonnerais pas que les autres romans (une série de huit [8 ] au total maintenant) autour des personnages principaux que sont Carlo Monterossi (animateur TV d’une chaine TV berlusconienne autrement dit : TV poubelle ou « usine à merde« ), concepteur d’une émission de télé-réalité –

C’est la télé, Carlo, ce n’est pas la vraie vie, c’est un truc avec des lumières à fond, du plastique bleu ciel et des pantins qui s’agitent pour d’autres pantins assis sur leur canapé à la maison… Mais je vais te dire une chose sur la vraie vie aussi… 

Milan/Milano, Katrina sa femme de ménage et excellente cuisinière (on profite de digressions sur la cuisine), Tarcisio Ghezzi, un sous-brigadier et le mysterieux Oscar Falcone…et une police qui patauge avec d’autres membres hauts en couleur, dont l’auteur semble souvent se moquer, vont se retrouver sur les étagères des librairies en France et Navarre.

(travel4soul)

C’est souvent savoureux, l’intrigue policière – dans les deux romans – importe moins que les dialogues, les jeux de mots, la critique de la société, le cheminement et/ou les états d’âme des protagonistes.

C’est beau, la justice et la loi, et il y croit même. Mais il veut le regarder en face, ce fils de pute, peut-être qu’il lui tirerait dessus, s’il pouvait, même si toute la rhétorique du justice ne lui appartient pas, et que faire justice soi-même est une connerie, que la vengeance c’est du poison – nous sommes des gens civilisés et progressistes, démocrates européens, pas des animaux du Texas, et cætera et cætera. Il sait, il sait tout ça, mais là, savoir ne lui sert à rien.
(p 245).

4e de couv’

Carlo Monterossi, détective à ses heures perdues, est ravagé par la culpabilité : après avoir pris un verre avec Anna, une escort girl avec laquelle il a partagé un moment de surprenante sincérité, il est parti de chez elle sans fermer derrière lui, laissant le champ libre à un meurtrier tortionnaire. Les pistes suivies par la police semblent annoncer une intrigue d’une complexité effarante, mais Alessandro Robecchi la détricote avec habilité et malice, pour le plus grand bonheur de son lecteur. Son regard aiguisé sur la société milanaise et ses innombrables milieux nous offre une histoire où la pègre et les gens comme il faut s’avèrent aussi féroces les uns que les autres…

Toute cette minestrone littéraire autour de deux meurtres (liés ou pas ??) est agréable, plaisante et déclenche parfois un petit rire à cause des trouvailles (de l’auteur/ des traducteurs). La structure des deux romans est voisine, la « rage » est peut-être un peu plus mélancolique que « la chanson », et peine aussi un peu à garder le « souffle » … ce qui fait que c’est surtout l’originalité des personnages, de quelques situations qui « scotche » le lecteur, l’intrigue n’avançant pas très vite.

Une chose est sûre et certaine – le travail de l’équipe des traducteurs est formidable, et ils ont le chic de mettre des bas de page quand il faut pour bien aider le lecteur français peu au fait de la société italienne.

« Ca s’appelle la restructuration de la dette, vous ne lisez pas les journaux ? – Vous me faite bien rire. Comment s’appelle le futé ? » Bref, on ne s’en sort pas, c’est quoi, une matinée au théâtre comique ? Alors Oscar lâche la bombe : « Bien évidemment, on pourra discuter d’intérêts, raisonnables, bien sur… mais il se peut que cette personne, pour rendre le jeu plus intéressant, vous fasse aussi un cadeau. – Une cravate ? (p.346)

[Note de bas de page: Robecchi joue avec les mots. Une cravate, en italien, peut aussi désigner le prêt effectué par l’usurier (le cravattaro), qui joue à étrangler l’emprunteur en serrant de plus en plus le nœud.

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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