Au printemps des monstres

Présentation de l’Editeur (Mialet-Barrault/Julliard)

Le 26 mai 1964, un enfant parisien sort de chez lui en courant. On retrouvera son corps le lendemain matin dans un bois de banlieue. Il s’appelait Luc. Il avait onze ans. L’affaire fait grand bruit car un corbeau qui se dit l’assassin et se fait appeler « l’Étrangleur » inonde les médias, les institutions et les parents de la victime de lettres odieuses où il donne des détails troublants sur la mort de l’enfant. Le 4 juillet, il est arrêté. C’est un jeune infirmier, Lucien Léger. Il avoue puis se rétracte un an plus tard. En 1966, il est condamné à la prison à perpétuité. Il restera incarcéré quarante et un ans, sans jamais cesser de clamer son innocence.

Je ne pouvais pas faire l’impasse du dernier livre de Philippe Jaenada, dont j’ai lu avec bcp de plaisir Spiridon Superstar, La Serpe et surtout La petite Femelle (la sortie à la TV de ce dernier avait eu des « retombées » énorme sur mon blog – plus de 300 clics en 23 heures )

Son dada ce sont les faits divers et affaires criminelles anciennes et classées – les « cold cases » –, sur lesquelles ils existent des zones d’ombre. Comme à son habitude Philippe Jaenada se jette dans des investigations d’un fouillé de ouf – plusieurs années, lisant tous les livres et/ou articles écrits sur l’affaire (heureusement il y a des archives – le seul dossier d’instruction était de 30000 pages !), marchant/conduisant sur les traces des protagonistes (mesurant le temps de parcours, vérifiant mille fois sur le terrain les énoncés dans les PV, discutant et interrogant – si encore vivant – les enquêteurs et témoins de l’époque. Et une fois réunis tous les éléments, il agence le tout dans une sorte de roman-enquête d’un minutieux qui est quasiment maladif, obsessionnelle.

Jaenada explique p.ex pourquoi Lucien Léger sourit sur cette photo

Dans quelques interviews il s’excuse de ce qu’il n’arrive pas à rendre à son éditeur des livres de 400 pages seulement. Là, on est à 749 (et en fin de course je dirai que certaines pages, aussi drôles qu’elles sont parfois, auraient pu être coupées sans enlever quoi que ce soit). [et il ne faut pas oublier qu’il fait remarquer aux lecteurs aussi qu’il à plus de 1900 pages Word de « notes » et qu’il disait aussi «Je  lui (à l’Editeur) ai dit que je ferais 1000 pages. Sinon, ça ne valait même pas la peine d’écrire le livre.» – il a donc fait un sacré élagage dans ses pages pour arriver à seulement 749 (après 4 années de travail quasi obsessionnel).

La structure des romans de Jaenada (qui excelle dans les parenthèses et digressions) suit toujours le même chemin :

« Je suis coincé. Le déconfinement est prévu pour le 11 mai, dans quatre jours, mais je ne sais pas quand rouvrira la salle de lecture des Archives Nationales. Je viens d’aller voir sur le site, on indique seulement qu’elle est « fermée jusqu’à nouvel ordre ». Par ailleurs, on n’aura pas le droit de se déplacer à plus de cent kilomètres de son domicile. Or je dois me rendre dans le Beaujolais : de chez moi, à vol d’oiseau, 359 kilomètres. coincé. L’avantage, dans un livre, c’est que ça ne se voit pas : je peux passer un mois sans écrire une ligne, un mot, personne ne se rendra compte de rien. il faut donc que je fasse comme si de rien n’était (c’est souvent une bonne méthode) et tout ira bien. »

Exposé de l’affaire en suivant les articles de journaux (et des médias) de l’époque, des « communications » entendu à l’époque. Passage sous le microscope des personnages clé, déterrement des incongruités, mensonges – c’est son contre-enquête minutieuse – et ensuite la présentation des alternatives, des manquements, des oublis et erreurs de la justice, démontage des témoignages, et même « sauvetage » théorique de certains acteurs.

Ainsi Solange sera présentée sous un autre jour réhabilitant.

Ce que je trouvais drôle ce week-end (par ailleurs l’avant-dernier week-end Grenoblois pour moi) c’était de lire dans Le Monde daté du 8.10 que Modiano « surgit » de plus en plus souvent dans des romans (on cite FH Désirable, Betty Duhamel et Christophe Jamin – mais on aurait pu citer aussi Jaenada. Dans cet opus Modiano (père et fils) se promènent en long et en large…..

Cette fois-ci je ne partage pas complètement l’obsession pour la mise en lumière du moindre détail et sors un peu soûlé de la lecture et aspire à des pages plus sobres.

A propos lorenztradfin

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2 commentaires pour Au printemps des monstres

  1. Elisa dit :

    Fascinée également par le travail de Philippe Jaenada, son écriture, la façon dont il décortique et donne à voir ce que l’âme humaine a de plus profond, dont il cherche à éviter tout jugement. Je te rejoins sur cet opus. Malgré la qualité du livre, une lecture parfois difficile avec trop de détails et de longueurs.

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  2. Philisine Cave dit :

    Plus cela va, et moins cet ouvrage ne me parle. Merci pour ton avis fouillé et riche.

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