La loi de Téhéran

Qui a dit que le cinéma iranien ne peut nous offrir un thriller-policier ?

Belle surprise ce film de Saeed Roustayi de 2019 sorti cet été dans le flot d’œuvres dont la sortie a été retardé pour cause de Covid. Il démarre assez fort (toutefois « convenu » = à l’américaine) avec une descente de police, une course poursuite (à pied) assez haletante – qui se termine non pas par une arrestation ou un tir de sommation mais par la mort du fuyard sans que le policier le poursuivant y soit pour quelque chose.

L’heure qui suit cette poursuite sera une nous laisse sans répit – la police, sous l’égide d’un policier tel un chien de chasse – remonte la filière du crack (du petit consommateur à l’intermédiaire au gros poisson) jusqu’à l’arrestation d’un grand poisson (Navid Mohammadzadeh). Occasion notamment de « découvrir » un amas de taudis (des personnes/familles « logées » (plutôt végétant) dans des tuyaux de canalisations en béton empilés….

Dès lors le film change, ne sort presque plus de la prison, est constitué davantage de confrontations (affrontements) entre le policier et le « gros poisson », une magistrature, des rivalités entre collègues ponctués de dialogues qui élargissent le panorama et donne à voir une société iranienne kafkaïenne, d’une logique qui nous échappe, nous les occidentaux bien assis dans nos fauteuils.

Le policier est fascinant (Payman Maadi – vu dans A propos d’Elly et Une séparation) – je comprends pourquoi la critique le compare à l’obstiné Gene Hackmann de « French Connection » (on ne peut pas s’attacher à lui, on peut pas l’aimer mais seulement admirer dans son entêtement désenchanté).

On apprend que la drogue, et notamment le crack fait des ravages inconsidérés (la détention de plus 30gr peuvent vous mener à la mort par pendaison). Il y a par ailleurs une scène de pendaison de « masse » qui glace le sang – même si l’entassement des prisonniers dans les sous-sols de la police nous laisse déjà entrevoir le côté inhumain de la justice – expéditifs – de ce pays après avoir plutôt finement illustré la « fracture » sociale.

Peut-être le film souffre un (tout petit) peu de son déséquilibre (en deux « parties »), peut-être aussi d’une utilisation trop systématique de plans pour réduire les masses des prisonniers en entité grouillante et hébétée ainsi que finalement l’impossibilité d’empathie pour les personnes, mais il semble bien documenté et charrie sa charge contre un système kafkaïen.

A propos lorenztradfin

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5 commentaires pour La loi de Téhéran

  1. princecranoir dit :

    Tu me confortes dans mon envie de le voir.
    Programmé dès demain si tout va bien.

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  2. princecranoir dit :

    Un film puissant, prenant, un grand cri d’alarme sur une situation sociale dramatique en Iran. J’ai été frappé surtout par le sort des enfants qui, derrière l’affrontement flic/truand, payent rudement la note.
    Merci pour ce conseil de séance, et que je recommande à mon tour.

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  3. regardscritiquesho22 dit :

    A reblogué ceci sur Regards critiques par Henri Orhanet a ajouté:
    « La Loi de Téhéran » de Saeed Roustayi…
    Apparemment le premier film de ce cinéaste iranien.
    Alors, grande naïveté de ma part? Le film n’a pas dû être tourné en Iran ou, si c’est le cas, on peut se demander comment et pourquoi les ayatollahs ont laissé sortir ce film qui donne une image terrifiante de l’Iran? Terrifiante à tous points de vue…
    En Iran, la lutte contre la drogue est telle que, que ce soit 30 grammes ou plusieurs kilos, le tarif est le même: la peine de mort! le film raconte la lutte sans merci et sans relâche d’un flic intègre aux méthodes parfois très radicales contre, non pas le menu fretin, mais contre les gros bonnets de la drogue.
    Le film est hyper-violent, pas tellement dans les actes -encore que…-, mais surtout dans le propos. Le pays semble complètement gangrené par la drogue. Lorsqu’il arrive à ses fins, c’est-à-dire à l’identification du gros bonnet en question, le flic perd un peu le premier rôle, car le scénario s’intéresse alors au dealer de crack et le polar devient un film social et politique. Le propos est clair et la parole est donnée au dealer de crack, qui proclame son propre plaidoyer, les riches, les pauvres, les raisons de ce commerce inéluctable de la drogue et le constat est terrible.
    « La Loi de Téhéran » est très souvent à la limite du supportable et, d’un point de vue cinématographique, certaines séquences sont des morceaux d’anthologie: les descentes de flics, la fuite éperdue des dealers, les arrestations de masse. La séquence d’intro, une chasse à l’homme dans les ruelles étroites d’un quartier populaire est, à ce sujet, particulièrement édifiante et donne le ton du film. Par la suite, les scènes se passent presque toutes en intérieur, dans des prisons surpeuplées. Le film est très violent, avec un montage hyper-vitaminé, du début à la fin, mettant bien en exergue l’aspect gendarmes et voleurs, mais aussi les tensions entre flics et, également, les tensions entre le policier et le juge. Les séquences se succèdent les unes aux autres sans aucun relâchement, sans aucun temps mort, le rythme est surpuissant et ne laisse aucun répit au spectateur.
    Vraiment du très grand cinéma, « La Loi de Téhéran » est à la fois un polar violent et très rythmé, mais aussi un grand film politique et social, à voir absolument!

    J'aime

  4. regardscritiquesho22 dit :

    « La Loi de Téhéran » de Saeed Roustayi…
    Apparemment le premier film de ce cinéaste iranien.
    Alors, grande naïveté de ma part? Le film n’a pas dû être tourné en Iran ou, si c’est le cas, on peut se demander comment et pourquoi les ayatollahs ont laissé sortir ce film qui donne une image terrifiante de l’Iran? Terrifiante à tous points de vue…
    En Iran, la lutte contre la drogue est telle que, que ce soit 30 grammes ou plusieurs kilos, le tarif est le même: la peine de mort! le film raconte la lutte sans merci et sans relâche d’un flic intègre aux méthodes parfois très radicales contre, non pas le menu fretin, mais contre les gros bonnets de la drogue.
    Le film est hyper-violent, pas tellement dans les actes -encore que…-, mais surtout dans le propos. Le pays semble complètement gangrené par la drogue. Lorsqu’il arrive à ses fins, c’est-à-dire à l’identification du gros bonnet en question, le flic perd un peu le premier rôle, car le scénario s’intéresse alors au dealer de crack et le polar devient un film social et politique. Le propos est clair et la parole est donnée au dealer de crack, qui proclame son propre plaidoyer, les riches, les pauvres, les raisons de ce commerce inéluctable de la drogue et le constat est terrible.
    « La Loi de Téhéran » est très souvent à la limite du supportable et, d’un point de vue cinématographique, certaines séquences sont des morceaux d’anthologie: les descentes de flics, la fuite éperdue des dealers, les arrestations de masse. La séquence d’intro, une chasse à l’homme dans les ruelles étroites d’un quartier populaire est, à ce sujet, particulièrement édifiante et donne le ton du film. Par la suite, les scènes se passent presque toutes en intérieur, dans des prisons surpeuplées. Le film est très violent, avec un montage hyper-vitaminé, du début à la fin, mettant bien en exergue l’aspect gendarmes et voleurs, mais aussi les tensions entre flics et, également, les tensions entre le policier et le juge. Les séquences se succèdent les unes aux autres sans aucun relâchement, sans aucun temps mort, le rythme est surpuissant et ne laisse aucun répit au spectateur.
    Vraiment du très grand cinéma, « La Loi de Téhéran » est à la fois un polar violent et très rythmé, mais aussi un grand film politique et social, à voir absolument!

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