Comédies Françaises – Sélection du Livre Inter 2021

Présentation de l’Editeur (Gallimard)

Fasciné par les arcanes du réel, Dimitri, jeune reporter de vingt-sept ans, mène sa vie comme ses missions : en permanence à la recherche de rencontres et d’instants qu’il voudrait décisifs. Un jour, il se lance dans une enquête sur la naissance d’Internet, intrigué qu’un ingénieur français, inventeur du système de transmission de données qui est à la base de la révolution numérique, ait été brusquement interrompu dans ses recherches par les pouvoirs publics en 1974. Les investigations de Dimitri l’orientent rapidement vers un puissant industriel dont le brillant et sarcastique portrait qu’il en fait met au jour une «certaine France» et le pouvoir des lobbies.

Encore un livre que je n’avais pas trop envie de lire – mais maintenant c’est fait et je dois avouer que je n’ai pas vraiment regretté, malgré une certaine longueur et un côté fourre-tout, certes déconcertant, mais aussi souvent amusant.

Jeune homme intrigué par le vol d’une mouche non euclidienne, la planète affolée

Vous vous demandez probablement pourquoi je mets en illustration un tableau de Max Ernst !? Hah ! C’est que tout un chapitre du roman est consacré à la rencontre de Max Ernst (qui se trouvait à NY avec Marcel Duchamp, Breton et les autres – et qui souffre sous la c(r)oupe de Peggy Guggenheim) et Jackson Pollock (il y en a des sources qui disent que Max Ernst aurait revendiqué « le droit de se dire l’inventeur de l’Action Painting » (suivez mon regard et les points de ce tableau peint en 1939 (!)) (« dripping ») …. pour finir avec un rappel du soutien de la CIA à Pollock et ses confrères pour montrer au monde entier, notamment – on est en guerre froide – aux Russes, que nous, les Américains nous laissons les peintres travailler librement (une sorte de Soft Power avant l’heure) sans leur imposer un style comme vous le faites à Moscou…

La 4e de couv’ nous laisse entendre que ce cher Dimitri (dont on lit dès la première page le faire part de décès) s’intéresse – en reporteur d’AFP – à Louis Pouzin (le créateur du réseau Cyclades (Datagrammes – services de transmission des données en mode paquets – donc le système avant-coureur de l’Internet d’aujourd’hui) et par ricochet à Ambroise Roux (Compagnie Générale d’électricité) qui avait/aurait, à l’époque un fort lobbying pour faire capoter l’idée des « modes paquets » pour mieux vendre les commutateurs téléphoniques proposés par le futur Alcatel…. et empêché ainsi la naissance d’un internet français …. Les chapitres 11 – 14 sont presque un documentaire et on en apprend des choses (que je n’aurai jamais cherché à comprendre)…

Mais pour arriver à ce « cœur » (?) du roman (fort documenté), Eric Reinhardt nous balade par des chemins détournés. On apprend des bouts la jeunesse de Dimitri, ses années prépa (il y a des moments bien drôles et acerbes sur le système d’éducation à la française ainsi que sur la perpétuation de la dualité du système social français, mais aussi du « remplissage de pages » p.66 – p. 68 l’énumération de toutes les pièces de théâtre que ce fan des planches Dimitri a vu : « .…il avait vu les spectacles de Romeo Castellucci. Il avait vu les spectacles de Krystian Lupa. Il avait vu. .... » etc sur 3 (!) pages en mode mantra… et n’en parlons pas de l’énumération de la totale de l’œuvre de Jules Verne de « Cinq semaines en ballon » à « Le château des Carpathes » (p. 368)

Il y a aussi une femme qui hante notre cher Dimitri, femme qu’il voit/ croit voir (c’est parfois surréaliste, tzzz) à Madrid, au Théâtre de la ville etc…. et il nous n’épargne pas ses hésitations, son admiration non plus (et il faut dire, il sait parler aux femmes) :

Ses rides témoignaient de la fréquence de ses sourires, les plus marquées chez lui n’étant pas celles de l’inquiétude, du doute ou de l’angoisse, mais de la joie, de la vitesse : ces rides-là étaient de celles qui, soulignant ce qui est vif chez une personne, en exacerbent la beauté plutôt qu’elles ne la flétrissent, compensant par cet apport ornemental – par cette gravure sur peau – ce que l’âge peut retirer à un visage de sa fraîcheur.

Cette femme, ou plutôt la difficulté de la rencontrer le conduit aussi à des recherches sur Internet (dans une phase de déprime), des forums et autres sites « dédiés » au X pour satisfaire sa libido….(en envisageant « même » une escort-girl trop bandante)

Il fallait absolument qu’il fasse la connaissance de cette fille, c’était impératif, quoique recourir à une escort lui semblât évidemment incongru. Évidemment. 

On revient pas mal de fois sur la sexualité (drôle : un long dialogue avec la meilleure amie de Dimitri (p. 45 – 59) ou j’apprends de la bouche de sa copine que des draps/housses motifs zèbres pouvaient influer sur la libido :

« Why not. Une fois déshabillé : micro-bite. Micro bite /motifs zèbres ! Le gars, ça lui avait jamais traversé l’esprit….Comment on dit déjà. Merde.. – De quoi ? – Le mot…Aide-moi Dimitri…. Pas raccourcis… – ??? – Analogie ! Le gars il s’était jamais dit que par analogie recevoir des filles sur des zèbres, ça pouvait être dévaluant pour ! Je me suis barrée tout de suite. »

Finalement je sors de la lecture sans savoir exactement ce que je dois penser de ce livre déconstruit et rempli de digressions. Je me demande, comment relier les filles, l’Art, la politique politicienne, les bouts de romans que Dimitri écrit fébrilement dans sa tête ou dans un de ses cahiers (Clairefontaine et pas Moleskin). Mais peut-être il faut/fallait juste se faire porter, se faire « saouler », (tr’)émousser, par le tsunami de mots qui (toutefois) parfois fait bien sourire.

Qu’arrive-t-il à un homme de pouvoir quand il se rend coupable, à l’égard de son pays, d’une faute irréparable? On le sait, il n’est pas dans la nature des patrons français d’être particulièrement indulgents à l’égard de ceux de leurs salariés qui ont le malheur de commettre une erreur, de perdre un client, de voir baisser leurs chiffres, d’avoir une tache sur leur cravate. Ou d’arriver en retard à une réunion (de dix petites minutes). Ou de ne pas répondre à un mail le dimanche. Ou d’avoir même seulement mauvaise mine un matin, alors la remarque rabaissante ne tarde jamais à terrasser la tête du salarié ensommeillé qui manifestement n’a pas pris la sage résolution de consacrer à l’entreprise davantage encore que l’intégralité de son temps, de sa personne, de ses pensées et de son énergie. Aucun être humain n’est plus prompt à humilier un autre être humain qu’un patron français agacé par un subalterne. A telle enseigne que les relations entre patrons et salariés, en France, m’ont toujours donné le sentiment d’être fondées sur l’unique postulat que le patron a toujours raison et le salarié toujours tort, que les vues du patron sont forcément courageuses, justes, pénétrantes, visionnaires, inspirées, célestes, magiques, majeures, grandioses, symphoniques, transcendantales, quand celles du salarié, à l’inverse, sont inverties, sournoises, mesquines, petites, floues, fourbes, frileuses, dodues, narquoises, duveteuses et réticentes, forcément réticentes, constamment réticentes, par principe réticentes c’est tout du moins ce que se plaît à répercuter à longueur de tribunes la rhétorique des éditorialistes à particule qui les écrivent. (p. 258)

Eric Reinhardt a incontestablement une plume mais, je l’avais déjà constaté ici , dans ce livre-là il ne s’est pas bien freiné … donc comme pour « L’amour et les forêts » je suis et reste partagé.

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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3 commentaires pour Comédies Françaises – Sélection du Livre Inter 2021

  1. Philisine Cave dit :

    Ce livre n’est clairement pas pour moi. Bises

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Liste des 10 livres en compétition du Livre Inter 2021 | Coquecigrues et ima-nu-ages

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