Livre Inter 2021 – La vengeance m’appartient

Présentation de l’Editeur (Gallimard)

Me Susane, quarante-deux ans, avocate récemment installée à Bordeaux, reçoit la visite de Gilles Principaux. Elle croit reconnaître en cet homme celui qu’elle a rencontré quand elle avait dix ans, et lui quatorze — mais elle a tout oublié de ce qui s’est réellement passé ce jour-là dans la chambre du jeune garçon. Seule demeure l’évidence éblouissante d’une passion.
Or Gilles Principaux vient voir Me Susane pour qu’elle prenne la défense de sa femme Marlyne, qui a commis un crime atroce… Qui est, en vérité, Gilles Principaux ?

Drôle de roman qui débute avec un crime et se transforme en un enchevêtrement de récits qui, en avançant dans la lecture, deviennent de plus en plus opaques, et je dois avouer que je suis resté assez dubitatif et comme à l’extérieur de ces histoires. Elles semblent, dans un premier temps, être « simples » mais – au moins pour moi – se perdent dans une feu d’artifice virtuose (il faut dire qu’elle sait manier les mots) mais – sorry – vain.

Il y a les liens entre Me Susane et sa femme de ménage Sharon (sans papiers), Lila la fille de Rudy, un ex de Me Susanne, M & Mme Susane, M & Mme Principaux, et les récits qui se tissent autour de ces personnes, on a droit à des menus concoctés par Sharon et des ombres du passé (keskisestpasé dans une grande maison avec un garçon de 14 ans….quand Me Susane avait encore 10 ans ?)

Et que dire du summum de ce maelstrom, les pages 113 – 123 (et rebelote p. 178 – 180) avec leur marée haute de « mais » énoncée par Marlyne, la femme de M. Principaux :

« Mais il souffre, mais il est bien, il sirote son…. Mais je ne sais plus ce qu’il était, mais whiskey, cognac, gin, mais je ne me rappelle plus. Mais il est bien, seul chez nous là-bas, mais je le vois parfaitement, il… » (p. 118) ==> 4 lignes sur les 10 pages…!!)

Sachant que le monologue de M. Principaux qui suit de peu cette avalanche de « Mais » est nettement plus « clair » et montre l’abîme entre leurs perceptions mutuelles de leur vie « commune » (?). Malheureusement, un peu plus tard (à partir de la page 160) son discours va être parsemé de « car » qui, encore pour moi, alourdit :

« Car je me serai précipité et après ? Oui, Maître, et après ? Car j’aurais trouvé les petits avant que les policiers n’arrivent. Car j’aurais trouvé les petits avant que les policiers arrivent. Car j’aurais ….(p. 160)

Peut-être ces « monologues » auront un jour leur place au théâtre. Il y a, mais (pour moi) en moins bien, un côté Thomas Bernhard dans la musicalité de certaines passages, avec leur motifs de répétition soulante, et une certaine ironie (pourtant je préfère nettement Thomas Bernhard)

Ce qui ma gêné aussi : l’éternelle utilisation du « Maître Susane », « Me Susane » (la fille de M. et Mme Susane – jamais appelé père ou mère…) …il m’est sortis des oreilles…

Le lecteur que je suis se dit : ok, j’ai compris que ces divagations d’une femme devenue « bizarre à l’âge de dix ans » ont à voir avec la mémoire (défaillante ? paranoïaque ?), la construction en abîme elle est « whaoua!! », et le texte laisse des portes ouvertes, ouvre d’autres fenêtres ou portes, mais me laisse en plan en tant que lecteur, je n’ai pas envie de répondre aux questions, parce que je n’étais jamais touché peut-être, ni vraiment interpellé et déboussolé par l’écriture.

Je me rappelle d’avoir lu chez Pamolico que « La plume de Marie NDiaye est à la fois légère et lourde, d’une lourdeur ampoulée, verbeuse, désuète. » et qu’elle n’avait pas trop aimé. Après la lecture, je comprends.

« Elle voulait avoir, face à l’hypothétique présence de Principaux, une assurance que lui donnaient les petits talons pointus bien davantage que les semelles de caoutchouc et même si cette crânerie des talons, cet aplomb offert tant par la hauteur amplifiée (et Me Susane était déjà très grande !) que par l’autorité sans appel, obtuse, tyrannique du clac-clac sur le plancher sonore lui paraissaient d’un faible pouvoir devant Principaux et l’absence de souvenir qu’il prétendait avoir de leur relation ancienne – la mainmise qu’il s’octroyait (peut-être) sur la mémoire de Me Susane. (p. 152)

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4 commentaires pour Livre Inter 2021 – La vengeance m’appartient

  1. Je suis ravie de me sentir encore moins seule sans ma déception…! Merci pour le lien 🙂

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