Histoire du fils

France, Figeac, Famille, Fils ……. ce sont les 4 grands F, lettre qui se trouve aussi dans le nom de Marie-Hélène LaFon qui vient d’être couronné du Prix Renaudot 2020 pour son dernier roman. Encore un(e) auteur(e) dont je n’ai jamais ouvert un de ses livres. Là, il se trouvait parmi les kados de Noël de notre foyer….

Construction intéressante du récit (12 journées qui sautillent de 1908 à 2008 ou 1935 pour revenir à 1950, 1934 ou 1962) embrassant ainsi aussi bien l’Histoire de la France (très peu, en filigrane) que celle des membres d’une famille au centre de laquelle André, enfant de Gabrielle Léoty et d’un père « absent », fils finalement élevé par Hélène, la sœur de Gabrielle.

Une Saga à la française en quelque sorte, mais réduite à son ossature, sans débordement (au lieu d’être un pavé de plus de 500 pages Marie-Hélène Laffont nous réduit a vie de toute une floppé de génération sur 171 pages. dans une langue sobre, « simple », ciselé, presque anti-moderne. Il y a Armand de 1908 et Armand de 2008… un arbre généalogique qui peut faire perdre le lecteur sil ne prend une note par-ci par-là…

https://www.france.tv/france-5/les-100-lieux-qu-il-faut-voir/saison-4/1368897-le-cantal-de-salers-au-volcan-du-cantal.html

Présentation de l’Editeur (Buchet Castel)

Le fils, c’est André. La mère, c’est Gabrielle. Le père est inconnu.

André est élevé par Hélène, la sœur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines. Chaque été, il retrouve Gabrielle qui vient passer ses vacances en famille.

Entre Figeac, dans le Lot, Chanterelle ou Aurillac, dans le Cantal, et Paris, Histoire du fils sonde le cœur d’une famille, ses bonheurs ordinaires et ses vertiges les plus profonds, ceux qui creusent des galeries dans les vies, sous les silences.

Pour donner une idée de son style voici deux extraits (à mon avis parlant)

Il devint attentif à la voix, grave voilée chaude moirée veloutée. Il épuisa ses adjectifs. Il s’appliquait, les yeux fermés, divagant et ramassé dans sa peau. Granuleuse, peut-être, la voie de Mademoiselle Léoty, mais pas rocailleuse, ni éraillée ; caressante ; non, pas caressante, le contraire, presque le contraire, ça vous passait dessus, vous passait au travers, vous rentrait dedans, vous touchait à l’intérieur, sous la peau. (p38)

Inconnu est un adjectif qualificatif, il en est certain, il peut compter là-dessus, sur la grammaire. À père inconnu, fils inconnu. Ce père et lui auraient en commun un adjectif de trois syllabes dont la première est un préfixe de sens négatif et les deux suivantes un participe passé. Planté devant le portail, dans le gros soleil, mordu de soleil, il est sûr de son affaire grammaticale. Donc un adjectif en commun ; mais lui, André, dix ans, a un avantage sur ce père. Lui, André, dix ans, sait que ce père existe, forcément, ou a existé avant sa naissance, tandis que ce père ne sait peut-être pas qu’il a ce fils, un fils, André Léoty, dix ans, Léoty est le nom de sa mère, et le nom de jeune fille d’Hélène ; il aime ces mots, le nom de jeune fille, sa mère a dû être une jeune fille aussi, il devine plus ou moins que les femmes sont des jeunes filles avant la naissance des enfants, mais les femmes qui sont de vieilles mères sans mari, comme la sienne, ne restent quand même pas des jeunes filles plus longtemps que les autres ; on dit jeune fille et enfant de vieux ; ses cousines sont des jeunes filles et lui un enfant de vieux ; il ne voit pas sa mère jeune fille, comme le sont les cousines ; Hélène oui, mais pas sa mère. Il faudrait demander à Hélène, mais il ne le fait pas, il n’ose pas le faire. (p.77)

Un roman « reposant » malgré la tristesse retenue de cette épopée bien peu ordinaire, mais stylistiquement une bouffée d’oxygène par rapport au roman de Hervé Le Corre.

Un très beau texte dans un petit grand livre.

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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Un commentaire pour Histoire du fils

  1. princecranoir dit :

    LaFon, la Forme donc. Et le Fond ?
    Il faut aimer grimper aux arbres tout de même. J’ai un peu la flemme en ce moment, j’avoue.
    Mais une fois de plus tu le défends bien.

    J'aime

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