Ce lien entre nous – The line that held us

Quand un homme a quelque chose à perdre, ça change la donne. Tu trouves quelque chose qu’un homme aime plus que lui-même, et tu peux lui faire faire à peu près n’importe quoi.

En fermant ce roman de chez Sonatine et traduit par Fabrice Pointeau (merci !) je me suis dit qu’ils sont un bon quatuor au sommet : les Cormac McCarthy, Ron Rash, Gabriel Tallent et David Joy (pour info – c’est marqué dans le bandeau que D. Joy a eu pour professeur Ron Rash).

Je conseille (même aux âmes sensibles : il faudra toutefois un estomac bien accroché pour lire certains passages)

Présentation de l’Editeur :

Caroline du Nord. Darl Moody vit dans un mobile home sur l’ancienne propriété de sa famille. Un soir, alors qu’il braconne, il tue un homme par accident. Le frère du défunt, connu pour sa violence et sa cruauté, a vite fait de remonter la piste jusqu’à lui. Un face à face impitoyable s’engage alors.
 
Avec Ce lien entre nous, David Joy esquisse un nouveau portrait noir des Appalaches. Quelle rédemption pour ces régions violentes et magnifiques, réduites au désespoir ? Seul un grand écrivain est capable de nous donner une réponse.
 

Les fils d’Ariane de ce drame situé en Caroline du Nord (Trump-land !) sont : la Bible (ahh l’histoire de Job) et le(s) fusil(s), la nature (sauvage) des Appalaches, et quelques personnes : le malheureux chasseur Darl Moody, qui va tuer, par mégarde – en le confondant avec un sanglier – Carol Brewer (Sissy) ; le frère aimé de ce dernier, Dwayne Brewer (dont on apprendra rapidement qu’il est plutôt du genre coléreux et violent) ; Calvin Hooper, le meilleur ami de Darl Moody, et sa jeune et belle compagne Angie. Pour clore cette ronde encore un policier, Michael Stillwell. Et voilà le drame (grec) peut se dérouler devant une toile de fond brossée avec une langue précise… et distillant aussi bien l’horreur que stupéfaction et une certaine empathie aussi (ce qui montre bien qu’il y a une certaine complexité derrière les liens clairs et droites entre les personnages.

L’intrigue n’est pas de type trépidante. Les chapitres alternant l’accompagnement des diverses personnages cités plus haut, distillent des bribes de leur passé, de leur choix, de leurs options et font peu à peu, mais sans se précipiter, avancer le récit qui culminera avec une formidable montée de tension (dû aussi à une cascade d’évènements déclenchés par la mort de Carol) dans un inexorable face-à-face – show-down qui se termine autrement que prévu.

Ce qui est fort dans ce livre, c’est la description impeccable et au scalpel de la vie dans ces montagnes/villes reculées et sur le déclin (l’économie qui périclite), les mobil-homes, le chômage, le braconnage (pour avoir de la viande dans l’assiette), l’alcool.

« L’écran de l’ordinateur était la seule source de lumière dans la pièce, et Dwayne observa le visage du vieil homme, la façon qu’il avait de pencher la tête en arrière pour regarder à travers ses lunettes, la manière qu’il avait de caresser sa barbe. Les seuls sons étaient celui des poils rêches du vieil homme glissant dans sa main et le bourdonnement du ventilateur de l’ordinateur. Les époques se juxtaposaient de manière saisissante dans ces montagnes, car un homme pouvait encore labourer son champ avec un cheval et une herse comme cent ans auparavant, puis se retourner et tirer un iPhone flambant neuf de sa poche pour informer sa femme qu’il serait en retard pour le dîner…. » (p. 72)

Description à laquelle se rajoutent des dialogues de gens taiseux, frustres pour ne pas dire frustrés, des gens marqués par des enfances qu’on ne souhaite à personne. Et à laquelle, outre le récit tendu, David Joy nous assène des détails assez sanglants ainsi qu’une observation notamment de la décomposition d’un cadavre…. il nous n’épargne rien, on a même l’impression de sentir l’odeur douçâtre.

Les amants trépassés – anonyme 15e siècle – Musées de Strasbourg
Un temps attribué à tort au jeune Mathias Grünewald, ce panneau a été depuis donné avec vraisemblance à un maître d’Ulm, en Souabe, dans le sud de l’Empire Germanique.

« Il regarda les bras de son frère, où des mites d’un brun rougeâtre grosses comme des têtes d’épingles galopaient sur la peau noire, de minuscules œufs éparpillés sur lui comme des graines de moutarde. » (p. 75)

Bluffé j’étais par ces 300 pages qui se lisent d’une traite et sont aussi bien un miroir de notre époque qu’un thriller à accents shakespeariens.

« Il suffirait de réparer les routes, de nettoyer les parcelles, de construire le terrain de golf et d’installer un ou deux panneaux d’affichage avec une star du golf soutenant l’endroit, et un troupeau d’imbéciles débarquerait de Floride dans des Lexus et des Mercedes et des LandRover en quête d’une deuxième ou d’une troisième maison tel un exode massif de bétail atteint d’une insolation. les natifs du coin les détestaient. Ils les maudissaient à l’épicerie, et quand la durée du trajet entre leur domicile et leur boulot doublait parce que les touristes faisaient du trente à l’heure sur une route de montagne conçue pour rouler à soixante-dix. Ils les maudissaient à voix basse et leur souriaient en face car ils y étaient bien obligés, tout en rêvant au fond d’eux-mêmes de dégainer un canif et de la planter dans leur bide bronzé. (p. 214)

C’est ici au Lake Fontana que se termine le livre. Si ce n’est pas en mode rédemption c’est qu’il y a quelque part la main de Dieu.

Lake Fontana – wallmonkeys wm361053

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2 commentaires pour Ce lien entre nous – The line that held us

  1. celui-ci est sur ma liste depuis un moment, j’attends d’achever ma pile

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