Orphélines

Orphelines - Bouysse

Dernier né de l’auteur de « Né d’aucun femme« , roman qui a fait décoller la carrière de Franck Bouysse (pourtant déjà suivi sans faire grand bruit avec des romans tels que « Glaise » et « Grossir le ciel » ……)

La maison d’édition « Moissons noires » a crû bon de mettre un bandeau rouge sang en 4e de couv’ : »Le nouveau maître du roman noir français »

Roman paru en pleine crise sanitaire (le 10 mars 2020). Présentation de l’Editeur :

Une ambiance sombre et pesante s’est installée dans la ville.

Un criminel tapi dans l’ombre observe et s’amuse avec deux flics qui le poursuivent. Crime après crime, Bélony et Dalençon voient ce meurtrier leur glisser entre les doigts.

La noirceur de son âme ne fait aucun doute depuis qu’un corps de femme massacré a été découvert…

« Les sentiers de la folie contaminent ce roman à la manière d’ne petite musique lancinante. »

De la musique il y’en a – et pour tous les goûts :

« Le temps des cerises »,

Cerises à Pelleautier fin mai 2020

les « Marionnettes » (Christophe), « Miss Otis regrets » (C. Porter), « Bachelorette » (Björk) … la BO est belle… un peu de ciné aussi, avec un résumé bien senti d’un de mes films préférés « Lumières de la ville » (Chaplin)

Dans l’ensemble ce roman est toutefois un peu « fabriqué » à mon sens, comme une oeuvre de commande, pastichant des thriller « déjà lus ».

Certes, les deux protagonistes centraux, le commissaire Bélony, dont la femme vient de mourir après un long coma, et sa collègue plus jeune, Dalençon, peu heureuse dans ces affaires de cœur, sont plutôt bien dessinés avec leurs côtés blessés et/ou rugueux, invitent le lecteur à l’empathie. Le méchant toutefois, dont Franck Bouysse nous propose des extraits de son journal, reste insaisissable. Ses jets de mots empreints de folie sont finalement si hermétiques (à un lecteur comme moi) qu’elles ont perdu de la force (pour moi).

….Rictus douloureux. Tricher. Essayer pourtant. Mâcher la vie. Exploiter la moindre molécule. La survie mentale est dans la digestion de briques inorganiques.… (p. 68)

S’ajoute une fin un peu « précipitée » ce qui m’emmène à penser que Franck Bouysse pourrait proposer ce roman à une antenne TV pour la mise en image d’un bon thriller bien pesant et noir à déguster, la bouteille de bière à la main, devant son ciné de pantoufles.

Le roman a été toutefois une occasion de se replonger dans l’oeuvre de l’artiste Cindy Sherman (le commissaire pense aux poupées de cette artiste (il lit par ailleurs un texte de , tiens, « Télérama » – ça fait moins savant –  sur une exposition d’elle) en voyant les victimes du grand méchant…. bien amochées.

Ce dernier, tel Hannibal Lecter et d’autres grands méchants comme John Wayne Gacy, adore jouer avec la police en laissant des traces, des rébus, des extraits de chansons – comme dans « Seven » (John Doe) – seulement ici tout ne se résoudra pas avec l’aide d’empreintes digitales, mais avec un petit twist moins prévisible que j’avais craint. Le commissaire s’appuiera sur un intéressant 3e personnage (le commissaire Farque, un ex-collègue) dont le portrait est brossé en 2-3 pages formidables, pages dans lesquels j’ai (re-)trouvé le vrai talent de Franck Bouysse.

« Il vivait avec sa femme, depuis le départ des enfants. Ils avaient au moins réussi ça, élever les mômes, leur permettre d’avoir une situation. Désormais, le couple se regardait en chiens de faïence. Et la faïence s’était écaillé avec le temps. Trop tard pour se séparer. Leurs habitudes les entretenaient tant bien que mal dans le sommeil des sens. Un drôle de rituel, la vie, pas une sinécure, un rituel sans surprises. Bien sûr, il y avait les dimanches à la campagne, les après-midi au bord de l’eau, à pêcher, pendant que sa femme faisait semblant d’attendre à la maison son retour, alors qu’au fond elle le maudissait, ce retour. Les poissons à vider. Et puis, faire semblant de les trouver délicieux, alors qu’ils puaient la vase, et l’ennui. «  (p. 174)

Somme toute une lecture agréable, loin-loin du monde de « Né d’aucune femme », parfaite pour un week-end pente-côtiste sous les cerisiers du jardin de C&R dans le Gapençais après quelques jolies randos dans les pentes magnifiques  de la (grande et petite) Cëuse.

Mais – au moins pour moi – avec un petit goût d’inachevé.

Lumières de la ville

 

 

 

A propos lorenztradfin

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2 commentaires pour Orphélines

  1. princecranoir dit :

    Il ne me tente pas tellement celui-ci. Je te sens d’ailleurs assez mitigé à son sujet. Un roman un peu trop en avance sur la saison peut-être ?

    Aimé par 1 personne

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