Sigmatisme guttural (ou le souffle rauque de l’esprit de la forêt)

Eden-Sabolo

Lu dans le cadre du Shadow Cabinet qui lit l’ensemble des 10 livres du Prix Livre Inter 2020 en mode « électronique » sur une tablette (j’aime pas!).

Le dernier roman lu de Monica Sabolo : Summer  (dans le cadre du Livre Inter 2018)

Présentation de l’Éditeur  (Gallimard)

«Un esprit de la forêt. Voilà ce qu’elle avait vu. Elle le répéterait, encore et encore, à tous ceux qui l’interrogeaient, au père de Lucy, avec son pantalon froissé et sa chemise sale, à la police, aux habitants de la réserve, elle dirait toujours les mêmes mots, lèvres serrées, menton buté. Quand on lui demandait, avec douceur, puis d’une voix de plus en plus tendue, pressante, s’il ne s’agissait pas plutôt de Lucy – Lucy, quinze ans, blonde, un mètre soixante-cinq, short en jean, disparue depuis deux jours –, quand on lui demandait si elle n’avait pas vu Lucy, elle répondait en secouant la tête : « Non, non, c’était un esprit, l’esprit de la forêt. »»

Dans une région reculée du monde, à la lisière d’une forêt menacée de destruction, grandit Nita, qui rêve d’ailleurs. Jusqu’au jour où elle croise Lucy, une jeune fille venue de la ville. Solitaire, aimantant malgré elle les garçons du lycée, celle-ci s’aventure dans les bois et y découvre des choses, des choses dangereuses…
La faute, le châtiment et le lien aux origines sont au cœur de ce roman envoûtant sur l’adolescence et ses métamorphoses. Éden, ou le miroir du paradis perdu.

Il était une fois une forêt (aux EU ou au Canada, le lecteur ne le saura pas, mais c’est dans une réserve indienne). Il étaient une fois Lucie (la blanche de la ville aimantant les garçons (presque) malgré elle (?), Nita, l' »amérindienne » narratrice à la lisière de la sortie de l’adolescence, élevée par sa mère et dont le père « a disparu dans la forêt ») et la boulotte Kishi (qui aime les crapauds et élève une chouette).

chouette-effraie-istock-web

Il étaient une fois quelques adultes (père, mères, travailleurs du bois, une directrice), des garçons (bien entendu) aussi – et un groupe de jeunes femmes (« féministes » ?!) se défendant contre la domination des mâles/ du mal) et travaillant dans un bar qui s’appelle « Hollywood » (= un autre « Eden » bien différent de celui de chez le douanier Rousseau.)

« On pouvait croire que ces milliers de kilomètres de forêts et de lacs, de vert et de bleu, constituaient une réplique du paradis. 

Drôle de roman pétrie d’étrangeté que je n’ai pas (vraiment/trop) aimé.

« Les arbres se resserraient, jetant leurs ombres sur nous, rafraîchissant l’atmosphère. Les cris d’oiseaux se faisaient plus rares, et plus lointain. Des grappes de champignons s’agglutinaient dans les racines, d’autres ressemblaient à des seins surmontés d’un mamelon rose surgissaient dans les clairières, comme si nous traversions des champs de jeunes filles enterrées. »

L’évocation de la nature, Monica S. la maîtrise bien au bout de ses doigts, avec son écriture, mélange de poésie, auquel elle rajoute un zeste d’onirique, une pincée de métaphysique gothique tout en restant très précise dans l’évocation des troubles et questionnement d’une jeune fille au seuil de devenir femme.

forêt

Le roman semble parfois glisser vers un roman noir (genre nature-writing) avec les filles qui disparaissent, devient éthnoproche avec les « esprits/fantômes » qui errent tel des monstres munis de griffes, couverts de peaux et poils dans ce théâtre qu’est la forêt sertie par l’autoroute et un pipeline et en voie d’être détruite par les tronçonneuses pour la transformer en papier.

Le lecteur suit la narratrice (Nita) et passe ainsi de roman d’ado’ et de la naissance d’amitiés au livre de conte du monde des indiens, proches de la nature, avec leur croyances et rites pour questionner d’une part notre rapport avec la nature et d’autre part la place des amérindiens dans la société « blanche » et finir dans une sarabande de roman noir avec l’affranchissement d’une bande de femmes de la domination des mâles.

« Il leur semblait que la forêt leur parlait. Elle leur transmettait sa force, leur montrait la voie. Elle aussi était une fille blessée. Alors elles étaient devenues des esprits de la forêt. Elles étaient devenues sauvages. »

Elle sait écrire Monica S, maîtrise les divers outils stylistiques parfaitement (mieux que dans « Summer » je trouve – les quelques dialogues sont réussis) mais elle en rajoute (à mon goût) à l’épaississement des mystères (qui n’en sont pas finalement ou) qui deviennent « Schall und Rauch – vent/fumée/verbiage – ou sont parfois proche de stéréotypes (sortis de chez Grimm).

Je traversais la salle (du bar ‘Hollywood’, nda) en sécrétant des messages chimiques qui me suivaient à la façon d’un voile, attaché à mes cheveux. Les conversations se mêlaient en ondes bourdonnantes, un grésillement qui sortait de la bouches des hommes, mais qui aurait pu tout aussi bien monter des tréfonds de la terre.

Derrière les vitres, le ciel était menaçant. Les voitures s’accumulaient(? nda) sur le parking ; d’autres s’approchaient à faible allure, leurs phares braqués dans la nuit. »

Et bizarre, bizarre, je n’ai pas eu de l’empathie pour les personnages… sauf peut-être pour la boulotte Kishi.

Donc je donnerai un 5 sur 10.

Jardin d'eden mélancolia

 

 

 

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