Paz

Dans ces temps de con-finément reclus, j’avais envie d’un petit voyage sur le continent sud-américain (je vais par ailleurs – dans la veine voyagiste – attaquer bientôt le roman « Amazonia » de Patrick Deville, l’auteur qui avait dit au Nouvel Obs : « C’est assez emmerdant de voyager« )

Le dernier livre de Caryl Ferey que j’ai lu était « Mapuche » qui se passait en Argentine.

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4e de couv (Gallimard

Un vieux requin de la politique.
Un ancien officier des forces spéciales désormais chef de la police de Bogotá.
Un combattant des FARC qui a déposé les armes.
Un père, deux fils, une tragédie familiale sur fond de guérilla colombienne.

Le « voyage » en Colombie n’était pas de tout repos ni vraiment exotique. Certes, on est en Colombie… un peu à Bogotá (ici le quartier Los Puentes) – « Bogotá prenait le frais entre les flancs des Andes. » (p.32) – et pas mal de temps soit dans la forêt colombienne, Medellín ou Carthagène (Cartagena) aussi, mais les paysages (magnifiques à en juger les photos glanées par-ci, par-là) ne servent que d’arrière-fonds des bas-fonds de l’âme humaine.

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Narcotrafiquants, FARC (processus de paix du Caguan), Alvaro Uribe,  ELN (l’armée de libération nationale) ou autres EPL (l’armée populaire de libération) dont Caryl F. ne nous cache rien de leurs luttes intestinales accompagnées de leurs lots de corruption à tous niveau – parfois on se perd un peu pour être franc tellement il y a des infos – servent de toile de fonds à ce page-turner « exotique » et pas mal de fois violent.

Le roman débute – après une petite scène de sexe « Lautaro s’éveilla, la main posée sur la fesse d’une femme… » (c’est la 1ere phase suivie d’un petit flash-back) – avec la découverte d’un n’ième cadavre (n° 30) qui montre des similitudes avec des exécutions qu’on avait presque oublié depuis la période de guerre civile (1948 – 60)  connue sous le nom « La Violencia » … comme un policier/roman noir, pensons-nous, le lecteur accompagnant Lautario (chef de la police) sur le lieu de la dépouille

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et laissant, assez brusquement, Diana Duzan (la femme qui avait passé la nuit avec lui), journaliste d’investigation…

Que nenni, c’est plus qu’un roman noir. C. Férey nous propose une fresque shakespearienne, avec des accents de tragédie grecque (œdipienne)…. dans laquelle joueront un rôle le frère de Lautaro (Angel), la fille de Angel (Lucia), la belle Flora et surtout le patriarche (terrifiant) Saul, père de Angel & Lautaro, ainsi qu’une flopée de personnages satellites parfaitement intégrés dans l’Histoire du pays.

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Langage facile, avec parfois des petites envolées carte-postale – la description des femmes est parfois un peu harlekinesque (genre : « Son visage était apparu dans la nébuleuse, le cuivre doré de sa peau, les lignes indiennes de son visage, ses lèvres qui l’avaient si bien aimé. Ou alors Angel rêvait… » (p. 265) – un zeste de violence (les colombiens – ou plutôt l’être humain – ont des idées assez cruelles pour torturer et/ou assassiner les semblables de leur espèce (ces passages ne sont pas faits pour les cœurs fragiles)). Le récit est parsemé de facilités et de « hasards » parfois assez invraisemblables mais qui propulsent la dynamique du récit. L’ensemble est toutefois des fois ralenti légèrement par le souhait de Caryl F. de placer l’ensemble de l’immense documentation qu’il a amassé (son roman ressemble en cela parfois à du Don Winslow – sans toutefois atteindre toutafait le souffle de ce dernier).

santa-marta-colombia Le « show-down » dramatique, là ou tous les fils sous-jacents de l’histoire se joignent et s’expliquent, se passe dans une superbe villa près de la plage ci-dessus. Meuh oui, le paradis peut-être un enfer.

Jérôme Salle (Largo Winch) devrait à mon avis s’intéresser à cette histoire –  ça pourrait être dans ses cordes ….

Somme tout une lecture divertissante (avec quand-même deux-trois moments de « Oups!!! » face à la violence) mais qui ne laissera pas bcp de traces, à part d’avoir « coloré » de vert, bleu et rouge sang les débuts de ma période de con-finement Conora, et de permettre au lecteur d’apprendre les méandres de l’Histoire récente de ce pays aux mains des narcotraficants.

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D’autres ont écrit :

https://leslivresdek79.com/2020/01/08/caryl-ferey-paz/

ou Nyctalopes :

http://www.nyctalopes.com/paz-de-caryl-ferey-serie-noire-gallimard/

« ….Fabuleux roman noir qui brouille les images d’Epinal de ce pays, finalement, méconnu. Un nouvelle fois, on apprend d’un pays par l’entremise d’un récit sombre mais empreint de sensibilité. « 

A propos lorenztradfin

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6 commentaires pour Paz

  1. princecranoir dit :

    Voilà qui promet un beau voyage. Tu nous fait rêver avec ces photos qui ne disent rien de la violence qui couve dans ce roman. Le cocktail devrait me plaire.

    Aimé par 1 personne

  2. CultURIEUSE dit :

    Belles illustrations! et un compte-rendu qui donne envie…

    Aimé par 1 personne

    • lorenztradfin dit :

      You made my day…. Je suis actuellement en train de traduire un grand article sur « Auditing at the speed of agile » …. ça me sort des oreilles …. même un Botho Strauss serait le bienvenu maintenant….! Bizzz

      J'aime

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