Mise en pièces

Guerre contre le Covid-19, confinement jour x….. Dans ces jours sombres, avec la hausse des ventes de papier toilette et de sextoys (ces derniers hausse enregistrent une hausse de +50% par rapport aux prévisions avant la pandémie….(!)) et la mise en ligne (gratuitement) de films pornographiques aux con-finé(e)-s (par Jacquie et Michel ou autres pornhub), j’ai décidé de glisser ici même – la présentation d’un livre de 2017 qui est, je dirais, un conte philosophique érotique et féministe qui a été écrit à une période sans confinement…. (avertissement aux lecteurs haletants dont la langue pendrai déjà : le loup de Tex Avery en vous gardera ses yeux bien dans les or-bites, le livre contient certes quelques passages parfois crûs, mais n’a aucune tendance à exciter outre-mesure…)

Présentation de l’Éditeur (Gallimard)

«Elle construit un palais de mémoire qui, à mesure qu’il se peuple de sexes nouveaux, se complique de couloirs, d’annexes et de dépendances. Les portes y sont toujours plus nombreuses. Elle aurait pu prendre des photos et en faire collection, elle aurait pu tenir un carnet de comptes ou de croquis, utiliser comme support un tableur ou un journal intime, confier à d’autres ses souvenirs plus ou moins retouchés, elle aurait pu oublier – elle a préféré construire un palais.»
De chambre en chambre, Jeanne rencontre des hommes. Elle verrouille des portes qui l’enferment avec des inconnus et les rouvre un peu plus tard, emportant avec elle le souvenir du sexe qu’elle a mis à nu, oubliant la personne. Imaginons une vie qui ne serait que sexuelle. Jeanne circule dans Paris et y trame une géographie fantasmatique. Parfois, elle tombe dans les filets qu’elle a elle-même tendus.
Une romance à un personnage. Une romance d’aujourd’hui.

Eh ben, « romance » c’est un peu fort le tabac. On est loin des Harlekinades ou d’autres 50 nuances de Jeanne, loin aussi d’un manuel d’érotisme (« raisonné » comme l’écrit Le Monde dans sa critique), c’est autrement plus tarabiscoté et/ou délicat.

N. Leger nous jette d’emblée dans l »action  « Elle le fait glisser dans sa bouche. Elle le laisse s’alourdir, prendre chaleur, ampleur et forme, pousser contre son palais, peser sur sa langue…(..)…  Elle pense aux fleurs de papier qui se déploient lorsque posées sur l’eau. Elle s’écarte et considère le sexe bandé. » » – le 1er chapitre débute ainsi – le dernier se termine mot-par-mot exactement pareil)… court chapitre de 8 petites lignes qui sera suivi d’un autre qui débute ainsi : « Ciel uniforme, toile cirée tourterelle tendue entre les tours….. à intervalles réguliers, le brun verni d’un lampadaire interrompt alignement des arbres; des flics à vélo glissent en reluquant  les boutiques de mariage : géométrie banale à laquelle s’accordent le pas, la respiration et la pensée de Jeanne. » (p.14) 

De « chambres » (que j’interprète ainsi = scènes/scénettes/coins de réflexion) il y’en aura donc (beaucoup). Rien à voir avec Colette (« Chambre d’hôtel »), ni avec   Cette femme, dont il est dit que « par exclusion de tous les autres lieux possibles, seuls les hôtels présentent la neutralité nécessaire aux activités de Jeanne« , les « collectionne de mémoire ». Cependant, nous savons toutefois que la mémoire a des failles….

Ce n’est que page 56ss (sur ses 155 pages) après quelques moments de solitudes qui se croisent, de déambulations, que N. Leger fait une pause aux pérégrinations de sa Jeanne pour nous dire : « Bien sûr, il y a tout ce qu’on ne dit pas de Jeanne. Sa garde-robe, que l’on pourrait décrire; ses objets techniques…(…)… ses babioles…ses pratiques (café ou thé le matin, goûts alimentaires, loisirs du samedi, stratégies d’occupation du dimanche soir)…ses rapports aux objets techniques plus haut cités  …(…)… son travail, dont la description serait l’occasion de préciser combien les horaires et les revenus qu’il lui offre conviennent à son mode de vie, l’autorisent et, en dernier ressort, assurent sa crédibilité…. (suit une énumération de qqs professions et l’analyse de certaines,  « Jeanne ne sera donc pas professeur« … nda). Le lecteur est donc laissé « seul » pour se créer une Jeanne « en chair et en os », ce qui fait que la description pointilliste et les instantanés deviennent une invitation à un voyage finalement littéraire de couleur féminine/féministe.

Jeanne n’a rien à voir non plus avec Sigurdur Hjartarson, historien et collectionneur de pénis depuis les années 70 et fondateur du Musée de Phallus en Islande

COLLECTION-de pénis

« Qu’importe le visage, la taille, la carrure ou le ventre : elle ne leur accorde pas le moindre regard, car rien, dans la physionomie d’un homme, n’annonce jamais son sexe. »

C’est un vrai objet non identifiable de littérature.

Variation de styles, d’approches (littéraires) – sa narration de séquences de films pornos que Jeanne regarde de chez elles devient presque poétique, la visite de sex-shops qui deviennent une balade à la Perec et / ou d’une Annie Ernaux (qui elle se limite aux visites-observations de centres commerciaux).

« Plusieurs visites au Sex-shope ont incité Jeanne à quitter les frontières de l’anatomie masculine pour découvrir des sexes OVNI. Ceux-ci occupent maintenant la moitié de l’étagère. Leur arrangement rappelle les vitrines de musées d’archéologie visités par des étés trop chauds. Là-bas ventre d’amphores, col d’alabastres, cratères en calice ou éperons de trirèmes. Ici, l’incontournable vibromasseur rabbit multi-rythmes à tête rotative; le godemiche ergonomique ….. (p. 72 – deux pages presque drôles – et qui m’ont demandé la recherche internet de deux ustensiles dont je n’avais jamais entendu….)  

(Penis Park Haesindang_Park)

Drôle aussi la description d’une rame de métro ou le désappointement de certains des nombreux « amants »/ »homme-sexe » auquel elle offre un moment qui ne se répétera jamais (ses descriptions sont précises comme le point sur le « i » peut l’être)….

« Il a le maintien d’un notaire, mais c’est avec une excitation adolescente qu’il lui confie qu’il n’est jamais allé à l’hôtel avec une femme. Jamais en journée, précise-t-il après réflexion…. » (p. 47)

Je me demande si un homme aurait pu écrire un roman de cette finesse.

 

 

 

A propos lorenztradfin

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2 commentaires pour Mise en pièces

  1. princecranoir dit :

    Pas sûr en effet.
    Tout, vous saurez tout sur le zizi. C’est un peu l’histoire de cette Jeanne semble t il. En tout cas, les extraits que tu proposes sont très bien écrits.

    Aimé par 1 personne

  2. iotop dit :

    Bon jour,
    Intéressant article sur « la chose » … 🙂 En tout état de cause, se pose la question d’une écriture masculine ou féminine. Je réponds que nenni … pour ma part … ai-je des exemples ? euh … comme ça … je pense à Colette, Sand …
    Merci pour ce partage.
    Max-Louis

    J'aime

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