Mathilde, Amine et les autres

870x489_slimani_AFP_Joel Saget

Impossible d’y échapper – on la voit et entends partout actuellement (hors Covid-19 bien entendu). Leïla Slimani, prix Goncourt pour « La chanson douce » (que je n’ai pas lu à l’époque, tzzz) a sorti un nouveau roman qui si je comprends bien sera/est le premier d’une trilogie sur le Maroc (les Despentes et autres Lemaître ont montré la voie on dirait)

Le pays des autres

Présentation de l’Éditeur (Gallimard)

En 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne, s’éprend d’Amine Belhaj, un Marocain combattant dans l’armée française. Après la Libération, le couple s’installe au Maroc à Meknès, ville de garnison et de colons. Tandis qu’Amine tente de mettre en valeur un domaine constitué de terres rocailleuses et ingrates, Mathilde se sent vite étouffée par le climat rigoriste du Maroc. Seule et isolée à la ferme avec ses deux enfants, elle souffre de la méfiance qu’elle inspire en tant qu’étrangère et du manque d’argent. Le travail acharné du couple portera-t-il ses fruits? Les dix années que couvre le roman sont aussi celles d’une montée inéluctable des tensions et des violences qui aboutiront en 1956 à l’indépendance de l’ancien protectorat.
Tous les personnages de ce roman vivent dans «le pays des autres» : les colons comme les indigènes, les soldats comme les paysans ou les exilés. Les femmes, surtout, vivent dans le pays des hommes et doivent sans cesse lutter pour leur émancipation. Après deux romans au style clinique et acéré, Leïla Slimani, dans cette grande fresque, fait revivre une époque et ses acteurs avec humanité, justesse, et un sens très subtil de la narration.

366 pages qui se lisent d’une traite. J’avais lu il y a quelques années son roman « Dans le jardin de l’ogre »  – roman que je n’avais pas trop aimé, mais qui était écrit avec une belle langue et était centré sur Adèle et Richard…

Dans son nouvel opus il y a pléthore de personnages, il y a l’Histoire aussi (celle du Maroc – et de la France – d’après guerre) ce qui donne un fresque qui va de 1944 à 1956 qui parfois m’a semblé être un story-board pour une série TV….

Certes, j’exagère un peu, mais finalement c’est l’Histoire d’amour entre ce marocain (musulman) qui a combattu pour la France et revient dans son pays avec une « blanche » (catholique) sous le bras et doit se faire sa place à quelques encablures de Meknès qui m’ a intéressé le plus. Histoire d’amour que les 2 vont vivre sous les « bombardements » du regard des autres (les Français colonisateurs, les marocains – pour les quels il ne sont ni français, ni marocains). De plus, son mari change sous l’influence de la rudesse (et pas seulement climatique) du pays et du retour dans sa culture.

« Comment aurait-elle pu avouer que l’homme qu’elle avait rencontré pendant la guerre n’était plus le même ? Sous le poids de soucis et des humiliations, Amine avait changé et s’était assombri. Combien de fois avait-elle senti, en marchant à son bras, le regard lourd des passants ? Le contact de sa peau lui semblait alors brûlant, désagréable, et elle ne pouvait s’empêcher de percevoir, avec une forme de dégoût, l’étrangeté de son mari. Elle se disait qu’il fallait beaucoup d’amour, plus d’amour qu’elle ne se sentait capable d’en éprouver, pour endurer le mépris des gens. Il fallait un amour solide, immense, inébranlable pour supporter la honte quand les Français le tutoyaient, quand les policiers lui demandaient ses papiers, quand ils s’excusaient en remarquant ses médailles de guerre ou sa parfaite maîtrise de la langue. »

Des passages de ce type il y’en a pas mal, et pas seulement pour les pensées de Mathilde, mais aussi de sa fille (Aïcha) et quelques autres personnages (tel que la mère de Amine). Et je les aimés. Par ailleurs, ce qui est bien réussi c’est (si on fait abstraction de la « construction » – tous les personnages représentant un élément de la structure sociétale – les colons, les marocains (de tous bords : révoltés, « collabo » ou parvenus)- un (médecin) juif, une « esclave »)…. chacun aura droit à la parole (qui permet d’épaissir les traits de caractère), et le passage d’un à l’autre est plutôt réussi.

J’étais moins convaincu dès que Leïla Slimani brosse le tableau « historique », les événements de 1955 et 1956 (Sidi Mohammed Ben Youssef = Mohammed V fera son retour au trône) qui se terminent dans un embrasement du pays, et sonnaient, pour moi,  comme des résumés wikipediaesques aérés, colorés pour les besoins d’un roman accessible à tous.

Dans l’ensemble une lecture facile, moins torturé que « Dans le jardin de l’ogre » ce qui incite plutôt à attendre (mollement – dans mon cas, plus impatiemment par d’autres) la suite (qui se déroulera si je peux faire confiance aux médias dans la période sous Hassan II, pendant les « années de plomb » 1970-1980 et dans les années 2005 à 2015).

J’espère que vous avez bien pris garde d’acheter ou se faire prêter des livres pour la période de confinement qui débute ce jour….

Bon courage – évadez-vous avec la littérature.

 

 

A propos lorenztradfin

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5 commentaires pour Mathilde, Amine et les autres

  1. nowowak dit :

    Hâte de lire ça !

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  2. CultURIEUSE dit :

    Sympa, mais la biblio a fermé…je viens de terminer « 24h de la vie d’une femme », un peu longuet dans le phrasé, mais étonnamment moderne sur le fond. Tu as dû le lire en allemand, quoique Je crois que Zweig se débrouillait superbement en français. Et puis j’ai lu Isaac Bashevis Singer, «  le charlatan », portrait d’un juif cérébral, vénal et sarcastique. Et maintenant je lis la bio de Bulle Ogier, pas écrit du tout, mais rempli de la vie trépidante de cette actrice formidable. Le prochain sera le Gainsbook à feuilleter, une dizaine d’autres dont Edouard Louis et Thomas Bernhard et peut-être qu’il serait temps que je relise mes auteurs favoris, ceux qui restent irrémédiablement coincés dans ma biblio. Bises virtuelles!

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  3. Philisine Cave dit :

    Je pense que la plume de cette autrice est faite pour moi mais je n’arrive pas à me décider à rentrer dans son univers (trop glauque avec Dans le jardin de l’ogre ou bien Chanson douce). J’attends le livre qui me conviendra !

    Aimé par 1 personne

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