La marche blanche

Roman étonnant – découvert suite à un entretien du Monde avec l’auteure Claire Castillon (en date du 15 février 2020) – Mme a déjà publié 17 (!) livres pour « adultes » (et une flopée pour la jeunesse) – moi j’en n’avais lu aucun.

G02831

4e de couverture (chez Gallimard)

Hortense, une fillette de quatre ans, a disparu. Ses parents survivent au drame, entre enquête, espoir et résignation. Dix ans après, de nouveaux voisins emménagent dans la maison d’en face. Leur fille a quatorze ans, exactement l’âge qu’aurait Hortense, et une petite cicatrice sur la lèvre, comme celle de la fillette disparue… Il n’en faut pas plus à la mère pour reconnaître sa fille.

Un roman haletant, d’une grande justesse psychologique. Le style implacable de Claire Castillon impose de bout en bout la logique glaciale d’une mère délirante d’amour.

Monologue d’une femme, ancienne institutrice, qui 10 ans auparavant a perdu sa fille (de 4 ans) et va faire une fixation sur la fille (Hélène) de nouveaux voisins (elle a l’âge que sa fille aurait eu )….Des indices indiquent bien que Hélène ne peut être sa fille, mais la narratrice persiste …… encouragé par un signe parmi d’autres : les 2 prénoms commencent avec un « H »…. Elle ne quitte la maison des voisins pas des yeux,

« Je n’épie pas, je promène mes yeux » (p. 12)

Carl Vilhelm Holsoe

n’arrive plus à travailler normalement et s’accroche :

« Tant qu’on ne nous apporte pas les preuves de sa mort, elle est vivante. » Et moi, tant qu’elle n’est pas vivante, je suis morte. » p. 27

Le couple bat de l’aile, mais « survit » :

« Dans le carnet de santé d’Hortense, il y a sa courbe de croissance, taille, poids, tour de crâne, et j’ai pensé à une courbe inventée pour des couples malades, et j’ai décidé que Carl et moi tenions bien dans l’écart autorisé. On se maintient toujours. » (p.65) même s’il n’y pas bcp de lueurs :

« Les yeux de Carl n’en ont que pour moi, son rire aussi, même pas forcé. Comme quoi, l’amour. Je suis soulagée que mon Hortense ne connaisse ni l’empressement de l’amour débutant ni la tendresse de l’amour usé. (p. 94)

carnet de santé

Le récit des 167 pages est mené de main de maîtresse (toutefois il aurait pu encore être un peu plus court/resserré – il y’avait – pour moi – des redites) pour se transformer d’une pavane pour une princesse disparue /ou le chant de cygne d’une mère éplorée en un récit glaçant (inquiétude croissant avec de formidables glissements sémantiques qui instillent de plus en plus le doute dans l’esprit du lecteur qui devinera (habitué aux thrillers retors) une vérité qui fait froid dans le dos). Récit en phrases plutôt courtes, ce portrait obsédant d’une femme monomaniaque et obsessionnelle est d’une belle noirceur matinée d’une désespérance folle qui se transmue en folie étouffante qui pèse et rappelle un peu (mais juste un peu) « Gone baby gone » (Dennis Lehane).

Une belle surprise – qui me fait dire que je devais lire d’autres livres de cette auteure – comme p.ex. « Ma Grande » – dans lequel Claire Castillon se met das la peau d’un homme dans un enfer matrimonial (il est tyrannisé par sa femme (!) pendant 15 ans avant qu’il ne la tue…). Il y a quelque chose de subversif dans ces sujets qui augmentent la curiosité que La marche blanche a éveillé, même si elle n’y va pas toujours avec le dos de la cuillère..

 

A propos lorenztradfin

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Un commentaire pour La marche blanche

  1. Philisine Cave dit :

    Je suis tentée par ce roman même si c’est glauque !!! Parce qu’en te lisant j’ai imaginé l’histoire et je voudrais juste voir si j’ai vu juste !! Et aussi pour découvrir la plume de Castillon.

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