Miroir de nos peines

« Pour émouvoir puissamment il faut de grands déplaisirs, des blessures et des morts en spectacle. »

Corneille, « Examen d’Horace’.

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Çà commence au 6 avril 1940 et se termine le 13 juin 1940 (on notera que cela se termine 5 jours avant l’appel du 18 juin !!)…. un période d’un peu plus de 2 mois en 531 pages + un petit épilogue reprenant le récit de la vie (future) en accéléré des principaux personnages (épilogue dans lequel on ne parlera plus d’un chien – et je pensais que seul dans les romans et films américains il y a des chiens (stupides ou non).

4e de couv’ 

Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire où la France toute entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté.
Il fallait toute la verve et la générosité d’un chroniqueur hors pair des passions françaises pour saisir la grandeur et la décadence d’un peuple broyé par les circonstances.
Secret de famille, grands personnages, puissance du récit, rebondissements, burlesque et tragique…

Pierre Lemaître nous propose un roman populaire feuilletonesque qui se lit malgré ses plus de 500 pages rapide- et facilement….  situé dans la période de l’invasion de la France par les allemands en 1940… et raconté avec une verve certaine en mode mi-dramatique et mi-comédie avec des personnages mi-haut en couleur et comme souvent chez cet auteur avec qqs brosses de mots pour les camper (comme un aquarelliste):

« Il avait une vingtaine d’années et portait haut les stigmates d’une adolescence qui n’en finissait pas. Le genre de garçon monté en graine, aux gestes gauches, dont on était certain, sans la connaître, qu’il ressemblait à sa mère » (p. 232)

Le roman est le 3e tome d’une trilogie sur la période entre les deux guerres mondiaux  (« Au revoir là-haut » – situé après la 1ere guerre mondiale –  et « Couleurs d’incendie »  (autour de 1927…) …..

P. Lemaitre utilise les recettes qui lui ont réussi dans ces deux premiers (rappel : ce trio est vraiment loin de ses policiers) – personnages parfois (exagérément) truculents, va et vient d’une personne à l’autre dans des chapitres pas trop long, dans une langue pas particulièrement littéraire, avec, je trouve, cette fois-ci un peu moins de noirceur, un humour bridé, et à la fin une longue liste des sources et auteurs qui l’ont influencés (« comme il se doit« )…

Une longue séquence sera consacrée à l’exode des Parisiens à l’arrivée des allemands – et qui me rappelle tristement ce qui se passe actuellement en Syrie (je vois difficilement un auteur d’utiliser le ton picaresque de Lemaître pour situer une comédie humaine dans cette horreur).

A part de Louise (et son acolyte le bourru M. Jules), le lecteur se délectera peut-être de Désiré (faux avocat, faux chef en communication du Ministère de la Défense en déroute, faux prêtre aussi soignant bien des âmes) :

« En temps de guerre, une information juste est moins importante qu’une information réconfortante. Le vrai n’est pas notre sujet. Nous avons une mission plus haute, plus ambitieuse. Nous, nous avons en charge le moral des Français. » (p. 101)

Enfin, j’ai trouvé le récit un peu plus « relâché » que les 2 œuvres précédents, avec parfois l’envie de sauter qqs pages moins saisissantes (pas bon ça !)  pour retrouver un personnage laissé dans une situation de cliffhanger, un peu moins « prenant » aussi mais une belle manière d’apprendre  (notamment à un allemand comme moi) un pan de l’Histoire de France connue sous d’autres auspices (du genre « Le Train » – Pierre Granier-Deferre ou de « Bon voyage » de Rappenau) puisque P. Lemaître s’est formidablement bien documenté. (p.ex. l’éxode pénitentiaire  ou aussi la destruction des billets de banques par la Banque de France).

De plus, j’ai appris lors de cette lecture (je le redis facile, qui ne prend pas la tête) de nouveaux mots ou expressions : « proposer la botte« , « bougnat« , « avoir la berlue« , « les morasses« , « l’épouse la plus gironde« , « quinaud« ,

et enfin :  « jeter son bonnet par dessus les moulins« .

jeter moulin

 

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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10 commentaires pour Miroir de nos peines

  1. Ah, les expressions imagées de notre langue ! Tu connais « La puce à l’oreille » de Claude Duneton ?Il explore les origines de ces expressions ( je me souviens très bien de jeter son bonnet par dessus les moulins ) . Si ça t’intéresse, il est édité en poche. Bises !

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  2. CultURIEUSE dit :

    Il y a des chiens dans les romans de JP Dubois!
    Oui, c’est bien ce que je pensais: un Michalik du roman. Mais je ne fais pas la fine bouche et j’y penserai. Merci pour la description.

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  3. princecranoir dit :

    La débâcle en mode relâche, on a connu ça aussi au cinéma, il y a bien longtemps : quand nos braves de la 7ème (et pas la cavalerie de Custer) refusaient de rester « groupir » (un nouveau mot à ajouter à ton lexique 😉), et que l’on s’extasiait sur la nage (indienne) du chef.
    Pour ce Lemaître, j’attendrai le film je crois.

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  4. lorenztradfin dit :

    oui, il a su trouver les images pour refléter l’essence même du livre …

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  5. Philisine Cave dit :

    J’ai acheté En revoir là-haut. Je verrai ensuite après lecture.

    Aimé par 1 personne

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