La Frontière – The border

Attention – chef d’oeuvre pour lecteurs avec un souffle long et le cœur (des ténèbres) /estomaque bien accroché…

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Eh ben, c’est un voyage terrifiant (et pourtant Winslow dit dans des interviews qu’il à souvent mis de l’eau dans son vin pour « adoucir » les atrocités commises de part et d’autres des protagonistes). Les lecteurs qui ont déjà lu « La Griffe des chiens » et/ou « Le Cartel » les deux opus précédents autour de Art Keller dont « The Border » constitue la 3e pierre du triptyque consacré à la guerre contre le trafic de /la guerre contre la) drogue et couvre la période de 2012 à 2018, ne seront pas déçus.

Celui qui ose suivre Keller et les personnages qui gravitent autour de lui sans avoir lu les 2 premiers tomes ne sera pas perdu (il y a pas mal de rappels, qqs flash-back) permettant de suivre les 842 (!) pages sans problèmes… et c’est un vrai page-turner.

train de la mort

Ecriture efficace, souvent cinématographique (ne vous attendez pas à de très belles phrases littéraires ou le travail d’un grand « styliste » – et préparez vous à des dialogues qui fouettent) pour dresser un tableau qu’on sent très documenté, le plus complet possible de plus (la structure est parfaitement agencée) avec une floppée de personnages bien campés dans leurs réalités respectives : ainsi Nico & Flor (des enfants dont on suit la fuite du Guatemala sur Le Train qui dévore/ El Tren Devorador/ les Train des Inconnus (El Tren de Desconocidos…le Train de la Mort pour arriver finalement aux States (presque un documentaire en soi (les personnages sont introduits  page 387…. – Chapitre « La Bestia » – un autre nom pour ledit train), Sean Callan, Bobby Cirello (qui opère en infiltré – assez de matière pour un nouveau Scorcese), Damien, Elena, Tito, Eddie Ruiz (et ses 2 épouses)… (du côté des héritiers et ennemis de(s) Barrera) et toute la bande de crapules politiques (et financiers sans lesquels l’épidémie de la drogue serait déjà affamée), crapules, dont certains comme Mullen, O’Brian, Dennison (dont les tweets démasquent rapidement qu’il s’agit en « prête-nom » de D. Trump et/ou de Lerner (son genre Jared Kushner)…. , Marisol (la médecin et activiste qui épousera Keller) ou tant d’autres….

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L’insertion (très réussie) de l’enlèvement (l’assassinat) de 42 étudiants  d’Iguala  dans le récit épique de la guerre des Cartels (ou de ce qui en restait) ajoute un frisson supplémentaire quand on pense ce que vivent les populations qui se retrouvent entre les différentes chaises des différents cartels.

Si vous n’avez pas envie de lire la charge contre les Etats-Unis lisez (au moins)  l’article de Mediapart sur le rôle des States dans cette guerre et vous avez une approche « journalistique » de ce qui se trouve de manière romancée mais plus efficace encore dans le roman de D. Winslow.

Certes il y a des redites, malheureusement parfois des boulettes d’imprimerie (sur les 800 pages j’en ai trouvé 5 – et ça m’énerve toujours….) et un dernier chapitre en forme de charge peut-être trop « américaine » – mais cela n’enlève rien à la force de ce « réquisitoire sous forme de thriller » qui vous dispense de voir sur Netflix « Narcos »…. et vous apprend pas mal de choses sur la vie dans les prisons américaine (avec des uppercut aussi sur la privatisation de celles-ci ou des camps/foyer pour mineurs immigrés (gérés par des sociétés privés : comprendre recherche de bénéfices)  « La CCA ne gagnerait pas un dollar avec Nico Ramirez s’il était transféré, comme il devrait l’être, dans un foyer. En revanche, si le juge le considérait comme une « menace » à cause de son tatouage (il a un tatouage d’un gang – Calle 18), il serait envoyé dans un « centre surveillé » qui percevait soixante-trois dollars par jour grâce à ce gamin. ….. La CCA …devait remplir les lits et les cellules. La CCA n’avait pas pour vocation de libérer les prisonniers, mais de les garder enfermés. Nico était de l’argent sur pattes. » (p. 593)

Quant aux dialogues, voici un parmi une centaine … Eddie Ruiz vient de sortir de prison :

« « J’ai un truc à te demander: tu as couché avec d’autres types quand j’étais en taule? » – « Non ». A cause de cet accent californien qu’elle avait adopté, sa réponse ressemble à : Naon. « Ok », dit Eddie. Sale menteuse de merde.  « Alors comment tu faisais niveau sexe? » Priscilla ouvrit le tiroir de la table de chevet, d’ou elle sorti un vibro-masseur. « J’avais mon lapin, trésor. Tu crois que tu peux rivaliser? » Elle le mit en marche. Eddy examina l’appareil et conclut: « C’est sur, j’arrive pas à faire tournoyer ma bite. » « Approche, trésor. Je vais te faire mon numéro de majorette. » Ce qu’elle fit, et Eddie était ailleurs quand son téléphone sonna le lendemain matin. …. » (p. 442 – c’est Teresa sa 2e épouse US, tandis que Priscilla est son épouse mexicaine).

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Mention spéciale à Jean Esch pour sa traduction.

Belle critique de la part de Nyctalope (qui fait bien la différence entre la trilogie et d’autres œuvres de cet auteur prolifique) dont je me permets de citer la fin de son article : « La route vers “la frontière” est longue, difficile, complexe, noyée de sang et de larmes, pavée d’horreur et de mort: huit cents pages sidérantes, époustouflantes au bout de l’enfer. »

http://www.nyctalopes.com/la-frontiere-de-don-winslow-harper-collins/

 

J

A propos lorenztradfin

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2 commentaires pour La Frontière – The border

  1. Yv dit :

    J’ai découvert cet auteur, il y a quelques années avec Savages, et il me tarde de le relire. Bientôt, c’est prévu.

    Aimé par 1 personne

    • lorenztradfin dit :

      Comme le dit Nyctalope dans son blog : cette trilogie – comme aussi son « excursion » New Yorkaise avec « Corruption » – diffèrent d’œuvres comme « Savages » ou « Cool » …. C’est efficace et adrelaninesque (mais pas de la grande littérature).

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