(Ainsi passe) La gloire du monde

Dans le cadre de mon soutien au cinéma français j’ai vu

Gloria Mundi - affiche

D’entrée je vais vous avouer que je n’avais à priori pas trop envie de voir ce film. C’est la (belle) critique de Strum/Newstrum qui m’a finalement incité de m’y coller (ainsi que qqs remarques d’amis qui sont sortis contents de ce film). Je peux dire que aujourd’hui que c’est un beau film recommandable malgré un certain manque de subtilité.

Comme d’hab’ un synopsis (allociné) lacunaire:

Daniel sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie, son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda vient de donner naissance à une petite Gloria.
Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie… 
En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout. Quand un coup du sort fait voler en éclat ce fragile équilibre, Daniel, qui n’a plus rien à perdre, va tout tenter pour les aider.

Ça débute avec la naissance de Gloria (en ralenti) sur fond de Verdi (Missa di requiem) et se termine en drame shakespearien (Rigoletto et/ou Falstaff ne sont pas loin). Je dis « shakespearien » (mes amis, ma compagne disent « mythologique », « tragédie grecque » et Strum parle de « hugolien »). « Tragédie sociale » serait certainement également une étiquette pas trop déplacée.

Gloria Mundi - la famille au comple

Comme souvent chez Robert Guédiguian, la mise en place des personnages, microcosme illustrant la société d’aujourd’hui (les gens ordinaires et tranquillement dignes qui essaient de joindre les deux bouts dans la douleur, et avec des boulots à horaires décalés), un homme qui sort de prison (après plus de 25 ans) et a du mal à se faire à cette « nouvelle » vie, un couple de « parvenus » qui prospère sur le dos des plus pauvres, ils sont  proprios d’un magasin de « Tout Cash »….rachetant à vil prix et revendant avec une bonne marge). Dès les premières esquisses des personnages (à grand traits quand même), on sent pour lesquels le cœur de R.G. bat, tant ils les charge, notamment dans la caractérisation des « jeunes » (plusieurs fois je m’étais posé la question comment deux filles éduquées par les mêmes « parents » peuvent accumuler tant de « défauts » (soif irrépressible de réussir et d’amasser de l’argent, égoïsme, mensonges, drogue, tromperie….) – le pompon allant à Lola Neymark (une scène d’elle face à une femme voilée est particulièrement chargée de mépris et de cruauté – cette dernière est bien vue et jouée – mais quand-même un peu too much).

Par ailleurs (ouvrons une petite parenthèse), dans la discussion qui nous a animée après la sortie du film (tous ont aimé le film !), j’ai été le seul à être à contre-courant d’un jugement : Est-ce coucher avec le mari de sa sœur est (en effet?!) plus grave qu’une « simple » liaison (régulière/suivie) de 5 à 7 avec un autre mec (en dehors de la famille)?? Pour moi la trahison reste(ra) la même dans tous les cas … On m’a regardé avec de gros yeux…. comme si je n’avais rien compris à la sacro-sainte famille, ni aux règles de la bienséance..

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Revenons aux moutons……De la chronique (simplement) sociale des « sans rien » (l’autre aurait dit des « sans dents »), R.G. passe progressivement vers un drame quasi-mythologique, finalement sombrement noir et pessimiste, avec les « Forces du destin » (encore du Verdi!). Le malheur est-il pré-écrit ?  Est-ce qu’on peut s’en sortir en restant « éthiquement clean » ?

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Étonnant de voir Ariane Ascaride, femme de ménage, refuser à faire la grève (à cause du manque d’argent – et en s’isolant ainsi …. La grève n’est-il plus un moyen pour lutter pour une cause (contre la baisse des salaires, contre l’ubérisation de notre société ? – question qui résonne farpaitement dans une phase dans laquelle la France se débat avec une grève d’ampleur contre une réforme des retraites qui – il faut le dire – a été mal ficelée, ou au moins de manière ambiguë… ).

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La structure du film est – comme d’habitude chez R.G. – assez admirable (avec des ellipses et distillations d’informations qui appellent à l’intelligence du spectateur) et une belle dynamique poussant vers une fin inexorable et sombre…. avec Daniel comme une sorte de Deus Ex Machina.

A propos fin : j’ai adoré la toute dernière image – le dernier regard que Daniel (Gérard Meylan) jette sur le spectateur, l’homme sortant de la prison, l’homme écrivant des Haïkus (belle idée que je retrouve par ailleurs dans la lecture du « Léopard des neiges » (Tesson) – la poésie peut-être douce…)… Oui, ce regard m’a fait frissonner.

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La musique de la Messe du requiem de Verdi prend à la fin une couleur/tessiture qui diffère du début….

Je vous conseille ce film qui boite certes un peu (qqs scènes trop démonstratifs – mon rire, par ailleurs quand j’ai vu/entendu dans une scène une guide allemande dire – en allemand – n’importe quoi sur l’Eglise Saint-Laurent…., les arguments des grévistes aussi – raides, peu convaincants…),  mais qui a une véritable force dramatique (et un regard lucide sur notre société….).

De plus, la ville de Marseille est montrée sans nous faire la visite guidée (pas de Mucem p.ex….). Vive R.G. « notre Ken Loach à nous ! »

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Marseille – 2013

 

 

A propos lorenztradfin

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5 commentaires pour (Ainsi passe) La gloire du monde

  1. princecranoir dit :

    Ta dernière phrase résume ce que je pense du cinéma de Guediguian et son cousinage avec le spécialiste du cinéma social militant britannique. J’aime plutôt sa manière de filmer Marseille et ses autochtones que son discours politique sous-jacent. Il manque parfois, à ce titre, de subtilité. Néanmoins, c’est un cinéma utile, en plus d’être artistiquement ambitieux. Je ne sais pas si j’irai voir celui-ci en salle mais il entre evidemment dans la catégorie des œuvres vers lesquelles mon regard devrait se tourner un jour ou l’autre.
    En tout cas, merci pour ce bel article très éclairant et agréable à lire. Je vais le compléter avec celui de Strum (et de Pascale qui, je crois, n’a pas du tout du tout aimé).

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  2. Strum dit :

    Merci pour le lien et toujours heureux d’inciter à voir à film. Les caractérisations des jeunes ne sont pas très subtiles mais, à la manière de Hugo, Guédiguian vise à travers eux la société. Et c’est à voir rien que pour la fin – avec ce très beau plan final en effet.

    Aimé par 1 personne

  3. CultURIEUSE dit :

    Je n’irai pas, (trop de théâtre tue l’impact du grand écran! ;-))mais j’adore tes comptes-rendus!

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  4. Eddy Pernet dit :

    Cher Bernhard, si j’en crois ton compte-rendu (comme toujours intéressant), on en reste comme toujours chez Guédiguian et consorts au constat … mais quid des (esquisses de) solutions? Question très actuelle, entre Antigone et Créon …

    Aimé par 1 personne

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