Un peu de nuit en plein jour

Un peu de nuit en plein jour

4e de couv’ de l’Editeur (Calman Levy)

« Il ne reste plus que ça aujourd’hui, la communion des caves, cette sauvagerie qui seule subsiste une fois quittée la grisaille de la surface où les clans survivent dans des boulots plus pourris qu’une charogne oubliée sur un piège.« 

Ce pourrait être le monde de demain. Paris est envahi par une obscurité perpétuelle et livré aux instincts redevenus primaires d’une population désormais organisée en clans. Dans ce monde urbain terriblement violent, Féral est un des derniers à avoir des souvenirs des temps anciens. Il est aussi un as de la « cogne», ces combats à mains nues qui opposent les plus forts des clans dans des sortes de grand-messes expiatoires. C’est lors d’une de ces cognes qu’il rencontre Livie, qui respire la liberté, l’intelligence, la force. Leur amour est immédiat, charnel, entier. Mais le destin de Féral va se fracasser sur cette jeune femme qui n’est pas libre d’aimer.
Bijou littéraire, Un peu de nuit en plein jour parle de notre monde qui s’abîme, de la part de sauvagerie en l’homme, de l’inéluctabilité des destins.

Comme souvent, la 4e de couv’ dit tout et rien et nous enduit en erreur, mais ce n’est pas grave.

Drôle de roman – très (très) court 174 pages assez aérées – qui m’a laissé un peu perplexe.

Nous sommes dans un monde (post-) apocalyptique  – genre « La Route » – dans lequel il n’y a quasiment plus de soleil qui brille (« …ici la pluie balaye les trottoirs, engorge les caniveaux et pousse les gens à se hâter. Aucun parfum, aucune fragrance sinon celle de l’asphalte – et les remugles d’ammoniac. Bien sur il y a les  parcs… mais ils sont dévastés, ébahis par des arbres sombres et torturés et il manque l’essentiel : l’horizon…. » (p. 50).

Dans ce monde, les clans pauvres et « subalternes » vivent « dans les caves » dans « les zones qui leur ont été concédées » ou dans un ancien abattoir dans lequel ont les chambres froides ont été « reconditionnées »  (c’est le cas de Louis et Lucie, les seuls vrais amis de Féral).  Féral qui a 46 ans « n’est pas ordinaire, il vient d’ailleurs, des grands espaces (c.à.d des Causses nda), il s’est promené avant de s’installer » (p. 35). Maintenant, il travaille dans la journée comme élagueur et aide à ramasser des cargaisons de « if, Taxus baccata, magie pure utilisée par un laboratoire de haute technologie dans un traitement contre le cancer. Pas pour eux, eux ne meurent jamais de ça – pas le temps » (p. 36).

Le soir, Féral fait pas mal de combats (les « cognes » « Féral grand comme un ours…. torse nu – ses cicatrices sont des entrelacs…. tant de muscles, une telle masse…. » (p. 91) ou il va rencontrer (et en tomber amoureux de Livie, d’une petite vingtaine d’années  « souple comme un chat », cogneuse hors pair,  danseuse belle à se damner, danseuse de la mort aussi….

Michal Karzcz b

J’avais dit « drôle de roman » – en effet, il faut accepter la langue parfois brute de décoffrage (très – trop ? – simple), toutefois lardée de belles expressions poétiques aussi, accepter le manque de toute explication, se laisser porter par ces destins et personnes si proches et si loin. On dirait parfois, une bande dessinée à la Tardi, avec, en soubassement la musique de Débussy ou des Mazurka (jouées par deux musiciens – et avec un beau passage sur la beauté de 2 corps qui s’approchent, « l’enjambement des phrases mélodiques » et « le jeu subtil des distances… »(p.130) ), des références à la littérature « chamanique », une trame de tragédie grecque, donc presque prévisible, et qui se termine comme aux portes de Hades.

Une belle musique, mais qui, pourtant,  n’est pas arrivée jusqu’à mon cœur…. il y avait peut-être trop d’idées (lier à tout prix la presque SF – et le monde tel qu’il est actuellement) – avec des personnages et une société pas assez dessinés pour prendre vraiment forme dans notre tête/cœur….

Erik L’Homme est surtout connu pour ses romans pour la jeunesse et avait « ébloui » Michel Abescat de Telerama avec son précédent roman pour adultes  (« Déchirer les ombres »). Peut-être je lirai un jour celui-ci ou même un de ses romans jeunesse pour m’approcher plus de cet homme, qui me semble quand-même suffisamment perturbant pour vouloir en savoir plus.

Michal Karzcz a

Les images impressionnantes de Michal Karzcz on peut les retrouver ici 

 

A propos lorenztradfin

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3 commentaires pour Un peu de nuit en plein jour

  1. princecranoir dit :

    La référence à « la Route » m’interpelle mais le roman de McCarthy m’a tellement traumatisé que je crains d’être déçu par une redite en demi-teinte.

    Aimé par 1 personne

  2. Philisine Cave dit :

    Elle est très bien ta chronique, très explicite. On a lu le même livre e ton a le même ressenti !

    Aimé par 1 personne

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