Les fruits encore verts

Traduit du polonais par Nathalie Le Marchand

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Lu dans le cadre du Jury du Prix Caillé (de la SFT). Le livre se trouve en lice pour le prix 2019. Bien entendu je ne parlerai qu’en mon nom et ne laisserai rien paraître de ce que je pense de la traduction….ce sera au jury dans son ensemble d’en discuter.

Présentation de l’Éditeur (Editions Intervalles) 

Situé dans le village imaginaire de Hektary, Les Fruits encore verts est un portrait riche, subtil et texturé de la vie rurale dans la Pologne communiste des années 1970 et 1980. Par le regard d’une enfant au seuil de l’adolescence, on pénètre un monde où les superstitions n’ont pas disparu des sovkhozes et où la religion, voire certains rites païens, coexistent avec les directives du parti.

Dans cet univers où les hommes et les femmes semblent mener des vies parallèles, la solidarité des femmes entre elles s’exerce autour de traditions parfois folkloriques dont Wioletta Greg, tout en nuances et en clair-obscur, peint avec subtilité l’humanité. Malgré ses apparences de bourgade assoupie, Hektary abrite tout un monde qui cache bien des secrets, même les personnages auxquels on donnerait le bon Dieu – ou la médaille de Lénine – sans confession. Discrètement, les ombres allemande et soviétique planent derrière toute l’histoire du village et de la famille de la narratrice. Car les personnages, même les plus secondaires, sont à la fois archétypaux et enracinés dans un moment particulier de l’histoire polonaise récente.

L’écriture de Wioletta Greg, d’une sensualité rare, restitue avec peu d’effets mais sur un rythme extrêmement mélodieux une époque et un monde à la fois si proches et si lointains pour donner naissance à un roman d’éducation en forme de brillant exorcisme.

Les Fruits encore verts a figuré sur la liste du Man Booker Prize International, sur celle du Prix Jan Michalski de littérature ainsi que sur celle du Prix Nike, l’équivalent polonais du Prix Goncourt.

Pour info subsidiaire : Le titre du livre en anglais : « Swallowing Mercury » (le titre se réfère à un texte qui parle de l’avalement de mercure sortis d’un thermomètre cassé…) + en allemand: « Unreife Früchte » (fruits pas encore murs => encore verts).

24 Chapitres courts (le tout fait 145 pages) qui se lisent – avec un bonheur variable – rapidement comme un spritz veneziano en plein été. Ce qui étonne le plus dans ce petit livre (déjà traduit en anglais, italien, allemand, catalan et espagnol) – c’est le regard désabusé habillé en une langue d’une très grande simplicité et pourtant d’une précision de scalpel (variation des sujets – donc aussi de la terminologie..) et paré d’un zeste de poésie….qui couvrent d’une membrane fine les non-dits et une critique point dissimulée de la période Solidarnoscz, la mainmise du parti communiste sur la vie quotidien dans ce coin « reculé »….

Bon nombre de ces courts médaillons d’ouverture sur le passé (presque) récent de la Pologne – avant son entrée dans l’Union Européenne – et surtout sur de mini-évènements qui ont émaillé la vie de la petite Wioletta – et presque tous les chapitres sont rédigés du point de vue d’elle – regard qui transforme la pauvreté ambiante en qqchose poétique:

« ….je mis au point un paravent de fortune avec deux chaises et un couvre-lit, puis transvasai l’eau du chaudron à la baignoire en plastique. Je pus alors me glisser dans mon bain. La vapeur, embaumée du parfum du shampoing familial, montait jusqu’au plafond couvert de suie avant de tomber en petites gouttes sur le visage doré de la Madone noire. » (p. 109)

Ou en 1989 (!) le changement des poêles dans les classes de l’Ecole pour installer une chauffage centrale…. ou la visite chez le vieux médecin qui demande à Wioletta de tenir son pénis (« comme de la pâte à modeler« ) ou le petit sourire du lecteur en lisant :

(les personnes sonnent depuis un moment à la porte et s’approchent finalement de la fenêtre de la cuisine):

« Madame Stasikowa, ouvrez. C’est nous. La collecte pour les travaux de l’église, ce sera la semaine prochaine et le relevé des compteurs, c’est pas avant demain matin. Je le sais, c’est Janek qui me l’a dit. »  (p. 74) – drôle ce passage a été cité dans une critique de la version allemande qui elle utilise le terme « verplappern » (qui aurait le sens de il s’est fait avoir et a trop dit/il me l’a dit ce qu’il n’aurait pas dû me révéler….).

Quelques histoires m’ont laissé un peu sur la faim, d’autres m’ont fait sourire… Un très agréable « voyage » dans le temps (vers une époque dans laquelle on ne parlait pas encore d’adhésion à l’EU qui fait voir l’immense pas en avant qu’a fait la Pologne depuis (sans parler ici du chemin pris ces dernières années vers l’autoritarisme. (L’économie de la Pologne étant une des plus dynamiques à l’heure actuelle en Europe).

Une belle lecture ouvre-horizon (et rétroviseur) qui déclenche des sourires.

 

 

 

 

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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