Par delà la pluie – Por encima de la lluvia

Le premier coup de cœur 2019 depuis « Les enténébrés  » de Sarah Chiche (ce dernier se trouvant par ailleurs dans les coup de cœur du Monde pour l’été 2019) :

Par dela de la pluie

Traduit magistralement par Claude Bleton.

4e de couv’ – présentation de l’Éditeur (Actes Sud) 

Les murailles de Tarifa abritent la dernière résidence de deux septuagénaires que rien ne destinait à se rencontrer. Ancien directeur d’une succursale de banque, Miguel est aussi mesuré et prévisible qu’Helena est impulsive et extravagante. La disparition tragique d’un pensionnaire les décide à solder leurs comptes avec la vie : ils se lancent sur les routes au volant d’une flamboyante Datsun de 1967 ; cap sur Barcelone, Madrid et Malmö.
Miguel veut sauver sa fille des griffes d’un pervers narcissique et retrouver un troublant amour de jeunesse.
Helena aimerait revoir son fils, installé à Malmö. Elle a connu, elle aussi, une passion dévorante mais son existence est un champ de ruines depuis la disparition de son père à Tanger lorsqu’elle était enfant : le suicide de sa mère, un mariage sans amour, la mort de tous ceux qui lui sont chers.
Chacun sera le miroir de l’autre dans sa quête de vérité pour pouvoir refermer les blessures traumatisantes de l’enfance et trouver enfin la paix de l’âme.
Avec le talent qu’on lui connaît, Víctor del Árbol fait converger ces histoires vers un dénouement criant de vérité et d’émotion. Et si, au cours de ce saisissant road movie, on traverse les contrées arides de la maladie, de la prostitution ou du grand âge, on en sort convaincu que vivre est le plus beau des voyages.

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La tableau que Yasmina voit en faisant une passe infligée par le méchant Sture

Dédié ainsi : « Pour ceux qui aiment la vie en dépit de toutes les défaites. »

Une tragédie grecque avec des accents shakespeariens rythmé comme un flamenco et cela malgré l’arthrose et l’alzheimer menaçant de deux septuagénaires. En même temps c’est un « polar »  mâtiné d’un roman historique auquel se greffe un roman sur l’enfance, les pères (absents), les mères (inassouvies/amoureuses/maltraitées) et un grand roman d’amour aussi.

Les lignes narratives des divers personnages, les histoires individuelles s’entremêlent, changent de profondeur, tressées sur un socle structurel imparable et inséré dans la Grande Histoire comme l’était déjà  » Toutes les vagues de l’océan » mon dernier livre lu de lui (-je vais devoir m’attaquer à « La vielle… » !

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La voiture – Datsun – de Miguel

Voyager il nous fait ce livre (géographiquement de Tanger ou de Tarifa, à Barcelone, Madrid, Séville et Malmö – et dans le temps de la guerre civile espagnole jusqu’à la construction du monument à la Valle de los Caidos jusqu’en 2014….

Et sur les fondement de ces deux grands maelstroms structurants, Víctor del Árbol nous propose une foultitude de thèmes liés à la vie et traité de manière gigogne (culpabilités, trahisons, relations parents-enfants, déracinement, engagement, la bataille de rêve vs réalité, vieillesse, altérité, carpe diem (ou non ?!), cruauté, trafic de drogue, sexe, que reste-t-il de mes amours (ou de la personne que j’étais il y a 40 ans…?), la mémoire/l’oubli …. sans qu’on perde de pied (peut-être parfois un momentito minuscule en début de qqs chapitres…. ) en restant bouche-bée devant le tableau dans lequel « sans prévenir, le passé envahissait le présent…exigeait de solder les dettes. (p. 411)  »

Le ton est empreint d’une mélancolie certaine – qui m’a pris à la gorge. Parfois, le lecteur que je suis, a été totalement embarqué et je suis devenu ce Miguel…. et ma pensée a vogué …La soif de reconnaissance de Miguel et qui rentrant fier comme un pinson à la maison doit tout ravaler à cause d’un événement …. qqchose semblable m’est arrivé en 1972 : je rentre d’un voyage de classe à Rome et Naples/Pompeiji plein d’images de couleurs que je voulais raconter, partager… moi le premier de la famille qui avait quitté l’Allemagne pour un pays du Sud…. – et j’ai tout dû ravaler, ma mère ayant été hospitalisée (et mon père – qui m’accueillit à la porte de notre maison, en tablier – je ne l’avais jamais vu ainsi attifé !! – ne s’intéressait pas du tout – je le comprends aujourd’hui – à ce que j’avais vécu …).  Víctor del Árbol trouve les mots (ou disons plutôt que Claude Bleton les couche parfaitement sur le papier) pour décrire les tempêtes et cicatrices qu’un mini-événement comme celui-ci peut, rajouté à un série de moments comparables, figer une personne…

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Plage de Tarifa

Il est difficile de dire plus que la 4e de couv’ sans révéler les surprises, l’épaississement progressif des personnages (dont certains sont « têtus comme un alexandrin qui refuse de rimer« )…. laissez vous embarquer.

Heureusement il n’y a pas que de la mélancolie et quelques atrocités (mois toutefois que dans « Toutes les vagues…. » mais aussi quelques rayons d’optimisme, de tendresse infinie (en nous invitant à saisir la vie, les opportunités, en oubliant les barrières qui, en y regardant de près, n’en sont pas)….

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Un excellent livre pour les vacances – et pas que…..  qui sans être comparable m’a fait penser aussi à « Little Odessa » de James Gray – cela n’a rien à voir, mais l’ambiance étouffante de l’inexorable de ce film je l’ai ressenti dans ce roman.

PS – Un tout petit peu de honte à la lecture des passages sur la Valle de los Caidos de me remémorer qqchose: C’est en 1974 mes copains d’alors et moi avons décampé de l’île Texel (NL) sous la pluie pour rejoindre une famille espagnole à Santander….(une nuit de voiture que je n’ai pas vraiment oubliée)….  Cette famille après une semaine là-bas nous a emmené à Madrid (dans leur maison de campagne – Colmenar Viejo)… et nous a montré le monument de la Valle de los Caidos (impressionnant il faut le dire, quand on oubli/ignore les dessous….) – ce n’est que pendant les études que j’ai compris que c’était une famille ultra franquiste et nostalgique de l’époque….. 

Valle de los caidos

Sur les prisonniers-esclaves de la Valle de los Caidos

https://alencontre.org/europe/espagne/etat-espagnol-les-esclaves-du-franquisme.html

 

Et pour bien finir (et presque en clin d’œil aux 50 ans de l’alunissage – une chanson particulièrement aimée par Helena – avertissement toutefois : elle est lié à un moment tragique …

 

A propos lorenztradfin

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