Un silence brutal – Above the waterfall

Après mon Intermezzo – qui semble avoir provoqué un coup de chô chez certains de mes lecteurs (d’après des messages privés) – je retrouve mon sérieux avec un petit tour de piste du dernier roman de Ron Rash – traduit (très bien) par Isabelle Reinharez*

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Un titre évocateur et autrement plus mystérieux qu’un « Au sommet de la cascade ». C’est le 2e roman que je lis de cet auteur (après « Une terre d’ombre« )  et comme pour « Une terre d’ombre » je peux/vais dire que ce roman a finalement de noir que sa couverture dans la version française.  La noirceur se drape ici d’une cape de nostalgie, de tristesse, et la « brutalité » du titre se réfère plutôt au monde dans lequel vivent les protagonistes.

L’Éditeur présente le roman en 4e de couv’ ainsi :

Dans ce coin des Appalaches, entre rivière et montagnes, que l’œuvre de Ron Rash explore inlassablement depuis Un pied au paradis, un monde s’efface devant un autre : à l’enracinement des anciens à leur terre succède la frénésie de profit des entrepreneurs modernes. 
Le shérif Les, à trois semaines de la retraite, et Becky, poétesse obsédée par la protection de la nature, incarnent le premier. Chacun à sa manière va tenter de protéger Gerald, irréductible vieillard, contre les accusations de Tucker, propriétaire d’un relais pour riches citadins curieux de découvrir la pêche en milieu sauvage. Dans leur esprit, Gerald est incapable d’avoir versé du kérosène dans l’eau, provoquant la mort des truites qu’il aime tant. Mais alors, qui est le coupable? 
La voix de Becky incarne la poésie infinie de la prose de Ron Rash, dont la colère s’exprime dans la description des ravages de la meth, fléau des régions frappées par le chômage et délaissées par les pouvoirs publics.

C’est un beau roman (assez court, d’une cohérence absolue et d’une écriture magnifique – merci à Isabelle R. !!) – en cinq parties – telles les actes d’une pièce de théâtre – sur les cabossés de la vie avec donc des personnages qui ont tous des qualités, défauts et cicatrices – et une chose en commun : vivre dans un lieu assez isolé de la vie trépidante de la ville, marqué par la crise de l’emploi et les ravages de la meth’ et entouré d’une nature proche de l’état sauvage….

L’intrigue en tant que telle (c’est la dernière enquête de Les avant sa retraite annoncée) ne se  met en réalité en 3e vitesse que vers le milieu du roman… Rythme que d’aucuns nommeraient « paresseux » mais qui est tendu par les forces sous-jacentes et quasi-hypnotiques des réflexions sur le passé de Les, l’humaniste avec toutefois des côtés noirs, de souvenirs (noirs) égrenés par Becky (entrelardés parfois de poèmes : genre « Tandis que s’éloigne l’orage/la pluie goutte/des feuilles/telle une pensée/venue après coup. ») …

Réflexion sur le genre humain, descriptions scintillantes de la nature (« les chaumes blonds noircis par un vol d’étourneaux. Sur mon passage, le champ semble s’élever dans les airs, jeter un coup d’œil pour voir ce qui’il a en dessous, puis reprendre sa place…La volée décolle à nouveau   et cette fois continue à monter, un tourbillon qui s’amenuise comme aspiré dans un tuyau, puis le déploiement d’un rythme brusquement relâché, qui se change en entité alors qu’elle se plisse et se déplisse, descend au fil de l’air tel un drap claquant au vent...que pourrait y voir un enfant? Un tapis volant soudain devenu réalité? Des bancs de poissons nageant dans l’air? La volée vire à l’ouest et disparaît. «  (p. 117)

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Et tout cela empreint d’une certaine tendresse rude, avec des éclats de poésie, des pics contre les méfaits économiques mais toujours d’une humanité enviable…. et une intrigue qui sous-tend l’ensemble…

Je constate (après coup) que j’ai choisi un extrait déjà « utilisé » par Simone dans son article autrement plus profond sur ce livre. Si vous voulez lire qqs autres extraits et un hymne à ce beau livre passer la voir ici

 

  • Traductrice littéraire de l’anglais ou de l’américain, Isabelle Reinharez vit en Poitou-Charentes où elle est responsable bénévole de la bibliothèque municipale de Saint-Sauvant (Vienne). Elle a travaillé sur des œuvres de G.K. Chesterton, Louise Erdrich, Robert Olen Butler, Anne Enright, Tim Parks ou Ron Rash. Elle collabore principalement avec les éditions Rivages Noir, Albin Michel et Actes Sud, où elle a dirigé de 1990 à 2000 la collection de littérature anglaise et américaine.

 

 

A propos lorenztradfin

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5 commentaires pour Un silence brutal – Above the waterfall

  1. Ron Rash est un très grand écrivain, ce livre ne fait que confirmer ce talent. Oui, en 250 pages, il livre un roman parfait sur la forme, sur le fond. Contente que tu aies aimé aussi !

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Un pied au paradis – One foot in Eden | Coquecigrues et ima-nu-ages

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