Les inéquitables ou Marc, Diane et les autres

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Résumé de l’Éditeur (Gallimard – Collection Blanche) 

Diana se remet progressivement de la mort de son mari Patrick survenue il y a tout juste un an. Marc, le frère de Patrick, vit chez elle pour veiller sur sa santé et sa sécurité. Mais la découverte fortuite par Marc de trois paquets de drogue échoués sur la plage vient soudain bousculer ce lent retour à la vie. Décidé à revendre la marchandise, Marc s’adresse au frère aîné de Diana, avec qui elle entretient de très mauvaises relations. Et les ennuis s’enchaînent aussitôt.
Les couples se trahissent, les amitiés se défont, l’amour flirte avec le meurtre, et, au milieu de ce vaste dérèglement, naissent bientôt de nouveaux sentiments. On retrouvera dans ce roman les thèmes chers à Philippe Djian et son écriture intransigeante et vive – ne laissant aucun temps mort et créant toujours la surprise.

La seule phrase de cette 4e de couv’ que j’aime c’est : »aucun temps mort et créant toujours la surprise« . En effet, dans un cadre à priori banal (avec dentistes, joueurs de poker, vendeurs de piscines, femmes délaissées ou pleurant la mort d’un mari) au bord de la mer, P. Djian nous concocte un petit roman (166 pages) qui, pas seulement par son style sec, à phrases courtes, aiguisées, précises comme un scalpel et surtout, surtout avec pleines d’ellipses, se rapproche d’un diamant thrilleresque noir.

Il y aura des morts/meurtres, des paquets de cocaïne, du sexe aussi (cependant plus de description aguichante comme dans le passé – assagi, P. Djian ?), tout est suggéré (finement), avec un enchaînement narratif, qui, je l’avoue, m’a scotché (et surpris, je ne l’avais pas « remarqué » avec autant d’acuité dans les derniers livres lus de lui).

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Ça commence dès les premières lignes :

Mais il voulait qu’elle enlève ses mains, qu’elle cesse de le toucher, qu’elle s’écarte, disparaisse, il essayait de lui dire de ficher le camp, de rentrer, mais il avait la bouche pleine de sang et elle refusait de le lâcher. Prends mon mouchoir, dit-elle. Il la repoussa brusquement. Elle trébucha, fit quelques pas en arrière et s’immobilisa dans le halo du lampadaire qui éclairait la rue encore mouillée. Il la fixa durant quelques secondes et la trouva si belle qu’il en oublia un instant la douleur, le feu qui courait sur son visage. Diana approchait de la cinquantaine. Parfois, il n’en croyait pas ses yeux. Elle était plus belle que toutes les femmes qu’il avait connues. Il baissa la tête. La plupart de leurs sorties se terminaient par des coups de poing dans la gueule, il y avait toujours un type qui la voulait, un type qui devenait fou après avoir posé le regard sur elle. Pour finir, il se laissa choir sur le siège du passager et boucla sa ceinture. Me touche pas s’il te plaît, dit-il. Conduis.

Le lecteur est tout de suite jeté au cœur d’une histoire, il en sait rien et ne démêlera les rapports entre cette belle Diana cinquantenaires et Marc, le frère du défunt Patrick qui hantera l’ensemble des pages suivantes, dans une spirale digne d’un polar, mais peuplées de belles femmes estropiées (un moignon de bras ici, une jambe qui traîne par là), et en décor un ciel bleu :

« Il faisait une quinzaine de degrés, le bleu du ciel était légèrement voilé, opalin, envahi de mouettes – quelques’unes tournoyaient en piaillant au-dessus d’une benne à ordures installée au croisement. Des filets de sueur glacée glissaient entre ses omoplates. « (p. 37)

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Heureusement P. Djian n’est pas Y. Moix qui disait qu’il « n’arrive pas à désirer des femmes de (s)(m)on âge »…. le livre est également une ode à la femme de 50 ans et plus (il y a aussi Charlotte avec sa main en silicone …. belle « rencontre » de solitudes)

Idéal comme trame d’un bon petit film noir, sur un canevas mince mais plein d’images et de folies meurtrières.

Pour moi un très bon crû.

 

 

 

A propos lorenztradfin

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3 commentaires pour Les inéquitables ou Marc, Diane et les autres

  1. princecranoir dit :

    Tu en parles très bien.
    Je ne suis pas un aficionado de Djian, mais celui-ci est assez tentant.

    J'aime

  2. Maux&Cris dit :

    J’ai longtemps lu Djian, qui fait partie de mes auteurs préférés. J’ignore la raison qui ne m’en a pas faire lire depuis deux ou trois mandats présidentiels, comme on ignore pourquoi on ne voit plus tel ami, mais j’avais repéré ce livre. J’ai envie de retrouver son style sec et nerveux.
    Il va bientôt entrer en file d’attente….
    Merci pour vos mots !

    Aimé par 1 personne

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