Chien-Loup – Sélection du livre Inter 2019

Chien-Loup, subst. masc. 

Race de chiens dont l’aspect rappelle celui du loup et qui sont utilisés comme chiens de garde  (tdlf) 

chine-loup

S. Joncours était déjà présente en 2015 dans la sélection du Livre Inter  et j’avais lu en 2017 « Repose-toi sur moi » (oiur lequel il a reçu l’Interallié – et qui m’a laissé une impression mitigée. Un Clair-obscur que je retrouve là : Une lecture entre chien et loup. Ou : entre philosophie, nature-writing, traité de chiens (et de lions (!), la Grande Guerre et les GAFAM….

Présentation de l’Éditeur (et 4e de couv’)

L’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecœur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cet endroit que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’est imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître. En arrivant cet été-là, Franck croyait encore que la nature, qu’on avait apprivoisée aussi bien qu’un animal de compagnie, n’avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s’entretuaient, avaient cédé la place à des guerres plus insidieuses, moins meurtrières. Ça, c’était en arrivant.

Serge Joncour raconte l’histoire, à un siècle de distance, d’un village du Lot, et c’est tout un passé peuplé de bêtes et anéanti par la guerre qu’il déterre, comme pour mieux éclairer notre monde contemporain. En mettant en scène un couple moderne aux prises avec la nature et confronté à la violence, il nous montre que la sauvagerie est toujours prête à surgir au cœur de nos existences civilisées, comme un chien-loup.

Comme souvent cette 4e de couv’ dit trop (et pas assez).

En réalité, Flammarion (et Joncour) nous offrent deux romans en un – les deux se passant dans un décor (très cinématographique : le Lot (près des Causses du Quercy (probablement –  les villes de Limogne et de Souillac sont citées)…. un en 1914/15 et l’autre en 2017…

Lepompidou

C’est dans une bi-coque de ce genre (celle-ci, moins spacieuse, se trouve dans les Cevennes) que Franck & Lise (parisiens, lui producteur de cinéma ) vont passer 3 semaines (sans wi-Fi, sans réseau…lui à contre-cœur, elle ravie) et à une demie-heure (de voiture) du prochain village.

« il se mit à marcher de long en large pour essayer d’attraper du réseau quelque part, il tenait le téléphone tendu devant lui, comme une télécommande pour rallumer le monde. » (p. 58)

C’est leur vie, leur couple de plus de 20 ans (« On s’aime mais on ne se le dit plus, on s’aime de telle manière qu’il n’y a même plus lieu de se le dire, de le penser… C’est peut-être le stade ultime de l’harmonie, le seuil de la béatitude entre deux êtres, l’amour devenu à ce point naturel qu’il ne s’énonce même plus« ) , l’appropriation de la vie « sauvage » et « nature totale », la rencontre avec un chien (-loup – dénommé Alpha) que nous raconte la partie 2017. Le 2e récit se passe en 1914/15 – et ouvre par ailleurs le roman. Il décrit la vie des femmes d’un village en contre-bas de la bi-coque (les hommes sont montés dans le Nord se faire charcuter dans les tranchées) occasion pour S. Joncour de nous proposer un digest de « Les femmes au temps de la guerre de 14 »  (F. Thébaud)  et d’autres livres traitant de sujets voisins. (j’ai particulièrement aimé le chapitre pp 365 ss qui décrit bien que les femmes redoutaient ce que diraient leurs hommes quand ils reviendraient en découvrant que les fermes et moulins avaient continué de marcher sans eux.. (!)

Bien entendu, S. Joncours ne serait pas l' »Interallié » qu’il est s’il ne reliait pas les 2 axes du roman … Dans la partie 1914/15 il y a aussi un « boche » dompteur de lions – Wolfgang (Wolf = loup) (qu’il cache avec l’accord du maire dans la bicoque… une femme aussi (Josefine – veuve de médecin) …

« Aimer ce n’est pas se rendre compte, aimer ce n’est même pas réaliser que l’on est tendu vers l’autre, sans cesse propulsé vers un déséquilibre tentant. Cet homme pour elle, c’était Ulysse délivré de son périple, c’était Noé affranchi de tout pacte avec Dieu, cet homme c’était l’être le plus libre qui soit.

et il y a toujours la nature (que Lise essayera à capter sur une toile avec ses couleurs) ,

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l’appel de la nature et la sauvagerie de la nature (les Lions, les moutons, les chiens) …  qu’ont copié les GAFAM : (« L’image que Franck se faisait d’Amazon et Netflix, c’était celle de deux prédateurs mille fois plus gros que tout le monde, avec un appétit sans limite, deux super-prédateurs qui comme les loups régulent l’écosystème en éliminant d’abord les proies les plus faibles, les plus petites, les plus vulnérables, avant de s’imposer comme les maîtres absolus du jeu. »)

Toutefois je ne suis, en fermant le livre pas convaincu du développement des deux parties – j’ai aimé le début du couple moderne dans ce « monde sans Wifi », leur manière de vivre ensemble (j’ai été étonné qu’ils ne fassent pas l’amour une seule fois – mais n’est pas Joséfine qui veut)… j’ai aimé certains passages sur la vie des femmes de 1915, le désir naissant de Joséfine (Serge J. sait parler des sentiments) … mais pour moi il y avait trop de redites, des répétitions (au moins 5 fois S.J. nous dit à peu près avec les mêmes mots : « Fernand le maire et Couderc le maître étaient deux références dans le domaine de la raison, deux êtres avisés capables de rationaliser les choses… » (tout en se limitant à cette caractérisation schématique du maire qui doit faire face à la population de son village – je rappelle : des femmes, des vieux, des « Simplets », enfants et/ou des réformés), un trop plein de descriptions de la difficulté de marcher sous 35/36°C dans la nature sauvage…. j’avais envie que ça avance, un peu de rythme, mec, je pensais … et les quelques moments/passages qui laissaient entrevoir ou s’apparentaient à un thriller tombaient rapidement à plat – greffés trop artificiellement sur le récit (ahh les deux partenaires parisiens…. »jeunes loups » du ciné voulant s’acoquiner avec Netflix…) – ou plutôt se terminent, après avoir prévenu le lecteur à maintes reprises, en deux-trois mouvements comme si le robinet de verve était fermé.

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Ce qui était bien par contre, la lecture m’a permis de rafraîchir mon vocabulaire loupien:

Entre chien et loup / Loup-garou/ cul-de-loup (= endroit reculé)/ avoir vu le loup (= avoir affronté des dangers/ ou fam. avoir perdu sa virginité (!))/ tenir le loup par les oreilles (=Se trouver dans une situation critique; être prêt à s’emparer d’un malfaiteur, à écarter un danger)/La lune est à l’abri des loups. (=Les personnes haut placées n’ont rien à craindre)/Vieux loup (=personne d’expérience, habile/rusée) /Qui se fait brebis, le loup la mange/Faire entrer le loup dans la bergerie/L’homme est un loup pour l’homme/Jeunes loups

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2 commentaires pour Chien-Loup – Sélection du livre Inter 2019

  1. CultURIEUSE dit :

    Bravo pour «  le robinet de verve »!

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Livre Inter 2019 – Liste de la sélection | Coquecigrues et ima-nu-ages

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