Rebelles + Lutte des classes + Alles ist gut

3 films vu ce mois–ci (mois davantage centré sur la lecture – Livre Inter oblige)

Dans le cadre de mon action de soutien au cinéma français et incité par une annonce dans le quotidien du Monde « Rire est la meilleure détente après avoir lu « Le Monde » (! sic), j’ai vu le dernier né de Allan Mauduit (avec Cecile de France, Yolande Moreau et Audrey Lamy)

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En effet, on rit dans ce film si on accepte le deuxième ou troisième degré de cette histoire.  Synopsis – Allociné :

Sans boulot ni diplôme, Sandra, ex miss Nord-Pas-de-Calais, revient s’installer chez sa mère à Boulogne-sur-Mer après 15 ans sur la Côte d’Azur. Embauchée à la conserverie locale, elle repousse vigoureusement les avances de son chef et le tue accidentellement. Deux autres filles ont été témoins de la scène. Alors qu’elles s’apprêtent à appeler les secours, les trois ouvrières découvrent un sac plein de billets dans le casier du mort. Une fortune qu’elles décident de se partager. C’est là que leurs ennuis commencent…

Dès qu’on voit Cecile de France dans un manteau de fourrure on sent que tout sera un peu exagéré et que les situations se hisseront d’une situation loufoque et déjantée vers d’autres, parfois même démesurée (on se dit : il va quand-même pas nous faire ça – et bingo ! Allan Mauduit ose de pousser de plus en plus loin (sans toutefois y aller totalement – comme l’ont fait les Nuls à l’époque)). Toujours à la lisière d’un sous-Tarantino (qqs moments de mise en scène ne se cachent pas de « copier » John Woo ou une scène de Réservoirs Dogs ou de placer un dialogue décalé sur une scène gore) mais jamais atteignant le degré de sophistication ou de force…. juste en faisant confiance à une dynamique (des fluides) et une belle présence des actrices qui nous débitent (Yolande en tête) des mots d’auteur qui font (parfois) mouche….

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Un rythme qui ne laisse pas bcp de temps de répit (ou de temps de cerveau libre), des rebondissements pleuvent (cependant souvent attendus – Allan Mauduit respecte les codes sans en inventer ou bousculer le spectateur – et pourtant il aurait pu dépasser les bornes) – les méchants ont une gueule de méchant, Simon Abkarian est égal à lui-même ….

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Les personnages restent assez schématiques avec un zeste clichéesque (à part deux trois traits aucun des caractères est approfondi ou « affiné ») – mais on suit en souriant. Et si, comme dans la salle de la Nef à GRE il y a des gens qui rient là ou toi tu aurais normalement tendance à « seulement » sourire, tu te laisses, après une journée/semaine chargée, simplement aller, sans intellectualiser, sans voir les grands traits Pas-de-Calaisien (comme les enfants – presque – adultes de Yolande forcément bêta, le chômage, le policier parisien…). Une sorte de feel-good-movie sympa’ avec quelques échanges dialogués qui font mouche…

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Lutte des Classes 

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Film vu surtout parce qu’il se passe à Bagnolet (pas loin de là ou j’ai vécu pendant 17 ans) et qu’il traite d’un sujet que notre cellule familiale (2 actifs + 2 enfants) a affronté également…. : Laisser son enfants dans un collège dans lequel la très forte mixité (90% de jeunes de la 3e génération issue de l’immigration risquait constituer un frein à la future montée dans l’ascenseur social (donc école privée ou une école publique avec un autre profil (50/50 ou moins…). Nos enfants ont (malgré la « pression toute relative exercé sur nous du corps enseignant » (« Vous ne pouvez pas faire ça ! Pensez au niveau de la classe…! ») sont partis en 6e dans une école de l’autre côté du périph’ (et nous sommes toujours contents (pour eux) d’avoir fait ce choix …..) – Ce changement nous avait par ailleurs donné un moment de rire quand notre fils rentrait du 1er jour en racontant que les jeunes « là-bas » avaient quand-même de bien « drôles de noms » : Charpentier, Meyer, Mercier ou Dupont …. en effet, les noms des copains de classe avaient une autre sonorité ….).

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Le couple du film (jeune femme avocate – qui se rendra compte que son ascension dans hiérarchie du cabinet dans lequel elle travaille était un peu dû au quotas…- et un musicien, un peu anar sur les bords) est surprenant, mais on l’accepte rapidement. Thanks à Edouard Baer !! ça démarre bien, des échanges/dialogues/observations plutôt bien sentis et pas si classiques que ça….. mais peu à peu on se dirige vers la comédie dramatique et sociale franchouillarde mille fois vue, perdant en humour aussi (pourtant bien présent la 1ere heure). Vers la fin c’est plutôt genre marteaux piqueurs et gros sabots mont !

Les moments les plus drôles (pour moi) : quand la prof’ principale, assez coincée, parle aux enfants dans un langage administratif ou technocrate – notamment quand elle demande qui « mange du porc » sans utiliser le terme « viande/porc » ou lors d’un exercice permettant de savoir comment agir lors d’une éventuelle attaque terroriste.

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Un film qui s’oublie très très vite.

 

Comme si de rien n’était (Alles ist gut) 

Film allemand de Eva Trobisch  (c’est son 1er film) avec une époustouflante Aenne Schwarz

Une fête (les 15 ans du Bac). Beaucoup à boire. Janne rencontre Martin (rires, danse, flirt) Elle héberge Martin. L’alcool aidant Martine voudrait bien un peu plus qu’un bisou…Janne ne veut pas, lui insiste (lourdement). Elle se défend, dit non. Et Martin – qui ne pense à ce moment que par son appendice, la viole. Le lendemain matin, Martin était parti après avoir reboutonné son pantalon, Janne fait comme si rien ne s’était passé. Elle passe (en surface) l’éponge – vit sa vie de tous les jours, rénove une maison avec son compagnon Piet, essaie de trouver un travail (les deux avaient une société d’édition  qui végétait et sera vendue). Elle trouve du travail, et binigo, elle re-croise le bonhomme, qui s’excuse platement, mais ne sait pas aller au-delà de phrases troncs. Janne va (même) aller au théâtre (avec Martin et son boss – scène très forte (on passe « Nora » de Ibsen (!), elle vit sa vie, persiste à faire semblant que tout va bien  (Alles ist Gut) et refuse de se considérer comme une victime et de perdre le contrôle. Est-ce possible ?

Le premier long métrage d’Eva Trobisch est une étude de caractère impressionnant… La femme enfouit profondément en elle ce qui lui est arrivé (elle n’en parle à personne) – seule sa mère sent qu’il y a qqchose….. Toute en maîtrise (de soi) Aenne Schwarz montre cette Janne bouillonner dans sa carapace d’émotions. Souvent son visage semble être sans expression, presque absent. Mais le spectateur devine/voit derrière cette façade froide, la blessure, enfouie profondément la déchirant lentement….. et assiste aux conséquences ….

Aenne Schwarz

La caméra de Julian Krubasik ne quitte que rarement Janne, un « scannage » permanent.  Il n’y a pas de véritable montée crescendo dramatique, nous n’assistons pas à des moments de crises (cris/larmes) et seront, lâchés quasiment en fin de film, chacun doit dessiner la suite (selon ses critères moraux, de vécu), pas de résolution tranchée …Cela crée de la distance et nous bouleverse finalement au-delà de ce qu’on pensait.

Un film comme je les aime : avec des « trous », des zones d’ombres, des scènes d’une grande intensité – et imprégnées d’un réalisme (non-voyeur). Et le seul des trois ici que je recommande absolument. 

A propos lorenztradfin

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3 commentaires pour Rebelles + Lutte des classes + Alles ist gut

  1. CultURIEUSE dit :

    Ce thème délicat bien traité? j’aimerais le voir.. Merci!
    (le dernier bien sûr)

    Aimé par 1 personne

  2. princecranoir dit :

    Le drame l’emporte sur la comédie, voilà qui montre une fois de plus combien ce genre est délicat, réclame un art consommé de la rigueur et de la mesure (« c’était pas mauvais, c’était trrrès mauvais »). Combien de « Grand Bain » pour toutes ces drôleries oublia blés ? Les Rebelles m’ont l’air bien sympathiques mais hélas, ce que tu en dis ne me surprend guère (il va falloir arrêter de chercher à faire du Tarantino quand on ne sait déjà pas faire du Gérard Oury !) . Même chose pour « la lutte des classes » qui me semblait plus amusant à la base mais qui semble s’effondrer passé la première heure (c’est hélas souvent le cas).

    Aimé par 1 personne

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