Grace

« Elle s’est rompue à dresser l’oreille, à tracer à partir des sons la carte de l’obscurité…. »

 

9782226392169-j

Présentation de l’Éditeur (Albin Michel) :

Irlande, 1845. Par un froid matin d’octobre, alors que la Grande Famine ravage le pays, la jeune Grace est envoyée sur les routes par sa mère pour tenter de trouver du travail et survivre. En quittant son village de Blackmountain camouflée dans des vêtements d’homme, et accompagnée de son petit frère qui la rejoint en secret, l’adolescente entreprend un véritable périple, du Donegal à Limerick, au cœur d’un paysage apocalyptique. Celui d’une terre où chaque être humain est prêt à tuer pour une miette de pain.

Après Un ciel rouge, le matin et La Neige noire, le nouveau roman de Paul Lynch, porté par un magnifique personnage féminin, possède une incroyable beauté lyrique. Son écriture incandescente donne à ce voyage hallucinatoire la dimension d’une odyssée vers la lumière.

https://jacktheripper.de/forum/index.php?topic=1536.0

vente d’un enfant

J’ai lu après avoir pris connaissance de la très belle fiche de lecture de Simone, mais n’en déplaise à mon amie, je n’étais pas aussi emballé qu’elle. Question d’agenda trop chargé en traductions ? Question de froid et/ou de grisaille de ce mois de janvier 2019 qui aurait pesé sur la perception ?

Pourtant, la Grande Famine (The Irish Potato Famine) entre 1845 et 1852 (!!) avec plus d’un million de victimes, le début de l’émigration vers les USA, le renouveau d’un nationalisme irlandais et une des autres explications de la haine des Anglais …., est un sujet de tonnerre.  Par ailleurs, et le livre, qui se déroule pendant cette période, le décrit bien – même si jamais, jamais nous avons une explication des raisons politiques et économiques de ce drame – …. N’oubliez pas que les exportations de denrées continuaient bien durant cette époque (renforçant le clivage entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas…. un sujet entièrement dans le temps !)

L’histoire est « simple » (évoqué en 4e de couv’). Grace, lors de son « road-movie à pied ou en carriole » (ce qui rapproche le livre de McCormack et son « The road » – sans l’écriture d’épure de ce dernier)  fera des rencontres plus ou moins heureuses (Embury Soundpost ; Bart ; McNutt; Robert Boyce… et bien d’autres) – et elle sera toujours accompagnée par le « spectre » de son frère (mort noyé mais toujours présent avec ses « énigmes » chuchotées à l’oreille de Grace qui de fille (aux seins naissant qu’il faute bander pour garder l’aspect d’un garçon) deviendra femme (belles pages sur sa première  menstruation…).

Kirche-Irland

Marina Boraso, la traductrice de ce livre semble avoir fait un travail colossal – mais il me faudra peut-être que je lise un roman de Paul Lynch en anglais pour juger du style (V.O.) de l’auteur, puisqu’il me paraissait ici, contrairement à bon nombre de critiques et bloggeurs, « too much », trop long et trop chargé avec parfois des images/métaphores devenant obscurs pour décrire les souffrances (d’un peuple/d’une héroïne) . Même si parfois il y a des créations enchanteresses – tels que le « croaboyer » du corbeau « Et soudain le revoici, perché tout en haut d’une aubépine isolée, à croaboyer une quelconque malédiction. Il l’attendait, c’est certain, ce n’est pas un corbeau... » (p. 393). C’est dans ces passages là que j’ai retrouvé le « hypnotique » et/ou « hallucinatoire »  dont parlent bcp de lecteurs

Ainsi je me demande ce que c’est « l’inéluctabilité des nuages » que Grace contemple p. 339, …. est-ce à voir avec la déliquescence du monde (?) …un peu plutôt elle se dit :  » Elle voit passer dans le ciel velouté un nuage qui ressemble à une robe en lambeaux. »

Je comprends un peu mieux  « l‘aiguille de son ouïe piquant pièce à pièce le tissu sonore (de la ville) » (p. 350)  mais me pose encore des questions sur la couleur (clarté ?)  ici : « ...leurs champs qui ne connaissent pas d’autre couleur que la clarté du soleil » (p. 341).  Malheureusement le roman (en français) est chargé de ce type de métaphores lourdes, qui parfois collent bien avec l’esprit/ la pensée de Grace nourrie de lecture de contes, mais souvent les scènes n’avancent pas, le lecteur est (moi je me suis senti) comme englué dans la douleur et la tristesse. Ok, je veux bien que P. Lynch a voulu rendre physiquement palpable le désarroi, la perte d’ancrage de ses personnages et avec elle de tout un peuple, mais une langue un peu plus sèche, plus « maigre » (pardon de ce jeu de mots) aurait à mon avis eu le même effet d’étouffement.

Il y a effectivement des passages d’une beauté étrange (et hypnotique) mais j’aurai préféré un livre plus resserré (aussi pour éviter qqs répétitions de situations dont les variations sont – pour moi – infimes), élagué de quelques « lourdeurs » (?) métaphoriques censées donner une patine poétique à une réalité dure, dure…. Dickens-en…

Belle idée par contre qu’après la/les scènes les plus dures, de rendre notre héroïne muette – elle perd la parole, et le lecteur se trouve devant 4 pages NOIRS – sans mots, juste le noir, le trou noir… duquel Grace va (re-)sortir « vers la lumière » – par ailleurs ce seront les dernières paroles du livre « Par un matin bleu, Jim l’éveille en plein rêve, viens avec moi, chuchote-t-il, et quand elle sort de la maison les bois éclatent de couleurs, un violet éclos en l’espace d’une nuit et que le jour épanouit à son plus haut degré. L’éclat des jacinthes bleues baigne les arbres d’une légère brume, et à l’instant où elle pose les mains sur son ventre, les mots lui montent spontanément aux lèvres et elle dit à Jim:

Cette vie est lumière …. »

Hallerbos + Wald + Reicherts

Pour avoir un avis plus positif de ce livre je renvoi encore une fois à Simone 

https://lectriceencampagne.com/tag/grace/

 

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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10 commentaires pour Grace

  1. Je comprends ton point de vue, mais néanmoins ce livre m’a enchantée, je l’ai trouvé envoûtant et très très beau, y compris dans lé « répétition » qui rend la lenteur du chemin et le ressassement des idées qu’on a parfois; peut-être aussi parce que je suis une femme et que certaines choses sont ressenties différemment…MAIS MERCI DU PARTAGE,CAMARADE !!!

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  2. princecranoir dit :

    « Croaboyer », je le mets de côté pour de futures cro-niques.
    Pas franchement une vie de princesse que celle de Grace. Mais le récit est tentant tout de même.

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  3. CultURIEUSE dit :

    Cormac McCarthy, hihihi!

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  4. lebouquinivre dit :

    Hello! Tu éveilles ma curiosité et malgré les points que tu peux soulever, j’ai très envie de le lire ! Merci 🙂

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  5. LadyDoubleH dit :

    De Paul Lynch j’ai lu son premier roman, Un ciel rouge le matin, et je pense comprendre ce « trop de mots » dont tu parles. A le lire disserter sur la texture d’un nuage ou le rugueux d’une planche, on en perdait souvent le fil de l’histoire. Mais punaise quel talent quand même le gaillard ! J’ai grand hâte de découvrir cette Grace – tout en devinant déjà que j’aurai sûrement à y redire 😉

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  6. Ping : Né d’aucune femme | Coquecigrues et ima-nu-ages

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