La pilule du bonheur ou Une chatte est une chatte

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Houellebecq nous invite dans son nouvel opus (4 ans après « Soumission« ) à accompagner un dépressif Florent-Claude Labrouste (Florent est trop doux, trop proche du féminin Florence, en un sens presque androgyne. Il ne correspond nullement à mon visage aux traits énergiques, sous certains angles brutaux, qui a souvent (par certaines femmes en tout cas) été considéré comme viril, mais pas du tout, vraiment pas du tout, comme le visage d’une pédale botticellienne. (p. 10)) à un voyage (au bout de la nuit).  Florent-Claude soliloque sur sa vie, ses femmes, ses amours ou plutôt son incapacité de nouer une vraie relation… Nous allons apprendre ses relations chahutées avec Camille, Claire, Kate et Marie-Hélène, après avoir fait la connaissance de la japonaise Yuzu qu’il va/vient de quitter (dont les exploits zoophiliques et gang-bangeux font saliver les critiques qui n’oublient pas d’indiquer les pages correspondantes).

On passera du temps à Paris (d’abord dans le 15e – la tour Totem), ensuite dans un Hôtel Mercure (13e) – dans une chambre fumeur – quartier dans lequel le Café O’Jules devient son quartier « général » pour finir dans une tour Porte de Choisy ou se terminera le livre ….(après avoir donné une leçon de calcul physique …)

Le roman-récit nous emmène également en Espagne (ahh les louanges des paradores – notamment le  Parador de Chinchon), en France le Saône-et-Loire : Le château d’Igé, la ville de Niort (moche), Coutance  (belle), Méribel, Senlis, le lac de Rabodanges (près de Putanges « qui conduisait inévitablement à des périphrases pascaliennes. « La femme n’est ni ange ni pute », etc… »Qui veut faire l’ange fait la pute », ceci ne veut pas dire grand-chose, mais déjà le sens de la version originale m’avait toujours échappé, qu’est-ce que Pascal avait bien voulu dire ? (p. 272). – et j’en oublie de cette carte « du tendre » touristique, qui suscite la question chez le lecteur, si Houellebecq a été invité dans ces endroits ou non, tant que ça ressemble parfois au guide touristique ou anti-touristique…). Et ‘oublions pas les descriptions de qqs cartes de menu (annoté par notre cher déprimé).

la de rabodangues-putanges

Le livre transpire l’ennui et la tristesse du narrateur – mais nous fait souvent sourire, nous, les lecteurs –  puisque c’est entrecoupé par quelques sorties drôles, « … je me résignai à y passer toutes mes après-midi, dans cet espace de temps commercialement atone mais socialement incompressible qui sépare en Europe le déjeuner du dîner… » (p. 31)  parfois violentes, ajustées par des considérations philosophiques (parfois de bazar) ou des citations (de Lamartine p.ex.) ou de notes de musique (Ainsi sa description de l’écoute de Child in Time des Deep Purple (concert de Duisburg) – p. 227 vaut son pesant de frissons – notamment pour celui, comme moi – ce qui ne me rajeunit pas – qui a à cette époque ai eu le plaisir des les entendre en live (certes aux Pays-Bas, mais quand-même)

Sweet child in time
You’ll see the line
The line that’s drawn between
Good and bad
See the blind man
Shooting at the world
Bullets flying
Ohh taking toll
If you’ve been bad
Oh Lord I bet you have
And you’ve not been hit
Oh by flying lead
You’d better close your eyes
Ooohhhh bow your head
Wait for the ricochet
Sweet child in time
You’ll see the line
The line

 

Le roman est (très) facile à lire, tout le monde peut le lire (y a même des explications dans le texte : « Nous faisons chambre à part depuis quelques mois, je lui avais laissé la « suite parentale » (une suite parentale c’est comme une chambre d’amis avec un dressing et une salle de bains, je signale ça à l’intention de mes lecteurs des couches populaires.…. )(p.47/48) -. Parfois on s’amuse d’une interpellation du lecteur … le narrateur présume que le le lecteur attentif se rappellera certainement mieux que lui le narrateur, le nom d’une des femmes, qu’il soit disant ne retrouve plus, … Le style, disons classiques, parfois un pastiche de ses romans antérieurs, mélange du français « normal » à « châtié » pour nous réveiller parfois avec des mots argotique (ou goujat – selon votre curseur) .

….  Voir aussi la critique suivante dont je cite un paragraphe que j’aurai pu écrire :

https://philitt.fr/2019/01/07/serotonine-quand-michel-houellebecq-sintoxique-avec-son-nihilisme/

….Il convient d’ajouter à cela la présence de quelques virgules hasardeuses, d’effets médiocres (confusion entre « Zadig et Voltaire » et « Pascal et Blaise » resservie trois fois), des considérations sans intérêt (sur la « dégénérescence » de la SNCF), parfois des répétitions dans une même phrase (« on avait baisé toute la nuit et jusqu’à onze heures du matin jusqu’à ce qu’il soit vraiment l’heure d’aller à la gare ») et, toujours, un vocabulaire d’une navrante banalité – faut-il en accuser seulement Florent-Claude ?…..

Ce qui est un peu plus étonnant pour celui qui déjà lu du Houellebecq c’est que pour cet auteur marié désormais pour la 3e fois (avec une asiatique! suivez mon regard vers Yuzu) l’Amour puisse donner un sens à la vie…. et ce sont ses parents qui lui avaient montré la voie qu’il n’a jamais pu emprunter, mais qui semble maintenant devenir une possibilité (sur l’île).

« Le bonheur conjugal de mes parents je l’avais toujours, au fond de moi, ressenti comme inaccessible, d’abord parce que mes parents étaient des gens étranges, malaisément terrestres, qui ne pouvaient guère servir d’exemple à une vie réelle, mais aussi parce que ce modèle conjugal je le sentais, en quelque sorte, détruit, ma génération y avait mis fin, enfin pas ma génération, ma génération était bien incapable de détruire, encore moins de construire quoi que ce soit, disons la génération antérieure, oui la génération antérieure était certainement en cause, quoi qu’il en soit les parents de Camille, le couple ordinaire des parents de Camille, représentait un exemple accessible, un exemple immédiat, puissant et fort. »

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https://fr.chatelaine.com/sante/quel-est-le-secret-des-couples-qui-durent-15-20-ou-30-ans/

Cette « découverte » qu’il n’y a pas que les « chattes » qui comptent (humides ou pas) est intéressante dans le monde houellebecquien… A propos le terme si élégant de « chatte » : Je lis par ailleurs dans Le Monde en date du 12.1.2018 qui  fait également de la place au grand Communicateur (et maître de son image – Un mariage et un plan Com‘ ») : « Chatte » est un terme « vulgaire », « argotique » ou « familier » pour désigner le sexe de la femme. Il doublonne avec « chat », « minou » ou « minette »…mais « porte une charge insultante et négative. »  …  et on le trouve au moins une 50aine de fois…..

Enfin citons les réflexions sur l’agriculture en France/Europe. Florent-Claude est ingénieur-agronome (ses divers postes sont décrits au cours du livre, entre-autres à la DRAF). Il se verra confronté a un ami, un peu son « seul ami » Aymeric dans son « Château d’Olonde » et son exploitation laitière juxtante…

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« L’endroit a servi de cadre à la fin du dernier roman de (Jules) Barbey d’Aurevilly en a fait le cadre de son roman Une histoire sans nom, m’apprit-il. En 1882, Barbey le qualifie de « vieux château presque délabré »; comme tu peux le voir, ça ne s’est pas arrangé depuis. » (p. 144) .

C’est là et plus tard dans un bungalow (Aymeric diversifie ses sources de revenus) que Florent-Claude va passer un peu de temps avec Aymeric et (en buvant du Chablis – ou plus tard du Grand-Marnier)  discuter avec lui sur l’état de l’agriculture (leur 1er entretien sur le son de UmmaGumma des Pink Floyd (un autre sommet !)   – p. 145-147 – m’a par ailleurs gêné, il « sentait » trop le copier-coller d’un tract d’un syndicat agricole, après ce sentiment s’est estompé…

Et avec le temps Florent-Claude va observer les prémisses d’une révolte des agriculteurs (plusieurs critiques font le rapprochement des gilets jaunes, que je n’ai pas ressenti….quoique…)….

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Pour ne pas trop vous retenir (merci d’être restés avec « moi » jusqu’ici) un mot de la fin :

Vous sentez probablement que le livre est difficile à résumer, il foisonne, offre de multiples entrées, nous présente une vision acerbe de notre monde actuel, dans une sauce dépressive mais alerte…. il se lit un week-end pluvieux…. et sera au moins par moi – assez rapidement oublié. Il m’a procuré quelques rires, sourires, un moment de « mini-angoisse » (il joue avec nos nerfs), mais ne m’a pas remué, ou incité d’aller sur les barricades. Il a juste, entre autres,  rappelé l’antienne, peut-être discutable, mais qui m’a fait un clin-d’œil …. » « avec le sexe tout peut être résolu, sans le sexe plus rien ne peut l’être… » (p. 205) …. mais il faut dire que le livre va largement au-delà de ce « constat » et mérite son détours, même si les canons médiatiques tonnent un peu trop.

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A propos lorenztradfin

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9 commentaires pour La pilule du bonheur ou Une chatte est une chatte

  1. princecranoir dit :

    Je lis vite car je ne l’ai pas fini et je garder quelques surprises.
    J’avoue j’ai pouffé plusieurs fois en le lisant, et j’ai aussi réécouté Umma Gumma des Floyd. Il sert à ça aussi Houellebecq.
    Chouette article, que je reviendrai lécher davantage une fois le roman englouti.

    Aimé par 1 personne

  2. lorenztradfin dit :

    Une lectrice me laisse le message suivant (big kisses M.F.) : « Bien dit, bien illustré, bien compté (50…)! d’accord avec ton compte rendu. Déçue, malgré quelques perles (de culture). Toujours un pouls sociétal pertinent, mais qui est trempé dans un personnage si insipide qu’il finit par lasser. Ok tous les personnages principaux de ses livres sont dépressifs et moroses, celui-là est top las, trop terne, il n’insuffle pas des idées vraiment éclairées au lecteur comme à l’auteur. On le lit sans peine, mais le plaisir et l’intérêt m’ont manqué. Vivent les particules et la carte! »

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