La robe blanche

Retrouvé une auteure dont j’ai bcp aimé le « Supplément à la vie de Barbara Loden » (2012) mais je n’ai pas bien trouvé la porte d’accès à cette lecture.

139 pages denses et parfois poétiques qui m’ont souvent lassé en dehors. 

Point de départ, si on peut dire, est la morte violente de l’artiste conceptuelle italienne Giuseppina Pasqualino di Marineo (Pippa Bacca) en Turquie. Pippa était partie avec une amie dans le cadre d’un projet « Brides on Tour », les 2 habillées en robe de mariée… Le but, porter toujours leur robe blanche qui devrait au cours du péroiple à travers des zones de conflit (Balkan – ex-yougoslavie, Turquie, Liban, Syrie, la Palestine et Israël. Les robes devaient être exposées plus tard, avec tous les stigmates du voyage (accompagnée(s) d’écrits et de vidéos)… Pippa a été tuée quelque part après Istanbul (ou Pippa avait continuée seule)….

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Nathalie Léger, comme a son habitude « utilise » ce matériau pour parler des divers expressions artistiques, de différents artistes donc aussi (Marina Abramovic, Marie-Ange Guilleminot, Jana Sterbak, Niki de Saint Phalle et/ou Marianne Fauthful) , et surtout de de sa mère (femme délaissée et abandonnée) et réussit encore une fois un patchwork poétique dans lequel ses lectures, ses expériences, son vécu se reflètent dans cet assemblage de courts chapitres. 

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« Dans le jardin de ma mère, les dames du voisinage, des amies, disent-elles, sont posées sur l’herbe comme des curistes placides immergées au ralenti dans les vapeurs de quelque bain romain. Elles appartiennent à cette génération qui a sagement considéré qu’il était bien trop tard pour se soucier d’UV ou de lymphomes, et leurs épaules d’otaries (la bretelle savamment  retirée et glissée dans le soutien-gorge qui se plisse et recroqueville en lui l’idée même de sein), l’épaisseur arrogante de leurs pieds, les callosités poussiéreuses d’ou rutile le vermillon des ongles peints, les plis tannés et huilés qui ondulent rythmiquement au gré des postures en plein midi, donnent à leur tassement sur de petits pliants rayés l’élégance pachydermique d’un chœur de vieilles ménades. » (p. 57/58) 

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Marie-Ange Guilleminot

Quelques scénettes très fort, vous étreignant, comme celle devant la robe de marié que la mère montre à sa fille « … sur le fauteuil, étalée une petite forme d’un blanc resté mystérieusement éclatant conserve en creux l’âme errante de la jeune fille qu’elle fut. C’est sur la liste, je veux être enterrée avec, dit-elle. …… Ma mère n’a jamais su dire ce qu’elle voulait, faisant de sa vie quotidienne un combat incessant. Farce ou drame, il était impossible de lui faire dire ce qu’elle préférait : mais toi, toi, qu’est-ce que tu voudrais, qu’est-ce qui te ferait plaisir, martelait mon père qui aurait tant voulu être emporté, annulé par le désir d’une femme, et ma mère, tétanisée, ne pouvait rien répondre….. Là, devant sa vieille robe de jeunesse, elle est pleine de bravoure – elle qui n’a pas cessé de répéter qu’elle n’était pas de taille, je n’étais pas de taille, je ne suis pas de taille, elle le répète encore et je lui dis que c’est un peu facile, pas de taille conte un simple mari qui tentait de vivre lui aussi, pas de taille pour un tout petit combat conjugal….. » (extraits des pages 98 – 100) 

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Azzedine Alaïa

Il y’a un travail de montage hénorme avec lequel N. Léger imbrique tous les fils qu’elle déroule (la soie, la corde, le câble) :  philosophiques, psychologiques (vive Lacan), artistiques (ces échappées vers l’art de performance) poétiques et cinématographiques. Malheureusement je me suis perdu un peu dans ses méandres.

Pour finir sur un mode plus vendeur, voici une critique-lecture comme d’hab’ de très haute volée chez « en attendant nadeau » (dont je copie ici le dernier paragraphe) pour qui ce livre et davantage que pour moi :

https://www.en-attendant-nadeau.fr/2018/08/21/repudiation-leger/

Je crois me souvenir qu’il est arrivé quelquefois à Nathalie Léger de se plaindre de son nom : est-on crédible quand on s’appelle « léger » ? se demandait-elle. Un grand poète, qui répondait également à ce nom quand il exerçait sa fonction de diplomate, le troquait contre un autre, celui de Saint-John Perse, quand il prenait la plume. Nathalie Léger préfère conserver le sien, elle n’aime pas les phrases de « bain moussant », elle sait être drôle, se moquer d’elle, des autres (« À quelqu’un qui me demandait un jour où se trouvait le centre du monde, j’avais imprudemment répondu que c’était mon oreiller »), elle sait aussi se montrer grave et philosophe (« Je suis bien incapable de lui expliquer la différence entre […] la justice et la justesse, entre le désir et la morale, entre l’égarement du règlement de compte et l’intuition d’une équité »). Ce faisant, elle s’affirme et affirme sans masque, sans piédestal ni complaisance, qu’elle est en train d’écrire une œuvre.

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Détail d’une oeuvre d’Alexandra Eldridge couverture d’un livre

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4 commentaires pour La robe blanche

  1. CultURIEUSE dit :

    Tu me rappelles de lire celui sur Barbara Loden… https://culturieuse.blog/2013/09/21/barbara-loden-1932-1980-compagnes-de-%c2%a7-pyramide-de-maslow/. Un vieil article ( mal écriiiiit!) et j’ai le dvd de Wanda, j’adore.

    Aimé par 2 personnes

  2. princecranoir dit :

    Je découvre cette auteur grâce à toi, et ses passions artistiques qui débordent du simple cercle littéraire. Tu m’intrigues avec ce livre sur Barbara Loden. Il faudra un jour que je creuse dans cette direction (décidément, ce blog est une mine).

    Aimé par 1 personne

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